Le Montagnard fribourgeois

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Avec 2 illustrations.Par Fred de Diesbach.

Le montagnard fribourgeois, c' est l' armailli dont le nom dérive d' un vieux mot qui s' est perdu: « armaille » qui signifiait « grosse pièce de bétail ». L' armailli, c' est donc un vacher, c' est donc un pâtre.

Qui ne connaît sa silhouette aujourd'hui familière? Son costume de gros coutil bleu pointillé, de « triège », sa veste aux manches bouffantes coupées au dessus du coude, le « bredzon », son petit couvre-chef de paille tressée. Aux revers, des edelweiss sont brodées et des rosés des Alpes sur la coiffure. Les jours de fête, il porte la chemise empesée et plissée, et quelquefois une large ceinture au petit point. Par là-dessus, en sautoir, une trousse de cuir, sa canne qu' il a taillée lui-même et sa pipe aussi vieille que lui, quand ce n' est pas celle de son père ou de son grand' père. Tel est l' homme, tel est le montagnard fribourgeois, gruyérien, veveysan, singinois...

Sa maison, elle est rustique autant que lui: qu' on imagine quatre murs de pierre portant un toit couvert de bardeaux. Ce toit gris, que le soleil argenté, c' est l' orgueil du chalet qui, de son unique cheminée, fume dans le ciel clair. Et dans la grande pièce qui sert de cuisine et de salle à manger, pièce au sol de ciment ou de terre battue, on cuit sur le foyer circulaire. A la ronde en effet, des bancs de pierre où l'on s' assied pour se chauffer, bancs archaïques. Tout autour de cette pièce principale sont distribués les bûchers, quand il y en a, et les étables. Point d' étage, mais un plancher, souvent à claire-voie, ou l'on accède par une échelle ou par un escalier. Là, le montagnard dort sur le foin: toute la nuit il entendra les cloches de son bétail.

Vie rude et solitaire que sa vie, monotone si elle n' avait pour cadre ces Préalpes dont l' aspect varie sans cesse. En mai, lorsque la neige a disparu et que pointe la première herbe, l' armailli rassemble son troupeau et le conduit sur l' Alpe: montée d' alpage moins pittoresque, peut-être, et moins solennelle que celle de 1' Oberland, du Valais et surtout d' Appenzell. Quelques vaches sont enrubannées. C' est tout. Et c' est déjà le grand pavois. En général, et sauf dans les grands chalets, l' armailli emmène rarement sa femme, mais ses aides, et, parmi eux le « Bouebo », le garçon qui l' aide dans les soins à donner au bétail et qui, à ses côtés, apprend le métier de montagnard.

La journée est bien remplie. Soigner, paître, traire le bétail. Faire le beurre, le fromage, car à cette altitude, le lait ne se vend guère et on ne peut le descendre à la plaine. Ce fromage, c' est le célèbre « Gruyère », si riche en aliments, auquel les herbes de préalpes donnent son goût, son parfum inimitables. Il est cuit dans un énorme bassin de cuivre où il tourne à feu doux. Quant à la crème, on ne la sert qu' avec des cuillers de bois, bois sculpté qui reproduit une fleur ou, plus généralement, la grue, l' oiseau du pays, celui des comtes de Gruyère. Ces cuillers, ce sont les seuls ustensiles pittoresques de l' armailli, avec Yofi, cet étrange et délicat brancard qui, reposant sur les épaules, lui permet de porter son fromage sur la tête. Certes, l' existence du montagnard n' est qu' une longue patience, une lutte contre les éléments: le mauvais temps qui, parfois, s' éternise et la raideur des pentes sur lesquelles il faut transporter de lourdes charges et faner ou, simplement, suivre son bétail, et l' âpreté d' un sol pierreux, les embûches de l' Alpe. Mais cette existence, il n' en voudrait pas changer. Si dure qu' elle soit, elle en fait un homme libre. Et puis, il a la vertu si rare à l' heure actuelle: la fidélité. L' armailli aime la montagne comme le marin aime la mer. Plus il lui donne et plus elle lui a pris, plus il lui reste attaché. Rien de mélancolique au fond de lui et sur l' Alpe, on l' entendra chanter encore, quand même on ne chanterait plus dans la plaine. Et les restrictions ne montent pas jusqu' à lui, son régime étant déjà l' autarcie domestique: produits du bétail et laitages, car il faut tout monter à dos d' homme, même le pain. Quant aux légumes, ils poussent mal à l' altitude et les nuits sont trop fraîches.

Comment ne point admirer cette vie patriarcale, en ce qu' elle a de grandeur et par l' exemple de simplicité qu' elle nous donne? Séjour sur l' Alpe baigné de sérénité.

Quand l' automne est venu, il faut encore abattre les barrières qui seraient brisées par la neige ou même emportées par l' avalanche. Puis couper l' eau. Alors, après ce dernier geste, l' homme rassemble ses bêtes et jette à sa demeure de l' été un dernier regard, alors il descend vers la plaine...

De son passage, il n' a laissé qu' une trace: au-dessus de la porte et taillée dans le bois, sa signature, ou bien ses initiales entrelacées de fleurs, edelweiss ou gentianes. S' il ne revient plus, et très longtemps, plus tard lorsqu' il sera mort, il restera cette marque, le nom d' un montagnard, le souvenir d' une saison...

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