Les Alpes orobiennes

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ESQUISSE MONOGRAPHIQUE PAR GIUSEPPE RITTER, CHIASSO

Avec 3 illustrations ( 88-90 ) Remarques liminaires A la fin de 1957, les deux organisations CAI et TCI ont publié en commun le Guide des Alpes orobiennes ( Guida dei Monti d' Italia ) rédigé par Saglio/Corti/Credaro. Composée en 1934 et prête à l' impression en 1936, l' édition dut être toujours retardée. Les chaînes des montagnes qui y sont décrites et qui, à l' origine, étaient rattachées aux Préalpes Bergamasques sont considérées depuis quelque temps par les géologues et les géographes comme un groupe indépendant, se rattachant aux Alpes Centrales.

Les Alpes orobiennes sont assez peu connues des alpinistes suisses. A l' exception du M. Legnone ( 2609 m ) et du point culminant du groupe des Tre-Signori, les clubs alpins tessinois eux-mêmes ne recherchent guère dans leurs programmes annuels de courses des buts de sorties dans ces montagnes perdues. Qui a entendu parler du groupe du Telenek, des sous-groupes centraux de Barbellino, Scais-Redorta, Pizzo del Diavolo, Masoni, Poris et Ponteranica? Ces montagnes doivent en grande partie leur sort de Cendrillon au fait qu' elles sont condamnées à vivre à l' ombre de majestés bien plus célèbres: des sommets granitiques orgueilleux du Val Masino, des géants glacés du Val Malenco ( Bernina—Disgrazia ), et de la Grigne, paradis des varappeurs.

C' est pourquoi une description assez détaillée de ces montagnes ne semble pas superflue. Les sources consultées sont:

S. Saglio, A. Corti, B. Credaro: Alpi Orobie ( Guide du CAI/TCI ), II Sentiero delle Orobie ( Bollettino del CAI, Sezione di Milano, n° 9, 1955 ), Dr G. Laeng: Il Passo S. Marco e i valichi occidentali orobici nella storia e nella letteratura ( Rivista del Centro Alpinistico, Le Alpi, 1936/1938 ), G. de Simoni: Le Cenerentole delle Orobie ( Bollettino annuale del CAI, 1936 ), et pour une bonne part aussi les impressions et observations recueillies par l' auteur pendant ses courses.

Situation, structure et division Les Alpes orobiennes, qui s' étendent au sud de la grande dépression de Jorio-Tonale, au-dessus de la vallée de Y Adda ( Valteline ) du lac de Còme jusqu' à Valcamonica, sont séparées des Préalpes bergamasques par les cols de Vivione, Martina, Marogella et Bòbbia. La chaîne repose sur une base cristalline, avec des schistes intercalés. On peut la diviser en quatre groupes principaux: le groupe oriental, entre les cols d' Aprica, Vivione et Belviso, les deux groupes centraux entre les cols de Belviso, Marogella et Venina, et enfin le groupe occidental, entre les cols Venina-Bòbbia et le lac de Còme.

Au col d' Aprica, le groupe oriental vient buter contre les ramifications occidentales du groupe de Cevedale; au col Vivione aux Préalpes bergamasques; au col de Belviso, au groupe central de sa propre chaîne Le col de Sellerò divise la région en deux sous-groupes: celui du Telenek et celui de Borga. Toutes ces montagnes perdues n' ont jamais pu attirer d' autres visiteurs que des bergers, des chasseurs et des braconniers. Et pourtant elles ont leur charme très particulier. Les vallées, boisées dans leur partie inférieure et pierreuses plus haut, sont parsemées de lacs grands et petits, où les reflets des arêtes déchiquetées forment une image multicolore. Cette richesse de coloris témoigne de l' extraordinaire diversité de la structure géologique.

Le groupe central, qui comprend les sommités les plus élevées et les plus représentatives, encadre, avec les chaînes qui se ramifient vers la dépression de l' Adda, le fond de la vallée du Serio. Délimitation: col de Belviso à l' est et col Venina à l' ouest. Ce groupe se divise aussi en trois sous-groupes: celui de Barbellino, entre les cols de Belviso/Manina et le col Coca; celui de Scàis-Redorta, entre les cols Coca et Brunone; enfin celui du Diàvolo, entre Brunone/Valsecca et le col Venina. Tandis que le sommet le plus élevé des Alpes orobiennes se trouve dans le sous-groupe de Barbellino ( Pizzo di Coca, 3052 m ), le deuxième sommet par ordre d' altitude se rattache au sous-groupe Scàis-Redorta.

