Les Sommètres

Hinweis: Dieser Artikel ist nur in einer Sprache verfügbar. In der Vergangenheit wurden die Jahresbücher nicht übersetzt.

PAR FRANÇOIS MATTERN

Avec 4 illustrations ( 228-231 ) Trois mines déconfites, trois grands garçons prêts à s' engueuler. L' atmosphère est tendue, il y a de la nervosité dans l' air...

- Tu n' as pourtant pas l' intention d' abandonner, MichelPas de réponse. Et toi, BidouNon, Bidou ne veut pas abandonner... L' honneur... Quant à moi, ouais, mieux vaut n' en point parler. Il y a quelques instants encore, une chute m' avait piteusement laissé pendu aux cordes, ce qui nous avait amenés - procédé peu orthodoxe et plutôt déshonorant - à faire un assurage depuis le haut, autour d' un arbre. Je regarde d' un air peu convaincu les kilos de matériel que nous avons traînés jusqu' ici; les cordes sont encore en place. Non, nous ne nous rendrons pas. Je propose de descendre, une fois de plus, « notre » paroi en rappel.

Elle n' atteint pas 30 m de haut, mais elle est régulièrement surplombante. C' est le troisième dimanche que nous la « travaillons », mais nous en sommes à peine à la moitié. Les pitons classiques - voyez comme les choses évoluent rapidementn' y sont pas d' un grand secours: 5 seulement peuvent servir au départ. Plus haut, il faut recourir aux pitons à expansion; or les nôtres ne sont vraiment pas au point, et trop longs ( 20 mm dans le rocher ). Dans des positions très pénibles, nous employons parfois 25 minutes pour forer un trou ( un tous les 50 cm en moyenne ). Outre cela, la roche est mauvaise, les « clous » ne tiennent pas. Enfin deux forts surplombs, et -faut-il le direun manque de technique nous font perdre beaucoup de temps.

masm

Glacier de Paneyrosse ( Waadtländer Alpen ) Aufnahme vom 12. 10. 57. Die Zunge ist weggeschmolzen und der Fels apert bereits aus ( Bildmitte ).

-ne:U*C* Glacier de Petit Plan Névé ( Waadtländer Alpen ) Aufnahme vom 5. 10. 1957. Die Zunge ist zum Teil von kalbernden Eisstücken gebildet und endet im Schuttfeld. So entsteht die verschiedenartige Front: Eis-Schnee-Fels, schwer zu trennen. Man hat deshalb die Kontrolle dieses Gletschers aufgegeben.

2341235 - Photos A. Renaud Donc, nous descendons la paroi en rappel. J' ai beau chercher, sur plus de 15 m: aucun trou, aucune fissure dans laquelle nous pourrions enfoncer des pitons normaux. Nous nous retrouvons tous les trois sur la terrasse d' attaque. Cette fois, j' en ai assez. Je range mon matériel dans de petites cavités. Nous reviendrons une autre fois. ( C' est toujours ainsi que ça finit. ) Libérés, détendus, nous galopons « chez Arthur », et je me rue sur nos « passes » habituelles. Quel bien cela me fait! La varappe libre est toujours revigorante après l' artificielle. Michel et Bidou me semblent bien passifs; moi, je « grattonne » rageusement: Pointe Riesen, dalle Schwab, les Colonnes, et même le Petit Jésus avec sa dalle en VI. Le plus haut de ces obstacles ne dépasse guère 10 m, et je trouve pourtant beaucoup de plaisir à les escalader. Il y a plusieurs façons de les « prendre »; on ruse, on supprime une prise, on se passe de l' aide d' une main. Il semble bientôt que les lois de l' équilibre et de la pesanteur n' ont jamais existé... jusqu' au moment où une chute aussi soudaine qu' imprévue, nous ramène à un peu de modestie, tout en nous rappelant notre échec du matin.

