Encore le mal de montagne

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« Les Alpes » étant devenu l' organe central du C.A.S., il me paraît que cette publication peut accueillir, au même titre que les récits de courses, quelques études rentrant dans le domaine de la science pratique.

C' est à ce titre que je me permets de présenter les considérations suivantes sur ce sujet du mal de montagne dont je poursuis l' étude depuis plusieurs années.

J' ai cependant la conviction qu' il s' agit d' accidents beaucoup plus rares qu' on ne l' a cru autrefois, bien entendu en dehors des troubles digestifs parfaitement évitables et souvent confondus avec le mal. Dans deux publications antérieures, j' ai résumé ce que nous savions et émis une hypothèse. Sans doute faudrait-il des travaux d' ordre expérimental pour la confirmer ou l' infirmer, recherches difficiles, délicates et fort coûteuses.

Je désire maintenant exposer ce que certains travaux plus récents nous ont fait connaître sur l' ensemble du sujet, en me bornant au strict nécessaire. Rappelons que le véritable mal consiste dans l' apparition assez brusque de trois symptômes très typiques: maux de tête, vomissements et fatigue extrême; la somnolence ne paraît guère être autre chose que la conséquence de cet ensemble de symptômes. Je laisse de côté les cas de mort plus ou moins subite que l'on ne saurait attribuer en bonne justice au mal, sans une autopsie complète, qui, à ma connaissance, n' a jamais été pratiquée.

Je rappelle aussi qu' au sommet du Mont Blanc la proportion d' oxygène est le 55 % de celle du bord de la mer; bon nombre d' alpinistes et aviateurs ont largement dépassé cette altitude sans inconvénients. L' attaque se produit souvent à la hauteur d' à peine 3000 mètres, c'est-à-dire dans une zone où la proportion d' oxygène est encore largement suffisante.

S' il est naturel que le manque de ce gaz ait été invoqué comme cause du mal, les chiffres cités plus haut prouvent bien que le fait brut n' est pas suffisant et qu' il faut autre chose.

Ajoutons l' observation bien connue que la grande majorité des alpinistes n' est jamais atteinte, que quelques-uns ont pu l' être une ou deux fois, mais pas plus, qu' il y a de multiples variations dans l' intensité du mal et que rares sont ceux qui ont dû interrompre la course et redescendre au plus vite.

Rappelons enfin la distinction capitale qu' il faut faire entre l' ascensioniste qui ne passe qu' un temps assez court dans la zone dangereuse et l' observateur qui y séjourne plusieurs jours de suite pour terminer ses recherches. Dans ces circonstances, les conditions de la vie sont totalement différentes.

C' est là un point qui n' a pas été suffisamment précisé; il faudrait au moment où le mal éclate, voire même dans la période qui précède, pouvoir procéder aux différents examens, ce qui, évidemment, est très difficile. Je ne connais qu' une observation prise par un médecin, c' est celle d' un de mes anciens collègues, le Dr Piachaud, dans son ascension au Mont Blanc, mais elle ne porte que sur les symptômes qui ne prêtent pas à contestation.

Tous les observateurs sont d' accord pour dire que les accidents se produisent rapidement. Les recherches faites dans la cloche pneumatique sont à mon avis plus probantes que celles des savants dans des cabanes élevées, où ils se sont reposés pour éviter toute influence provenant de la fatigue, comme Guillemard et Moog l' ont expressément indiqué dans leurs mémoires.

C' est en tenant compte de ce fait que Régnier a raison d' admettre deux formes du mal: l' aiguë, précoce qui relève de la fatigue ou, ajoute-t-il ( remarque qui a une grande importance ), d' une prédisposition individuelle, et la forme subaiguë et tardive due uniquement au séjour dans l' air raréfié.

C' est certainement ce caractère individuel qui a de la valeur, parce qu' il prouve que si la grande majorité des alpinistes n' est pas atteinte, ce ne peut être le manque d' oxygène à lui seul qui est responsable des accidents.

Nous allons maintenant reprendre les diverses théories émises jusqu' à ce jour et les comparer les unes aux autres.

Lorsqu' il fut question de construire le chemin de fer de la Jungfrau, le Conseil fédéral chargea le Dr Kronecker, professeur de physiologie à l' Université de Berne, de faire les expériences nécessaires pour donner une opinion motivée.

Les conclusions de K. sont basées sur l' observation de quelques personnes et de lui-même, soit dans une ascension au Breithorn, montagne facile quoique dépassant 4000 mètres, soit dans son laboratoire.