Le groupe méridional ( Poris ) commence au col Valsecca et confine aux Préalpes bergamasques au col de Marogella. Ses sommets se mirent dans d' innombrables lacs, petits et grands, presque tous exploités au profit de l' industrie hydroélectrique. Citons les lacs Gemelli, del Becco, Màrcio et Colombo. Les sommets les plus importants sont: M. Grabiasca ( 2705 m ), M. Madonnino, M. Cabianca et M. dei Frati.

Le groupe occidental commence au col Venina, le lac de Corne en forme la fin naturelle. Sa limite sud est formée par le Valsassina et les hautes vallées latérales du Brembo. Ce groupe, lui aussi, se subdivise en plusieurs sous-groupes:

Le sous-groupe du Masoni perd le caractère de haute montagne plus que ne le laisserait supposer l' altitude des sommités les plus importantes. Ces montagnes ne peuvent plus guère contenter les alpinistes et conviennent plutôt aux excursionnistes. La chaîne principale est orientée exactement de l' est à l' ouest et tombe en pentes herbeuses courtes mais raides sur le val Brembo. La chaîne principale envoie vers la Valteline des ramifications importantes qui conservent sur plusieurs kilomètres une altitude dépassant 2000 m. Elles encadrent des vallées pittoresques, profondément encaissées, comme celle de la Venina, du Liri, du Valcervia, du Valmadre, du Tàrtano et du Bitto d' Albaredo. Ce qui caractérise ce sous-groupe, ce sont les gradins plats et les secteurs de faible inclinaison qui s' étendent entre 2000 et 2100 met présentent la première des trois terrasses glaciaires de la Valteline. Parmi les sommets les plus importants il convient de citer le M. Masoni ( 2663 m ) aux formes trapues, le hardi P. Zerna et le Corno Stella ( 2620 m ), point de vue renommé. Le sous-groupe du Ponterànica, entre les cols de San Marco et de Salmurano, avance également quelques ramifications vers le nord et le sud. Elles divisent le versant nord en deux vallées: Bomino et Bitto di Gerola, et le versant sud en vallées de Mora et Salmurano. Les sommets principaux sont: le large M. Colombarolo, le M. Ponterànica ( 2378 m ) aux pentes escarpées et le modeste M. Valletto.

Le sous-groupe bien connu du P. dei Tre Signori, entre les cols de Salmurano et de Trocca, s' avance jusqu' à la plaine de Bòbbia. Il commence par le Punta di Piazzotti, d' où se détachent vers le nord les Denti della Vecchia. De la Cima di Val Pianella s' élèvent les rochers bizarres du P. di Mezzaluna, suivis du raide P. di Tronella, qui présente un entrelacement étrange de roche et de végétation et dont les cannelures atteignent presque le maximum d' inclinaison. Les autres sommets sont: La Cima del Giarolo avec le P. di Trôna pyramidal, le séduisant P. dei Tre Signori ( 2554 m ) et enfin les élégantes pointes rocheuses du P. Varrone. Les trois derniers sommets ont le privilège d' attirer le plus grand nombre de visiteurs. Le charme de la nature avec ses lacs idylliques, d' une part, la variété des voies d' escalade, d' autre part, récompensent pleinement celui qui entreprend cette excursion.

Le sous-groupe du Legnone est nettement délimité par la Valteline, la vallée de Bitto di Gerola, la vallée de Varrone et le lac de Còme. Il se sépare au col di Trôna du groupe antérieur, atteint son point culminant au M. Legnone ( 2609 m ) et s' abaisse avec le M. Legnoncino jusqu' au lac de Come. A l' exception de ces deux derniers sommets, fréquentés depuis l' avènement de l' alpinisme, les autres sommets sont très peu connus car il n' y a pas de possibilités de passer la nuit à une altitude suffisante pour faciliter l' ascension.

Glaciation Les 21 glaciers existant encore sont tous sans exception situés dans les sous-groupes central et oriental, et orientés, à une seule exception près ( Vedretta alta di Redorta ), au nord. La Vedretta del Diavolo di Tenda, la Vedretta alta di Redorta, di Gleno, di Tròbio et di Recastello alimentent de leurs eaux de fonte le Serio; tous les autres, l' Adda. Comme la laisse déjà supposer l' altitude, il s' agit uniquement de glaciers de deuxième ordre. Ils sont tous réduits à de très faibles dimensions par la fonte, et doivent leur existence actuelle aux avalanches qui leur amènent la maigre contribution des pentes environnantes. De 1929/30 à nos jours, 20 glaciers, sur les 38 existant alors, ont disparu. Il en reste donc 18; trois d' entre eux s' étant divisés en deux, le nombre total se maintient à 21. La longueur des glaciers orobiens a diminué de 20% environ au cours des 25 dernières années ( recul moyen annuel - 9 m ). Le recul le plus fort est celui du glacier de Scàis qui s' est retiré de 640 m depuis 1930. La minceur de la langue, à l' époque de sa plus grande longueur, explique la vitesse du recul.

