Le Canada et ses Montagnes Rocheuses

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Par Léon W. Collet.

Ayant eu la bonne fortune de traverser deux fois le Canada, de l' Atlan au Pacifique, avec le Département de Geologie de l' Université de Princeton, en 1927, sous la direction de mon aimable collègue le professeur R.M. Field, je pris contact pour la première fois avec les Montagnes Rocheuses. Ce fut d' abord à Jasper sur la ligne du Canadian National où, avec mon vieil ami et collègue le professeur Bailey, de l' Université de Glasgow, nous eûmes une première vision de la structure de ces montagnes, après quelques jours d' excursions. Puis, en rentrant de courses dans la région de Vancouver, nous traversâmes une deuxième fois les Montagnes Rocheuses le long de la ligne du Canadian Pacific à Banff où, sous la conduite experte de notre collègue le professeur Raymond, de l' Université de Harvard, nous étudiâmes la coupe du lac Minnewanka, les montagnes autour de Lake Louise et la vallée des Ten Peaks.

Ce voyage transcontinental, d' une durée de six semaines, se termina à Québec, sur la vieille chaîne taconique, d' où un spectacle grandiose nous était réserve, celui d' une inoubliable aurore boréale.

Appuyés à la balustrade du Château Frontenac, las d' avoir pendant une partie de la nuit suivi des yeux les flammes de toutes couleurs qui s' élan dans le noir du ciel, Bailey et moi avons prononcé le nom du grand poète de la terre: Pierre Termier. De l' esplanade de Québec, où il contempla aussi le fleuve majestueux, le Saint-Laurent, nous lui avons adressé, par delà l' Atlantique, des pensées émues.

Je n' avais plus qu' un désir, celui de revoir plus longuement, plus tranquillement, les Montagnes Rocheuses en alpiniste et en géologue. Autant de châteaux en Espagne!

Esplanade de Québec, 21 juillet 1929. Ma bonne étoile veut que je revoie les Montagnes Rocheuses. Avec un de mes élèves, M. Augustin Lombard, nous contemplons le Saint-Laurent pendant que notre bateau fait son plein de mazout, car nous allons remonter le fleuve jusqu' à Montreal où nous achèverons de nous équiper.

Un jour que je sortais de mon cours sur les Alpes à Harvard, mon collègue Daly me dit: Depuis que j' ai vu les Alpes je me demande si j' ai bien compris les Montagnes Rocheuses, lors de mon étude sur la géologie du quarantième parallèle. Seriez-vous dispose à y conduire une expédition? La réponse ne se fit pas attendre et fut, comme on peut bien le penser, affirmative, très affirmative.

Jasper Lodge, 28 juillet. Sur la véranda d' un des coquets chalets qui forment le splendide hôtel dirige par le Canadian National Railway, au bord du lac Beauvert et en face du Mont Edith Cavell, penchés sur des cartes, des géologues discutent et arrêtent les dernières dispositions de l' expédition dont je vais prendre la direction. Il y a là le professeur Mather, Directeur du Département de géologie de l' Université de Harvard, le professeur Raymond, aussi de Harvard, le Dr Paréjas, de Genève, et M. Hutchins, de l' Université Mac Gill ( Montreal ), qui avec une vingtaine d' étudiants américains viennent de pousser une reconnaisance d' un mois dans la région que nous allons étudier plus à fond, puis M. Augustin Lombard et Léon W. Collet qui viennent d' arriver. Comme pour gagner les Montagnes Rocheuses il faut traverser la plus grande partie du Canada, jetons un coup d' œil sur les régions naturelles de ce pays.

Les régions naturelles du Canada.

De l' Atlantique au Pacifique, les principales régions naturelles du Canada sont:

1° Les Appalaches.

2° Le Bouclier canadien ou laurentien.

3° Les Grandes Plaines.

4° Les Cordillères.

