Les variations periodiques des glaciers des Alpes suisses

Hinweis: Dieser Artikel ist nur in einer Sprache verfügbar. In der Vergangenheit wurden die Jahresbücher nicht übersetzt.

RAPPORTS ANNUELS

créés en 1880 par f F.A. FOREL.

Quarante-deuxième Rapport -

rédigé parle Dr Paul-Louis Mercanlon, professeur à l' Université de Lausanne.

1921.

CXXXIX. L' avion au service de la glaciologie.

Dans mon Rapport sur les variations des glaciers suisses en 19201 ), j' ai proposé d' employer l' avion à reconnaître l' état général des glaciers et si possible à déterminer le régime actuel de leur front, avance, stationnement ou recul. Il est clair, en effet, qu' une seule photographie d' ensemble d' un appareil glaciaire, prise à la bonne hauteur et dans la bonne direction, en dira bien plus long sur sa configuration, son crevassement, son enneigement, etc., que mainte série d' images disparates obtenues, avec quelle peine! à la fortune des itinéraires possibles et des circonstances locales, et le plus souvent de trop bas ou de trop loin. Et si ceci est vrai déjà des régions, comme les Alpes suisses, où l'on peut s' aider des indications d' une carte bien faite, combien le sera-ce plus encore des pays insuffisamment cartographiés ou inexplorés!

1 ) 41e Rapport sur les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses, 1920. Annuaire du Club alpin suisse, vol. LV, 1921.

D' autre part, le contrôle du régime, crue ou décrue, du glacier serait grandement simplifié et, par conséquent, plus souvent réalisable, si l'on pouvait substituer, du moins en première approximation, au double repérage, à intervalle connu, de la position du front, une opération unique, donnant tout le nécessaire!

Or, je crois la chose possible sur la base de ce fait, avéré depuis longtemps, qu' un glacier, lors d' une, crue, ne pousse jamais son front en avant sans avoir au préalable modifié d' une manière caractéristique, et bien en amont, l' aspect général de son dissipateur. Inversement, un glacier en décrue a sa physionomie particulière. La différence est des plus frappantes: autant le glacier en recul, affaissé entre ses rives, est minable, avec son front aminci, presque toujours noyé sous une couche épaisse de cailloux morainiques, autant le glacier en crue, suralimenté, dresse-t-il hardiment sur le terrain nouvellement conquis un front bombé, dominateur. Et tandis que son congénère, amaigri, offre à l' œil une surface unie, à peine gercée de quelques crevasses et ruisselets, aisée à parcourir, le glacier en crue se barde d' aiguilles, se déchire de crevasses et devient impraticable.

En outre, chose importante en l' espèce, le glacier, en progressant sur le terrain, s' y comporte, suivant les circonstances, de deux façons différentes, mais toutes deux révélatrices: Si le terrain se laisse bousculer, le front glaciaire se ceint étroitement d' une moraine fraîche, bourrelet de matériaux de toutes dimensions, entassés en perpétuel remaniement. Si, au contraire, le terrain ne cède pas à sa poussée, le glacier glisse sur lui en projetant par-dessus les obstacles un bord en porte-à faux, parfois même remontant; un divorce se produit entre la glace bordiere et le lit; des surplombs, des anfractuosités, de vraies cavernes même, y créent autant de recoins sombres qui de l' extérieur et de haut font au front du glacier comme, un cerne noir, remarquablement apparent quand le soleil accentue la blancheur de la glace et porte ombre.

Dès lors, on peut penser que d' un avion survolant le lit du glacier un peu en aval du front et à la distance propice, on obtiendra aisément des observations et des vues photographiques démonstratives. La saison favorable à ce genre de travail est évidemment celle du désenneigement maximum, soit l' automne.

Les Alpes suisses devaient se prêter admirablement à l' essai de cette application spéciale de la navigation aérienne. Non seulement les glaciers y abondent, mais encore nombreux sont ceux dont on contrôle les allures quasi chaque année; en outre, on peut obtenir des renseignements occasionnels sur beaucoup d' autres. La vérification ultérieure des données recueillies au vol sera donc le plus souvent possible. En outre, le relief accentué du terrain à survoler et ses corollaires: altitudes très diverses, courants aériens très variables en direction et intensité, remous, nuages d' obstacles, risques d' atterrissage spéciaux, mettent à même d' éprouver à fond l' applicabilité de la méthode. Enfin, la Suisse, à défaut d' avions nombreux, possède une élite de pilotes adroits et audacieux, entraînés à ces raids supraalpins dont le moindre aléa est la panne avec sa conséquence redoutable, l' atterrissage forcé sur quelque glacier déchiré de crevasses, quelque pâturage couvert de pierres traîtresses ou encore quelque replat de vallée encombré d' arbres, de fossés ou de clôtures. Ce risque continuel et l' étroitesse aussi des vallons où s' enfoncent les langues glaciaires forcent malheureusement les machines d' aviation actuelles à voler très haut, pour augmenter leur chance de regagner à temps l' aérodrome et diminuer aussi l' emprise dangereuse des remous qui se produisent aux flancs abrupts des montagnes.

L' automne 1920 n' avait pas été favorable à une tentative; j' ai dû attendre celui de 1921. Attente d' ailleurs avantageuse, puisque le désenneigement exceptionnel de cette saison a certainement rendu les vols plus fructueux.