Accès, cabanes et refuges Du côté nord ( montée de la Valteline ):

De Tresenda ( halte du chemin de fer privé Sondrio—Tirano ) part une route carrossable conduisant à Edolo par le Colle d' Aprica ( 1176 ) m ). Elle est desservie par une ligne d' autobus réguliers. Peu après Belvedere on atteint l' entrée de la vallée de Belviso ( route carrossable jusqu' à la centrale électrique de Ganda ). De là partent des chemins muletiers vers le grand lac artificiel de Belviso, vers les cols de Belviso ( 2516 m ), de Venano ( 2331 m ), de Vo ( 2357 m ), de Demignone ( 2488 m ) et de Veneròcolo ( 2313 m ). Dans la vallée on ne trouve ni cabanes de club ni bivouacs. Logement dans les chalets d' alpage.

D' Aprica ( station de sports d' hiver connue ), télésiège jusqu' au Malga Palabione ( 1697 m ), d' où l'on peut faire l' ascension du sommet du même nom ( 2058 m ) et du Dosso Pasò ( 2576 m ). Vue remarquable sur le massif de la Bernina.

De la halte Ponte di Valtellina ( chemin de fer privé Sondrio—Tirano ) part une route carrossable conduisant à la centrale électrique d' Armisa ( 1041 m ), à 9 km de là. De ce point, un sentier muletier conduit au bivouac Corti de la section Valteline du CAI ( 4 heures ). Ascensions: Dente di Coca ( 2926 m ), Pizzo di Coca ( 3052 m ), Pizzo di Porolo ( 2981 m ), Cima di Caronno ( 2930 m ), Pizzo di Scòtes ( 2979 m ) et Pizzo degli Uomini ( 2895 m ).

En amont de Sondrio, au-dessous des vignes de Grumello, part une route carrossable qui passe sous la voie ferrée et franchit l' Adda par le pont de Navetto. Par cette route on atteint Piateda ( 709 m ). Des sentiers muletiers ( différentes variantes possibles ) conduisent à la cabane Luigi Mambretti ( 2003 m ), dans la vallée de Caronno. Construite en 1925, la cabane appartient à la section Valteline du CAI et peut abriter 15 personnes. De Piateda 4 heures et quart. Ascensions: à côté des sommets Terre de Feu Lago Deseado, Tene de Feti.

Vue sur le SW en descendant à travers marécage et forêt.

mentionnés dans le paragraphe précédent ( Bivouac Corti ): Punta di Scàis ( 3039 m ), Pizzo di Redorta ( 3037 m ), Pizzo della Brunona ( 2728 m ) et la Cima del Medasc ( 2647 m ).

De Morbegno ( station du FS ) part une route de 14 km pour Gerola Alta ( 1053 melle est desservie par des courses régulières d' autobus. Point de départ pour l' ascension du Pizzo di Tronella, Pizzo di Trôna, Pizzo dei Tre Signori et Ponterànica.

Du côté sud ( accès par les vallées du Brembo et du Serio ): Le départ de deux lignes de chemins de fer ( FVB et FVS ) et des lignes d' autobus directes se fait à la place de la gare de Bergamo. Le chemin de fer secondaire du Val Brembana conduit à Piazza Brembana, d' où partent les lignes d' autobus suivantes, exploitées par cette société de chemins de fer:

P. Brembana—Averara ( montée au col S. Marco par le V. Mora)-Cusio; P. Brembana—Piazzatorre et Mezzoldo ( montée au col S. Moro par la vallée occidentale du Brembo ); P. Brembana-Roncobello ( montée au Rifugio Laghi Gemelli par le col de MezzenoP. Brembana—Carona ( et Foppolo ).

De Carona ( deux bons hôtels ), une route praticable pour les petites et moyennes voitures conduit au lac artificiel de Fregobolgia, d' où l'on atteint en un quart d' heure le Rifugio Fratelli Calvi ( 2015 m ) ouvert et desservi par un gardien toute l' année. Le Rifugio Fratelli Longo ( 2026 m ), accessible de Carona également, n' est plus utilisé depuis la construction de la cabane Calvi.

Dans la région de la cabane Calvi ( alla Portuola ), il convient de mentionner les sommités suivantes: P. del Diavolo di Tenda ( 2914 m ), P. Poris(2712 m),M. Grabiasca(2705 m)et M. Cabianca ( 2601 m ).

