Les oiseaux des Alpes

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Avec 5 dessinsPar J. Hofsfetter

A mesure que l' alpiniste monte vers les sommets, la vie devient plus rare. Les plantes ne se rencontrent que par touffes, ici et là. De temps en temps, un oiseau ou un chamois fait une fugitive apparition. Et c' est probablement cette rareté de la vie sauvage qui fait que l' alpiniste se réjouit à chaque rencontre. Dans la plaine, aux abords des villes, la vie animale et végétale est si abondante qu' on n' y fait même plus attention. A la montagne, il en est bien autrement. Le climat est rude, la lutte pour la vie très difficile. Tous les êtres déficients ou simplement trop spécialisés sont impitoyablement éliminés, et il ne reste qu' un petit nombre d' espèces bien adaptées au milieu si sauvage que représente la montagne.

LES OISEAUX DES ALPES Merle à plastron mâle Au point de vue botanique, il est relativement aisé d' établir des zones caractérisées par une certaine végétation, et les botanistes s' entendent généralement là-dessus. Au point de vue ornithologique, il n' en est pas du tout de même. Presque chaque auteur qui étudie la question, propose une classification différente; d' où grande confusion. Nous ne voulons pas nous embarrasser ici de subtilités. On peut distinguer très en gros les régions habitées ou transformées par l' homme ( zone des cultures ), les régions boisées et les régions de pâturages et de pierriers. Quelques oiseaux, du reste, ne s' occupent nullement de toutes ces subdivisions. Ainsi le Rouge-queue titis se rencontre aussi bien en ville que dans les Alpes, où il niche encore au-dessus de 2000 mètres.

Il ne sera question ici que des espèces spécifiquement montagnardes et de celles que l' alpiniste a souvent l' occasion de rencontrer dans ses excursions. Je parlerai plus spécialement des oiseaux qui se trouvent dans le district franc des Diablerets-Muveran, parce que c' est certainement la région la plus fréquentée par les membres des sections romandes.

Lorsqu' au printemps, l' alpiniste quitte de bon matin Les Plans et commence à grimper vers la Varraz, qu' il prête un instant l' oreille aux mille voix qui l' entourent! Les Grives draines et musiciennes lancent leurs strophes pleines de brio. Le chant de la Draine rappelle celui du Merle, mais il est un peu plus saccadé, plus vigoureux, moins romantique pour ainsi dire. La Musi-cienne se plaît à répéter trois ou quatre fois la même note: souvent un coup de sifflet d' un timbre absolument pur. Le Merle à plastron a un chant beaucoup plus modeste: c' est un simple « trrui » que l' oiseau se contente de répéter. Ce son, en lui-même, est assez grinçant et désagréable; pourtant, à la montagne, au lever du soleil, lorsque les Merles à plastron, perchés au sommet des sapins.

LES OISEAUX DES ALPES \ font un véritable concert, cela produit un effet tout à fait séduisant, en parfait accord avec la nature environnante.

Peut-être l' alpiniste, s' il s' arrête un instant pour écouter, entendra un roulement, non sans analogie avec le grondement sourd d' une source souterraine. De temps en temps retentit un chuintement sonore, difficile à décrire et qui s' entend de très loin. C' est le chant du petit Coq de bruyère, le Tétras lyre. Je me souviens d' un matin où un ami et moi, nous marchions le long d' un sentier sous bois, lorsque soudain j' entends un gargouillement vibrant. Je me retourne, Lagopède des Alpes en plumage d' hiver croyant que c' est mon compagnon qui souffle dans sa pipe. Mais non, le bruit se répète; c' est un Coq de bruyère qui se met à chanter à moins de vingt mètres de nous, caché derrière un monticule. Quel spectacle inoubliable! Les ailes pendantes, la queue bien étalée, le cou tendu et les plumes du cou gonflées, le coq roucoule, puis, soudain, il se redresse, dans son élan exécute un petit saut et émet le chuintement caractéristique.

