Hindou Kouch - Recette d'expédition pour neuf personnes

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Ruth Steinmann-Hess, Zurich

« Prendre... » est recommandé dans chaque recette de cuisine, et il ressort du mélange des ingrédients un goût plus ou moins appétissant.

De même, lors de la préparation d' une grande expédition de montagne, on cherche à se procurer des recettes utilisables, c'est-à-dire un guide ( s' il en existe ), des cartes ( outremer souvent difficiles à obtenir ou seulement à l' état d' esquisses ) ou des rapports à étudier. Ces derniers sont passionnants à plus d' un titre ou écrits avec humour, mais généralement ils ne sont pas truffés d' indications utiles.

Cela m' a donc incitée à enrichir ce rapport d' élé utilisables, avant de servir au lecteur ou à l' imitateur éventuel une nourriture plus littéraire.

Il s' agit de l' ascension du Noshaq, qui avec ses 7492 mètres est la plus haute montagne afghane de la chaîne de l' Hindou Kouch.

Pour l' été 1973 nous nous étions réserve un six mille encore vierge du Pamir afghan. Erich Vanis, Walter Knezicek et moi-même nous nous étions occupés de rassembler le matériel et les vivres, et de trouver des lignes aériennes favorables. Mais malgré les efforts intensifs d' Erich auprès des services gouvernementaux autrichiens, et des miens auprès de l' ambassade d' Afghanistan à Bonn pour obtenir les visas d' escalade pour notre troupe de neuf personnes, nous n' y étions pas arrivés. Il ne nous restait plus, le jour avant le départ, qu' à informer nos camarades que les visas pour grimper manquaient. Nous en avions le cœur lourd, n' avions pas eu des mois pour les obtenir? Comment pourrions-nous faire croire à nos camarades que nous n' avions cessé d' écrire, de téléphoner, d' envoyer des cartes, des listes de participants, des photos et des recommandations à l' ambassade et au Ministère de l' extérieur, et que toute notre peine avait été vaine?

Une voix orientale ensommeillée me confia au téléphone, deux jours avant la date du départ, que nous recevrions certainement notre autorisation une fois que nous serions à Kaboul.

Par conséquent, arrivés dans cette capitale nichée entre deux montagnes à 1800 mètres d' alti, nous n' avons rien eu de plus pressé que de nous rendre au Ministère de l' extérieur: Erich qui est chargé de la conduite technique de notre expédition, Walter en tant que « ministre des finances » et moi-même comme « hôtesse », ayant à m' oc de la nourriture, des vols, de l' entretien, des transports, etc.

Au Ministère de l' extérieur, Département de la culture, Bureau des ascensions, nous recevons après quelque attente un rendez-vous pour le mardi 4 juillet, et le lendemain nous sommes à l' heure dans ce même lieu. Après quelques instants apparaît, très aimable et ouvert, M.Am-schir, le chef du Département de la culture, qui de son côté nous fait faire la connaissance de M. Husseini, le chef du Bureau des alpinistes. Ces deux messieurs parlent couramment l' un l' allemand, l' autre l' anglais; M. Husseini explique que cette année personne n' est autorisé à dépasser les limites du village de Quala-Panja; aucune ascension n' entre également en ligne de compte dans cette zone du Wachan oriental. A l' exception de l' expé « Marco Polo » de l' Italien C. Mauri qui, avec son fils de 15 ans, veut parcourir la route de la soie avec des chevaux et des chameaux, à l' exemple de son illustre prédécesseur, qui a donné son nom à cette route il y a sept cents ans. Sous protection de la police bien entendu, nous assure M. Hussein. Nous devons enterrer nos plans du jour au lendemain et nous chercher un but atteignable. Après quelques hésitations Erich se décide pour le plus haut sommet d' Afghanistan, le Noshaq, 7492 mètres.

