Je chanterai le printemps

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Avec 6 illustrations ( n08 14—191).Par Paul Sdinaidt.

« Je chanterai le printemps, le printemps qui soudain s' installe en quelques jours.

Je chanterai les montagnes transparentes rêvant dans un songe de lumière... et les rochers nés pour l' éternité et la lumière rasante du soleil, découpant des puzzles d' ombres et de clarté contre les flancs des montagnes... Oui, je chanterai le printemps miraculeux, énig- matique... » Ed. Martinet, « Poésie de mon pays. » Il y aura exactement cinquante ans cette année, les 28 et 29 janvier, que Christophe Iselin de Glaris et trois de ses amis franchissaient à ski le col du Pragel, col de 1554 m ., reliant le Klöntal au Muottatal.

Cette date rappelle un grand événement dans l' histoire de l' alpinisme, car ce fut une véritable « révolution ». Quelque chose de nouveau, d' inconnu, venait bouleverser toutes les conceptions sur les possibilités de parcourir les montagnes en hiver.

En effet, Christophe Iselin, qui fut dénommé avec raison le « père du ski » en Suisse, venait, par son exploit, de prouver la valeur des « patins à neige»Une 7e illustration ( n° 149 ) relative à ce récit a paru à la page 412 du numéro de décembre des Alpes 1942.

Die Alpen - 1943 - Les Alpes.3 JE CHANTERAI LE PRINTEMPS.

appelés depuis lors les skis. En 1891, à Glaris, il s' était fait fabriquer des skis sur le modèle de ceux décrits par Nansen dans son livre « Auf Schneeschuhen durch Grönland », et dans la nuit noire et profonde ou par la tourmente de neige, Iselin alla s' exercer à manier ces planches si incommodes et encombrantes. Ce furent des sarcasmes et des moqueries sans fin de la part des sceptiques glaronnais et celui qui aurait osé affirmer l' utilité pratique en montagne de ces patins à neige aurait passé assurément pour un fou.

Mais le « père du ski » ne se découragea pas; malgré les résistances, il fit peu à peu des adeptes et bientôt fut décidé ce bien curieux concours des 28/29 janvier 1893. Le parcours choisi, Glaris-Schwyz par le col du Pragel, demande en été dix heures de marche.

Les populations des montagnes utilisaient un genre de raquette à neige qui augmentait la surface portante du piéton et empêchait ainsi d' enfoncer dans la neige. La marche n' était guère aisée avec ces engins, car il n' était pas question de glisser. Mais c' était le seul moyen connu et le seul imaginable et reconnu bon. Il fallait donc mettre en parallèle les raquettes et les patins à neige afin de savoir qui avait raison. Christophe Iselin, A. von Steiger, membres de la section Tödi du C.A.S., Olaf Kjelsberg ( un Norvégien ) et le Dr Naef de Glaris, membres de la section Winterthur du C.A.S., décident de traverser le Pragel, les trois premiers à ski, le dernier en raquettes. Le récit de cette magnifique performance est des plus intéressants; il eut un retentissement énorme en Suisse. Le Dr Naef affirma la grande supériorité des skis sur les raquettes, tant au point de vue vitesse, facilité de marcher et sécurité. Les résistances et le sceptiscisme peu à peu furent vaincus au cours des mois qui suivirent cet exploit, partout on parla « ski «. Le 22 novembre 1893 fut fondé le premier ski-club de Suisse à Glaris, et la première fabrique de skis du continent, celle des Frères Jakober, vit le jour dans la même ville.

Le ski avait trouvé droit de cité dans notre pays. Hélas! la technique fut primaire, on ne possédait aucun moyen d' enseignement. Il existait bien le manuel de Matthias Zdarski sur la méthode appelée technique alpine de ski Lilienfeld et, en français, l' article de feu Georges Thudichum sur la technique du ski, paru dans les numéros 2 et 3 de 1896 de l' Echo des Alpes. Cet article servit longtemps de manuel de ski en Suisse romande, et sa renommée dépassa nos frontières; il fut même employé par les officiers alpins français.

Les années s' écoulent: les 26/27 décembre 1903 on inaugure la première cabane de ski du C.A.S., la cabane des Spitzmeilen, et le Ski-Club Rhätia de Coire organise un cours de ski à la Lenzerheide, cours dirige par des professeurs Scandinaves. Peu à peu, le ski devient populaire, il fait des enthousiastes, le tourisme à ski prend naissance, cependant que les premiers concours sont organisés.

Quelques rares skieurs s' aventurent en haute montagne; la connaissance des Alpes en hiver, bien faible encore, n' empêche guère quelques hardis alpinistes de parcourir à ski les plus beaux massifs.

Les progrès cependant vont vite, le ski s' organise, la technique cherche une méthode.

