Grappillage aux Vignettes

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PAR EDMOND PIDOUX

Avec 4 illustrations ( 101-105 ) et 1 croquis Depuis que les skieurs ont pris possession de la haute montagne, la cabane du Col des Vignettes est devenue un gîte d' étape au bord de la Haute Route. Bientôt le téléphérique du Pigne, s' il se réalise comme on le prévoit, en fera un caravansérail. Il n' y a plus rien à découvrir là-haut: « Adieu paniers! Vendanges sont faites! » C' est le refrain qu' on chante d' un bout à l' autre des Alpes: heureux qui trouve encore une grappe oubliée. Pourtant il se produit parfois d' étranges repousses: un vieux plant à l' abandon s' amuse à redonner du fruit sous les broussailles. Aurais-je une chance peut-être, si je furetais un peu autour des Vignettes?

Une première chose à dénicher, c' est le sens même de ce nom de lieu. J' avais longtemps questionné en vain là-dessus avant de m' adresser à la bonne source: au gardien de la cabane, qui porte le nom prédestiné de Vuignier, c'est-à-dire vigneron. « Regardez, m' a dit, les séracs qui descendent du Pigne jusqu' aux environs du col. Ils sont brisés en bandes parallèles, comme des marches déversées. C' est tout pareil aux vignes de chez nous. Plus la pente est raide, plus il faut de marches pour la redresser, et plus ces marches deviennent étroites: des vignettes, quoi! » L' explication m' a plu par sa simplicité. C' est peut-être cela qui la rendra suspecte à d' autres personnes... Comme on voit les séracs du Pigne de loin dans la vallée, j' imagine que leur baptême s' est fait à distance par les gens du pays longtemps avant qu' aucun d' eux eût songé à visiter ces lieux. Ce genre de curiosité devait être importé par les Anglais, qui ont fait d' Arolla un de leurs fiefs. Partout où leur romantisme trouvait une nature à sa convenance, ils ont planté leur tente -ou plutôt une chapelle gothique avec harmonium, provision de psautiers, versets peints et plaques mortuaires contre les murs.

Arolla a sa chapelle anglaise, discrètement cachée dans le parc naturel du Kurhaus. La même colonisation pacifique et souvent généreuse l' a doté d' un des premiers « bivouacs fixes ». Stuart Jenkins, dont le nom ne peut être séparé de celui d' Arolla, fit construire à ses frais une bicoque de planches précisément au Col des Vignettes. Trop peu utilisée avant la vogue du ski, elle était connue surtout pour son inconfort et pour les armées de puces embusquées dans les peaux de mouton qui y tenaient lieu de couvertures.

Les utiles notes historiques du Guide des Alpes Valaisannes ont préservé de l' oubli le beau travail de pionniers que firent les Britanniques et leur phalange de guides: une exploration hardie et systématique de toute la région. Au milieu trônait le Collon, « un décor créé pour Arolla tout spécialement » - écrit Marcel Kurz, qui ajoute: « On ne peut concevoir cette vision classique que dans l' échancrure de la vallée, avec une croix et des arolles au premier plan. Après avoir surpris cette vision, ceux qui s' aventurent dans les coulisses seront toujours déçus. » Est-ce mon goût du théâtre qui m' en fait juger autrement? Loin de me décevoir, le flanc oriental de cette montagne, cette immense paroi tourmentée qu' on découvre en remontant le glacier supérieur d' Arolla, est un site où mon imagination se sent débordée. Le faîte est couronné de tant d' aiguilles qu' on a peine à identifier parmi elles Collon, Chancelier, Mitre, Evêque. C' est que le décor est vu à l' envers; mais quelle machinerie prestigieuse et puissante, avec ses portants, ses panneaux, ses frises! Le soir, quand le projecteur du soleil donne à plein côté public, ici au revers ses rayons fusent à toutes les brèches, au sommet des couloirs convulsés, entre les hauts piliers immo- biles. Oui vraiment, le plus beau spectacle est celui que l' imagination rêve alors dans l' ombre des coulisses.

Juste en face de cette paroi, sur l' autre bord du Glacier d' Arolla, la chaîne des Bouquetins répond par une muraille encore plus puissante, encore plus sauvage. Les deux montagnes forment ainsi une nef étroite et haute fermée à son chevet par le Mont Brulé, un maître-autel drapé d' une nappe de séracs. A quelque heure du jour que ce soit, l' éclairage fait saillir le relief de l' une ou l' autre paroi, sans pour autant en chasser le mystère. Chaque fois que je retrouve ce site il me semble que je pénètre dans un autre monde, un autre temps. Quelque chose s' est arrêté ici. Les hommes ont forcé tout un réseau de routes dans ces murailles: pourtant ils n' y ont rien laissé; pas même un itinéraire où l'on aille mettre ses pas dans les leurs. Les descriptions du guide concluent, invariables: « A déconseiller à cause des chutes de pierres. » Ce monde-là se referme sur le passé comme la mer sur un naufrage.