1. Les Appalaches. Les Appalaches canadiennes représentent, du point de vue géographique, la terminaison septentrionale des Appalaches des Etats-Unis. Elles s' étendent de la frontière de ce pays à la ville de Québec, sur la rive gauche du Saint-Laurent. Ce sont des montagnes de peu de relief ou mieux des collines. Du point de vue géologique, les Appalaches canadiennes appartiennent à la vieille chaîne taconique, l' équivalent tectonique de la chaîne calédonienne d' Europe. En style wegenérien, les Appalaches canadiennes sont la continuation au sud des Monts Scandinaves, des Highlands d' Ecosse, des Grampians, des Monts de l' Irlande et du Pays de Galles.

2. Le Bouclier canadien ou laurentien représente la partie la plus ancienne, du point de vue géologique, du Canada. Du nord au sud, il s' étend de la Baie d' Hudson aux Grands Lacs et de l' est à l' ouest de la côte atlantique du Labrador à une ligne passant par le lac du Grand Ours, le Grand lac des Esclaves, le lac Athabaska et le lac Supérieur.

L' élévation moyenne du Bouclier canadien est de 500 m. Autour de la Baie d' Hudson on rencontre des altitudes de 300 m ., tandis que le Labrador possède des montagnes de 1500 à 2000 m. Les terrains précambriens qui forment le Bouclier sont généralement recouverts de matériaux morainiques déposés par la calotte glaciaire qui recouvrait ce pays durant la période glaciaire.

La région méridionale du Bouclier est couverte de forêts et de lacs, ce qui rend les études géologiques très difficiles.

Les ressources naturelles sont les mines ( or, cuivre, nickel et argent ), la force hydraulique et les forêts.

Le Bouclier canadien comprend deux des plus anciennes chaînes de montagnes: la chaîne archéenne et la chaîne huronienne, qui ont été transformées en une pénéplaine. Cette dernière, qui était autrefois au niveau de la mer, a été affectée par des mouvements tangentiels qui expliquent les reliefs actuels.

3. Les Grandes Plaines forment une longue dépression entre le Bouclier canadien et les avant-monts des Montagnes Rocheuses.

C' est la région du Canada où l'on trouve les terrains les plus jeunes, déposés dans des mers qui ont recouvert la bordure du Bouclier. C' est là que se cultive le blé. Le climat y est nettement continental. Les Montagnes Rocheuses formant écran aux vents d' ouest, les Grandes Plaines ne reçoivent que 300 à 500 mm. de précipitations.

Un fœhn, le Chinook, se fait sentir au pied des Montagnes Rocheuses et peut faire monter en un jour le thermomètre de —10° à +20° C. C' est grâce à ce vent que la limite nord de la culture des céréales, qui dans le Canada oriental est à la latitude de Bordeaux, remonte jusqu' au lac Athabaska, par 60° de lat. nord.

4. Les Cordillères forment la formidable barrière montagneuse qui sépare les Grandes Plaines de l' Océan Pacifique. Elles comprennent les éléments structuraux suivants, de l' est à l' ouest:

1° Les Avant-Monts ( Foot Hills ).

2° Les Montagnes Rocheuses.

3° La tranchée des Montagnes Rocheuses.

4° La chaîne Purcell.

5° La tranchée Purcell.

6° La chaîne des Selkirks.

7° La tranchée des Selkirks.

8° Les plateaux intérieurs.

9° La chaîne côtière ( Coast Range ). 10° La chaîne de i' Ile de Vancouver.

La ligne de partage des eaux, entre l' Atlantique et le Pacifique, suit le faîte topographique des Montagnes Rocheuses.

Les Montagnes Rocheuses.

Jasper National Park.

Les Parcs nationaux. Le Gouvernement canadien a constitué 7 réserves naturelles dans les Montagnes Rocheuses qui portent le nom de Parcs nationaux. Ils sont tous situés le long de voies ferrées importantes, ce qui en facilite l' accès et la surveillance. Au total ces parts représentent les 2/3 de la superficie de la Suisse. La chasse y est interdite et l'on s' efforce d' y développer le tourisme en y créant des routes à automobiles qui permettent seulement de pénétrer dans les principales vallées, où des chalets ( log cabins ) ont été construits dans le style canadien. De ces chalets des pistes à chevaux ( trails ) traversent les forêts et conduisent le touriste au-dessus de la limite des arbres où il établira son campement s' il vent faire des ascensions. Souvent ces pistes permettent de gagner une autre vallée par un col, formant des circuits très appréciés.