En montant directement de Carona on peut atteindre aussi le chalet-hôtel Laghi Gemelli ( 1968 m ). C' est le point de départ des ascensions suivantes, plus importantes: Cima del Becco ( 2505 m ), M. Corte ( 2493 m ), M. Pradella ( 2626 m ), M. Pietra Quadra ( 2356 m ) et P. Farno ( 2506 m ).

La société du chemin de fer local du Valseriana ( ligne Bergamo—Clusone ) exploite à partir du terminus les lignes d' autobus suivantes pouvant intéresser l' alpiniste:

Clusone-Fiumenero-Valbondione.

De Fiumenero ( 783 m ) montée en 4 heures à la cabane Brunone ( 2297 m ), dans le groupe Redorta-Scàis.

De Valbondione ( 891 m ), en 2-2i/2 heures au Rifugio Curò ( 1891 m ).

De Valbondione également on peut monter en 2l/2 heures à la cabane Coca ( 1891 m ), dans le groupe Coca-Redorta.

Clusone-Schilpario.

Point de départ pour les ascensions dans la région sud de Telenek ( M. Venerocolo, 2589 m, et ses voisins ).

Au SW ( montée du Valsassina ): une ligne d' autobus conduit de la place de la gare de Lecco à Introbio, chef-lieu du Valsassina. De là on peut atteindre une série de cabanes-refuges ( propriété du CAI - Club Alpino Italiano, du SEL - Società Escursionisti Lechesi - ou privées ): Rif. Grassi,Rif. Biandino, Rif. Madonna della Neve, Rif. Santa Rita, Rif. FALC, etc. ).

8 Les Alpes - 1960 - Die Alpen113 Pour terminer, il convient de mentionner le système de chemins ( dits « Sentiero delle Orobie » ), traces et construits par la section Bergamo du CAI sur le versant sud du secteur central, pour faciliter les traversées d' une cabane à l' autre. Partant du Rifugio Alpe Corte ( 1410 m ), dans le haut Val Canale ( vallée latérale du Serio ), on peut atteindre par le col Laghi Gemelli ( 2139 m ) la cabane du même nom ( située au-dessus du barrage, à 1968 m ) dans la vallée supérieure du Brembo ( en 3l/2 heures ). De là à la cabane Fratelli Calvi ( 2020 m ), le chemin franchit le col d' Aviasco, descend dans le Val di Frati jusqu' à la combe où se trouve le fenil de Cabianca et de là remonte au lac artificiel de Fregobolgia. Longeant le lac, puis montant légèrement, on atteint en 3 heures la nouvelle cabane, magnifiquement située. La traversée de la cabane Calvi au Rifugio Brunone ( 2297 m ), située dans le groupe Coca-Redorta emprunte le col Valsecca ( 2496 m; traces rouges ). Traversant les pentes du P. Gro et de la Cima Solvia dans le Val del Salto, le sentier permet d' atteindre en 4 heures la cabane ( place pour 36 personnes ).

Du Rifugio Brunone le sentier qui continue sur le Rifugio Coca ( marques blanches ) passe vers le glacier inférieur du Redorta, d' où il monte au Tacca del Sogno ( 2585 m ) pour aboutir finalement à l' entrée de la vallée du Fosso ( cote 2712 environ ). Descendant la vallée inférieure de Coca, on atteint en 4 heures le refuge Coca ( 1891 m ).

Le Rifugio Curò ( 1895 m ) représente le dernier maillon de la chaîne. Situé dans le sous-groupe Recastello—Gleno, non loin du lac artificiel de Barbellino ( capacité 19 millions de mètres cubes ), il est accessible en 2 heures par le col Corno ( 2245 m ). On peut accéder à cette « haute route » orobienne en partant de la vallée du Bremo oriental: de Roncobello par le col Mezzeno ( 2142 m ) à la cabane Laghi Gemelli; de Branzi au Lago delle Casere et au Rifugio Laghi Gemelli ( en 21/2 heuresde Carona soit au Rifugio Laghi Gemelli, soit directement au Rifugio Calvi ( 2y2 heures ).

