Face ouest des Petites Jorasses

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Photo R.M.onnerat, Moutier 2Longueur difficile dans les premières dalles. Face ouest des Petites Jorasses. Photo R.M.onnerat, Moutier vités complémentaires s' intégrant d' une façon organique dans le milieu Pour mettre un terme au phénomène d' urbanisation abusive et de dégradation de l' aire montagnarde, de substitution brutale de procédés fondés sur le profit seulement à des structures séculaires certes, mais aussi génératrices d' esprit de liberté et d' huma, la nation doit intervenir sans tarder, ordonner et soutenir la mobilisation de toutes les potentialités que cèlent nos régions alpestres, dans le cadre d' un plan intégral d' aménage et d' équipement, sur la base d' une juste péréquation avec les parties privilégiées du pays. Nous sommes tous coresponsables et solidaires de la sauvegarde du paysage et du maintien de la vie en montagne par une mise en valeur organique des ressources naturelles et une rénovation fondamentale de l' économie.

Résumé. Les considérations émises dans cet exposé peuvent être résumées comme il suit:

Les handicaps physiques — le relief et le climat — qui défavorisaient jusqu' ici l' économie montagnarde se mutent aujourd'hui en atouts qu' il faut savoir mobiliser d' une façon conforme aux intérêts des populations autochtones et de la nation.

Grâce à l' introduction de techniques nouvelles, d' équipements simplifiés et d' un mode d' ex reposant sur la coopération, les terres forestières, agricoles et pastorales de la montagne sont capables de mettre à la disposition du pays des produits de haute valeur et économiques.

Afin de compléter les revenus du sol et de mettre en œuvre les forces vives insuffisamment mobilisées, les responsables de l' économie montagnarde doivent diversifier les emplois, en particulier en favorisant le développement ordonné de zones de détente et de centres touristiques implantés d' une façon heureuse dans les sites.

Pour mettre de l' ordre dans l' occupation et l' utilisation de la montagne, pour organiser la mobilisation de ses potentialités, pour maîtriser et contrôler le processus de croissance d' une façon conforme aux intérêts généraux du pays, il est urgent d' élaborer un plan national d' amé et d' équipement intégral des territoires affectés.

Il faut conférer à la Confédération les moyens légaux, techniques et financiers d' élaborer et d' appliquer un tel plan. En particulier la loi qui sera élaborée sur la base de l' article 22 Quater de la Constitution devra lui attribuer les pouvoirs d' intervenir en prenant les devants dans l' amé et l' équipement de la montagne. Puis il importe de créer l' instrument d' application de ces dispositions.

Tout le pays est solidaire du sort de la montagne et nous sommes tous coresponsables de la santé de son économie, de la sauvegarde de sa couverture végétale protectrice. Dans son propre intérêt, la nation doit savoir consentir la péréquation qui s' impose, une aide efficace, salvatrice et rénovatrice!

Face ouest des Petites Jorasses

Raymond Monnerat ( GHM « Les Aiglons » ), Moutier II est 17 heures lorsque nous arrivons à Chamonix. Les derniers préparatifs terminés, sac au dos, nous rejoignons la station du petit train qui nous véhiculera au Montenvers. Le temps de s' in, et la machine s' ébranle paisiblement, à la façon d' une petite chenille rouge: nous quittons cette encombrante animation estivale et touristique de Chamonix.

Bientôt nous débouchons sur le versant Mer de Glace. Par les fenêtres apparaît un monde magnifique, bien connu des touristes et des alpinistes, et caractérisé par d' impressionnants massifs. A droite, tels de gigantesques obélisques de granit, les Aiguilles de Chamonix nous dominent. Le centre d' attraction, évidemment, est le massif de Dernière longueur dans le grand dièdre, juste avant la traversée.. Face ouest des Petites Jorasses. Photo R.M.onnerat, Moutier Un passage de 6ime degré. Face ouest des Petites Jorasses. Photo R.M.onnerat, Moutier l' Aiguille Verte, où le Pilier des Drus, à la façon d' une svelte statue jaillissant de la moraine, s' élève comme un d' œuvre taillé par la nature. Nous découvrons aussi la pyramide des Grands Charmoz, se détachant toute noire sur un ciel tacheté de petits cumulus.

Un long sifflement, nous voilà arrivés. Il s' agit maintenant de rejoindre le petit sentier sinueux qui conduit à la Mer de Glace. Sous de petits nuages insouciants, chassés d' un bord à l' au tre du ciel, nous remontons cette énorme chute de glace fondante. Quelques détours nous permettent d' éviter de larges crevasses, et bientôt nous dépassons les éboulis qui marquent la limite de la Mer de Glace et du Glacier de Leschaux. Les Grandes Jorasses, encore illuminées de soleil, pointent au-dessus de la crête des Périades. Plus nous avançons sur le glacier, plus le redoutable bastion de l' éperon Walker a l' air insurmontable, intouchable. Ces 1200 mètres de paroi abrupte, par endroits coupée de larges tranches de glace, baignent encore dans les rayons du soleil couchant. Nous nous arrêtons: une petite halte nous permettra d' apprécier ce décor féerique, comme celui d' un rêve, tout en écoutant Jean nous décrire de façon minutieuse la voie d' ascension de l' éperon. Pour notre camerade, c' est déjà un précieux souvenir, car, faisant cordée avec Hugo Weber, il réalisa cette performance en 1962 dans d' excellentes conditions.

