L'adieu

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Février 1937.Par Granif.

Enfin tu m' as frappé, Montagne, mon amie, Et je gis sur tes rocs, vaincu, brisé, mourant. Un jour devait venir où tu prendrais ma vie, Et ce jour est venu dans un grand coup de vent.

Mon jeune compagnon très vite a rendu l' âme; Un sourire a passé sur ses traits déchirés, Et dans son corps sanglant s' est éteinte la flamme Qui pour tes horizons brûlait d' un feu sacré.

Là-haut, bien loin de nous, inondés de lumière, Les superbes sommets flambent dans le ciel bleu, Reflétant du soleil la caresse dernière Qui donne à leurs rochers l' éclat rouge du feu.

Mais déjà l' ombre bleue a rempli la vallée Et sur les grands glaciers étendu son linceul. Bientôt viendra la nuit, la nuit noire et glacée, Qui me verra mourir seul, infiniment seul.

Apre et dure Montagne! Oh Montagne bénie Qui du timide enfant fit l' homme calme et sûr! Constante et magnifique école d' énergie, C' est à toi que j' ai dû d' être fort, d' être pur.

Sur la glace et le roc, tu m' appris cette chose: Qu' il n' est pour l' être humain plus pure volupté Que d' oser, triomphant, ce que nul autre n' ose, Et de passer là où nul autre n' a passé!

Car toi seule ici-bas, mon Alpe souveraine, De tous les grands amours que l'on peut concevoir, De toutes les passions qui brûlent l' âme humaine, Toi seule peut tuer, mais jamais décevoir.

Déjà la mort vient mettre un terme à ma souffrance.

La vie de mon corps s' écoule peu à peu;

Une étoile s' allume, et le froid est intense.

Plus que jamais je t' aime... Oh ma Montagne... adieu.

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