Esquisse historique Les débuts de l' installation de l' homme dans les vallées orobiennes se perdent dans la nuit de l' âge du fer. Il semble, cependant, que les Orobiens « vitam in montibus degentibus » s' y soient établis en même temps que les premiers habitants en Valteline et dans le Valcamonica. Ils furent soumis d' abord par les Etrusques, puis par les Gaulois, enfin par les Romains. La domination romaine fut très vite troublée par les attaques des Rhétiens qui, faute de moyens de navigation, ne pouvaient avancer ni par le lac ni le long de ses rives vers la plaine du Pô, et prirent alors le chemin du Valsassina. Les Romains réagirent à cette pression par de nombreuses expéditions punitives. Pour renforcer la frontière en direction de la Valteline, ils fondèrent des colonies de Grecs, fidèles à leur empire, et établirent des stations militaires, notamment à la sortie du Val Troggia. L' importante de la région à cette époque était due aux gisements de zinc dans les vallées en amont d' Introbio, au Camisolo en particulier, et aux gisements de fer dans la région du Trôna, du Varrone et dans le Valtorta. Les persécutions provoquèrent une forte immigration, au IVe siècle principalement, lorsque de nombreux chrétiens de la plaine jugèrent plus prudent de se retirer dans les vallées écartées du Taleggio et Valtorta. Au IVe et Ve siècle, lorsque le christianisme commença à prendre le dessus à Lecco et dans le Valsassina, ces régions se rattachèrent au rite ambrosien, auquel elles sont restées fidèles jusqu' à nos jours.

Sous le régime féodal, les vallées orobiennes tombèrent sous la souveraineté temporelle et religieuse de I' archevêque de Milan. Elles représentaient pour lui un raccordement important entre la plaine du Pô et la Valteline et furent protégées par des fortifications, dont on voit les traces jourd' hui encore près d' Introbio, d' Averara et d' Ornica, où il y avait des fours à métaux et des forges.

Si les fortifications dans la région des vallées orobiennes semblent plus modestes qu' ailleurs, c' est peut-être parce que là-haut les guerres étaient plutôt des querelles de familles; elles divisèrent au 13e siècle les Torriani, les Visconti, les Rusca, les Vitani, etc. Originaires du Valsassina, les Torriani devinrent plus tard seigneurs de Milan, et l' influence milanaise se fit sentir surtout dans les vallées occidentales. En 1406, les Rusca tentèrent de descendre sur Morbegno par la vallée du Varrone afin de s' emparer de la Valteline.

En 1431, les Vénitiens avancèrent par la vallée de Troggia et du Bitto, sous la conduite de Cornaro, mais furent battus par Nicolo Piccinino, qui était au service de Filippo Maria Visconti. La République San Marco fut ainsi contrainte de faire la paix, en 1433 d' abord, puis une fois encore en 1454 à Lodi. Ainsi le Valsassina fut rattaché au duché de Milan et la vallée Brembana à Venise.

Dans le cours de l' histoire, le Valsassina eut à subir de dures épreuves. Après les Sforza vinrent les Français, suivis d' une série de condottieri avec leurs mercenaires. Pour finir, les Espagnols se mirent en devoir de piller à fond la vallée. Les nombreuses invasions des armées et des bandes étrangères motivèrent l' opposition obstinée de la vallée à la construction d' une route le long du lac de Còme ou le long de la Piovena et du Gerenzone.

Mais le Valsassina n' échappa par pour autant à de nouvelles calamités. Après avoir dévasté l' Allemagne, les lansquenets partirent en guerre contre le duc de Nevers, nouveau seigneur de Mantoue. Ils passèrent, eux aussi, le col de Casargo, et ce fut, jusqu' en 1655, pillage, peste et famine s' abattant sur la vallée.

Pendant la guerre entre la France et l' Espagne, les Français envoyèrent une puissante armée, commandée par le duc de Rohan, pour occuper la Valteline. Les Espagnols et les Milanais, qui leur résistaient, étaient entre temps battus à San Martino di Morbegno. Tous les fours à métaux du Valsassina furent détruits, les Espagnols s' en étant servis pour forger leurs armes.

Après avoir s«bi la domination des Visconti et des Sforza, et pour échapper à l' occupation par les Français, la Valteline adhéra en 1512, de son plein gré, à la République Grisonne. Mais ce détachement du duché de Milan ne fut jamais reconnu par les successeurs légitimes des maîtres milanais. Les Grisons prirent des mesures sévères pour rendre impossible un retour éventuel de la Valteline au duché de Milan. Le massacre de Bormio en fut la conséquence. Soutenue par les Espagnols qui occupaient l' entrée de la vallée, la Valteline se donna un gouvernement indépendant qui se maintint jusqu' au traité de Milan, en vertu duquel la vallée fut de nouveau rattachée aux Grisons, et le resta jusqu' à la Révolution française.

En 1799, les troupes de la coalition austro-russe envahirent la Valteline et les vallées orobiennes. La domination de l' Autriche, qui dura de 1815 à 1859, fut marquée pour la Valteline par la construction de la route stratégique du Stelvio.

Pour rendre le Valsassina plus accessible, on ouvrit autour de 1845 une route carrossable de 35 km, reliant Lecco à Ponte di Premana. Cette route aux pavés ronds, ressemblant plutôt à un bon chemin muletier, est conservée en partie jusqu' à nos jours, et les piétons l' utilisent volontiers. Entre 1845 et 1877, le voyage de Lecco à Ponte Premana par cette route primitive durait 8 heures.