Nous retournons auprès de notre ami Arthur Visoni. La fraîcheur de la petite grotte aménagée en bivouac est des plus agréables. Au-dessous de nous, au-dessus, à côté, partout s' étale le merveilleux jardin alpin, resplendissant et odoriférant, à la création duquel Arthur met tout son cœur et toute son ardeur, depuis des années, travaillant presque toujours seul. Le résultat est là, allez le voir vous-même, au printemps de préférence. De nombreuses terrasses vous invitent au repos, où vous parviennent par instants des bouffées de parfums. Ou bien, hasardez-vous sur le « Pont du Diable », en miniature, bien sûr, et vous ne verrez que des fleurs, partout des fleurs, tout autour de vous des fleurs. ( Je me garde de les nommer; à chacun sa spécialité, hein, Arthur ?) Nous quittons Arthur et son jardinage et parvenons au troisième ressaut. ( L' arête des Sommètres en compte dix. ) Je ne passe jamais par là sans flirter avec la Gentiane. Ce vulgaire rocher surplombant compte 7 à 8 voies, toutes très difficiles; la direttissima est la plus belle.

Une courte cheminée nous conduit au quatrième ressaut. Nous quittons l' arête. Là, à droite de la Grande Cheminée, le Spigolo est par trop tentant avec ses 40 m de hauteur. C' est d' ailleurs l' une des voies les plus longues des Sommètres. La finesse de son escalade en fait aussi l' une des plus belles. Quelques pas encore, et nous voici au pied de la Paroi Graber. Je n' aborde jamais sans quelque appréhension ses 15 m coupés de deux surplombs. Escalade très franche, athlétique, mais sûre. Après l' effort soutenu qu' elle exige, la suite de l' arête nous semble bien reposante et peu difficile. Elle ne dépasse jamais le troisième degré, à moins que... à moins qu' on ne se laisse tenter par la Fissure Oblique, très impressionnante avec sa « Dülfer » et sa traversée à droite au-dessus d' un vide ma foi fort respectable.

Les ressauts, les obstacles se succèdent; vite, éprouvons la résistance de nos ongles sur les minuscules « grattons » du Miroir Visoni, avant d' aborder le Bastion, fier pilier coupé de surplombs, qui, en nous déposant sur la terrasse du Spiegelberg, termine magnifiquement notre journée d' escalade. Mais pouah! Ce beau point de vue est malheureusement le but de promenades dominicales de beaucoup de gens, tout un monde en flanelle et cravate... Par contre, la semaine, je ne connais pas d' endroits plus calmes et plus solitaires, lorsque tombe la nuit, lorsque les rochers s' estompent dans l' obscurité naissant des profondeurs du Doubs.

Les Sommètres... Ils représentent, pour nous, plus qu' un terrain d' entraînement. A côté des heures merveilleuses que nous passons dans leurs parois, coincés dans une fissure, juchés sur une aiguille, pendus à un « clou », dans le cadre unique du Jura, avec, comme toile de fond, le Doubs sinueux et sombre, dont le grondement parvient à peine jusqu' à nous, il y a les bivouacs... Bivouacs en équipe, où la gaîté est de rigueur; bivouacs solitaires, où la vie double d' intensité.

15 Die Alpen - 1958 - Us Alpes225 Je me souviens d' une merveilleuse journée de fin octobre; c' était l' occasion rêvée de faire l' école buissonnière ( j' étais encore étudiant ). Les cours... quelle chimère! J' étais parti en douce, sans éveiller les soupçons. J' arrivai aux Sommètres à la nuit tombante. La -visite d' une chouette, les mille petits bruits d' une paisible nuit automnale furent pour moi un enchantement sans pareil. A mon réveil, la mer de brouillard recouvrant la vallée du Doubs s' étalait à mes pieds. Une gymnastique matinale sur les rochers avoisinants m' avait tire de l' engourdissement dû à la fraîcheur de la nuit. Il faut avoir vécu de tels moments, où la solitude nous enrichit plus qu' une présence humaine.

