L'annonce

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A la mémoire de A. B., mort en montagne le 23 août 1952, à 19 ans.

Par P. de Roguin

Le téléphone a sonné. J' ai poursuivi mon ouvrage. Un peu plus tard mon mari est venu; il s' est arrêté dans l' entrebâillement de la porte. Je lui ai souri et distraitement ai demandé: « Déjà fini? » Il a ouvert la bouche, plusieurs fois de suite, mais aucun son n' en sortait, aucun mot n' était prononcé. Il ouvrait et fermait la bouche, mais ne disait rien. Les traits de son visage et l' attitude de tout son corps n' eussent exprimés un complet désarroi, que le mouvement à vide de sa mâchoire m' eût amusé.

Enfin des sons ont passé ses lèvres, puis des mots, balbutiés, hachés. Je me suis levée de ma chaise, le peloton de laine serré dans mon poing. Philippe cependant restait là, une main à la poignée de la porte, l' autre pendant le long de son corps tremblant. « Ma pauvre », disait-il, et encore « Ma pauvre femme ». Et moi, je tendais les bras vers lui, les yeux inquiets qui voulaient savoir mais n' osaient questionner. Il a quitté la porte, il est venu à moi, d' un pas lourd et brisé. « Ma pauvre, ma pauvre femme », répétait-il, et des perles de sueur brillaient sur son front.

Une douleur atroce m' a pénétré et m' a secoué toute et j' ai senti quelque chose s' écouler hors de moi. « C' est lui, ai-je murmuré, André. » Et je me suis tue. Alors Philippe, libéré, a parlé: « II est tombé. Mort sur le coup. N' a pas souffert. » J' ai redit la phrase pour moi, machinalement: « Tombé. Mort sur le coup. N' a pas souffert. » Ah! Il n' a pas souffert lui? Et moi, est-ce que je souffre? Non, moi non plus. Je ne peux pas souffrir; cela fait trop mal; je saigne trop. Je ne sens rien. Mais... est-ce que je vis encore? Et j' ai marché quelques pas.

Alors brusquement j' ai compris. J' ai réalisé dans ma chair que je n' avais plus mon fils, que ma vie était amputée de sa fin. J' ai crié: « André! André! », et me suis précipitée au dehors, bousculant mon mari: « Ne pars pas mon fils; reviens André! »

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