Le 5 juillet nous recevons notre autorisation pour cette ascension, et avec elle nous devons maintenant aller discuter au Ministère de l' inté rieur. Malheureusement les gens ici ne sont pas aussi avancés que leurs collègues des Affaires exté- rieures. Je vous épargne le rapport détaillé des heures, plus, des jours d' attente et de cette course d' obstacles auprès du Gouvernement afghan. Enfin le bon mélange semble être fait des jurons d' Erich, de mes demandes incessantes et d' un bakchich sous forme d' un assez gros billet de banque ( c' est probablement ce dernier qui a été décisif !) Une tournée de Fanta, une des boissons supportables pour nous autres Européens à Kaboul, améliora encore l' atmosphère chez ces fonctionnaires. Une heure plus tard nous tenons dans nos mains le bout de papier qui nous a coûté tant de peine et d' énergie nerveuse. Les noms et les numéros de passeports des neuf membres de l' expédition y sont proprement écrits en pharsi et en grec. Ce sont: quatre femmes ( i Allemande, 3 Suissesses ) et cinq hommes ( 2 Autrichiens, 2 Allemands et 1 Français ).

Se procurer un autobus convenable pour la route jusqu' à Fayzabad ne pose pas de grand problème. Pendant que nous sommes à table à l' Hôtel Kyber un Afghan offre son auto et ses services, plus ceux de l' assistant, pour un prix exorbitant. D' autres indigènes rabattent bientôt cette offre. Nous nous donnons du temps, comparons, nous confiant au lendemain selon les méthodes locales de commerce. Entre-temps les membres féminins de l' expédition s' occupent de l' achat des vivres. Nous achetons directement au bazar tous les produits du pays, et une nuée d' Afghans nous y accompagnent en prodigant des conseils. Au supermarché pour Européens on trouve certainement de tout, mais deux ou trois fois plus cher. C' est pourquoi on a meilleur temps d' apporter d' Europe la nourriture concentrée.

Pour le prix de 1200 afghani nous affrétons finalement un bus Toyota presque neuf: sont compris l' essence, le retour à vide du véhicule et le péage de la route. Quatre jours plus tard, après un parcours de plus de 1000 kilomètres par Mazar-j-Sharif, le fameux lieu de pèlerinage, et Balch, la ville du couronnement de l' empereur Alexan- dre, nous atteignons le chef-lieu de la province septentrionale de Badachshan. Fayzabad, indiquée sur la plupart des cartes, s' est déjà fait un nom au Moyen Age. C' est là qu' on taille la pierre bleu profond de lapis-lazuli, qui jouissait d' une grande faveur auprès des anciens Grecs et gagnait l' Europe par la route de la soie. Fayzabad possède une petite pension, qui se dresse sur un rocher au milieu du courant écumant de la rivière Kostka. Il y fait délicieusement frais et le nouveau pont de béton ne sera plus jamais, comme celui qui était en bois, arraché par la pression de l' eau. Il y a au bazar des fruits et des légumes frais en grande quantité et d' un choix étonnant. On fait bien de s' en approvisionner une dernière fois. C' est aussi la dernière occasion d' acheter de l' essence. Un tonneau pour l' auto est indispensable. La route à moitié passable jusqu' ici - et qui ne mérite pas très souvent cette description - se termine complètement! Les chauffeurs refusent d' aller à Wachan dans la direction est, parce que ce serait encore plus dangereux. A nouveau avec l' aide des indigènes nous essayons de départager le meilleur des quatre petits camion qu' on nous offre. Il est recommandé de jeter un coup d' œil aux pneus, qui montrent à l' occasion des déchirures jusqu' à la corde et qui roulent souvent plus sur cette dernière que sur le caoutchouc. Cela nous est arrive l' année passée, alors que nous gravissions l' Ur de 7038 mètres d' altitude. Mais des trous sur le pont ou de mauvais freins ne sont pas rares. Pour les freins, on s' apercevra avec terreur de leur mauvais état, à quelques kilomètres à l' est de Fayzabad, en direction de Wachan. Mais le chauffeur y est prépare! Sur le marchepied pendant à l' arrière de la voiture nous accompagne « pour tous les cas » le Batshi, celui qui freine. Aux endroits dangereux il saute à terre et jette un coin de bois sous la roue qui dérape. Tranquillisé et admiratif, le voyageur constate l' énorme habileté et la sûreté de cet « homme-frein ». « Panda-Panch », la cinquième vitesse, ainsi nomme-t-on cette manière d' empê les roues de repartir en arrière. Aucun d' entre nous n' aimerait passer une journée de voiture pénible, par monts et vaux, dans des gorges ou sur des ponts menaçant de s' écrouler, sur un marchepied en dehors de l' auto, entouré d' un nuage de poussière chaud et collant. Pauvre Batshi! Toutes nos articulations souffrent pour lui des soubresauts sans confort de nos caisses de matériel et de vivres.