La cabane, du genre de celles de notre Club, est encore inconnue. Heureux pays diront certains de mes lecteurs!

De bonnes cartes topographiques au 1:62,500e et au 1:125,000e existent seulement pour les régions frontières de deux provinces. Ailleurs des levés sont en cours d' exécution.

C' est en 1793 que Sir Alexander MacKensie arriva au Pacifique en passant par la Peace et la Fraser river. En 1807 Fraser explora la rivière qui porte son nom et arriva aussi au Pacifique. En 1810 c' est Thomson qui descend la rivière Columbia.

Le Jasper National Park touche aux Grandes Plaines à l' est, à l' ouest à la ligne de partage des eaux, soit à la frontière entre la province d' Alberta et celle de la Colombie britannique. Au nord le part s' étend un peu au delà du 53e parallèle et au sud jusque près de Banff, sur la ligne du Canadian Pacific. La rivière Athabaska le traverse presque complètement du sud au nord.

La géologie du parc n' avait fait l' objet que d' une très rapide étude pour la préparation d' un guide à l' usage des touristes, à l' exception de sa bordure est où se trouvent des gisements de charbon, dans le Crétacé. Une exploitation de ces derniers, qui était en pleine activité lors de mon passage en 1927, était abandonnée en 1929.

D' une manière générale, on peut dire que le Service géologique du Canada voue une attention spéciale — et cela se comprend fort bien — aux régions minières. Les territoires où l'on ne peut faire que du travail scientifique, surtout s' ils sont d' accès difficile, sont étudiés par des expéditions envoyées par des Universités.

En expédition.

( 30 juillet au 12 septembre 1929. ) La carte ci-jointe montre, mieux qu' une longue et fastidieuse description, les trajets effectués. L' expédition peut être divisée en deux parties. Une première, dans la vallée de l' Athabaska ( 1000 m .), avec Jasper comme point de départ et de retour, la deuxième avec base à Berg Lake ( 1800 m .) sur le versant nord du Mount Robson ( 4253 m .), un peu en dehors de la frontière du parc de Jasper, sur territoire de la Colombie britannique.

Dans la vallée de l' Athabaska nous camperons sur rive droite, près de la rivière, d' abord à 25 km. environ de Jasper, puis plus près sur rive gauche. Notre matériel de campement de plaine est lourd, mais cela importe peu car il est transporté sur camion automobile. Autant vivre d' une manière confortable, quand faire se peut; dans la seconde partie nous aurons à restreindre notre train de maison car notre matériel sera chargé sur des chevaux.

Pendant une quinzaine nous sommes occupés à vérifier, compléter et coordonner les résultats de l' expédition de reconnaissance. Nous travaillons généralement en deux groupes: d' un côté les Suisses qui aiment le cheval et la montagne; de l' autre mon collègue Raymond de Harvard et notre collaborateur canadien M. Hutchins formant le second groupe qui opère au pied des montagnes et se déplace uniquement à pied. Le cuisinier, un bon compa-patriote de Zoug, trouvé à Jasper, a la garde du camp en notre absence. Médiocre cuisinier, il remplace la qualité par la quantité, à tel point que je dois mettre ordre à ce gaspillage. Il suit nos conseils et nous quittera à Jasper avec un excellent certificat.

Nous n' oublierons jamais notre montée au Gargoyle, un sommet de 2800 m ., sur le versant gauche de la vallée. Quand j' avais commandé le déjeuner pour 2 heures du matin, le cuisinier eut beaucoup de peine à me prendre au sérieux. Pensez donc, il fallait allumer le feu à au moins minuit! Il n' y a que des Suisses pour avoir de telles idées sur le continent américain, où l'on n' aime pas se lever matin. A 3 heures nous quittions le campement à la lanterne. Pour traverser les marécages de l' Athabaska nous suivons la voie du chemin de fer. Après 10 kilomètres sur le ballast le plus gros du monde, nous quittons la voie ferrée pour nous embourber dans une forêt marécageuse, que nous arrivons à traverser en y laissant des lambeaux de vêtements. La journée commence bien. Nous savons que nous ne sommes qu' au début de nos peines, car la forêt monte haut. Heureusement que nous pouvons suivre le fond d' un torrent qui nous permet de nous élever sans trop dépenser de forces, tout en faisant des observations géologiques.