Esquisse topographique Les cartes les plus importantes ont été publiées par l' Istituto Geografico Militare ( IGM ). Pour la région des Alpes orobiennes, ce sont les feuilles 17, 18, 19 et 33 de l' édition 1:100000 qui font autorité. Des extraits à l' échelle 1:25 000 ont paru pour différentes zones ( par exemple Gerola Alta, Piateda, Branzi, Valbondione, Schilpario, San Martino de' Calvi ).

Pendant le lever des cartes et à l' occasion de revisions devenues nécessaires par la suite, de nombreux noms locaux ont dû être épurés et précisés en de laborieux débats de commission.

Une confusion désespérante régnait notamment dans la zone occidentale. Par exemple, le Pizzo dei Tre Signori actuel s' appelait autrefois Pizzo Varrone, tandis que le sommet qui porte aujourd'hui ce nom s' appelait Pizzo delle Ferriere et plus tard Piodiscione di Trôna. Le Pizzo di Trôna actuel s' appelait dans le temps Pizzo Véspolo, alors que ce nom désigne aujourd'hui l' éminence occidentale de l' arête qui descend du Corno Stella dans la Valteline. Quant à cette eminence, elle portait dans la toponymie locale le nom peu flatteur de Munt di Piöcc ( Monte dei Pidocchi = Montagne des poux ).

L' attribution des noms s' est faite en prenant surtout en considération les trois points suivants: l' ancien nom donne par les indigènes, la dénomination plus récente donnée par les alpinistes et enfin l' usage de dénommer les sommets d' après l' alpage situé le plus haut. On comprendra facilement que les décisions de la commission de correction des cartes n' aient pas toujours obtenu l' appro générale. Ainsi, par exemple, on a préféré l' ancien nom Pizzo di Mezzodì au nom « Denti di Tronella », apparu actuellement. On a transposé aussi dans la langue écrite des noms patois qui ont reparu plus tard sous la forme idiomatique originale. Les efforts bien intentionnés pour apporter de légères corrections aux noms apparemment mal italianisés et les rendre mieux appropriés à la langue écrite étaient erronés aussi, le retour au sens étymologique devenant alors difficile ou impossible: Foppabuona ( au lieu de Foppabona ), Cornagiera ( au lieu de Cornagera = de géra ).

Dans certains villages de montagne, on désignait les sommets d' après les heures de la journée où ils étaient touchés par le soleil et indiquaient ainsi une heure importante pour les montagnards: Morgenhorn ( dent du matin ), Mittaghorn ( dent du midi ), Zobig-(ou Vesper)horn ( dent du soir ). Alors que ces noms se sont encore maintenus à Airolo, dans la haute vallée de la Léventine ( P. di Mezzodì et Poncione del Vespero ), ils ont été détrônés dans le cas de Gerola Alta par des dénominations nouvelles: Piz de la Matina ( actuellement Filone della Vecchia ), Piz de Mezdi ( aujourd'hui Dente di Tronella ), Piz del Vespol ou Vespero ( actuellement Pizzo di Trona ).

L' appellation « Filone » ( grande arête ), relevée plus haut, dérive de « Fil » ( ou Feilarête, et se rencontre aussi dans les Alpes grisonnes méridionales ( surtout dans le Calanca ). Un autre nom très répandu dans les Alpes de Lombardie, c' est « Foppa » ( du latin fovea ). Les noms allemands figurant dans le Guide des Alpes grisonnes III ( Grube, Bodensenke, Wanne, Mulde = combe, dépression ) ont la même signification. Dans la vallée de Bitto: Foppa de li Buri ( buri, bori = troncs d' arbres décortiqués et coupés ).

La désignation « Bus » ( de buco = ouverture, trou ), empruntée au dialecte lombard, s' applique aussi à des encoches très marquées dans l' arête ( Bus del Ratt, entre M. Biandino et M. Cornagera ). Les dérivés de « piöda, piudiscia et piödiscia » ( en italien pioda, piodessadalle ( de granit ) ont été l' origine de nombreux noms d' endroits.

Dans la région des Alpes orobiennes: Passo et Motta della Pioda, Passo della Piodessa ( entre M. Pegherolo et P. Cavallino ), Baita ( fenil ) Pioder, ( Valmadre ), etc. Autrefois le P. Varrone s' ap aussi « Piodiscione di Trona ».

Exemples pris au Tessin: Pizzo et Passo dei Piodisci, Poncione et Passo di Piotta; la localité de Piotta, dans la haute Levantine.

Des localités du nom de « géra », au Tessin le plus souvent « gerra»gravier, éboulis ) se rencontrent dans presque toutes les vallées des Alpes lombardes.