Notre prochaine grande étape est à Eskashim, où deux policiers nous conduisent pompeusement chez le gouverneur. Celui-ci regarde avec des yeux ronds les neuf alpinistes et l' autorisation qui les concerne et donne finalement son feu vert pour continuer la route. Le to juillet, vers 17 heures, nous atteignons Quasi-deh ( 2550 m ), le point de départ de notre ascension. Les gens sont ici certainement plus aimables qu' au village d' Urgunt où nous étions il y a un an. Ils ont davantage d' expé du portage, et la localité est quelque chose comme le Zermatt de l' Hindou Kouch. Sur une prairie pas loin du ruisseau, nous montons notre camp pour une nuit. Tôt le lendemain matin, les porteurs entourent nos habitations et attendent leurs charges. Celles-ci doivent être emballées par 30 kg et pesées. Le prix du transport est fixé à 700 afghani par 30 kg jusqu' au camp de base, qui se trouve à deux jours de marche plus haut ( 100 afghani = 6 fr. ). Le chef du village se réserve également un salaire de porteur, bien qu' il se déplace « sans charge ». Plus tard il se montrera bon pis-teur, et surtout utile aux porteurs et alpinistes lors des traversées de torrents, au point que sa présence est inestimable " il mérite vraiment sa récompense. Dans l' animation du démontage du camp, de l' emballage, de la cuisson et de la consommation du petit déjeuner; les charges sont contrôlées et inscrites. Près de nous, Vroni, notre médecin, s' occupe une fois de plus de soigner les malades à même le sol devant la caisse ouverte de pharmacie.

Vers o heures, la troupe bigarrée se met en mouvement; elle se compose de 25 porteurs, de divers accompagnants et de nous, les alpinistes. La longue vallée de Quasi-deh ne monte que très graduellement. Sans pitié le soleil nous brille bientôt. Certains d' entre nous cherchent un soulagement en trempant leur chemise dans le torrent et en la remettant toute mouillée sur leur peau surchauffée. Encore deux ou trois chapeaux pleins d' eau sur le visage et les cheveux, puis le couvre-chef frais par-dessus - et on se sent rafraîchi pendant la demi-heure suivante. Avec reconnaissance nous profitons de chaque ruisselet, qui nous aide à nous rafraîchir toujours à nouveau. Après une forêt d' églantiers, nous atteignons la rivière Man- daras vers 16 heures, et en même temps notre étape du jour. Cette rivière rapide ne peut être traversée qu' au matin, avant que le soleil accélère la fonte des neiges et augmente le débit de l' eau. A quel point un bain involontaire dans l' eau glacée peut être désagréable et même dangereux, j' en fais l' expérience le lendemain matin. Alors que je suis encore dans la rivière avec de l' eau jusqu' aux cuisses, en pantalons courts et pantoufles de gymnastique, la main d' un porteur serviable attrape mon bras depuis l' autre rive. Une secousse — et avant que je m' en aperçoive, je gis entre les blocs de rochers dans l' eau tourbillonnante. Le pantalon long, de même que les souliers de montagne que j' ai prudemment pendus à mon cou supportent la chute relativement bien. Claquant des dents et bleue de froid, j' atteins la rive, où mes camarades m' ont préparé du linge sec et les porteurs un feu pour me réchauffer. Je trouve à peine le temps d' en jouir. Nous devons continuer, pour que les torrents suivants ne nous présentent pas encore de difficultés.