Dès 1922, l' évolution s' accentue davantage; le ski a passé le cap des hésitations et des tâtonnements. On enseigne le ski dans les stations hiver- nales, les guides sont professeurs de ski de décembre à mars. On parcourt les Préalpes et les Alpes en hiver, mais dès l' approche du printemps, on plie bagages et on soigne ses skis, la saison est virtuellement terminée. Fort rares sont ceux qui « osent » faire du ski au moment où apparaissent les crocus dans les alpages et fleurissent les pêchers et les abricotiers dans les vallées. Ils font l' objet de l' étonnement général et l'on croit difficilement qu' il soit possible de skier quand avril est là! Mais leur persévérance a raison insensiblement de ceux qui ne croient pas, qui hésitent ou émettent des doutes. Le ski de printemps triomphe, et depuis une dizaine d' années toujours plus nombreux sont ses adeptes et ses enthousiastes.

Pour le touriste, pour celui qui fuit les foules et les pistes, le ski de printemps est le ski rêvé, le seul ski possible, le seul qui laisse dans le cœur et l' entendement une profonde trace; il crée des souvenirs que seuls ceux qui les ont vécu peuvent concevoir et imaginer.

Le ski de printemps demande une formation morale et physique. Il ne faut pas avoir peur de porter ses planches ni de marcher de longues heures. Il faut connaître la montagne, savoir en découvrir tous les beaux côtés et aussi les travers et les dangers. Il faut de l' entraînement et de l' endurance. Il faut avoir une équipe de compagnons sûrs et fidèles en n' importe quelle occasion.

Mais si le ski de printemps demande à ses adeptes beaucoup plus que le ski hivernal sur les pistes des stations, il donne, d' autre part, beaucoup plus de joies et d' émotions à ceux qui le pratiquent. Les journées sont devenues longues, le soleil est chaud, agréable, la lumière est belle, la clarté magnifique et les paysages fascinants de splendeurs, d' ombres et de contre-jours. La neige est généralement bonne, aux premières heures de la journée durcie par le froid intense de la nuit, puis, se ramollissant sous l' action du soleil, elle devient fondante et magnifiquement glissante et régulière. Les courses se font le plus généralement dans des conditions agréables et faciles. La conquête de quelque sommet est un souvenir qu' on ne peut décrire, il se vit seulement. Lorsqu' on embrasse d' un coup d' œil les vastes horizons des grandes Alpes et des immenses étendues blanches, brillantes et scintillantes au soleil, comme caparaçonnées de glace vive, l' émotion étreint le cœur le moins sensible et le plus hésitant. La conquête est faite, le skieur aura été profondément impressionné et deviendra un adepte, un enthousiaste, un optimiste, un amant de la montagne.

Et quand on revient à la cabane et qu' on descend dans la vallée, combien d' émotions et de surprises vous attendent à chaque pas: Les dernières taches de neige, de gros sel, les crocus, les soldanelles, les gentianes, les primevères, les bourgeons qui poissent, qui vont éclater, les grenouilles qui sautent lourdement dans les petites mares d' eau; les ruisseaux et les torrents gonflés et fous de joie de pouvoir dévaler à vive allure et entraîner avec fracas ce qu' ils peuvent happer sur leur passage. Et les mélèzes, les hêtres, les sapins, les taillis et les buissons, les champs et les prés qui renaissent, tous, petits et grands, s' accordent pour « chanter le printemps miraculeux, énigmatique, agaçant qui invente et détruit tant de merveilles ».

JE CHANTERAI LE PRINTEMPS.

Si le skieur-touriste peut aujourd'hui chanter le printemps et vivre le ski dans ses chères montagnes, c' est à Ch. Iselin et à ses trois compagnons qu' il le doit, c' est à tous ceux qui, depuis cinquante ans, ont voulu qu' il en soit ainsi. Chacun doit continuer dans la voie qui fut tracée et apporter un peu du fruit de son savoir et de ses expériences. Je voudrais apporter une modeste contribution au ski de printemps en signalant à ceux qui sont des skieurs-touristes et qui aiment des endroits nouveaux, quelques courses fort peu connues des Romands et qui « paient » selon l' expression consacrée par le langage ski. Elles sont diverses par leur genre, leur nature, mais également prenantes et enthousiasmantes. Elles permettent de faire du beau ski, de visiter des pays magnifiques, de voir des horizons nouveaux, de grimper haut dour faire de belles descentes, tout en étant peu loin de chez nous: Melchsee-frutt-Titlis, Geltenhiitte-Arpelistock, cabane Marcel Brunet-Mont Rogneux.