Pour mieux défendre encore l' accès de la cathédrale en ruines, le glacier a laissé en se retirant un parvis d' énormes pierres. Du Plan de Bertol il faut enjamber pendant près d' une heure ces monceaux mouvants de débris. Aussi les skieurs du printemps sont-ils à peu près seuls à traverser la cathédrale effondrée. Encore est-ce là-haut par le transept rasé au sol, entre les Cols de l' Evêque et du Brulé. Us passent sur la pointe des pieds sans un regard en aval vers la nef oubliée. Si jamais lieu des Alpes est revenu à la virginité, c' est bien celui-là, où ne vivent dans les broussailles de pierre que de brèves avalanches, comme des reptiles aux heures chaudes du soleil.

De l' Evêque au Collon, 18 août 1953. Je n' ai pas grappillé dans ces broussailles mêmes. Venant des Vignettes, je me suis amusé seulement à suivre toute la crête, du Col de l' Evêque au sommet du Collon. C' était un peu tricher, marauder par-dessus le mur dans les jardins à l' anglaise chers aux Britanniques de la belle époque.

De la cabane il faut à peine une heure et demie pour atteindre le Col de l' Evêque, ou de préférence ( évitant une première bosse sans intérêt ) l' épaule sud de cette montagne. On traverse d' abord le vaste plateau du Col de Chermontane, où la pente hésite entre deux versants. A droite le regard enfile dans toute sa longueur l' interminable vestibule du Glacier d' Otemma, l' un des plus grands des Alpes. A gauche, il s' amuse à se donner du vertige en sautant les degrés de marbre des Glaciers de Collon et de Vuibé, pendus sur la vallée encore bleue de nuit. On longe ensuite le Petit Collon, la plus compliquée des montagnes, avec ses contreforts en tentacules et ses faux sommets. De palier en palier on gagne sans peine l' épaule de l' Evêque, ayant passé en revue tout le cortège d' aiguilles qui le relient au Collon. Joli programme pour qui se propose de frotter ses culottes à toute cette palissade.

A 6 heures du matin nous sommes à l' attaque de l' Evêque, Henri Mercier et moi. On nous a chanté merveille de cette arête sud, de ses difficultés, de sa roche. Sur le premier point nous serons un peu déçus: l' ascension est aérienne mais plus amusante que difficile. Elle nous plaît toutefois, dans ce matin rayonnant, parce qu' elle se déroule tout entière entre soleil et ombre. On participe dans sa propre chair à l' opposition tranchée des versants: la joue droite est caressée de lumière, la gauche frictionnée de bise.

Trop vite nous voici au grand ressaut ( quelle arête n' a pas le sien ?). On pourrait le forcer directement en escalade exposée et difficile. Est-ce la peine toutefois si, deux pas à droite ou à gauche, la montagne se révélait sans défense? J' ai une répugnance naturelle ( paresse? lâcheté? refus d' être dupeà me dépenser dans ces conditions. Je veux la difficulté franche, ou bien je la tourne et vais la chercher pure ailleurs.

Trois mètres de traversée à droite, dans la face ensoleillée, et je tombe tout justement sur le dièdre qu' il me faut. Il grimpe à la verticale jusque sous un toit; mais le surplomb de l' arête est alors dépassé. Un pas de traversée un peu délicat sur la gauche: on a échappé au toit, on domine le ressaut. Voilà l' obstacle franchi - ou truqué, comme on voudra. Le reste ne demande plus qu' une gymnastique agréable et rapide. A 7 heures nos semelles mordent la neige dure qui crête le sommet.

Une halte? Pas encore. L' air est si lumineux et frais, la montagne si jeune, si clairement offerte, qu' on se refuse à un regard passif. Grimper et voir, agir et contempler sont une seule et même chose.Vivre se réduit à cette démarche élémentaire. Le plaisir de la montagne, c' est peut-être seulement d' aboutir à cette simplification.

Vingt minutes de dégringolade et nous sommes au pied du pain de sucre à quoi se résume le flanc nord de l' Evêque. Au tour de la Mitre maintenant.

Elle a deux pointes, comme il se doit pour cette coiffure episcopale. La plus petite vient d' abord, escaladée en vingt minutes sans longues formalités. Juchés sur le bloc le plus élevé nous considérons la pointe voisine. Elle présente un mur très raide qui paraît praticable là seulement où il menace ruine. Tout juste le genre de lieu où l'on ne peut voir qu' avec les mains.

Trois quarts d' heure après, la Grande Mitre est à nous. Il a fallu chercher avec astuce un moyen terme entre danger et difficulté en résolvant le problème un pas après l' autre; et c' est un plaisir de l' esprit que de discerner dans cette muraille hostile et laide le bon passage, jamais évident, toujours existant.

La descente de la Grande Mitre est d' un genre différent. Avec sa pente de dalles lissées à la truelle elle fait toboggan et chatouille autour des omoplates des nerfs qu' on croyait assagis pour toujours.

A dix heures du matin nous sommes installés dans la brèche nord pour la première halte de la course. Il nous a fallu trois heures pour cueillir les trois premiers sommets. Tant mieux si les choses sont allées rondement, car la suite devient problématique. S' y lancer, c' est brûler ses vaisseaux: l' issue est par le sommet du Collon, tandis que sous nos pieds un couloir semble fait tout exprès pour reconduire au glacier les enfants sages. Mais à cette heure et par ce temps, la folie serait de bouder la longue file de gendarmes qui garde l' escalier du Collon, avec là-haut le Chancelier, dont le haut pilier rouge flanque son sommet tronqué.