Nous montons fortement et sans répit vers le gué du Mandaras. A 6 h 30 le soleil apparaît déjà et nous brille bientôt de ses rayons, tellement que mon bain matinal semble tout à fait irréel. Nous gagnons rapidement de la hauteur, comme le montre l' altimètre avec 250 mètres. Grosse est pourtant la déception que nous ressentons ici: nous devons descendre dans la vallée suivante, toute la montée était « pour des prunes »!

Le Quasi-deh, qui s' est taillé son lit dans des parois impraticables, nous accompagne presque toute la journée. Parfois de gros rochers ou des restes d' avalanches barrent le chemin de la rive, et nous devons faire de la gymnastique pour monter des pentes raides d' éboulis parsemées de blocs. La faim et la soif nous font faire une halte sur un pâturage misérable où des schistes composent malheureusement la seule distraction. Trois passages à gué nous éreintent, car il s' agit chaque fois d' attacher les pantalons et les souliers autour du cou, si on ne vent pas arriver au camp de base trempé jusqu' aux os. Plus tard nous découvrons une rigole d' une magnifique eau d' un bleu profond. Pendant nos jours de repos nous y viendrons souvent pour nous baigner et faire la lessive. Nous montons le camp de base ( CB ) à une altitude de 4200 mètres, à un endroit où les porteurs d' expédi précédentes ont élevé de véritables murs de pierre contre le vent et la pluie. Les porteurs dorment à leur abri, alors que nous installons notre village de tentes et aménageons la tente-cuisine selon les possibilités du terrain.

Tous sont vraiment fatigués et se couchent, après avoir assisté à une démonstration impressionnante d' escalade du Ve degré, que fait Udo sur les rochers de l' abri avec, aux pieds, les seuls chaussons intérieurs de ses souliers de montagne; cette action lui vaut le respect et l' admiration assurés des porteurs.

13 juillet: Walter, Ernst et trois indigènes que nous avons retenus, sont en route pour établir le camp I. Les autres porteurs descendent enfin, après nous avoir réveillés avec leurs palabres à 5 heures, en ce jour de repos. Au camp de base,'il reste quelques bricoles à faire: mettre en ordre les vivres, faire les sacs pour le lendemain, annoter les films, enfin se laver... et cuire « à gogo ». A midi, c' est la mauvaise surprise: les trois porteurs de même qu' Ernst reviennent déjà. Les porteurs ont prétendu que la place du camp I n' était qu' à deux heures d' ici ( tous les moyens de persuasion sont restés vains; les hommes ont pose leurs charges et sont redescendus ). Erich est furieux et leur rabaisse leur paie des 400 afghan fixes à 250.

14juillet: Après avoir marché pendant deux heures en terrain délité, Erich, Udo, Bernard et moi atteignons le suppose camp I qui, sans aucun doute, fut le camp de base d' une expédition précédente. Nous trouvons des centaines de boîtes vides, des tubes pressés et des sacs en plastique éparpillés sur le plateau. Cela semble très peu appétissant. A notre dégoût, les cantines, que nos porteurs ont déposées ici, nous obligent à y passer, ne fût-ce qu' un peu de temps. Nous nommons ce lieu le « camp des salmonella » ( 4500 m ). Lourdement charges, nous grimpons bientôt plus haut et trouvons, à 4780 mètres, une place qui convient à notre camp I. Nous dressons trois tentes et prévoyons pour le lendemain matin le premier assaut à la montagne. Nous passons cette nuit au camp des salmonella; nous y sommes contraints, car il s' y trouve de grandes quantités de vivres. Heureusement c' est la seule nuit que nous devons passer dans cet endroit pollué.

