Les variations périodiques des glaciers

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Soixante-cinquième Rapport — 1944 Avec 3 illustrations ( 49—51 ) L' enneigement des Alpes suisses en 1944 L' année nivométrique 1943/44 1, en haute montagne, a débuté par un mois d' octobre exceptionnellement chaud et ensoleillé, tel qu' on n' en avait vu un pareil depuis 1921: presque pas de précipitations, une nébulosité en déficit de 40 %, un excès de température de 3 1/2 ° et une insolation plus anormale encore — 70 % de trop au SäntisNovembre, en revanche, a été trop froid de 2 degrés tandis que décembre avait 1 degré de trop et des précipitations réduites au tiers de la norme.

Janvier 1944, trop chaud de 3 degrés, a apporté de trop fortes chutes d' eau aussi. Celles-ci sont devenues plus excessives encore en février ( deux à trois fois ), mais la température a été trop basse de 3 à 4 degrés et l' insolation a été trop faible. Mars, sec, a été trop froid de 3 à 3 1/2 degrés. Avril, plutôt chaud, est demeuré sec aussi, comme mai d' ailleurs. Juin, en déficit d' eau, a été plutôt froid et, comme juillet, surtout très sombre. Mention spéciale doit être faite d' août: avec un excès de 3 à 4 degrés il a été l' août le plus chaud observé dans nos montagnes depuis 1864; il a eu trop de soleil et un léger déficit de précipitations. Avec lui a pris fin une période d' ablation intense; septembre a été en effet un peu trop froid et a eu beaucoup de jours sombres, pluvieux ou neigeux... Ainsi, en 1943/44, l' enneigement de nos Alpes a débuté avec lenteur ne prenant qu' à la fin de l' hiver un développement rapide et qui a dépassé alors celui de l' année précédente. Le désenneigement a de même été lent d' abord pour s' accélérer en août au point de dépasser quelque peu celui de 1943.

Voici quelques faits:

Aux flancs du Belmeten et du Bristenstock la limite inférieure des neiges pérennelles est remontée en été à 2360 m ., soit à sa cote moyenne durant la période 1923—1944, mais 30 m. au-dessous du maximum de 1943. En revanche la limite moyenne du névé chez les glaciers uranais a été plus haute de 10 m ., par 2410 m.

( Oechslin ) A la mi-septembre 1944 il n' y avait plus vestige de vieille neige ou d' ava dans tout le vallon de Gletsch non plus que dans celui de Gratschlucht; seul un amas persistait dans un recoin au front du glacier de ce nom.Mercanton ) 1 M. Grütter, Witterungsbericht der Meteorologischen Zentralanstalt Zürich.