Il admet que le facteur essentiel est l' effet mécanique de la diminution de pression de l' atmosphère, exercé sur la circulation pulmonaire. Il se produit une sorte de rigidité des vaisseaux dans lesquels la pression du sang est trop élevée, ce qui entraîne un excès de travail du cœur.

Sur des sujets placés dans la cabine pneumatique, où la pression atmosphérique est amenée à 450 millimètres, c'est-à-dire celle qui existe au sommet de la Jungfrau, le nombre des pulsations augmente, la pression du sang est plus faible, la capacité vitale est diminuée.

D' après K., l' absence d' effort musculaire est la raison en vertu de laquelle le mal se produit plus tardivement en ballon que lors de l' ascension.

Il existerait en outre certaines modifications dans le fonctionnement chimique de l' organisme.

Cette théorie fut abandonnée pendant longtemps au profit de celles qui s' appuyaient avant tout sur des constatations d' ordre chimique.

Elle a pourtant été reprise par un physiologiste belge, Heger, mort récemment. Ce dernier a étudié surtout l' effet de la diminution de pression sur le cœur et les poumons et constaté une hyperémie considérable des vaisseaux pulmonaires. Si on dose la quantité de sang contenue dans le poumon de lapins soit à Bruxelles, soit au Col d' Olen ( 2871 m .), on constate une différence marquée en plus dans cette dernière station. Les appareils indiquent en outre une surcharge sanguine du cœur droit.

Bayeux, à la suite de multiples observations pratiquées à la cabane Vallot, a constaté qu' en examinant au microscope les coupes de poumons de lapins ayant séjourné dans cet observatoire ou soumis à l' influence de la dépression dans la cloche pneumatique, on constate le gonflement des alvéoles avec diminution de leur cavité et du calibre des petits vaisseaux. Il en résulte une gêne considérable de la circulation pulmonaire et une dilatation du cœur droit. On comprend alors que les inhalations d' oxygène ne puissent remédier que partiellement à cet état; il faudrait introduire le gaz sous pression pour qu' il s' oppose à l' aplatissement des alvéoles.

On expliquerait ainsi la gêne respiratoire, la sensation prématurée de fatigue en admettant que la circulation est entravée dans tout l' organisme et surtout dans les muscles.

Mais quelque intéressantes que soient ces observations, elles ne peuvent rendre compte qu' imparfaitement de toutes les variations constatées.

Ces explications d' ordre mécanique sont absolument insuffisantes.

Théories chimiques. II a paru à un moment — et j' avais adopté cette manière de voir dans un mémoire antérieur — que l'on trouvait la véritable cause du mal dans la formation de substances toxiques produites par la fatigue, dans une circulation incomplète entravant les échanges nutritifs, en un mot dans une véritable intoxication de l' organisme avec diminution de la quantité d' urine, même au repos, constituant ainsi une élimination défectueuse. Les importants travaux de Guillemard et Moog aux observatoires Vallot et Janssen ont fourni des faits intéressants. Mais encore une fois il faut rappeler que ces examens ont été pratiqués sur l' individu au repos complet, 24 heures après l' arrivée. Or, ce ne sont pas là les conditions habituelles du développement du mal. Guillemard, depuis lors, a constaté une forte augmentation de l' azote dans le sang, et d' après Paillet, l' urée, c'est-à-dire la substance qui indique le dernier terme des transformations de certains matériaux nutritifs, est diminuée de quantité.

Nous n' avons aucune raison de douter de ces affirmations, mais elles ne nous donnent pas l' explication cherchée.

C' est pour ces différentes raisons que j' avais émis une hypothèse, celle d' un fonctionnement insuffisant des glandes surrénales. Etant donné que cet organe produit des substances qui neutralisent les matériaux toxiques du travail musculaire, et d' autres qui maintiennent l' énergie de la circulation du sang, il me paraissait que nous approchions de la solution. Nous savons que, soit par notre constitution, soit par suite des circonstances de la vie, chacun de nous peut avoir un point faible, un organe plus ou moins résistant. Il est donc possible, sans évoquer une maladie proprement dite, d' admettre la diminution d' activité de certains organes.

Cette théorie n' a pas jusqu' à présent obtenu de confirmation; il faudrait en effet pouvoir léser ces organes chez des animaux que l'on soumettrait ensuite au travail dans une atmosphère raréfiée. L' expérience n' est pas facile; seul le rat supporte sans mourir l' extirpation de ces glandes. Asher, qui l' a réussie, montre qu' alors l' animal présente une forte diminution dans la résistance à la fatigue par rapport à celui qui est normal.