Deux heures plus tard, nous montons à pas lents vers l' angle SE du névé glacier posé sur le faîte du Collon comme un mouchoir de poche séchant sur une borne. A cet angle sort de la neige un téton d' éboulis placé tout exprès pour supporter le signal du sommet.

Etrange montagne, avec son reposoir de neige prêt à recevoir les cadeaux du ciel! Et pourquoi pas un avion? Ah! si Geiger s' annonçait à présent avec son bourdon rouge et venait le poser sur ce pétale blanc! La course est finie pour nous, l' intérêt épuisé; mais trois heures de caillasses et de neige ramollie nous séparent de la cabane. Bien aimable qui viendrait nous ôter d' ici! Car nous venons de nous offrir les plus pouilleuses carcasses de gendarmes qui puissent encore tenir sur pied. Pendant plus d' une heure nous avons finassé avec eux, sans les empêcher toujours de lâcher de furieuses bordées. Les couloirs par où montaient jadis Messieurs les Anglais en fumaient comme des pipes, avec une odeur de briquet. Et nous avons admiré les âmes romantiques de ces devanciers.

De quels tourments avaient-elles donc à s' apaiser par cette pénitence? Ils partaient d' Arolla aux petites heures de la nuit, venaient se hisser tout un long jour dans les rigoles infernales du versant est, puis en redescendaient à la rencontre d' une nouvelle nuit, avec la lenteur et la patience inépuisable des grimpeurs d' autrefois.

Non, je ne les juge pas. C' est nous qui avons perdu, à nous détourner de ces endroits rebutants, de ces terrains vagues on la montagne a l' air de se défaire de ses déblais. Ces lieux font l' horreur des gymnastes; mais ils sont peut-être les derniers on l'on trouve, parmi les décombres, cet accessoire démodé qui s' appelait autrefois l' âme de la montagne.

Délivrés des gendarmes, nous avons joué un ridicule numéro autour du Chancelier. C' était enfin de vrai rocher et de la verticale. Nous l' avions dégusté comme un dessert. Mais de son sommet, la brèche qui le sépare du Collon nous parut à peu près infranchissable. Je crus me souvenir que le guide parlait de tourner le Chancelier à hauteur de la brèche. Nous voilà donc redescendus à ce niveau, à la recherche d' une traversée. Nous nous offrîmes - ou plutôt j' offris à Henri tout un choix de passages en cul-de-sac dans le plus obsédant à pic de la tour surchauffée de soleil. Une demi-heure après, nous étions de retour au sommet, gros Jean comme devant. Il ne restait qu' à essayer la traversée directe: elle se révéla d' une facilité ridicule. Pour une fois que j' enfreignais la règle de saint Thomas, si sage en montagne: « Toucher pour croire », j' étais attrapé comme un débutant.

La descente du Collon fut un autre pensum. Je ne comprends pas comment des sections du Club Alpin peuvent choisir ce sommet pour but de courses collectives. J' ai usé nombre de semelles sur nombre de montagnes en démolition, dans ma recherche de l' inédit ou du laissé pour compte. Le Collon, en descente par la voie devenue normale - l' arête ouest - est un beau spécimen de ce genre romantique et fatal. Mais passe encore d' y chercher seul ou à deux un sombre plaisir. En troupe le plaisir est tué d' avance, et c' est une grâce du ciel si les participants ne le sont pas ensuite.

Nous nous surprîmes à truquer en rappel vingt mètres de la descente, ayant trouvé sur place un piton laissé par quelque alpiniste ulcéré. Vingt mètres de gagnés, c' était toujours ça. Après quoi patauger dans la neige pour remonter à la cabane nous parut pain bénit, malgré nos jambes lourdes comme si nous les avions bourrées de pierres en souvenir de la montagne ingrate, si belle pourtant, et si bien préservée.

La Singla, traversée du sud au nord, 19 août 1953. La traversée de l' Evêque au Collon ne devait être selon nos plans qu' un prélude à celle de la Singla, notre objectif numéro 1 dans la région des Vignettes. Mais ce galop d' entraînement nous a si fort secoués que nous sommes rentrés à la cabane sans projets pour le lendemain. Le temps fixé au beau peut nous permettre un jour de paresse.

Le sort en décide autrement. A la fin de l' après arrive en cabane le guide Gaudin avec un porteur et un couple de touristes anglais dans la soixantaine. Ils ont pour but... la traversée de la Singla. Etrange coïncidence, alors que cette course n' a pas été répétée depuis au moins trois ans. Laisserons-nous Gaudin nous précéder d' un jour? C' est vexant, quand nous avions trouvé du « presque » nouveau. Mais lui-même, de quel œil nous verra-t-il faire la course devant son nez ou sur ses talons? Je l' ai rencontré à un cours alpin: autant l' aborder franchement. Il veut bien se dire enchanté de notre compagnie. Cette sorte d' invite, jointe au farniente d' une belle fin d' après, contribue déjà à nous remettre en forme.

