Joies du ski. De Stalden à Arolla par Britannia

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Par Paul Schnaidt.

Depuis qu' il a été appliqué à l' alpinisme, le ski a ouvert des horizons nouveaux à toute une élite et forme un trait d' union entre les gens des villes et les habitants de nos montagnes. Le citadin a appris, grâce au ski, à connaître, à aimer, à comprendre les habitants de nos hautes vallées; il a pénétré aussi un peu dans leur cœur, dans leurs habitudes, dans leurs joies et leurs peines. Le montagnard, quoique plus méfiant, plus réservé, plus sceptique, a, lui aussi, appris à connaître et à aimer « celui de la ville », parce qu' il a su partager son bonheur et son idéal avec celui qui vient là-haut adorer la nature la plus grandiose et la plus belle. La difficulté, le danger, le découragement, le triomphe, la vitesse, l' ivresse des belles descentes ont rapproché des âmes en rapprochant des hommes, tout les a unis dans un même sentiment, par un même enthousiasme, une même amitié. On part quelques copains, quelques amis, pour une randonnée de hauts sommets, on revient avec un seul enthousiasme, un cœur qui bat à l' unisson, une joie unique.

Et lorsque les années passent, frappant impitoyablement dans les rangs de ceux qui furent unis par cet idéal, on pense aux courses passées, aux moments inoubliables vécus; les yeux, sans même se fermer, revoient les panoramas grandioses, le cœur frémit au rappel des émotions vives, les muscles se contractent au souvenir de tel passage scabreux, mais les regards brillent d' une même flamme, d' un même élan, d' un même désir de recommencer, de revoir, de revivre.

Une expérience plus grande nous donne plus de joie encore; les hésitations, les obstacles disparaissent comme par enchantement, on vit mieux une course, on vit plus intensément.

C' est animés de ce même enthousiasme et dans ce même état d' esprit que nous arrivons, quatre alpinistes skieurs par une journée ensoleillée d' avril, dans le petit village de Stalden. Les fumées en folles sarabandes dansent au vent; c' est aussi la lumière intense, les arbres aux bourgeons qui éclatent, l' herbe tendrement verte, le grand réveil, le renouveau. Les crêtes, les horizons sont blancs, brillants, scintillants, éblouissants, comme chromés. C' est beau, on respire, on vit.

Le vieux pont, le sentier, la route nouvelle: la vallée de Saas. On quitte le printemps naissant pour se retremper dans l' hiver. Eisten, Huteggen sont vite atteints. On chausse les skis et c' est l' un derrière l' autre, en marche rythmée, régulière, que nous atteignons Balen et Saas-Grund. Rien n' a changé, on retrouve le village comme il y a quelques années où nous passions également ici, à pareille date, de la neige, beaucoup de neige partout, on serre une main amie, on blague et on reprend la montée jusqu' à Fee. Le Fletschhorn, le Laquinhorn, le Weissmies s' embrasent, les Michabel deviennent sombres, le ciel intensément lumineux, rouge, jaune, vert, bleu; le village de Saas-Fee, tout blanc, tout frissonnant, tout muet, comme endormi. De fortes poignées de mains, un contact réchauffant, on s' informe de l' absent, celui qui n' est plus, celui qui faisait partie de l' équipe; alors une pensée émue, profonde vole vers le souvenir de ce compagnon aimé, victime de sa folle et belle passion. Un bon repas, de bonnes boissons, la douceur en-dormante du « Kachelofen », un nuage de fumée flairant bon le tabac, l' évocation du passé: l' ambiance de la montagne.

Au petit jour, chargés comme des mulets, skis, piolet, corde, crampons, en avant pour la rude montée vers Britannia! Le froid vif serre les lèvres et les oreilles, les doigts sont gourds, le sac est lourd! Derniers mazots de Fee, quelques mélèzes, quelques gros blocs épars, neige dure, mur sombre du Mittaghorn et de l' Egginer, resplendissante lumière, feux étincelants du soleil levant sur le Dom, le Täschhorn et l' Alphubel: voilà un départ merveilleux pour une belle réussite. On monte lentement par Galenalp sur le glacier de Fee au Col de l' Egginer ( 3009 m .), ah! terrible pente raide qui se redresse sous le col. Nous voici sur le Kessjengletscher, voici bientôt la cabane de Britannia ( 3030 m. ). Ah! quelle joie, la première manche est gagnée.