15juillet: A 4 heures Erich, lui-même très éveillé, sonne une diane énergique à l' aide d' un réveil de poche. Après une assiettée desoupe,nous nous mettons en route sans grand plaisir à 5 h 30 et sommes à 7 heures près des tentes du camp I dressé la veille. Nous changeons de paquetages et traversons la moraine vers le couloir de glace que nous avons choisi comme voie de montée. Nous avançons bien grâce aux crampons et aux bâtons de ski, même si l' altitude nous donne du travail. Malheureusement nous tirons à gauche vers les rochers, ce qui est une erreur. La voie de montée semble passer par la droite. Exposés nous traversons environ 200 mètres en montant vers la droite, au-dessus du couloir-dévaloir, et atteignons enfin un éperon rocheux extrêmement délité. Plus haut nous trouvons des traces humaines, des boîtes rouillées, quatres bâtons de ski: clairement nous sommes maintenant sur le bon itinéraire, même sans carte. Notre matériel cartographique se limite à la zone de notre première expédition prévue au Pamir. De la région du Noshaq nous ne possédons aucun document de base. Entre-temps il est 11 heures, et nous avons atteint l' altitude de 5200 mètres. Nous y établissons un dépôt de maté- riel, tandis qu' Erich, encore dans l' élan de l' ac, escalade l' éperon rocheux suivant jusqu' à 53 to mètres. C' est encore trop tôt pour le camp II, mais pour aujourd'hui nous n' avons plus de plaisir à grimper. Le manque d' acclimatisation se fait désagréablement sentir; nous souffrons de maux de tête, et en partie de nausées.

Nous essayons de descendre par deux côtes rocheuses, qui se montrent toutes deux des éboulis pitoyables. Ce que l'on empoigne comme d' ail ce sur quoi on marche, tout est branlant et dévale la pente. Nous sommes heureux de ne pas être atteints par les rochers et les débris qui glissent derrière nous. Bien plus bas on peut, grâce aux bâtons de ski, faire des bonds de kangourou.

Après la traversée de la moraine, nous atteignons, vers 14 h 30, le camp I, où Vroni et Knezi sont à table. Ils ont aujourd'hui porte deux fois des charges du camp des salmonella au camp I et veulent reprendre l' assaut le lendemain. François aussi a porte une charge aujourd'hui jusqu' au camp des salmonella, tandis qu' Ernst et Angelika sont restés au camp de base. Tous deux ne se sentent pas bien.

Du 16 au 24 juillet, nous transportons du matériel de niveau en niveau et établissons, l' un après l' autre, sur l' arête ouest du Noshaq, les camps II ( 5770 m ) et III ( 6300 m ). Des tentes, des vivres, des réchauds, de l' essence, des matelas, etc. sont portés ensemble à des camps d' altitude plus ou moins confortables, afin que des vivres et de l' équipement y soient disponibles pour un séjour de plusieurs jours.

Il s' est fait une nouvelle répartition des groupes, soit pour cause de maladies, soit pour des raisons d' amitié. Ainsi Erich, Knezi et moi-même passons la nuit du 23 au 24 juillet au camp III comme première cordée de sommet.

24 juillet: La journée sera longue et dure! Knezi et moi-même haletons. L' altitude ne semble rien faire à ce vieux renard d' expéditions d' Erich. Comme des bulldozers, nous montons en faisant des marches. L' altimètre montre désespérément peu de gain d' altitude, ce que je ne veux simplement pas croire. Quoi qu' il en soit, nous sommes en route depuis 7 heures et le ressaut rocheux, qui commence à 6600 mètres doit pourtant avoir apporté quelque hauteur! Nous trouvons plusieurs vieilles cordes que nous regardons à peine et employons encore moins. Le rocher n' est pas difficile et il donne suffisamment de prises, tant pour les mains que pour les pieds. A la descente, dans la neige, nous prendrons volontiers en considération les cordes délibérément délaissées, car il y aura io centimètres de neige fraîche sur les ressauts rocheux devenus totalement verglacés.

