Les premières des Wetterhörner

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Par G. R. de Beer et R.M.orrison

Nous sommes maintenant en mesure d' apprécier la portée de cette étrange série d' erreurs. Il résulte donc que des cinq premières ascensions de la Haslejungfrau, toutes les précédentes furent oubliées au moment de la cinquième. On constate d' abord une rivalité locale; les guides du Grimsel ne reconnaissent pas les ascensions faites par les touristes guidés par les guides de Grindelwald, et vice versa. Cette rivalité est normale; on la retrouve entre Chamonix et St-Gervais. Mais tandis qu' au Grimsel on reconnaissait les ascensions antérieures faites par les équipes guidées par les guides du Grimsel, à Grindelwald on reniait toutes les ascensions antérieures sans exception, même si des hommes de Grindelwald les avait guidées. Un guide de Grindelwald, Peter Bohren, avait pris part à toutes les ascensions de la Haslejungfrau à partir de Grindelwald. Il est donc évident que les guides de Grindelwald mentaient chaque fois qu' ils assuraient les voyageurs que la cime était vierge. Un de nous a eu occasion de signaler le même phénomène au sujet de la Jungfrau en 1835 et 1836, époque à laquelle, malgré l' ascension réussie en 1828 par le guide Baumann et ses compagnons de Grindelwald, sans compter celles des Meyer en 1811 et 1812, on insistait toujours à Grindelwald que la Jungfrau n' avait jamais été gravie ( deBLA ). Tourgueniev fit en 1840 un voyage en Suisse au cours duquel il avisa la Jungfrau et le Finsteraarhorn, et en 1878 il soutenait toujours que ces cimes n' avaient jamais été atteintes ( deBBSYB ).

Pourquoi ces mensonges? M. Arnold Lunn a essayé de fournir une explication de ce mystère, et il est d' avis que c' était pour des motifs commerciaux et financiers que les guides de Grindelwald agissaient de la sorte. Mais pour établir cette thèse il faudrait prouver, soit que la somme demandée pour une « première » était supérieure à celle que les guides réclameraient pour une ascension déjà faite, soit que les touristes seraient plus nombreux et plus souvent tentés d' entreprendre une ascension si on la leur représentait comme nouvelle, soit enfin que les guides s' imaginaient que tel serait le cas.

Entre 1844 et 1854, le nombre d' ascensions de la Haslejungfrau tentées ou réussies dépasse à peine une demi-douzaine. C' est un « matériel » trop restreint pour pouvoir en conclure qu' une pratique commerciale de la part des guides fût à la base de la formule mensongère. Il faudrait, de plus, savoir combien de voyageurs désireux de tenter l' ascension y avaient renoncé parce que c' était trop cher. Du point de vue commercial, il est hors de doute que la pratique de représenter une ascension comme non encore réalisée aurait plu- tôt nui que contribué aux intérêts financiers des guides. Seul l' avènement d' une « mode » ascensionniste pouvait favoriser les affaires des guides. D' autre part, Wills a précisé que les habitants de Grindelwald avaient cité plusieurs cas de tentatives infructueuses, ce qui veut dire qu' ils exagéraient les difficultés. Si c' était pour flatter l' amour d' un touriste intrépide et ambitieux, on pourrait peut-être conclure à l' emploi d' une subtile propagande commerciale. Mais du même coup elle devait forcément rebuter les autres et par là réduire le nombre des clients.

Il nous semble que la solution proposée par M. Arnold Lunn est possible mais insuffisante. Nous sommes portés à voir dans ce problème l' effet d' une longue tradition. De mémoire d' homme les cimes étaient inaccessibles. Depuis trois quarts de siècle que les touristes affluaient à Grindelwald, il n' avait été question que de glaces éternelles et de la hauteur superlative des montagnes. L' impossibilité d' atteindre les cimes était une formule qui découlait de leur sublimité et en faisait partie. Il nous semble qu' une telle tradition exigeait pour l' anéantir plus qu' une, ou même quatre ascensions, effectuées par des personnes non en vedette.

Si l'on fait la comparaison avec Chamonix et le Mont Blanc, on aperçoit aussitôt la différence de climat psychologique. D' abord il y eut une mise en scène. Le Mont Blanc était reconnu comme le point le plus élevé de l' ancien monde; fait exceptionnel. M. de Saussure, personnage illustre dont rien que la présence à Chamonix était retentissante, annonce une prime pour quiconque réussirait à trouver un chemin pour monter sur la cime. L' accessibilité éventuelle du sommet du Mont Blanc fut à l' ordre du jour pendant un quart de siècle, jusqu' à ce que le Dr Paccard et Jacques Balmat la réalisèrent. Mais même alors un brouillard pèse sur leur triomphe; parmi leurs contemporains on n' était pas fixé sur le mérite relatif qui revenait à chacun d' eux. Plus d' une demi-douzaine de voyageurs à Chamonix à l' époque omettent complètement de citer le nom de Jacques Balmat; Bourrit, indigné et travaillé par un amour propre personnel blessé, fait une puissante et tendancieuse propagande contre le Dr Paccard. La deuxième ascension du Mont Blanc, faite par des guides, passe ignorée. De Saussure, qui réalisa la troisième ascension, passe dans l' esprit de plusieurs pour le premier, véritable et unique vainqueur du Mont Blanc.

Or Wills fut le Saussure de la Haslejungfrau. Avant lui des inconnus arrivent, décrochent la cime et s' en vont. Il en fallait davantage pour ébranler la tradition de l' inaccessibilité des montagnes qui, elles, sitôt gravies, rentraient dans le rang et redevenaient vierges. Mais après Wills, la tradition est perdue pour de bon. Il est qualifié de « Wetterhornerherr »; une arête de la montagne s' appelle désormais le Willsgrätli; et le livre qu' il écrit fait époque. La cime la plus fière du Wetterhorn est acceptée comme vaincue. Evidemment, le principe du jus suum cuique est difficile à maintenir.

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