Britannia est actuellement l' une des plus grandes et des plus belles cabanes du C.A.S., confortable, admirablement située dans un monde de splendeurs, dans un paradis pour skieurs. La vue est d' une beauté inouïe sur le massif de Mattmark, 1e Strahlhorn, le Rimpfischhorn.

Nous sommes seuls, quel délice égoïste! le monde est à nous! S' installer pour quelques jours, goûter aux délices d' une pipe et d' un dolce farniente au soleil, faire des plans, déployer la carte, étudier, voilà des heures qui passent bien vite.

La cabane Britannia est un centre extraordinaire d' ascensions hivernales à ski.

Nous sommes restés là-haut quatre jours, journées inoubliables, sans fatigue, sans soucis, sans ennuis; nous avons pu faire l' Allalin ( 4034 m .) par le col de l' Egginer, le glacier de Fee, 1e Feejoch, superbe descente inoubliable, par neige de printemps merveilleuse; le Rimpfischhorn ( 4203 m .) par l' Allalin, ascension très réussie malgré la glace et le verglas. Puis, pour nous reposer, le Fletschhorn ( 3802 m .), splendide course de ski. Le quatrième jour grand départ de Britannia, les sacs sont heureusement moins lourds. Nous allons traverser l' Adlerpass ( 3798 m .) pour gagner Zermatt. La montée du col est longue, mais le courage grand. La vue y est de toute splendeur sur le Glacier de Findelen, le Mont Rose, 1e Lyskamm et le Cervin. En passant nous faisons le Strahlhorn ( 4191 m .); laissant au col sacs, skis, cordes, nous montons facilement en crampons. La descente sur le versant Zermatt est quelque peu plus scabreuse et extrêmement raide, crevassée dans le bas. Mais la prudence aidant et grâce aux bonnes conditions d' enneigement tout va bien. Nous sommes alors sur l' un des plus beaux glaciers des Alpes, le Findelengletscher, que nous remontons jusqu' à la Cima di Jazzi ( 3818 m. ). Vue surprenante sur le Mont Rose, versant italien. Tout ce que les yeux voient, tout ce que le cerveau enregistre ne se décrit pas, les mots sont trop imparfaits. C' est immensément beau. La descente, facile, admirable, sur Fluhalp est un enchantement, une griserie incomparables. Contournant le Rothorn, nous continuons notre descente dans la forêt de mélèzes sur Zermatt. La deuxième manche est gagnée.

L' enthousiasme qui nous anime est exubérant; une journée de repos bien mérité, la flânerie; étancher la soif, boire, boire!

Au petit jour, sacs allégés, frais et dispos, nous nous attaquons à la dernière étape, journée longue, fatigante. Nous remontons le Z' muttgletscher au pied des géants du Valais. Grandiose parcours pendant lequel on réalise combien, devant toutes ces masses, l' homme est peu. Voici déjà sur la rive gauche du glacier la cabane Schönbühl. La montée du Stöckje et du Col de Valpelline est pénible, il fait chaud, mais le panorama si merveilleux fait rapidement oublier ces petites misères. De Tête Blanche ( vue extraordinairement belle sur la Dent d' Hérens, le Cervin, le Mont Rose, les Mischabel, 1e Weisshorn, le Rothorn et le Gabelhorn, la Dent Blanche, sur le Mont Collon et le massif du Mont Blanc ) par le Glacier du Mont Miné, nous atteignons bientôt le but de l' étape, la cabane Bertol ( 3423 m .), perchée sur un éperon rocheux. Soirée inoubliable passée dans ce nid d' aigle en compagnie de collègues charmants venus d' Arolla. Avant de redescendre vers la vallée, nous partons aux premiers feux du jour vers l' Aiguille de la Tsâ ( 3673 m .) faire un peu de varappe et reconquérir ce joli sommet. Les conditions sont bonnes, pas trop de neige sur les prises, tout va bien, le cri de joie de la victoire couronne cette belle randonnée. Le retour est, hélas! toujours trop rapide et malgré soi on laisse aller, on file, on quitte ce qui nous est particulièrement cher. Arolla tranquille, désert, tout de neige couvert. Trop vite à notre gré, nous atteignons les Haudères, la vie civilisée.

Mais si les jours passent, le souvenir reste et forme un recueil de pages qu' on aura plaisir à feuilleter plus tard, à relire et à revivre.

Qui sait, peut-être aurons-nous alors le même sourire qu' aujourd en lisant les exploits de Paulcke!

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