Face nord du Cervin

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PAR CHRISTOPHE VOUILLOZ, GUIDE, MARTIGNY

En fin d' après, ce lundi 2 juillet 1962, nous montons, mon camarade Michel Darbellay, guide lui aussi, et moi à la cabane du Hörnli. Un vent violent souffle du nord-ouest et fait fumer le Cervin; la face nord luit bizarrement au soleil couchant. Y aurait-il encore une teile quantité de neige?

La veille, nous nous sommes rencontres à la fete des guides à Saas-Fee et, comme nous disposons tous deux de quelques jours, nous décidons de faire une course ensemble.

-Oü?

- A Chamonix, comme d' habitude.

- Et le Cervin, proposai-je, qu' en penses-tu?

- Hum... d' accord!

C' est ainsi que, en quelques mots, nous avons choisi notre objectif et que ce soir nous arrivons dans cette cabane legendairement enfumée. Il y a là quelques touristes, accompagnés de guides de Zermatt. Ceux-ci devinent tout de suite notre intention et gentiment s' intéressent à notre équipement. Avons-nous vraiment tout ce qu' il faut? Ils sont sceptiques. Nous les tranquillisons sans avouer toutefois que nous n' emmenons chacun qu' une cagoule de bivouac. Quant au materiel d' escalade, 4 pitons, 1 vis à glace, 4 mousquetons feront l' affaire. Nous n' aimons pas les bivouacs et désirons aller vite, car il ne fait pas bon trainer dans le Cervin; aussi faut-il etre leger: 5 à 6 kg chacun tout au plus. Nous sommes d' accord sur ce point et les sacs sont vite prets pour le lendemain.

Qui parle de l' inconfort de cette cabane? Nous avons si bien dormi que ce sont les Zermattois qui doivent nous réveiller! Le temps n' est pas fameux. Le vent est toujours aussi violent et il ne fait pas assez froid; de plus, l' ouest est bien noir. Voyant que nous nous préparons, les autres nous demandent: « Vous partez quand meme? » A quoi Michel répond par la question: « Et vous? » - Oui, mais par l' arete, ce n' est pas la meine chose.

- Alors, nous aussi!

II est juste trois heures. Tranquillement nous traversons le glacier du Cervin jusqu' au point d' attaque. La, nous réduisons l' encordage à 6 metres, contrölons une dernière fois les crampons et à 4 h nous passons la rimaye. La neige est très dure, mais les pointes avant des crampons mordent quand meme et nous montons ensemble. Une demi-heure plus tard, nous sommes au sommet de la pente de neige et nous &tons nos « crabes ». Les rochers sont secs et nous continuons à la meme allure. Mais voilà que nous entrons dans le brouillard et le grésil! Désormais les rochers sont couverts de givre et de neige fraîche. Il faut augmenter la longueur d' encordage. Il est 5 h y2 et un coup d' ceil à Faltimetre nous indique que nous sommes à 3900 m. Nous avons donc gravi 500 m, presque la moitié de la face, en une heure et demie! Si le temps n' est pas de bonne humeur, notre moral au moins est au beau fixe. Rien ne peut nous arreter; nous sommes lancés et c' est tout droit que nous continuons. Nous savons bien que nous devrions faire une traversée à droite, mais tout disparaît sous la glace et 20 cm de neige poudreuse. Aussi, au lieu d' éviter les ressauts de cette partie médiane déjà très raide, nous les recherchons. La, au moins, la neige ne tient pas et coule autour de nous en gentilles avalanches soyeuses. Nous jouons aux funambules, mais à la verticale. Tout bouge; il ne faut pas s' éterniser sur les prises, de peur de les voir s' ecrouler sur le second. Nous avons bien les casques, mais tout de meme ce n' est pas une raison pour mitrailler son compagnon. Les déchirures intermittentes du brouillard nous permettent de mesurer le vide qui se creuse et de suivre du regard la fuite vertigineuse des pierres que nous descellons. Un passionnant jeu d' équilibre sur ce « merveilleux tas de cailloux ». Mais déjà la pente devient moins raide, nous sommes à la hauteur de l' Epaule. Nous aimerions bien manger quelque chose, mais vraiment l' endroit n' est pas confortable, la neige, le vent et le brouillard le rendent encore moins agréable; et surtout nous voulons en finir. Comme partout la neige poudreuse recouvre la glace et, dans un beau numéro d' acrobatie, Michel réussit à remettre ses crampons, ce qui va nous permettre de marcher nouveau ensemble. Michel « cramponne », tandis que je suis, profitant de chaque caillou dégagé et criant gare aux passages de glace. Un dernier surplomb, peu avant le sommet, ralentit à nouveau notre progression. N' ayant pas de crampons, je passe en tete et j' ai fort à faire à la sortie, car je dois lutter contre la coulée de neige qui pénètre partout et tente de m' entraîner dans sa cascade. Un piton branlant, et je fais venir Michel qui, sans s' arreter, passe devant. Quelques minutes plus tard, un grand cri de joie éclate au sommet du Cervin. Il est 10 h 15.

A l' heure du thé, nous sommes de retour à Zermatt. En compagnie de notre ami le guide Hermann Petrig, ce n' est pas du thé, mais une bonne bouteille de Fendant que nous dégustons. A un journaliste qui nous demande comment il se fait que nous soyons allés aussi vite, Michel répond laconiquement: « II pleuvait! »

Au meleze

Meleze couleur de ce pré, Arbre de force et de douceur, Je vois to ramure legere S' ouvrir au ciel comme des bras, Des bras qui recueillent ses dons; Et tour à tour ils t' appartiennent, Le vent, le soleil, les nuées, La lune, les fleurs des etoiles. Oh! comme à ton etre les melent Tous ces rameaux emus, Ces antennes sensibles, Quand l' air se remplit de ton chant. Ou bien dans le ravissement Qui fait ton äme recueillie, Tu m' apparais transfigure - Tels ceux que visitent les anges -Ainsi dans ces jours de clarte Nul arbre ne porte, ö meleze, Avec un nimbe tout autour, Plus tendre manteau de lumiere.

Mireille Reymond ( Tire de Visage encore voile, « La Tramontane » ed. Lausanne, 1960. )

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