La Singla est inconnue de tous les alpinistes que j' ai interrogés; et pourtant cette montagne appartient au panorama des Vignettes. Elle y occupe exactement le sud, à cinq kilometres de distance, avec une pyramide régulière de belle envolée. Derrière sa pointe se devine, un peu déportée vers la gauche, une enfilade de sommets. C' est tout, et c' est trop peu pour attirer l' attention. Moi-même, avant de la remarquer « au naturel », j' ai du la découvrir sur la carte et dans le guide Kurz. L' édition de 1923, la seule que j' aie pu consulter, donne un croquis prometteur du versant italien; mais les descriptions ignorent la traversée intégrale, qui seule nous intéresse. L' arête comprise entre les sommets sud et central était encore vierge à cette date. Tout ce que je sais de plus, c' est qu' elle a cessé de l' être. Quant à Gaudin, il connaît seulement la marche d' approche jusqu' au Col de Blanchen, où le mauvais temps a mis fin à son unique tentative.

Le skieur qui remonte le Glacier d' Otemma a longtemps la Singla sous les yeux. Sa crête tourmentée borde la rive droite d' un glacier tributaire anonyme débouchant du sud 1. Et ce glacier lui-même est digne qu' on le remarque. Long de deux kilomètres, il s' élève de 600 m par trois degrés hauts et larges pour atteindre le Col de Blanchen, une dépression peu marquée entre les crêtes environnantes baptisées Grand et Petit Blanchen. Gaudin affirme que ce col est un très joli but de randonnée à ski, surtout si on le combine, en partant des Vignettes, avec la descente préalable du Pigne par le Glacier de Breney et le Col des Portons.

Mais l' arête de la Singla est encore plus digne d' attention. Elle s' étend sur 1500 m entre les sommets extrêmes, sur deux kilomètres entre les Cols d' Oren et de Blanchen. C' est un bon tiers de plus que la crête des Aiguilles Rouges d' Arolla. Le faîte porte plus de trente gendarmes et culmine à quatre sommets principaux. Il est vrai qu' il faut prendre en charge, pour arriver à ces chiffres, le Blanchen lui-même. Rien d' abusif à cela: il s' agit réellement d' une seule et même chaîne, d' une seule et même montagne; sinon la justice serait d' en distinguer quatre.

Hélas! si la traversée de la Singla l' emporte en longueur et en intérêt sur celle des Rouges, il s' en faut que la montagne du haut Otemma ait l' allure de sa rivale d' Hérens. La face qu' elle fait voir au-dessus du glacier anonyme est d' une architecture compliquée, assez informe, rompue par des pans d' éboulis ou des névés-glaciers. Autant que l' isolement, ce manque de grandeur explique la solitude où sont restés les trente-cinq gendarmes de la crête. Notre visite sera la cinquième seulement, nous assure le gardien.

La Singla n' est en valeur que sur le versant italien ( pareille en cela à une autre montagne devenue pourtant fameuse: le Portjengrat ). De ce côté, elle domine la Combe d' Oren, sous le Col de Collon, d' une paroi formidable haute de 600 m, longue de deux bons kilomètres et labourée de couloirs. Je l' ai entrevue au cours d' une traversée à ski et ma convoitise date de ce jour. Oui vraiment, ce versant rachète l' autre; et de toute façon on doit savoir aujourd'hui se contenter d' une demi-montagne, quand elle est encore... demi-vierge.

2 h. 20 du matin. Un ciel très pur; un air si calme que la froidure est insensible, sinon dans la dureté du névé brillant comme du sel. Henri file à grandes enjambées droit vers le sud, suivant à longue distance le lumignon de la caravane Gaudin. J' emboîte le pas, et cette marche d' approche qui paraissait une corvée hier soir, interprétée par nos yeux, nous procure à présent une joyeuse 1 Le GAV 1937 propose de le baptiser Glacier de Blanchen. Je préférerais: de la Singla, vu l' importance de cette dernière montagne.

mise en train. La pente est juste assez déclive pour favoriser un pas accéléré, au meilleur régime des muscles et des poumons.

Sur les hauts névés d' Otemma les marécages de neige fondue de la veille se sont pris durant la nuit en dalles de verre dépoli. Et soudain un coup de pistolet part sous nos pieds. Nous nous arrêtons pile avec un haut-le-corps. A présent nous rions de la peur animale qui nous a traverse le cœur comme un éclat de verre. Ces fentes soudaines qui pètent dans toute la longueur de la glace sur-tendue par notre poids, nous les connaissons, elles sont sans danger. Mais nous avons beau nous raisonner: un frisson nous parcourt à chaque détonation nouvelle.

Une bonne heure de course, et déjà nous doublons le promontoire que projette en plein Otemma le sommet nord de la Singla. Le gros rocher de Gibraltar charbonne sur nos têtes dans la nuit. Ici prend fin la marche d' approche que nous craignions si longue, si ingrate. En bonne justice nous devons la faire passer du passif à l' actif de notre montagne.

Nous avons maintenant changé de cap et d' allure pour remonter le glacier tributaire au flanc ouest de la Singla. Mais au fait, on Gaudin a-t-il passé avec sa lanterneLà-haut sans doute, cache par la première marche. Et par on est-il montéUne intuition me pousse vers l' autre rive du glacier, en longue diagonale ascendante. Heureuse inspiration, qui nous évite un formidable réseau de crevasses. Celles que nous devons tout de même traverser donnent une idée de ces tranchées à pic pontées d' une croûte de neige. Mais encore une fois, on Gaudin a-t-il passé?