Nous avons donc dans ce fait l' explication de l' asthénie si particulière aux individus dont les glandes sont malades. Je reviendrai plus loin sur ce point.

Théorie sanguine. Bayeux a constaté à la cabane Vallot et à celle de la Reine Marguerite qu' il se produit d' importantes modifications des globules rouges du sang, et il conclut à la destruction des dits globules, donc à une anémie plus ou moins caractérisée.

Ce fait a sa valeur; on sait que le séjour à l' altitude même modérée de 1800—2000 mètres est souvent mal toléré par les anémiques, et que ces derniers sont, plus souvent que d' autres, atteints du mal de montagne.

Mais pour faire ces constatations, il faut un séjour d' une certaine durée.

Théorie physico-chimique. On a longtemps discuté des variations dans l' état des gaz du sang. Personne ne peut contester que plus on s' élève, plus la quantité d' oxygène diminue. Mais cette diminution générale peut fort bien n' être pas la même pour chaque personne prise isolément. Suivant l' état du sang, des vaisseaux, elle présentera d' importantes variations. La question principale, ainsi que me l' écrivait dernièrement le Dr Lœwy, le savant directeur de l' Observatoire de Davos pour l' étude de la physiologie alpine, est de savoir comment le manque d' oxygène se manifeste chez chaque individu. Arthus, professeur de physiologie à Lausanne, rappelle que la matière colorante du sang, l' hémoglobine, forme avec l' oxygène un mélange qui se dissout alors que la pression atmosphérique tombe beaucoup, par exemple à 60 millimètres, ce qui comporte des altitudes qui n' ont jamais été atteintes. Mais le fait n' en demeure pas moins, à savoir que l' hémoglobine est un régulateur d' oxygène. Or, la qualité et la quantité de l' hémoglobine doivent nécessairement varier suivant les personnes et ont ainsi une grande influence sur ce qu' on peut appeler la respiration des tissus. J' ai mentionné plus haut la moindre résistance des anémiques au mal.

En second lieu la circulation non seulement générale, mais localisée dans les différents organes présente incontestablement des différences individuelles soit constitutionnelles, soit acquises au cours de la vie, sans parler des lésions proprement dites.

Si donc certains organes sont normalement irrigués, d' autres le seront moins, d' où possibilité d' une infériorité localisée avec retentissement sur l' état général.

Tenant compte des fonctions des glandes surrénales, je pense qu' on peut arriver à une synthèse et dire que 1 e mal de montagne est à rapporter avant tout au fait que les modifications, même légères, dans l' apport de l' oxygène aux organes, produisent des troubles eux-mêmes très divers et qu' en particulier l' insuffi de l' action des surrénales rend compte des phénomènes observés. Ce qui n' exclut pas la possibilité d' autres influences. Streuli, dans l' institut d' Asher, a démontré que chez le rat, l' extirpation de la glande thyroïde rend ces animaux moins sensibles à la diminution de l' oxygène par rapport aux rats normaux; tandis que si on enlève la rate, la sensibilité augmente et si les deux organes sont détruits, l' animal se comporte vis-à-vis de la diminution de l' oxygène comme celui qui est sain.

Ces différences ne peuvent s' expliquer que par des modifications d' ordre chimique dans les tissus.

Il serait possible que les altérations de la glande thyroïde, si fréquentes dans notre pays, exercent une influence sur la réaction de l' organisme vis-à-vis de la diminution de l' oxygène.

Le problème n' est pas complètement résolu, car il est infiniment complexe. Pratiquement pour de très grandes hauteurs, l' oxygène sous pression a une grande valeur, mais j' estime que l' emploi des préparations surrénales a une influence favorable et devrait se généraliser.Dr £ Thomas.

Cet article était déjà composé, lorsque j' ai pris connaissance d' un mémoire récent du prof. Lœwy. Les points les plus importants sont les suivants:

La proportion de l' oxygène dans le sang comme preuve d' une oxygénation suffisante ou insuffisante n' est pas le fait capital, mais bien la répartition du gaz dans les différents tissus. Or, il est des organes, comme le centre respiratoire, qui sont très sensibles à la moindre diminution dans la quantité de l' oxygène, et il faut tenir compte des différences individuelles.

Il est possible aussi que certains troubles dans la fonction des glandes, telles que la thyroïde et les surrénales réagissent à leur tour sur les échanges organiques.Dr E. T.

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