De nombreux noms du secteur occidental des Alpes orobiennes ( Bitto et Valsassina ) rappellent les anciennes exploitations minières. Le P. Varrone s' appelait autrefois aussi « Pizzo delle Ferriere ». Le Pizzo Trona doit son nom à une déformation du mot patois « truna » ( en Engadine trima grotte, galerie, gorge, nom dû aux entrées de galeries en partie conservées qu' on trouve encore sur ses versants.

Dans la vallée du Pescegallo ( pescia [en italien, abetesapin ) s' élevait autrefois une belle forêt qui fut abattue pour le traitement des minerais. La racine « pescia » se retrouve d' ailleurs dans les noms de nombreux endroits: Barrech di Pese, Cà dei Pese, etc.

On rencontre dans la région des Alpes orobiennes divers noms provenant d' anciens usages ou d' anciennes installations. Citons parmi eux:

Barrech ou baregh ( clôture faite de pierres sèches, de pieux ou d' autres matériaux, pour parquer le bétail ): Ai Barrech ( Alpage Trôna Vaga ), Baregazze ( dans le val Belviso ), Barech ( dans le val Cedrasco et Puschlav ).

Aial est le petit emplacement où les charbonniers préparent le « poiat », meule de bois pour faire le charbon. Dans le Valsassina ces places s' appellent Aral, terme employé aussi dans les vallées bergamasques. De là vient: Pian l' Aral ( Alpe Pescegallo delle Foppe ), Aial di Piazzott ( Alpe Com-bana ), Aial del Pegurèr ( Alpe Stavello = de Stabulum ), etc.

Les abris temporaires, sans toits, s' appellent Calec '. Pour la durée de leur séjour, les bergers apportent des planches ou d' autres matériaux dont ils font un abri contre la pluie. Les Calec' sont si nombreux dans le Bitto qu' ils confèrent à la contrée un aspect très caractéristique ( à l' alpage d' Olano il y en a deux douzaines ). Ce mot est à l' origine des noms: Calec' de sura, Calec' de sut, Calec' de la fo, Calec' de la et ( Calec' d, d' en, extérieur, intérieur ).

Notons pour terminer que les Denti della Vecchia ( Denc' da ra Vegia ), près de Lugano, ont leurs homonymes dans les Alpes orobiennes occidentales ( Denc' de la Vegia ).

Extrait de la chronique des ascensions En septembre 1870, A. Rossi faisait seul l' ascension du Pizzo del Diavolo di Tenda ( 2926 m ) par l' arête NW. La paroi NNE fut parcourue pour la première fois à la descente, le 22 juillet 1894, par Blodig et Purtscheller.

Un groupe de 6 alpinistes de la Valteline escaladèrent le 15 septembre 1874 le Pizzo Redorta ( 3037 mau milieu du même siècle, des topographes de l' état autrichien y étaient montés pour faire des levers cartographiques. La voie la plus intéressante au point de vue technique monte de la vallée de Fiumenero par le Sperone alto; elle fut parcourue pour la première fois le 8 août 1925 par la cordée Caccia-Pagella ( 4 heures ).

Le Pizzo di Cocca ( 3052 m ), point culminant des Alpes orobiennes, fut conquis le 4 septembre 1877 par les alpinistes Torri et Baroni; qui empruntèrent le versant SE. La montée directe par l' arête S en partant du Rifugio Coca, magnifique varappe dans un rocher excellent, fut effectuée intégralement le 15 octobre 1938 par A. et N. Corti. Les premiers ascensionnistes de cette voie, Luchsinger, Perolari et Sala ( 15 juillet 1923 ) avaient évité le passage le plus difficile de la voie directe.

La première ascension de la Punta di Scàis, deuxième sommet par ordre d' altitude ( 3039 m ), fut effectuée le 3 juillet 1881 par la voie Baroni. L' histoire de l' ascension par l' arête Corti, voie la plus intéressante et offrant une varappe hardie, est assez compliquée, l' arête ayant été parcourue à différentes dates par différentes cordées à l' occasion d' autres ascensions. La première ascension complète de la base jusqu' au sommet extérieur fut réussie le 22 juillet 1926 par la cordée Bonola-Corti.

La première ascension touristique incontestable du Pizzo dei Tre Signori ( 2554 m ) date du 21 avril 1881 ( Paribelli-Reina, avec le guide Rigamonti, dit Fulatt ). Ce sommet bien marqué du secteur occidental, d' où s' ouvre une vue magnifique, s' appelait autrefois Pizzo Varrone. Il doit son nom actuel au fait que son sommet était le point de rencontre des territoires de la République de Venise, du duché de Milan et de la République grisonne. Aujourd'hui il forme la frontière entre les provinces de Comò, Bergamo et Sondrio. Le versant NW, coupé de petites parois abruptes et de tours rocheuses aux formes bizarres, sert de terrain d' entraînement aux fervents de la varappe.