Laissons là pour l' instant nos pensées et revenons à notre but du lendemain. Plutôt sur notre droite, la face ouest des petites Jorasses nous apparaît pleinement. L' itinéraire semble bien visible: nous distinguons l' immense dièdre d' atta; puis, çà et là, quelques terrasses, des dalles, beaucoup de dalles; enfin, dans le haut de l' itiné, des vires conduisant vers une sortie sur l' arête proche du sommet. Cette paroi, haute de 850 mètres, a été vaincue les 20 et 21 août 1955 par Marcel Bron, Pierre Labrunie et André Contamine.

Abandonnant notre lieu de repos, nous poursuivons d' un pas plus rapide notre marche, lais- sant derrière nous le glacier, pour atteindre un petit sentier bien marqué, conduisant au refuge de Leschaux. Il est tout de même 20 heures, il ne faudrait plus perdre de temps. Un regard à l' intérieur nous indique trois occupants. Ils dorment à poings fermés. Sur la terrasse, confortablement installés, nous préparons nos cuisines pour réparer nos forces. Le soleil couchant a disparu, la journée s' achève sur une dernière vue féerique du cirque immense qui nous entoure.

La porte du refuge s' ouvre et laisse apparaître une personne déjà—ou encore—bien endormie. En échangeant quelques mots, nous apprenons que René Desmaison et sa cliente occupent la cabane. Ils se sont fixé comme but l' ascension de l' éperon Walker, tandis que notre interlocuteur est engagé comme porteur. Il nous confirme que plusieurs cordées ont déjà gravi cette paroi. Mes camarades et moi, nous nous concertons. C' est décidé: nous reviendrons, si le temps le permet, dans trois jours. A la lueur des lampes, les ultimes préparatifs se terminent, une dernière vérification à notre altimètre, et finalement nous rejoignons nos couchettes. La nuit sera courte.

Une heure: c' est le réveil, l' animation reprend. Encore ensommeillé, chacun de nous se prépare machinalement. La cordée de René Desmaison a déjà quitté le refuge. Il est deux heures quand nous franchissons la porte. A la lueur clignotante des lampes frontales, nous rejoignons le Glacier de Leschaux. Le ciel est merveilleusement étoile. Le beau temps est assuré et nous donne pleinement confiance.

Cela fait une heure que l'on marche; nous nous engageons dans une pente crevassée, chaotique, conduisant au pied de la face ouest. Le jour point lorsque nous arrivons à pied d' œuvre. C' est le moment où les premiers rayons de soleil flirtent autour des plus hauts sommets, et un froid vif nous envahit.

Michel Zuckschwerdt et Michel Vallat feront cordée ensemble, Jean Braun et moi-même fer-merons la marche. Rapidement encordé, Michel s' attaque aux premières difficultés. L' itinéraire se situe directement au-dessus de nous dans un grand dièdre, haut peut-être de deux cents mètres, surmonté d' un énorme surplomb. Nous sommes rapidement dans l' ambiance. C' est peut-être brutal pour un début d' ascension, et les difficultés se succèdent. Un premier bombement demande beaucoup de technique. Nous nous suivons de près, rapidement le vide se creuse sous nos pieds. Jean arrive à un relais. Je poursuis l' ascen en empruntant le fond d' une cheminée, c' est une longueur de Ve degré. Je rejoins une vire où Michel est déjà installé. Il s' agit d' emprunter la fissure qui marque le fond d' un dièdre, c' est une longueur plus ou moins facile. Au-dessus, la cordée de nos camarades semble être perdue, écrasée par d' énormes toits en forme de demi-cercle, dont les extrémités les surplombent de vingt mètres. Je suis avec anxiété la progression de Michel. Où va-t-il passer? Jean arrive au relais, rapidement il me rassure: l' ascension ne se poursuit pas vers le haut, mais par une vire à peine dessinée en direction de la droite. C' est à Jean de prendre la tête de notre cordée. Il s' élève avec aisance et rapidité. Le relais suivant, situé à quarante mètres de distance est vite atteint. L' assurage, parfois plus moral qu' efficace, n' est pas toujours excellent. Nous nous attaquons successivement à deux dièdres courts, suivis d' une dalle. Le sixième degré se manifeste, puis la zone des grands toits est vaincue. Peu à peu nous prenons de l' altitude. Sur une terrasse, confortablement installés, nous discutons la suite de l' itinéraire. Pas de doute, c' est par là, dans ce vaste couloir. Michel s' avance, il s' agit de progrésserpru-demment; tout est encombré de neige, et les prises sont mouillées. La roche est tantôt compacte, tantôt délitée, permettant ici de l' escalade facile, là obligeant à pas mal de technique. Tout de même la satisfaction est générale, un bon nombre de difficultés se trouvent derrière nous. De notre belvédère, telles de grandes araignées, la cordée Desmaison se fait remarquer, perdue le long de l' épe Walker. Notre regard plane en direction du splendide panorama qui nous entoure: le majestueux Mont Blanc, par sa grandeur ne nous laisse Face ouest des Petites Jorasses 3649 I dalles /l/fissure cheminée

S

. ' ' ,1 / ,Glacier de LeschauxI 2800pas indifférents, tandis que, tout près, le Linceul nous apparaît d' une raideur impossible.