Comme une réponse, un appel nous vient d' en bas, du milieu du labyrinthe. Gaudin essaye de s' orienter sur nous. Nous descendons à sa rencontre pour l' aider à déchiffrer dans la nuit une moitié du rébus. Par signaux et appels nous parvenons à faire notre jonction au bout d' un quart d' heure. Gaudin a voulu suivre l' itinéraire connu de lui et décrit par le guide. Mais des crevasses, cette année, coupent le glacier jusqu' aux rochers de sa rive droite. L' expérience de Gaudin l' a fourvoyé et mon ignorance m' a tiré d' affaire. Le guide accepte avec le sourire, devant nous et devant ses clients, cette injustice du sort. Tant de sportivité achève de briser entre nous ce qu' il pouvait rester... de glace. C' est en camarades que nous continuerons la course.

Ainsi, au jour naissant, nous profitons sans vergogne des marches que Gaudin taille vigoureusement dans la pente sous le Col de Blanchen. Puis nous faisons halte ensemble pour un copieux déjeuner sur la crête inondée de lumière déjà tiède. Il est 5 h. 50. La journée s' annonce idéalement belle et calme. Nous savons, comme si nous l' avions déjà dans la main, que la course sera un pur plaisir, une pleine réussite.

La traversée du Blanchen s' offre comme une entrée d' amuse et d' amuse. Son arête est faite du tranchant de dalles posées de chant, feuille contre feuille dans le sens de la longueur, comme la provision d' un carrier. On trotte sur l' une, s' agrippe à l' autre; on sautille de crête en crête, on se suspend à d' énormes éclats en dents de requins. Cela donne à faire à la tête autant qu' aux membres, car le plaisir est d' aller vite par un enchaînement rythmique des mouvements. Nous n' essayons pas de dénombrer les gendarmes: ce qui marque, c' est l' allure générale de la montagne. L' air artificiel de son architecture nous rend à un sentiment d' enfance: celui d' être admis à jouer dans un monde ordonné par les adultes.

Les touristes de Gaudin sont bons marcheurs malgré leur âge. Toutefois, partis quelque temps après eux, nous les talonnons maintenant dans la descente vers la brèche de la Singla méridionale. Leur guide insiste alors pour que nous passions devant, et nous lui savons gré de cette nouvelle gentillesse qui nous vaut le plaisir de la découverte.

La première défense de la Singla sud est un gendarme isolé haut de quinze ou vingt mètres, amusant à gravir. Son rocher verdâtre est plissé horizontalement comme un lampion de papier. Le voilà baptisé. Une haute tour bifide le suit de près: nous l' avons repérée de loin comme un sérieux obstacle; et de fait on ne pourrait la forcer de front sans moyens artificiels. Mais c' est ici le point de soudure d' un puissant contrefort du versant italien1 qui vient former la nervure est de la tour. C' en est aussi le point faible: il est flanqué d' une cheminée-couloir par où nous gagnons laborieusement la brèche ouverte au nord de la double aiguille.Voilà le problème résolu.

Trois gendarmes aigus couronnant des murs à pic nous dominent maintenant. La grimpée en est aérienne à souhait. Le second, en lame de couteau, se laisse descendre au revers en varappe libre à la limite du raisonnable. Le premier pas est surplombant, au-dessus de la paroi italienne. Suivent dix mètres d' arête presque verticale. Une brèche en coup de sabre nous reçoit, profonde comme une oubliette. Elle nous laisse échapper par un mouvement tournant sur le versant suisse; et nous voici de nouveau sur l' arête, crénelée et toujours aérienne jusqu' au sommet sud. Deux heures et dix minutes après avoir quitté le Col de Blanchen, nous prenons possession du point culminant, enchantés de ce premier tiers de la traversée.

Il est encore si tôt que nous pouvons nous permettre une halte de 45 minutes en attendant les cordées qui nous suivent. Leur satisfaction fait chorus à la nôtre. Mais déjà nos regards vont en avant, vers le sommet central. Nous savons que les principales difficultés nous attendent sur ce tronçon encore vierge dans les descriptions du guide de 1923. Il est bâti en verticales massives. Deux brèches l' entaillent profondément; une dizaine de gendarmes de toutes tailles et de toutes corpu-lences garnissent la crête.

La descente du sommet sud se fait d' abord par une longue série de dalles en « planches à lessive ». Elles sont du genre malcommode, bien que facile, où l'on ne peut varapper proprement ni de face ni de dos; si bien qu' on se résigne à marcher la façon des hannetons retournés, les reins cambrés pour écarter de la pierre autant que possible son fond de culotte. On reprend enfin position humaine pour franchir deux gendarmes vertigineux minces comme des lames de pierre vibrant sous les coups. Au revers d' une dernière pointe la plongée des dalles à hannetons reprend sur vingt ou trente mètres, jusqu' au fond de la première grande brèche.Voilà un tiers du chemin derrière nos talons.