Le plateau du Trient, au large de la cabane, s' est beaucoup abaissé ( Morand ). Au flanc W de la Petite Pointe d' Orny la mise à nu de pierriers a progressé encore et au flanc N des Grandes Autannes il ne restait que deux minuscules flaques de neige.J. Guex ) Dans le massif des Diablerets le glacier s' est dénudé jusqu' au nivomètre; le Dôme, en vive glace, est devenu impraticable.Reber ) Au glacier de Mutten, de 1943 à 1944, le névé a baissé de 2 m. aux altitudes de 2500 et 2900 m. La marque apposée en 1937 à 2610 m. dominait de 5 m. la surface glaciaire tandis qu' au col de Lecki la baisse était de 2 m. aussi. Enfin les marques mises sur les bords du névé de Wyttenwaaser se voyaient à 2 m. au-dessus de lui.Ambühl ) Le phénomène de l' avalanche, sans avoir été très actif durant l' hiver, s' est manifesté toutefois avec brutalité lorsque, durant la première décade de février 1944, le mauvais temps eût accumulé soudain d' énormes quantités de neige sur les hauteurs. On vit alors s' en détacher des coulées redoutables dans des parages ordinairement indemnes; certaines avalanches habituelles prirent aussi une ampleur insolite. Ainsi, interrompant longuement la circulation ferroviaire et routière, endommageant maison et granges. Ainsi en fut-il dans le Sernftal et le Grosstal ( Glaris ), dans la vallée de la Jogne ( Gruyères ) à la Villette et près d' Eich, etc. Le 6 février déjà une avalanche formidable descendait du Brienzergrat vers le lac entre Ebligen et Oberried, recouvrant la voie ferrée sur une cinquantaine de mètres de longueur et 4 à 5 m. d' épaisseur. Même accident sur la ligne du Gothard entre Gurtnellen et Amsteg ( avalanche du Geissberg ). Dans le canton de Glaris toujours l' avalanche d' Engi, qui n' était plus descendue de mémoire d' homme, s' est détachée de l' alpe de Fittern et, arrachant sur son passage deux étables à Herrenegg, s' est jetée dans le village d' Engi en y causant dommage. Enfin — événement également insolite et dont personne n' envi la possibilité — une puisante coulée a dévalé sur le village de Morcles le 9 février 1944, causant de gros ravages à la forêt, arrachant des lignes électriques et plongeant le village dans l' obscurité et l' isolement; de nouvelles chutes de neige s' étant produites, deux nouvelles avalanches vinrent aggraver le péril.

Fort heureusement cette fâcheuse série d' événements, si elle coûta la vie à quelques pièces de bétail, n' entraîna nulle part mort d' homme; un cibarre morclois demeura cinq heures enseveli mais ayant eu la chance de ne pas l' être trop profond et la présence d' esprit de se frayer un trou d' air par lequel il put respirer et donner signal, le navré en réchappa sans mal.

Voici maintenant quelques données numériques précises sur l' enneigement en 1943/44.

Suisse orientale. Au Weissfluhjoch ( 2660 m .) on a noté, comme en 1943, un enneigement maximum de 2,5 m ., le 21 mars 1944.

Du 25 septembre 1943 à fin août 1944, la balise supérieure du Silvretta ( 3013 m .) a marqué un résidu d' enneigement de 0,7 m. ( déflation !). La perche inférieure ( 2760 m .) a marqué le 29 avril un maximum de 3,95 m.; l' été l' a abattue.

( Z.G.K., Billwiller 1 ) A la balise du Säntis ( 2380 m .), la couverture neigeuse ne s' est établie définitivement que le 7 novembre 1943 et a atteint à fin mars 1944 son épaisseur maximum par 5,0 m. ( 1943: 3,9 m. ). Elle a disparu totalement le 23 juin 1944.M. Z. A., Zurich ) 1 R. Billwiller: Der Firnzuwachs pro 1943/44 in einigen schweizerischen Firngebieten. XXXI. Bericht der Zürcher Gletscherkommission ( Z.G.K. ). Zürich. Fretz AG.

Suisse centrale. Aux Clarides, du 18 septembre 1943 à l' été 1944, l' en a dépassé 5,3 m. à la balise supérieure ( 2910 m .); le résidu automnal y a été, le 14 septembre 1944, 1,8 m.

Au nivomètre de l' Eiger ( 3100 m .), dont la Direction et le personnel du Chemin de fer de la Jungfrau continuent de prendre un soin diligent, le maximum a atteint 60 degrés 1 le 13 avril 1944 ( 1943: 50 ). On a noté l' étiage le 21 septembre par 2 degrés ( 1943: 4 degrés ).

Voici les trois derniers bilans:

AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMètresEtéMètresAutomneMètres 1941—1942151942 2119426 1942—19432019432319433 1943—1944281944 2919441 Sur le Jungfraufirn nos balises, qui sont peu distantes en altitude, ont marqué pourtant quelques différences: du 16 septembre 1943 au 12 mai 1944 l' enneigement a été de 4,2 m. à la balise inférieure, de 2,1 m. à la supérieure. Le 10 septembre 1944 les résidus étaient, respectivement, 3,3 et 1,5 m. seulement. Une 3e balise dans le voisinage marquait 285 cm.Hsefeli ) A la cabane Rotondo du C.A.S. ( 2570 m .) la balise de M. E. Ambühl a mesuré, le 21 avril 1944, un maximum d' enneigement de 3,6 m. ( 20 avril 1943 3,0 m. ). La balise était à sec le 25 juillet 1944.