Laissons là, pour l' instant, notre contemplation, il s' agit de reprendre notre progression en direction du sommet. Nous voilà engagés dans une succession de dalles, les prises deviennent de plus en plus rares, le rocher très compact n' offre que peu de possibilités de planter des pitons. Les 40 mètres que nous venons de gravir sont incontestablement de l' ordre du sixième degré. Notre cordée prend la tête de la caravane, la manœuvre s' effectue au moyen d' acrobatiques mouvements à l' emplacement d' une étroite vire servant de relais.

Jean est déjà aux prises avec un petit surplomb. Des note de plus en plus aiguës nous parviennent. Il vient d' enfoncer un piton, puis il se suspend sur ses étriers au-dessus de nous et il disparaît en progressant le long d' un petit éperon. Selon l' itinéraire, nous devrions sérieusement approcher du névé triangulaire Les heures passent vite à ce jeu d' équilibre, mais il est nécessaire de le conduire avec attention, au prix d' une très grande tension nerveuse.

Le soleil tourne en direction du couchant, nous ne sortirons pas au sommet aujourd'hui. Peu importe, le moral est bon, et surtout le beau temps se maintient. Nous voudrions quitter cette face nord, moins sympathique, et rejoindre la face ouest, beaucoup plus attrayante. C' est à mon tour de m' offrir une importante traversée vers la gauche, pour aboutir dans un système de rampes conduisant au névé triangulaire. Par moments, mon regard plonge au pied de la paroi et se perd dans l' enchevêtrement sauvage du Glacier de Leschaux. Le névé est surmonté au prix d' une délicate progression dans une neige complètement ramollie et mouillée. Je m' en échappe trempé, puis je débouche en lieu plus sûr. Mes camarades évitent ce désagréable passage en pendulant dans les rochers bordant le névé, à l' aplomb du relais.

Nous dominons maintenant la Pointe de Fré-bouze et le Col des Hirondelles. Il est temps de trouver un emplacement pour notre bivouac. Le soleil va se coucher; tout autour de nous, la lumière rougissant les hauts sommets s' atténue; les couleurs deviennent plus pâles et plus froides. La cheminée on les premiers ascensionnistes ont bivouaqué est derrière nous. Un couloir plus facile, encore une dalle, et nous atteignons un emplacement peu confortable pour passer la nuit. Après une brève pause, chacun automatiquement confectionne son illusoire « chambre à coucher ». Tous liés aux rochers pour ne pas risquer de nous « réveiller » écrabouillés, là-bas, tout au fond sur le glacier, assis deux par deux, le dos tourné à la montagne, les pieds enfouis dans nos sacs à dos, nousnouspréparonsàcettelongueattente. La nuit s' annonce belle et sereine, les étoiles scintillent sur le Mont Blanc, les Aiguilles détachent leurs noires silhouettes sur le firmament. Le froid nous gagne, nous étendons sur nous la toile de bivouac qui nous protégera. Longue à venir, la nuit est encore plus longue à finir. Quinze heures en tout, sans pouvoir trop se mouvoir, c' est interminable.

Aube. Le premier regard hors de la toile de bivouac nous apporte une agréable satisfaction; le ciel est exempt de tout nuage. Le soleil danse déjà autour des plus hautes cimes, une magnifique journée s' offre à nous. Pour notre premier repas, nous avalons chacun une gorgée de thé bouillant avec, selon les goûts, lard, pain, fromage, biscuits, fruits secs: voilà un copieux petit déjeuner. Après une remise en train dégourdissante, nous poursuivons l' ascension. Par un système de dièdres ouverts et de dalles hautes de quatre longueurs de corde, nous surmontons les dernières difficultés.

Maintenant, la paroi est sous nos pieds, nous sommes heureux d' avoir pu la vaincre à notre tour. La bonne humeur règne dans la caravane, le souci de la veille a disparu. La crête sommitale, éclairée par les premiers rayons du soleil, se découpe à contre-jour dans un ciel clair. Il ne faudra plus qu' une demi-heure de plaisante varappe pour atteindre le sommet; la joie nous porte comme des ailes.

Il est 9 heures, notre but est atteint, chacun rayonne, toutes traces de fatigue et d' inquiétude ont disparu. Sans un mot, nous nous serrons la main. Le sourire dans les yeux de chacun reflète la joie de notre réussite.

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