Et voici devant notre nez l' arête montant de la brèche en un jet vertical de douze mètres. C' est fin et chatouilleux, avec la prise qu' il faut au moment qu' il faut, sans faveurs superflues. Après quoi la montagne cesse de se défendre sérieusement et les trois petits gendarmes qu' elle a mis en sentinelles ne sont là que pour la parade. Une malice nous attend plus loin, dans une grosse tête de rocher bossuée comme un crâne de pithécanthrope. Elle surplombe d' un peu partout, mais il semble qu' on pourrait la tourner sur le versant italien. Toutefois elle porte un cairn à son sommet raison suffisante pour y aller voir. Quelques gros blocs permettent d' approcher du surplomb occipital. Debout sur la pointe du plus élevé je force le passage sans trop de peine et c' en est bientôt fait du crâne fossile. Sur l' autre versant une manœuvre d' assurage permet de passer sans émoi l' arcade sourcilière. La seconde brèche profonde s' ouvre au-dessous, au pied d' une nouvelle série de dalles.

Il est évident que nous sommes en train de prendre à l' envers toutes les dents de scie de la Singla. Chaque grimpée se fait à la verticale, chaque descente sur la pente d' un toit. Ce caractère de la montagne est si général que nous nous demandons si la traversée en sens inverse ne serait pas plus 1 Voir CN. C' est sans doute ce contrefort qui a déterminé la distinction, justifiable de ce côté seulement, entre le Blanchen et les Singla.

rationnelle. Les assommantes « dalles à hannetons » se grimperaient comme des échelles, tandis que la double corde assurerait ici ou là les descentes trop risquées.

Voilà justement pour sortir de la brèche un nouveau ressaut vertical et sans prises de quinze bons mètres. Celui-là, nous ne l' aurons pas de front. Il faut chercher un passage hors du fil de l' arête, dans le flanc italien. Quelques pas en roche pourrie conduisent au pied d' un dièdre délabré. Pas d' autre choix, c' est vite décidé... Plus vite que monté, car je trouve ici la première longueur de corde où j' aie à me dépenser vraiment. Est-ce l' annonce d' autres difficultés à l' abord du massif central? Revenu au fil de l' arête, je commence à le croire, à l' aspect d' une grosse tour d' aspect inquiétant. Je suis presque déçu en découvrant un large trottoir qui la tourne par la gauche. Quelques longueurs plus loin, nous voici arrivés sur une large terrasse d' éboulis au pied du ressaut sommital. y II mérite un respect admiratif, ce château de pierre ocrée que nous scrutions à distance depuis un bon moment. Massif et carré, il est taillé à la manière des roches du Mont Blanc, pour un effort athlétique. Les quinze premiers mètres doivent être relativement faciles; mais les quinze derniers sont verticaux: un grand mur rouge où court une lézarde. C' est le plus sérieux obstacle rencontré jusqu' ici, et sans doute il n' a pas son pareil dans toute la traversée. Or nous sommes en exploration, sans la moindre note sur l' itinéraire ni le moindre « clou » dans notre poche. Un peu à regret je me décide à prendre le château par la gauche, sur le versant d' Otemma plus visiblement praticable.

La solution était juste: j' ai pu forcer un chemin à travers dièdres et dalles de roche massive. Quelques minutes plus tard le sommet central est à nous, point final de ce deuxième parcours d' arête, plus beau encore que le premier parce qu' il exige une action à son image: plus ramassée et plus intense. Une heure vingt d' escalade, mais si remplie que le temps s' est dilaté jusqu' à devenir sans mesure.

Nous faisons une halte de lézards de près d' une heure sur les dalles du sommet Il est amusant d' abord de revivre la grimpée d' il y a vingt ou trente minutes en suivant des yeux les manœuvres des deux cordées Gaudin. Puis nous nous occupons à mettre un peu de clarté dans notre connaissance des montagnes italiennes. Cette région au sud des Pennines, à tort ou à raison, nous fait l' effet d' un « no man' s land » ingrat, solitaire, anonyme. Y a-t-il dans ces vallées et sur ces montagnes des paysans, des promeneurs, des alpinistes pour qui elles sont quelque chose? Nous avons déniché, du haut du Col de Blanchen, le minuscule bivouac fixe de la Sasse dans son désert d' éboulis. Voici maintenant à nos pieds le refuge Principessa di Piemonte dans le sien, sous le Col de Collon. Impossible de discerner un chemin qui conduise à l' un ou à l' autre. On dirait des épaves abandonnées sur les galets par la marée descendante. Sur nos versants à nous, cela grouille de monde, et il n' est pas un trait du paysage qui n' ait son portrait dans les tourniquets cartes postales. C' est le plus beau des mondes, mais avili par trop de familiarité. Ici au contraire - est-ce illusion d' optique ou ignorance de notre parttout paraît moins harmonieux, moins séduisant - plus inhumain, et pour cela plus émouvant.

Un long chemin nous sépare du sommet nord, point culminant de toute la Singla. Sa haute crête, comme une vague de pierre jaillie du fond d' Otemma, s' est arrêtée en plein ciel au moment de déferler sur l' Italie. Déjà le bord s' enroulait en surplomb avec çà et là une écume de neige. Une seule brèche profonde nous en sépare, mais la distance horizontale est sensiblement plus longue que du sommet sud au central. Il y aura du travail encore.