Vers midi l' éperon rocheux apparaît au-dessous de nous, et voilà justement qu' émerge pour la premièrefoisle sommet du Noshaq entre les franges de brouillard. Enchantée par ce coup d' ceil, j' ap mes camarades qui, un peu en dessous, prennent des photographies. Mais à peine montent-ils tous deux que la vue splendide a de nouveau disparu. Le brouillard libère encore une fois le sommet convoité, brillant de neige. J' utilise ce moment pour étudier soigneusement la suite de l' ascension entre le rocher et le plateau glaciaire. Alors, brusquement, je me trouve devant le cadavre d' un homme, dégagé de neige. Plus tard nous apprendrons que depuis le 18 juillet 1971 cinq Bulgares sont portés manquants au Noshaq. Tous étaient des « maîtres de sport », une distinction que les Etats de l' Est délivrent aux bons sportifs. Toujours à nouveau gelé par le grand froid, dégelé à l' occasion par le soleil brillant, le mort est brun-rouge, à moitié gelé, à moitié momifié. Juste sous le Bulgare est ancrée une corde de perlon vert, celle-là même qui sert de corde fixe sur le ressaut rocheux. Quant a moi, cette macabre découverte me bouleverse et me poursuit sans arrêt pendant toute l' ascension. Et si, aujourd'hui déjà, cette montagne est considérée comme un sept mille « facile », ce sommet ne doit pas cependant être sous-estimé. L' altitude et les changements de temps sont des facteurs à prendre au sérieux à ces hauteurs.

Nous continuons, traversons le petit plateau glaciaire, puis montons en nous tenant légère- ment à gauche. Nous avons eu tort! L' arête d' éboulis, à droite, aurait été plus facile. Notre pente glaciaire est sans fin. Nous cherchons vainement une place de bivouac. Enfin, voici un rocher au milieu du désert de glace! Avec beaucoup de patience et de peine, nous mettons toutes nos forces à creuser avec le piolet la neige et la glace du côté montagne. Nous entassons des blocs de glace contre le rocher et, à côté, obtenons une terrasse juste suffisante pour une tente à deux places. Les sacs à dos sont amarrés, les bâtons de ski et les crampons plantés solidement, puis nous nous glissons avec reconnaissance dans notre abri de nylon. La seconde tente reste pliée, car il n' y a pas d' espace pour elle. Avec les gros sacs et vestes de duvet, on est serré à trois dans ce logis étroit, mais nous nous sentons protégés et contents. L' alti d' Erich ne montre toujours que 6500 mètres, ce qui nous étonne et nous inquiète.Voilà soudain que le brouillard descend, et la vue est libre! Pas une montagne... On ne voit ni le splendide sommet double du Ghul-Lasht-Zom, ni la pyramide du Koh-e-Kesnikan ( 6800 mètres ). Toutes les montagnes sont plus bas que nous, noyées dans la mer de brouillard. Cela nous remplit de joie et de tranquillité. Nous sommes bien plus haut que ne le veut l' altimètre! Le camp IV est situé vers 6900 mètres! Heureux, nous nous glissons à nouveau dans les sacs de couchage. Il en est d' ailleurs grand temps.

Entre-temps, une tempête est survenue, qui prend des allures angoissantes et secoue violemment les ancrages de la tente. Je crains à plusieurs reprises que la tente soit emportée dans la pente avec nous. Chaudement empaquetés, nous somnolons pourtant en attendant le matin.

25 juillet, 6 heures: Nous mettons un temps infini à nous préparer au départ. L' un après l' autre, nous nous extrayons de nos sacs de couchage et de la tente protectrice, qui est maintenant couverte d' une épaisse cuirasse de glace. La journée est claire, le froid et le vent sont mordants et nous coupent le souffle. Dans le moment qu' il faut pour mettre les crampons, Erich se gèle les doigts, et il disparaît aussitôt dans la tente. Knesi et moi ne réussissons pas mieux. Mes pieds sont bientôt insensibles - malgré des chaussures triples! Nous battons aussi en retraite dans la tente, où nous passons l' heure suivante à nous masser les mains et les pieds. L' air est si raréfié que chaque mouvement demande un effort de volonté. On voudrait dormir et tout oublier. Périodiquement, quelqu'un jette un coup d' œil hors de la tente, mais la tempête ne faiblit pas.