Au point de vue de l' escalade pure, les Sommètres ne peuvent soutenir la comparaison avec les autres terrains d' entraînement du Jura. En effet, si les voies sont très nombreuses ( 120 à 150 ) et comprennent toute la gamme des difficultés jusqu' au sixième degré, elles sont cependant trop courtes pour permettre un entraînement intensif en vue d' une escalade difficile dans les Alpes. De plus, on ne trouve presque jamais aux Sommètres l' exposition que l'on a dans la haute montagne; le vide n' y est jamais très grand. On a déjà vu des grimpeurs, habitués des Sommètres, qui, la première fois qu' ils se sont trouvés au pied du « Schilt 1 », par exemple, ont abandonné, trop impressionnés, alors qu' ils étaient pourtant capables d' en faire l' escalade, techniquement parlant.

Par contre, ils conviennent aux débutants mieux que tout autre terrain d' entraînement. En effet, si l'on s' en tient strictement à l' arête, on n' y rencontre pas de grandes difficultés. Aux varappeurs désirant faire des courses difficiles dans les Alpes, je conseille vivement de « sortir » des Sommètres et de tâter du Schilt ou de la Spéciale 1, par exemple, où l' exposition est grande.

Ce qui me plaît aux Sommètres, c' est que l' arête constitue un excellent exercice d' équilibre pour celui qui n' est pas trop craintif. Sauter d' une pierre à l' autre, grimper avec rapidité aux endroits faciles, n' est pas assouplir son corps, développer ses réflexes, apprendre à trouver les bonnes prises du premier coup, à « saisir » un passage d' un seul regard?

Mais, en fin de compte, il s' agit souvent de nous évader, d' échapper pour quelques instants au rythme tendu et nerveux d' une semaine de travail. Que l'on soit aux prises avec des difficultés extrêmes ou que l'on cherche modestement la voie la plus facile, la découverte d' une fleur cachée dans une fissure, invisible de loin, et qui se révèle subitement est toujours source d' émotion. Ce qui compte, après tout, c' est de cueillir les instants, si rares dans l' existence quotidienne, qui nous font saisir le prix de la vie.

Légendes des photos 228-229, points 1 à 35 1 Dalle du Petit Jésus - 2 Petite Javelle - 3 Refuge du Nid d' Aigle - 4 Jardin alpin La Ruthiana - 5 Les Colonnes - 6 Dalle Schwab - 7 Fissure Paratte - 8 La Gentiane - 9 Cheminée cachée - 10 Fissure Donzé - 11 Canapé -12 P. T. T. 13 Mur d' Airain - 14 Oreilles d' Ane - 15 Vire aux Messieurs - 16 Vire aux Dames - 17 Grande Cheminée - 18 Spigolo Visoni - 19 Paroi Schnyder - 20 Paroi Graber - 21 Pointe du Livre - 22 Rappel Steinmann -23 Le Toit - 24 Fissure Gander - 25 Petit Rubis - 26 Fissure oblique - 27 Grand Rubis - 28 Arête du Vertige -29 Rappel du Vertige - 30 Vire du Vertige - 31 Le Rasoir - 32 Miroir Visoni - 33 Les Toits - 34 Dalles Mathys -35 Itinéraire de la Croix.Itinéraires indiqués par Arthur Visoni ) 1 Le Schilt. Entre Sonceboz et La Heutte ( vallon de Saint-Imier ) s' ouvre au sud une combe assez resserrée, dont l' entrée est défendue par la Porte des Enfers. On parvient ainsi à la Petite Métairie de Nidau ( accessible en voiture ), dominée par les merveilleux rochers du Schilt.

L' Arête Spéciale. A l' entrée des gorges de Moutier, 5 minutes avant le départ des Raimeux, la Spéciale jaillit des flots de la Birse et s' élève d' environ 150 m. On y accède en franchissant la rivière au moyen d' une passerelle, puis en traversant un tunnel de la voie ferrée. ( Voir Alpes, novembre 1953. )

Feedback