Melchseefrutt se trouve dans le magnifique petit canton d' Obwald, au fond du Melchtal, nom qui rappelle à chacun l' un des hommes qui joua un grand rôle dans notre histoire. La montée de Sarnen où on quitte le chemin de fer du Brünig, se fait par une route très pittoresque passant non loin du Ranft pour arriver à Melchthal, charmant village, et Stöckalp, 1059 m ., grand alpage au pied de hautes murailles sauvages, la station de base du téléférique de construction hardie qui monte le skieur en quelques minutes à Melchseefrutt, à 1920 m. Un tableau saisissant de beauté surprend à l' arrivée. De vastes champs de ski, une plaine ( le petit Melchsee ), des montagnes, des rochers: c' est immense, c' est très beau. Plus un arbre, du blanc, rien que du blanc. Melchseefrutt est un admirable pays pour le ski avec des pentes admirablement orientées. L' horizon est barré par le Rotsandnollen, le Graustock, la belle coupole blanche du Titlis, le Reissend Nollen, les formes étranges des Wendenstöcke, la Gadmerfluh, l' Erzegg, le Balmeregghorn, le Glockhaus à la muraille noire et le Haupt. Si l'on monte un peu, on découvre le glacier du Trift, le Sustenhorn, le Dammastock, le Wetterhorn, les Alpes Bernoises, le Pilate, le Spannort et les lointaines et multiples Préalpes.

De grandes variétés de courses peuvent être faites de Frutt où l'on trouve un accueil charmant et confortable: des excursions faciles et courtes d' une demi-journée comme l' Erzegg, le Balmeregghorn, l' Abgschütz, le Boni, ou de plus longues descentes telles le Graustock, le Rotsandnollen, sans parler des admirables descentes sur Stöckalp par le Blausee-Aa Alp ou par Boni et Kringen, ou Hohmatt-Kringen ( de 1100 à 1300 m. de descente ) dans des pentes bien orientées au nord et dans du terrain ouvert. Une magnifique excursion est celle qui mène au Jochpass par Engstlenalp sur le Trübsee et Engelberg, avec possibilité de faire le Titlis.

Melchseefrutt est une région idéale pour le ski hivernal et de printemps; de par sa situation élevée on peut escompter trouver tôt et assez tard encore dans la saison de la bonne neige pour le ski. Les possibilités très variées peuvent satisfaire même les plus difficiles.

Geltenhütte et Arpelistock. Il faut quitter la ligne du M. O. B. à Gstaad et se laisser emporter par les puissantes automobiles postales à Lauenen, ou venir par la montagne de Gsteig par le Krienenpass ou de la Lenk par le Trüttlisberg.

Lauenen est un paisible village, paresseusement étalé dans une nature généreuse, des prés verts, vastes et superbes. Pas de parois rudes tout immédiates, il y a de l' espace, on y respire à l' aise!

Pour se rendre à la cabane du Gelten, il faut prendre le chemin qui conduit au délicieux petit lac de Lauenen, un vrai bijou dans un nid de verdure. Une immense cascade, le Dungelschuss, saute d' une paroi très haute. La vallée se resserre entre le Mutthorn et le Vollhorn. Skis sur l' épaule, on grimpe un sentier raide, très pittoresque, entrecoupé de petites échelles et de plateformes. On arrive à Feissenberg. La vallée s' élargit quelque peu pour former un fond plat que surplombent d' immenses et impressionnantes murailles, énormes parois que saute, dans un fracas de tonnerre, une nouvelle cascade d' une grande beauté, le Geltenschuss. On se demande, la première fois qu' on vient dans ces parages titanesques, sauvages, où le skieur va bien pouvoir passer, son bonheur, son but se trouvant là-haut, au-dessus des parois! Impression assez étrange et angoissante quand on sent la nuit tomber et qu' on voit les ombres monter!

Mais il faut pousser jusqu' au fond du plateau et là, à droite, monte une pente raide, semblable à une longue coulée d' avalanches, pente dont l' accès se trouve être facile. Puis une marche de flanc, et on arrive à un petit passage fort heureusement assez court, mais qui peut être passablement désagréable et ennuyeux! Il faut passer sous une cascade, et ma foi, tout dépend de la masse d' eau qu' elle déverse et du mur de glace qu' elle s' est ingéniée à mouler en parois lisses et arrondies. Le passage forcé, une courte montée raide et on se trouve en haut de la grande chute du Gelten; on longe le torrent que l'on entend mugir sous les énormes pierres et la neige. On arrive rapidement à la Geltenhütte, 1990 m ., admirablement située et extrêmement plaisante et confortable, chaude et accueillante ( à part le trappon de l' escalier du dortoir où certain skieur fit de nuit une de ces chutes qui « marquent » !).