Il faut pourtant faire quelque chose: montée ou descente? Nous nous équipons une seconde fois. Pour la descente? Si près du sommet? Il semble que l' air s' est un peu réchauffé. Un soleil hésitant se met à luire. Engoncés dans nos vestes de duvet et nos coupe-vent, nous nous escrimons à monter en soufflant péniblement. Le camp IV est déjà cent mètres au-dessous de nous, et on se rend bien compte maintenant combien la situation de cette tente est exposée. Nous la baptisons donc le Nid d' hirondelle. Elle est vraiment collée à un clocheton rocheux au-dessus du vide. Plus haut, nous atteignons l' arête, d' où nous jouissons soudain d' une vue saisissante sur un nouveau massif. Juste devant nous s' élève la plus haute montagne pakistanaise, le Tirich Mir, dont les 7770 mètres dominent notre sommet de deux cents mètres. Ses séracs sont puissants. Ses arêtes et ses parois s' échafau les unes sur les autres. Apparition majestueuse! Le Ghul-Lasht-Zom ( 661 i et 6665 m ), le Gumbaz-e-Safed ( 6800 m ), le Korposht-e-Yakhi ( 5698 m ), et beaucoup d' autres sont maintenant tous à nos pieds. Comme ils semblent petits, eux qui nous dominaient du haut du ciel quand nous étions au camp de base! Nous aimerions rester sur place pour admirer ce spectacle, pour chauffer du thé et pour nous reposer. Mais la tempête et le manque d' oxygène rendaient déjà la cuisson du thé impossible au camp IV, et nous y parviendrions encore moins ici sur l' arête. Il est vrai que l' expérience enseigne que les alpinistes en plein effort doivent boire au moins trois à cinq litres de liquide par jour. Mais, comment y parvenir ici? Demain, de retour au Camp II, nous chaufferons de l' eau pendant des heures, nous boirons du thé, du café, de la soupe, du chocolat. D' ici là, notre soif deviendra presque inextinguible. Maintenant déjà, sur le chemin du sommet, nous sommes desséchés, et il nous est pénible d' avaler. Le corps ne doit plus perdre d' eau ( ce qui a aussi ses avantages !) En avant! Nous nous encourageons en silence. Marcher, rien que marcher! Chaque pas est un effort qui demande deux ou trois respirations. Par moments, je voudrais abandonner, mais je me fais violence. Est-ce que les deux autres ont autant de peine? Ou est-ce seulement moi, la « faible femme »? En tout cas, nous sommes tous heureux quand, après quelques bosses, nous touchons enfin le sommet.

Notre expédition a remporté encore d' autres succès les jours suivants. Les cinq hommes ont atteint le sommet du Noshaq; des quatre femmes, il ne reste malheureusement que moi.

Il se révélera plus tard qu' aucun Suisse n' a atteint le plus haut sommet de l' Afghanistan avant nous. Je me réjouis naturellement beaucoup que ce géant de glace ait maintenant été gravi par un Suisse ( et même par une Suissesse ). Mais je n' en éprouve pas les sentiments exaltants dont j' ai entendu parler auparavant dans des situations semblables. C' estseulement peu à peu que s' établissent en moi le calme et le contentement - contentement de la victoire que j' ai remportée sur moi-même. Elle n' a pas été facile.

Et de nouveau, comme je l' ai déjà éprouvé, je ressens ce que Martin Schliesser écrit dans son livre Profession: aventurier: »La montagne et les grands paysages naturels nous aident à nous libérer. Il n' y a de points culminants que si l'on part des profondeurs. » Traduit de l' allemand par Catherine Vittoz 9Kaboul ( 480 000 habitants ), la capitale de la jeune république de l' Asie centrale, l' Afghanistan, est située sur un haut plateau ( 1815 m ) entouré de montagnes 10 L' Afghanistan est un des pays les plus arriérés du monde: go% des habitants sont analphabètes

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