Le 19 juillet 1894, Purtscheller et Blodig, venant du M. Legnone, atteignaient le Pizzo dei Tre Signori.

Le Pizzo di Scotes, visible des Alpes rhétiques sous forme d' une pyramide tronquée ( 2979 m ), fut gravi le 11 septembre 1887 par la cordée Bonacossa, Melzi et Confortola, venant du P. di Rodes. Pris dans le brouillard, les ascensionnistes se croyaient au P. Biorco. La voie la plus intéressante pour les alpinistes est celle de l' arête SE.

Le Pizzo Recastello ( 2888 m ), le plus beau sommet situé à gauche du Sonic ), est l' escalade la plus intéressante de tout le groupe. Il fut atteint le 2 septembre 1876 par la cordée Torri-Baroni, montée par le versant S ( la montagne s' appelait alors Corona dei Tre Confini ) Les autres voies présentant un intérêt pour les varappeurs empruntent la paroi S, la crête NW et l' arête des Corni Neri ( cornes noires ); elles furent ouverte en 1931, 1935 et 1937. La pyramide du Pizzo del Salto ( 2665 m ), dominant les trois vallées de Salto, Ambria et Vedello, fut gravie le 8 juillet 1896 par Steinitzer, accompagné d' un porteur. Le 10 septembre 1932, une cordée de trois alpinistes italiens escaladait pour la première fois la paroi N qui tombe dans la vallée de Vedello. Le 2 septembre 1937, G. Messa en faisait une variante comprenant des passages difficiles.

Le 20 juin 1906, Fasana et Castelli faisaient l' ascension des deuxième, troisième et quatrième dents des Denti della Vecchia ( groupe Tre-Signori ). La première dent fut escaladée le 7 septembre 1930 par Tagliabue, Cermenati et De Simoni en deux heures ( 3e degré de difficulté ). La cinquième dent fut conquise le 17 août 1931 par la cordée Citterio, Tagliabue et De Simoni, montée par le dièdre NW. La même cordée réussit en 5 heures la traversée des cinq dents ( très difficile ).

L' ascension de la Dente di Coca ( 2926 m ), l' une des beautés caractéristiques du fond de la vallée d' Arigna, fut réussie le 26 juillet 1908 par Castelnuovo et Scotti, par l' arête W. La voie de la paroi N, réputée la plus difficile et dangereuse des Alpes orobiennes, fut réussie le 5 août 1932 par la cordée des frères Longo avec Cornago.

Les Corni di Sardegnana, cinq tours aux formes hardies, situées entre la Bochetta del Valone et le col Sardegnana, ont attire surtout les varappeurs enragés de la section Bergamo du CAI. Première ascension intégrale de l' arête en septembre 1922 ( Luchsinger, Sala, Perolari ).

La chasse aux premières encore réalisables, qui a commence vers 1930, a éveillé l' intérêt pour la crête du P. di Mezzaluna ( le nom vient du pâturage Mesalöna ). Le 14 juillet 1931, la cordée Faverio, Parravicini et De Simoni surmontait la fissure longitudinale nord du Torrione di Mezzaluna ( très difficile ). Le 16 août 1941, ce fut la conquête de la paroi W du P. di Mezzaluna proprement dit(très difficile également ). La paroi N de la Dente di Mezzaluna fut gravie le 21 mai 1955 par la cordée Paltrinieri-Del Nero.

Le 31 août 1930, la cordée Cesareni-Luchsinger-Zaretti escaladait pour la première foi la paroi W du P. dell' Orno ( 2773 m ) qui se dresse d' un seul jet de 530 mètres au-dessus du bassin de Cigola. Les premiers ascensionnistes avaient dévié vers la droite quelque cent mètres au-dessous du sommet. Les frères Corti avec Lenatti firent en 1936 la voie directe intégrale. L' ascension difficile de la paroi N du Pizzo di Présio ( 2391 m ) fut réussie le 7 juillet 1935 par Melazzini, Foianini et Gualzetti. Ce sommet est réputé pour sa vue magnifique sur les groupes de Castello et de la Disgrazia qui lui font face.

Dans les Alpes orobiennes, comme partout dans les Alpes, on ouvre des voies « spéciales » et l'on accomplit des premières hivernales. Mais, en somme, et malgré l' isolement complet des sous-groupes, toutes les possibilités intéressantes ont été épuisées.

( Traduit par Nina Pfister-Alschwang )

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