Quittons maintenant les derniers arbres. Nous rencontrons alors l' oiseau le plus fréquent des pâturages alpestres: le Pipit spioncelle. Il y a un contraste frappant entre la simplicité de son chant et la frénésie de son vol nuptial. L' oiseau part dans les airs en répétant inlassablement la même note, décrit une courbe élégante et redescent en vol plané. Les ailes vibrent et tout ce petit corps d' oiseau semble emporté par la passion. En juin, sur le plateau d' Anzein, par exemple, les spioncelles chantent partout, et leurs vols se croisent. Dans les éboulis, un joli petit oiseau attire l' attention. Perché sur une pierre, il fait à tous moments de brusques courbettes en émettant un son rauque. C' est le Traquet motteux. Le mâle est un oiseau délicieux, dans sa livrée blanche, grise et noire. Il se plaît à étaler largement sa queue noire et blanche devant la femelle dont le plumage a plutôt des teintes brunes. La Bartavelle habite un peu le même milieu, mais elle est devenue rare en maints endroits. C' est au Valais qu' on a le plus de chance de la rencontrer. Elle ne recherche pas les pierriers, mais les pentes gazonnées, semées d' éboulis et orientées vers le midi. Tapie dans l' herbe ou contre une pierre, son plumage beige la rend invisible. Le plus souvent elle attendra le dernier moment pour prendre son essor et alors, de son vol rapide et saccadé, elle plongera dans la vallée et aura tôt fait de disparaître. On a rarement l' occasion de voir ses flancs traversés de raies noires, son bec et ses pattes rouges et sa bavette blanche, bordée d' une large bande noire.en plumage d' été LES OISEAUX DES ALPES Accenteur alpin L' alpiniste aura plus de chance de voir un autre gallinacé, tout aussi intéressant et généralement moins sauvage: la Perdrix des neiges ou Lagopède. A l' opposé de la Bartavelle, elle semble ne pas apprécier les pentes ensoleillées; on la rencontre le plus souvent sur les versants à l' ombre. Son domaine est celui des pierriers ou des lapias. Suivant le temps, son comportement peut être bien différent: par les grandes chaleurs de midi, elle se montre familière et se laisse observer de près. Aux environs du Col des Essets, je suis une fois tombé sur un couple. Je pus approcher les deux oiseaux à cinq mètres sans qu' ils ne bougent. A ce moment, ils se mirent à courir devant moi, le mâle protégeant visiblement la retraite de la femelle. Alors que celle-ci disparaissait rapidement derrière un rocher, lui, au contraire, voulait attirer mon attention de son côté; il dressait le cou et étalait la queue d' un air provocateur. Finalement, comme je m' étais décidément trop approché, l' oiseau s' envola, déployant ses ailes toutes blanches et poussant son cri si singulier, rauque et d' une tonalité extrêmement basse. Mais il ne partit pas bien loin; je n' eus pas de peine à le retrouver de l' autre côté d' un petit ravin, et le manège recommença. En revanche, le Lagopède peut devenir sauvage en d' autres circonstances, par exemple lorsqu' il fait du brouillard.

Tous les alpinistes connaissent le Chocard — appelé parfois à tort Choucas — qui vient souvent en petites bandes autour des cabanes. Il affectionne particulièrement les rochers où il niche. Son bec court est jaune et ses pattes sont rouges. Un autre oiseau se rencontre aussi souvent près des mazots, c' est l' Accenteur alpin. Il a l' allure et les teintes d' un moineau, mais est un peu plus grand et a un cri bien différent. Tâchez de l' observer de près, ce n' est pas difficile.Vous constaterez alors que son bec est fin et pointu et que son plumage n' est pas si terne qu' il avait semblé au premier abord: ses flancs LES OISEAUX DES ALPES Pinson des neiges ou Niverolle sont lavés de roux, sa gorge est blanche, finement pointillée de noir. Sa tête et son dos ont de délicates nuances de gris-bleuté et de brun-rouille.

Le Tichodrome est typiquement un oiseau de haute montagne, bien qu' il se rencontre par ci par là dans la plaine, en hiver. On l' appelle aussi Grimpereau des murailles, car il escalade les parois de rochers, les précipites abrupts, où n' osent s' aventurer les plus hardis montagnards. Il recherche des insectes qu' il capture dans les fentes avec son long bec recourbé. C' est un des plus jolis oiseaux des Alpes. Son vol papillonnant rappelle un peu celui d' une chauve-souris. Les ailes déployées laissent voir de délicates teintes roses.

Seul l' alpiniste des hautes cimes rencontre la Niverolle ou Pinson de neiges, bien nommée, puisque même en hiver elle descend rarement au-dessous de 2000 mètres. En été, on voit quelquefois des bandes de Niverolles évoluer autour d' un bloc de rocher, et les ailes blanches donnent des effets très jolis lorsque, toutes ensemble, elles font de brusques crochets.

Bien entendu, l' observateur attentif rencontrera encore d' autres espèces d' oi, mais cela nous mènerait trop loin si je voulais dresser ici une liste complète de l' avifaune alpine. Les intéressés peuvent du reste se faire documenter sans frais par la Société romande Nos oiseaux, case ville, La Tour-de-Peilz.

Il nous reste à parler du roi des airs, l' Aigle qui mérite bien son titre royal. Malheureusement, il a disparu de maintes contrées, et l'on a rarement le plaisir de voir planer dans le ciel ce majestueux rapace. Sans un battement d' ailes, il chasse en suivant le flanc de la montagne. Un cri strident de marmotte nous a averti de sa présence. Il faut rester bien immobile si l'on veut pouvoir l' admirer de plus près, car dès qu' il a reconnu l' homme, l' Aigle s' empresse de quitter les lieux. Il connaît trop bien son seul ennemi. Toutes les histoires d' alpinistes attaqués par l' Aigle sont de pures légendes. J' ai eu l' occasion d' entrer dans une aire occupée; eh bien, pendant toute la durée de la visite je n' ai aperçu les parents que de fort loin. Ils n' osaient s' approcher. Les terrifiantes histoires d' enfants emportés par des aigles sont aussi inventées de toutes pièces. Sa nourriture consiste essentiellement en marmottes, jeunes chamois et lièvres des Alpes. On a constaté que dans les régions où l'on avait exterminé l' Aigle — en Autriche par exemple — les chamois, loin de devenir plus nombreux, ont été décimés par de terribles épidémies. D' autre part, c' est un fait bien connu que dans les réserves où il y a des aigles, les chamois et les marmottes sont toujours très abondants. On voit que l' Aigle joue un rôle important en détruisant tout individu faible ou malade et en prévenant ainsi les épidémies. Il mérite donc une protection absolue, dont il ne jouit pas encore. Aucun alpiniste ne peut se résoudre à voir disparaître ce royal rapace de nos Alpes. Avec Stemmler, crions haut et loin: « Protégez les aigles avant qu' il ne soit trop tard! »

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