Nous savions quel genre de descente nous attendait: des dalles, toujours et sans fin. Mais sur le rocher compact de cette partie centrale les lignes sont plus simples et plus belles. De temps à autre l' arête se soulève encore, mais en deux coups de rein on vient à bout de ces ressauts en dent de scie, 14 Les Alpes - 1961 - Die Alpen209 et la seule aiguille vraiment sérieuse, carrée comme un donjon, se tourne sans peine du côté italien. Aussitôt après recommence la descente au profil fuyant, coupée de distance en distance d' une marche en plein vide. Mais toujours, au point de chute, on trouve les prises qu' il faut pour descendre d' une tuile à l' autre. La dernière, lisse et violette comme du marbre poli, cède à un court rappel: nous voici au fond de la grande brèche.

Une fois de plus - une dernière - il faudra quitter l' entaille par le tranchant de l' arête: dix mètres verticaux. Au-delà, c' est fini: la montagne renonce à la résistance brutale et ne cherche plus à nous avoir que par l' usure en multipliant les menus obstacles, aussi laborieux par le nombre que les grands par la taille. Mais nous en avons vu d' autres, Henri et moi; sans compter qu' aujourd nos muscles sont insensibles à la fatigue. La longue traversée d' hier - au fait, comme elle semble lointaine dans le tempsn' a laissé en nous aucune lassitude. Au contraire; et c' est une confirmation de plus d' un fait souvent observé: au lendemain d' une course éprouvante, on dispose d' un corps renouvelé. Miracle de cette machine, « la seule qui se répare en travaillant »!

Il faut bien cette humeur pour accepter sans murmure la découverte que nous faisons en parvenant au sommet: il y a deux Singla nord, d' altitude à peu près semblable mais distantes de plus de 200 m. Nous sommes sur la première, il ne nous reste qu' à rentrer dans la danse, de tour en brèche et de brèche en tour. Enfin, une heure et demie après avoir quitté le sommet central, nous touchons le vrai sommet nord. Il est 12 h. 40. Nous avions craint une course interminable: la voici achevée, et rarement nous nous sommes accordé de si longs repos. Le dernier, ici-même, sera la grande halte-dînatoire. L' esprit désormais insouciant peut se dilater à son aise pendant que le corps se refait à la mangeoire comme une brave monture.

Trois quarts d' heure plus tard Gaudin et ses touristes nous rejoignent. Ni le monsieur anglais ni la dame ne paraissent fatigués et nous les félicitons sincèrement. Toute leur passion, disent-ils, c' est la montagne. Leurs vacances alpines sont la grande affaire de chaque année, et puisse leur bonheur durer jusqu' à la blanche vieillesse! Us ne sont ni les premiers ni les derniers de leur nation à hanter nos montagnes oubliées. Elles sont faites pour leur tempérament actif et curieux; contemplatif plus encore: mais cela, ils ne le disent pas.

La descente de l' éperon WNW de la Singla nous imposa plus d' une heure de « dalles à hannetons » avant de nous laisser échapper dans la paroi. Et cette fois vraiment nous en avions assez de cette reptation grotesque et fatigante. Après cela, les pierriers, les névés, les bancs de roches moutonnées descendus par des coulisses ruisselantes nous parurent un amusement; et pourtant nous étions au gril comme poulets à la broche dans le cirque enflammé par le soleil d' ouest. Il fallut chercher quelque temps une échappatoire à la dernière paroi déchaussée. Nous la trouvâmes dans un couloir d' avalanches au flanc du pilier ouest du sommet nord et bientôt le Glacier de Blanchen était sous nos pieds. Nous avions pu reconnaître, de notre perchoir, le labyrinthe où Gaudin s' était fait prendre le matin. Nous n' eûmes aucune peine à lui échapper.

Le retour aux Vignettes par le Glacier d' Otemma devait être le dernier acte de la journée. Au lieu des plaques de glace sautant ce matin sous notre poids, des marécages engloutissaient maintenant nos pieds jusqu' aux chevilles. Ce retour, c' est le point faible d' une course par ailleurs si belle: on en a pour deux bonnes heures, assez pour se maudire d' avoir été chercher le bonheur si loin. Mais comment se plaindre aujourd'hui? En cette fin d' après la longue avenue d' Otemma était d' une beauté presque surnaturelle. L' éclairage d' ouest la prenait en enfilade et le glacier luisait comme une chaussée d' argent. Un ciel semé de nuages ronds mettait sur les montagnes des frondaisons blanches de cerisiers et dans leurs flancs des ombres immobiles. Il y avait une telle paix, une telle gloire que cette heure semblait devoir durer toujours: il n' était pas possible que quelque chose vînt détruire une pareille harmonie; et nous avions presque honte de nous, pauvres mouches engluées, seule misère dans cette perfection.