Suisse occidentale. L' équipement nivométrique des Diablerets a été surveillé toute l' année par MM. Reber, père et fils, comme d' habitude. Le nivomètre ( 3030 m .) a marqué l' étiage par 63 degrés le 6 septembre ( 1943: 68 degrés ). Voici les derniers bilans:

AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMètresEtéMitresAutomneMètres 1941—1942 > 5,5 1942 > 1019424,5 1942—1943 > 101943 > 11,5 19431,5 1943—1944 > 11,5 1944 > 1419442,5 La balise de 1943 s' est déchaussée le 31 août; celle de 1939, émergée le 29 juillet, saillait de 3,5 m. et le 6 septembre de 4 m. Le névé a perdu 1 m. d' épaisseur en 1944. Quant au totalisateur de la Becca d' Audon et au pluviomètre du village ils ont indiqué:

Becca d' AudonDiablerets Epoques2870 m.1170 m. ) 5 X 1943—25 VI 194491,5 cm.81 cm.

25 VI 1944— 6 XI 194443 cm.60,5 cm.

5 X 1943— 6 XI 1944. 134,5 cm.141,5 cm.

Les deux derniers chiffres de la Becca sont certainement trop faibles. Un malavisé doit avoir ouvert le robinet de l' engin, car la plaque qui assurait sa fermeture a disparu!

A Orny-Trient, les opérations usuelles ont eu lieu le 16 septembre 1944 par les soins du gardien Morand. Le totalisateur a fourni les données suivantes:Col d' OrnyOrsières Epoques3169 m.980 m. ) 5 IX 1943—6 IX 1944 233 cm.55 cm.

soit 225 et 53 cm. en 365 jours.

Conclusion. En 1943/44 l' enneigement a continué d' être régressif. 1 2 degrés font 1 m ., comme aux nivomètres d' Orny et des Diablerets.

Chronique des glaciers en 1944 L' année 1944 a été plus défavorable encore que 1943 au contrôle serré de nos glaciers car aux difficultés provenant de la mobilisation comme du travail professionnel intensif réclamé de nos forestiers est venu s' ajouter le détestable temps de l' automne. L' ablation exceptionnellement persistante et forte du mois d' août ne pouvait, en effet, qu' inciter à retarder les mensurations — lesquelles doivent donner autant que possible la situation du front glaciaire à la fin de la saison chaude — et la mi-septembre, en amenant des chutes de neige gênantes, a fâcheusement contrarié les opérations. Nous n' avons donc de données que sur 55 appareils et pour quelques-uns seul le sens de leur variation nous est connu, non sa grandeur. La Commission helvétique des Glaciers avec ses collaborateurs habituels a ajouté son complément au contingent d' in recueilli par les agents forestiers cantonaux. Voici les résultats, dans la forme usuelle:

I. Bassin du Rhône Tableau IVariations, en mètres, en Glaciers1941/421942/431943/44 Rhône1010x Gratschlucht27 ( 2 ansx25 Talli27 Mittenberg61 }(3 ansFeldbach36Fiesch10,53,56 Aletsch22624 Lang16 Kaltwasser85,573,5Allalin 85,5Tälliboden732 ansFee19,s68 Gorner40,5520 Zmutt1287 ansFindelen535 ansTurtmann5,5254,5 Brunneg1527,5 Lötschen25,539,5Duran ( Tsinal)14117 Morning6,5716 Moiry1612 Ferpècle13,59Arolla22,521Tsigiorenove25,515Duran ( Seillon)8,52,511,, Lendarrey49,513 Grand Désert32,523,521 Mont Fort9,512,,11 Valsorey14,51425 Tseudetxxx Saleinaz2662,5 Trient633 Grand Plan-Névé 412 ansPetit Plan-Névé212 ansMartinets0Prapioz47x58 ( 2 ans ) Scex-Rouge90 ( 3 ans ) En outre serait en décrue: le glacier de la Neuvaz.