Ces marches d' approche sont terribles dans la forêt canadienne. C' est une vraie varappe dans des troncs entrelacés où les tricounis, au lieu de mordre, glissent, où la branche à laquelle on s' accroche casse, où le tapis vert sur lequel on compte reprendre son souffle cache un marécage! Et les heures succèdent aux heures, le soleil devient brillant et quand enfin on est dehors de cette satanée forêt, on voudrait pouvoir s' étendre sur l' herbe, se reposer et fumer sa pipe. Sept heures d' une marche, que dis-je, d' une culture physique la plus complète, sac au dos, pour arriver à commencer le travail scientifique de la journée, encore que la zone des pierriers et des pentes d' herbes soit devant nous.

Et l'on va parce que l'on vent savoir ce qu' il y a là-haut, et l'on s' encourage en se disant que le plus pénible est fait et comme dans les Alpes on monte en se défendant de penser qu' il faudra descendre.

Enfin l' épaule, il est 11 h. 30. Je suis exténué et je me reposerai en photographiant et en dessinant tandis que Paréjas et Lombard feront le sommet et vérifieront au marteau ce qu' on voit d' ici. A 16 heures nous commençons la descente et arrivons au camp à 21 heures pour nous faire dévorer par les moustiques.

Un autre jour, à cheval, nous remontons la vallée de Fiddle river pour récolter des Ammonites. Chemin faisant nous nous écartons un peu de notre route pour voir des castors et examiner leurs maisons et leurs barrages.

De Jasper, avant de partir pour Berg Lake, nous faisons une excursion dans la région du Mount Edith Cavell où j' avais, deux ans auparavant, entrevu des phénomènes tectoniques intéressants. Ce fut une course à la suisse. En auto nous gagnons le chalet du lac Edith Cavell ( 1850 m .), construit sur la moraine latérale de Ghost Glacier, où nous passons la nuit. Le lendemain nous remontons le glacier pour gagner l' épaule de l' arête est. La paroi du Mount Edith Cavell ( 3617 m .) est imposante. Paréjas qui a fait ce beau sommet, avec des étudiants américains mal équipés, nous conte les péripéties de sa course, ayant été surpris par un blizzard. La montée à l' épaule, qui, il y a deux ans, était en neige, est aujourd'hui en glace vive. Bonne occasion de manier le piolet. Chacun pour soi, rien de tel pour prendre une leçon de taille dans la glace. Après la forêt des jours passés, la montée de cette pente de glace fut une vraie jouissance, même pour ceux qui en étaient à leur première expérience.

Dans la région du Mount Robson ( 12 au 18 août 1929 ). A Jasper nous prenons congé du professeur Raymond et de M. Hutchins et partons pour Berg Lake ( 1800 m .), sur le versant nord du Robson. Nous y séjournerons une semaine dans un ravissant chalet-hôtel, au bord du lac, en face de la paroi du Robson ( 4253 m. ). La géologie de la région a été déjà un peu débrouillée par Walcott et par Burling. Notre but est de coordonner leurs travaux et d' établir un profil géologique du Mount Robson au Moose Pass.

Le Robson est sur la ligne de partage des eaux. Il arrête les vents d' ouest et est très souvent entouré de nuages. L' été y est très court du point de vue alpinisme et son ascension ne peut guère se faire avant la mi-août, date de la disparition des neiges d' hiver. Dans certaines années l' ascension est impossible à cause de la neige fraîche qui donne lieu à des avalanches.

A altitude égale les Montagnes Rocheuses, sur la ligne de partage des eaux, ont un caractère de plus haute montagne que les Alpes.

Mon ami et collègue Noël E. Odell qui fit le Robson en 1930 ( 21 août ) estime que c' est la plus pénible de toutes les ascensions qu' il fit dans les Montagnes Rocheuses et les Selkirks.A suivre. )

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