La Singla du nord au sud, 27 juillet I960. Cette première traversée de la Singla m' avait suggéré que la bonne formule serait de faire la course en sens inverse, soit du nord au sud ( contrairement à ce que je lus plus tard dans le GAV de 1937 ). Premièrement, on éviterait ainsi les « dalles à hannetons » qui forment la majeure partie des passages de descente quand on vient du sud. En montée, ces plans inclinés devaient offrir une gymnastique agréable et rapide. Quant aux passages de descente, deux seulement exigeraient la double corde: le mur sommital de la pointe centrale et un peu plus bas le ressaut dominant la première brèche profonde ( brèche du dièdre ). D' autre part, la marche d' ap se réduirait à une heure et demie jusqu' à l' attaque de la paroi. Les gradins moutonnés et les névés de ce flanc ouest offriraient, à l' aube, une montée agréable. Enfin la voie de retour, une fois le Blanchen traverse, emprunterait les pentes neigeuses du col puis du glacier du même nom, c'est-à-dire un terrain favorable à de belles glissades.

Sept ans plus tard, le 27 juillet 1960, je pus vérifier cette hypothèse. J' avais pour compagnons Henri Mercier, comme la première fois, et Philippe Metzker. Le temps, sans nuages au départ, se gâtait en cours de route, réduisant nos haltes à un minimum ( 50 min. du départ des Vignettes au retour à Otemma ). Il commençait à neiger au sommet sud. Il fallut abandonner l' arête près du sommet du Blanchen pour fuir la tempête dans la face ouest, descendue en vingt minutes par des rochers polis et de la caillasse. Le Glacier de Blanchen était une fondrière de neige pourrie. Ayant pu repérer du sommet sud le chemin à travers les séracs supérieurs, nous n' eûmes pas de peine à les franchir dans le brouillard. Plus bas la rive droite du glacier était presque sans crevasses, telle que Gaudin l' avait trouvée lors de sa première tentative. ( On peut donc considérer comme exceptionnelles les conditions d' août 1953. ) Le retour par le Glacier d' Otemma se fit à la boussole dans le brouillard et la neige toujours plus épaisse.

On peut maintenant conclure. Conformément à mes suppositions, la montée du sommet nord par le versant et l' éperon ouest ( éperon WNW plus exactement ) s' est révélée agréable et intéressante. C' est en soi une course qui pourrait suffire au plaisir de plus d' une cordée. Au retour, la descente du Col de Blanchen permet de perdre de l' altitude sans fatigue. Enfin le parcours de l' arête du N au S est plus commode: les montées de dalles sont amusantes, les deux rappels aux endroits prévus sont faciles à poser. Ils mesurent quinze mètres exactement l' un et l' autre. Au sommet central se trouve un solide piton qui n' existait pas en 19531. Pour le second rappel un bec de rocher permet un bon ancrage. Les temps de notre cordée de trois ont été plus courts que sept ans auparavant en cordée de deux. Il est vrai que nous n' étions plus en exploration.

1 On lit dans le GAV 1937 que le mur du sommet ( évalué à 30 m, chiffre qu' il faut corriger en 15 m ) a été escaladé en 1926 lors de la première traversée intégrale de la Singla par Maurice Gilbert avec Antoine Georges et Jean Follonier. Le passage, qualifié de « délicat », est franchi « au moyen d' une fissure difficile ».

Blanchen Singla Som. sud Singla Som. sud Singla Som. central Singla Sommets nord La Singla, versant italien NB. Les deux croquis se raccordent au sommet sud On tourne à droite ou à gauche un petit nombre seulement de gendarmes, à savoir ( dans l' ordre, du N au S ):

- Le gros gendarme carré à mi-chemin de la montée brèche nord-sommet central: par la gauche ( Italie ).

- Le gendarme qui suit immédiatement le rappel du sommet central: par la droite.

- Le « crâne », au sommet de la remontée qui suit le deuxième rappel ( brèche du dièdre ): par la gauche. ( On peut néanmoins le traverser.Le premier gros gendarme au S du sommet sud: par la droite. ( Il précède le gendarme difficile « en lame de couteau » dont le pas terminal surplombe.La tour bifide isolée au S du sommet sud: par la gauche ( Italie ) comme dans notre traversée de 1953, ou par la droite ( mauvais rocher ) comme en 1960, où le versant italien était barré d' une corniche.

Du S au N( 1953 ) Vignettes-Col de Blanchen Col de Blanchen—sommet sud Sommet sud—sommet central Sommet central—sommet nord Sommet nord-glacier Glacier-Vignettes Horaires Du N au S ( 1960 ) 3 h. 30 Vignettes-pied de la paroi ouest 1 h. 40 2 h. 10 Pied-épaule du promontoire WNW 1 h. 10 1 h. 20 Epaule-sommet nord 1 h.

1 h. 30 Sommet nord-sommet central 1 h. 15 2 h.

Sommet central-sommet sud 1 h. 25 2 h.

Sommet sud-brèche du Blanchen 1 h.

Brèche-Blanchen 0 h. 20 Blanchen-Glacier d' Otemma 1 h. 35 Otemma-Vignettes 2 h.

12 h. 30 Marche effective 11 h. 25* Marche effective * Pour la traversée nord-sud, départ des Vignettes à 4 heures de manière à être avec l' aube à l' attaque du versant ouest. L' itinéraire de montée par ce versant au sommet nord est bien décrit dans GAV 1937 sous le n° 703, avec un croquis p. 335.

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