La face sud du sommet ouest de l'Argentine

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Avec 2 illustrations ( 24, 25Par Carlo Jaquet

Peu rocheuses sur leur plus grande partie, les faces sud de l' Argentine possèdent pourtant une belle paroi. Elle tombe à pic du sommet ouest sur le vallon de la Vare. A ma connaissance, personne encore n' est monté par là. C' est pourquoi avec Claude Gollu, ayant quitté Anzeindaz à la pointe du jour, nous cheminons sur les vires qui, du Col des Essets, longent l' arête jusque sous le sommet central. De là, descendant obliquement une centaine de mètres, nous arrivons sans peine au pied de la paroi qui dresse en plein soleil ses dalles de calcaire presque blanc, buriné et cannelé par l' eau de pluie. Le ciel est d' une pureté absolue, la température très douce, le rocher tellement accueillant...

Encordés à double, une corde blanche, une rouge qui jette une note gaie bien en harmonie avec le milieu, nous partons à l' attaque. Notre itinéraire consistera à atteindre directement et sans détour, à travers une série de murs verticaux de lapiaz, le point le plus élevé du sommet ouest qui se découpe en plein ciel, deux cents mètres plus haut. Au début, la ligne à suivre est évidente. A gauche tout est vertical. A droite, une cheminée que borde une petite arête hérissée de tours grises. J' essaie d' abord par là, mais suis bientôt repoussé dans la cheminée. Quelques longueurs de corde, un gros bloc coincé qu' il faut surmonter par la droite, et nous voilà de nouveau en plein vide sur le dernier ressaut de cet éperon qui vient buter, tel un arc-boutant, contre la paroi. Mais là, plus de prise, pas la moindre fente où planter un piton. Il faudra descendre en rappel, puis penduler sur une petite plate-forme d' où part une fissure problématique... si problématique que Claude cherche désespérément une autre solution. Mais rien ne se présente. Je suis condamné à la fissure, je le sens. Tant pis! Considérons le passage, 15 m. déversés et sans prise. Mais le rocher est franc et le vibram adhère d' une façon parfaite. Au milieu, une touffe de campanules semble me faire signe. Allons-y! Par un pas délicat et une plaque détachée de la paroi, je parviens aux campanules. Engagé maintenant, il ne faut plus songer à redescendre. Très lentement, un pied et un bras dans la fissure, je m' élève de quelques mètres et peux planter un piton; aidé au début par la traction, et plus haut par deux autres pitons, haletant, épuisé, je parviens au sommet du ressaut. Bravo! crie Claude qui a suivi ma progression avec anxiété.

C' est à son tour de monter. Gêné par le sac et devant récupérer pitons et mousquetons, son travail sera encore plus pénible. Il arrive pourtant vers moi, le souffle court, mais enthousiasmé par la beauté de l' escalade. Assis sur une étroite plateforme, nous prenons un court repos, quand j' aperçois dans une fissure un énorme piton de descente avec une boucle de dix centimètres de diamètre.

— Un géant est donc descendu par là? dis-je en plaisantant.

— Il nous reste toujours la montée, répond mon camarade qui regarde déjà vers le haut une magnifique dalle verticale fendue d' une rigole telle qu' on en voit dans les lapiaz. Il ne semble pas possible d' y passer. Montant au pied de la dalle, je ne peux que constater mon impuissance. Un petit rappel, et la plateforme est rejointe.

— Je vais essayer plus à gauche, dit Claude, qui se lance déjà dans une traversée extrêmement délicate, bien décidé à forcer le passage. Bientôt en plein mur vertical, il s' élève sur des prises minuscules puis disparaît à ma vue, caché par la convexité de la paroi. Je l' entends qui parle tout seul:

— Ben mon vieux, quel boulot, pas possible! Puis il me crie:

— Je peux rejoindre l' arête par la gauche, faut-il sortir par là ou choisir la solution élégante?

— Fais comme tu penses!

— Bon, je continue par le haut; mais c' est surplombant.

Je ne peux juger de sa progression que par les à-coups du filin entre mes doigts. Quelques soubresauts, la corde file plus vite, puis s' arrête. Claude doit être en sécurité. En effet un cri joyeux me parvient:

— Tu peux venir.

Parti à mon tour, je suis bientôt aux prises avec la traversée délicate. Le vide s' est creusé. Tout en bas, les chalets de la Vare semblent des jouets d' enfants. Les prises sont rares et je ne peux qu' admirer le courage de Claude qui a force un passage si exposé.

Arrivé vers lui je constate que les grandes difficultés sont terminées. En effet, quelques longueurs de corde d' une jolie varappe nous amènent sans détour au point culminant du sommet ouest.

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