De la cabane il faut atteindre le Rottal par un passage permettant de franchir la petite paroi qui sépare la cabane du plateau supérieur. Magnifique montée alors le long de la grande et imposante muraille du Wildhorn; on arrive rapidement sur le glacier du Gelten que l'on grimpe sans difficulté. Quelques pentes raides, parfois même très raides, permettent de rejoindre le Geltenpass d' où l'on parvient au glacier du Brotset et d' où l'on peut gravir le Wildhorn; ou bien on continue en direction de la Furka et de l' Arpelistock. Ce sommet de 3034 m. est admirablement situé, on y a une vue superbe sur les Diablerets, le Sanetsch que l'on domine, Derborence, le Geltenhorn et le Wildhorn. Et toute la grande magnificence des Alpes Valaisannes, du Mont Blanc au Simplon, s' étale devant vous, sans rien cacher, toute la splendeur et la grandeur des innombrables 4000 m. s' offre à vos yeux. Spectacle merveilleux par un matin de mai, spectacle qu' il faut avoir vécu pour le comprendre!

Une descente de toute beauté où les virages alternent avec les schuss, où l'on hurle de joie et de bonheur et l'on regagne la cabane. Repos, manger, s boire, fumer, rêver, ouvrir tout grand les yeux, happer avidement toute la lumière, toute la chaleur, tout le soleil; ce sont là des instants qui laissent d' une course des souvenirs inoubliables.

La descente sur Lauenen se fait par le chemin de la montée, le passage « désagréable » se passe facilement, quelques schuss et virages, et Feissenberg est atteint. On se retourne pour contempler ce pays dantesque. On déchausse les skis, on saute le torrent, on cueille quelques fleurs, on blague et on chante le long du chemin qui paraît si court jusqu' au lac, où les grenouilles, elles aussi, chantent le renouveau! et on arrive rapidement au village.

L' Arpelistock est une admirable course que l'on peut faire facilement en week-end, elle est de toute beauté tant au point de vue ski que paysages divers traversés.Cabane Marcel Brunet-Mont Rogneux. Le Valais a une attirance particulière, et naturellement on se laisse prendre par toute la beauté et tout le charme de ses vallées.

Lorsqu' on remonte la pittoresque vallée de Bagnes, on est frappé, quand on approche du village du Châble, par la puissante masse qui barre l' horizon au sud. C' est celle du Mont Rogneux. Dès les premières chutes de neige, ce gros dos rond prend une allure sympathique et engageante et celui qui souvent s' en va flâner sur les monts d' en face résiste difficilement à l' attrait qu' il exerce. Il faut aller voir ce que c' est que le Rogneux! C' est avec ses skis qu' il faut, dès le printemps venu, aller lui rendre visite, et c' est une belle course qui « paie » bien.

Il faut quitter le train à Sembrancher aux toits gris, aux vieilles maisons, aux ruelles étroites, monter avec la poste jusqu' à Châble et. si par bonheur elle va plus loin, jusqu' à Champsec. Par un chemin qui longe d' abord la Dranse sur sa rive gauche, on monte rapidement dans les prés et les mélèzes jaunis. Sous soi, le village de Lourtier; en face Sarreyer et au loin Verbier, villages comme seuls les villages valaisans savent être avec leur cachet prenant. On arrive assez rapidement à Plenaz Joux et par un nouveau raidillon, à Tougnes, groupe de chalets où on logeait anciennement quand on voulait faire l' ascension du Rogneux. Mais comme actuellement la nouvelle cabane Marcel-Brunet, érigée par la Fédération montagnarde genevoise, est bâtie au Plan de Sery, à 2100 m ., il est infiniment plus aisé et confortable de s' y arrêter. Cette cabane toute récente, qui a remplacé celle bâtie naguère au-dessus de Fionnay sur le Crêt et qu' une malheureuse et infernale avalanche rasa en un instant en 1937, permet de visiter toute la région du Plan de Sery, du Grand Läget ( 3134 m .), du Mont Rogneux ( 3087 m .) et offre la possibilité de passer par le Col des Avouions pour gagner facilement la moraine de Corbassière et la cabane de Panossière.

Cette nouvelle cabane de la F. M. G. dessert une région intéressante pour le ski de printemps. Une montée agréable permet de gagner le Plan de Sery, d' où, en laissant la Tête aux Capucins sur la gauche, on atteint un col sur l' arête qui descend du sommet du Mont Rogneux. On peut soit monter directement par l' arête, soit passer par le petit glacier de la face nord, par des pentes quelque peu raides. Si du col on pousse en direction sud, on peut se rendre au Grand Läget. La vue est de toute splendeur sur le Petit Combin et le Combin de Corbassière qu' on a à portée de main, le Grand Combin qui vous domine et vous écrase de sa masse impressionnante, les Alpes du Valais, le Mont Blanc et toutes ses milles pointes, les Alpes Bernoises.

La montée au Mont Rogneux peut également se faire depuis le val d' Entremont, depuis Liddes, grimpée plus longue et plus raide.

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