Impressions

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Par Philippe Mottu.

Nuit noire... Nous montons. Noctambules à moitié réveillés, nous trébuchons à chaque pas, encore au milieu du rêve interrompu. Un souffle glacé nous ramène à la réalité: nous sommes déjà loin des bonnes couvertures.

Rocher... Neige... Crevasses... Nous montons. Peu à peu la lumière vient, puis, tout à coup, le plein jour nous surprend déjà haut sur le glacier. On ne sait comment il est venu si vite. La pente se redresse. La glace... Le son clair du piolet qui taille monte, joyeux, vers le sommet. Mille éclats volent, roulent, glissent, puis échouent dans la neige fraîche, là, en bas.

La rimaie est passée. La neige pousse les genoux hors des marches profondes. C' est raide... Les pas semblent s' allonger. Le vide augmente.

Nous montons. Un chocard passe en lâchant son cri rauque et méchant. L' arête est là-haut. Bientôt... Enfin voilà le rocher. Il est chaud. Nous montons. Les prises sont bonnes. Nous sommes joyeux.

Sommet... Le corps un peu las s' étend avec volupté sur le rocher qui chauffe... Il fait bon. Les yeux sont pleins des visions vertigineuses qui sont autour de nous. La mémoire épelle doucement: Grépon... Fou... Caïman... Crocodile... Plan... Puis, plus loin, plus imposants et austères: La Verte... les Droites... les Courtes... le Géant... le Mont Blanc... Minutes inoubliables.

Descente... De nouveau les marches dans la neige tendre. Nous traversons un couloir scabreux. Rochers enneigés. Le piolet fait vibrer tout le bras en tapant sur le granit. Il faut nettoyer chaque prise. La montagne se défend...

Une langue de neige dans la paroi descend vers le vide. Nous prenons ce couloir. Il est raide... Là en bas, la lèvre entr'ouverte de la rimaie cherche à nous happer. Une corde qui se tend brusquement... Le premier a sauté. Le pont tient solidement.

Descente rapide. Corde tendue. Routchées... Nous avons fini avec les difficultés. Nous voici à la moraine. La corde mouillée est lourde. Nous nous décordons. Les nœuds sont difficiles à défaire.

Sans crampons ni corde nous dévalons rapidement vers Chamonix. Nous avons faim...

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