Les chaleurs de l' été 1944 ont anémié le glacier du Rhône et spécialement sa langue terminale à un degré que personne n' imaginait possible. Le front s' est retiré maintenant presqu' entièrement sur la grande assise rocheuse au pied de laquelle s' appuyait naguère encore, à gauche, le grand talus terminal de glaces éboulées et le glacier n' envoie plus que sur sa droite, dans un couloir étroit, une langue émaciée qui en septembre n' atteignait même plus le lit du torrent. Le Rhône coule maintenant tout à fait à l' air libre au sortir d' un nouveau portail, ouvert à l' altitude de 1935 m. dans le flanc droit du glacier. De là, en suivant un temps une rainure étroite, creusée obliquement dans le rocher compact, le torrent vient se précipiter vers la vallée, formant la cascade depuis tant d' années déjà visible sous le Saas et demeurée si longtemps énigmatique.

Le glacier est devenu inaccessible à la mensuration directe depuis le système de repères établi jadis sur la moraine frontale de 1921. On y a suppléé par l' élaboration photogrammétrique de vues prises de points bien déterminés des alentours. Bien que n' ayant pas la précision de la carte dessinée en 1942 par les soins de M. le professeur Zeller, notre levé sommaire permet de dire que de 1942 à 1944 le glacier du Rhône a libéré quelque 3,75 hectares de terrain, dans un recul qui l' a raccourci et rétréci dans toute sa cataracte. Sur son flanc gauche, au Belvédère, ce rétrécissement a été encore depuis 1943 de 2,5 m. au droit du repère plombé.

Un cryocinémètre installé le 17 septembre 1944, tout près du nouveau portail, donc au bord droit du glacier, y a indiqué une vitesse d' écoulement des glaces de 11,5 cm./j. D' autre part, le pointé au théodolite, depuis la moraine du Belvédère, d' une aiguille de glace distante de quelque 400 m. nous a montré, le 14 septembre, un « mouvement » de l' ordre du demi-mètre par jour.

( Mercanton ) En dépit du mauvais temps et grâce à l' aide obligeante de S. A. R. le duc de Bragança, le glacier de Gralschlucht a pu aussi être contrôlé. Son recul, bien qu' avéré sans conteste, n' a pu toutefois être exactement mesuré tant l' ablation a modifié le front; il a été de l' ordre de 25 m. au point le plus avancé de celui-ci.

( de Bragança, Mercanton ) Le glacier de Fee a fait une avance nette quoique modérée sur toute l' étendue de son front; il a envahi quelque 1750 m2 de terrain. ( Neumüller ) De grands changements se sont produits au front du Valsorey: en 1941 il se terminait par un abrupt haut de 15 à 20 mètres, quasi impraticable; d' hui, affaissé et rétréci, il finit en pente douce, laissant libre passage vers l' amont. En outre, son extrémité droite est complètement séparée de lui par une coupure oblique longue de près de 150 m .; cette partie est devenue ainsi un lambeau de glacier « mort », voué à une prompte dissipation. ( Meyer ) La petite crue récente du Trient a fait place à une faible décrue; le front est très abrupt encore.Guex ) Le glacier de la Neuvaz, signalé comme en crue, a au contraire toute l' apparence du retrait et la vitesse frontale y était, le 29 septembre, de quelque 4 cm./j.Jaccard, Mercanton ) Sur ses deux cents derniers mètres la langue du Prapioz a maigri de 8 à 10 m.Narbel ) ( A suivre )

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