Grâce à la complaisance éclairée de l' Aviation militaire suisse et an dévouement scientifique du premier-lieutenant Charles Borel, qui joint à sa qualité de docteur es sciences celles d' un pilote réputé, j' ai pu faire trois vols d' essai en octobre 1921, de la place d' armes de Thoune.

J' en témoigne ici publiquement ma reconnaissance.

J' emportais un appareil photographique Nettel, 10 x 15, objectif Zeiss-Tessar, obturateur de plaque, 25 châssis, obligeamment mis à ma disposition par M. Paris, photographe à Paudex. Cet appareil était d' un maniement un peu délicat peut-être, mais très expéditif. Sur plaques Ortho-antihalo-extra-rapides « As de Trèfle », il permettait de réduire la pose au millième de seconde, assurant ainsi une netteté parfaite des vues en dépit de la très grande vitesse de marche de l' avion, un Zeppelin de chasse.

Un premier vol de deux heures, le 7 octobre, par le Grindelwald, le Hasli,. la vallée du Rhône et celle de la Kander, est resté malheureusement infructueux: un défaut de l' obturateur photographique, demeuré insoupçonné à l' essai préalable, fit avorter toutes les prises de vues, sauf une, celle du sommet même de l' Altels. Cette vue est intéressante d' ailleurs par l' image nette qu' elle donne de l' endroit d' où est parti le terrible éboulement glaciaire du 11 août 1895.

Le second vol, du 14 octobre, a été contrarié, à son tour, par l' envahissement soudain et d' ailleurs tout temporale de l' atmosphère oberlandaise par des formations nuageuses très gênantes. Il a été écourté plus malencontreusement encore par une défaillance du moteur: nous n' eûmes que le temps de regagner prestement l' aérodrome avant la panne complète qui, d' ailleurs, immobilisa l' avion à l' atterrissage même.

J' avais cependant pu prendre quelques vues utilisables des glaciers de la chaîne de la Jungfrau, à travers les nuages. La figure à page 272 reproduit la plus caractéristique.

Ces mésaventures successives m' ont oblige à reprendre une troisième fois l' itinéraire initial, ce qui eut lieu le 27 octobre dans d' excellentes conditions de lumière. Toutefois, la présence de neige fraîche au revers des Alpes, d' une nappe de brume sur les lacs et le Hasli et aussi le manque de temps nous ont contraints à réduire le parcours à la traversée de la chaîne par-dessus les Wildstrubel, à la remontée du Valais et au retour par la Strahlegg et le Grindelwald. Je me suis efforcé surtout de photographier les appareils glaciaires principaux, spécialement leur extrémité. La nécessité de ne les survoler qu' à plus de 4000 m d' altitude ( 4300 à 4700 m ) a entravé quelque peu la prise de vues de détail mais facilité celle des vues d' ensemble, précieuses en raison du désenneigement exceptionnel.

Les documents recueillis au cours de ces trois randonnées concernent plus particulièrement l' Altels, la région comprise entre I' Eiger et le Tschingelhorn, les Wildstrubel, les groupes glaciaires de l' Aletsch et de Fiesch, les glaciers du versant nord des vallée du Rhône ( Conches ), de l' Aar et du Grindelwald. Les indications s' étendent à de nombreux petits appareils des alentours. Remarquons que l' observation directe, à la simple vue, n' a pas été négligée non plus; elle fournit en effet à un œil exercé des renseignements immédiats que la photographie laissera échapper, soit que l' éclairage de l' objet soit défavorable, soit que les manipulations de la chambre noire exigent trop de temps. A ce dernier égard, il serait très avantageux d' employer un appareil de guerre, à prise de vues continue.

Malheureusement, les grands glaciers étant seuls contrôlés régulièrement, il ne m' a pas été possible de vérifier dans tous les cas l' exactitude des conclusions tirées des documents recueillis. Le doute ne subsiste d' ailleurs que sur l' allure, avance ou recul, du glacier à l' époque même de l' observation, le régime général et pluriannuel des appareils s' affirmant sans ambiguïté par l' aspect même de leur dissipateur.

En dehors de ce contrôle des variations, les photographies ont fourni d' inté données sur le crevassement, le ruissellement superficiel, la distribution des moraines. On remarquera à cet égard les deux vues du glacier Inférieur du Grindelwald, très instructives.

Les résultats obtenus se résument comme suit:

Tableau I.

Glacier Etat apparentVérification Schwarzberg crue récentevérifié Lämmern décrue » Baltschieder crue

Grand-Aletsch décrue faiblevérifié Oberaletsch décrue » Triest crue

MittelaletschPetits appareils sous l' Olmenhorn et vers les Dreiecke 1 et 2: crue ( Voir figure à page 264; on remarquera, avec le crevassement accentué, le cerne sombre typique autour du front. ) Fiesch crue faiblela crue faible de 1919 et ou stationnement1920 vient de faire place à une décrue légère.

Les petits appareils, sous le Distelgrat et le Trift, paraissent avoir été récemment ou être encore en crue. Hangender ( sous le Wasenhorn ) crue

Breiiger décrue

Bachi cruevérifié Münster crue

Rhône cruevérifié Grindelwald Supérieur crue » Grindelwald Inférieur stationnaire ou faible crue?

Eiger cruevérifié Guggi » » Giessen » » Breitlauenen » » Schmadri » » Tschingel » » La vérification, quoique incomplète, est d' autant plus satisfaisante qu' aucun diagnostic ne s' est avéré radicalement faux et que presque toujours on a pu en faire un. Ce premier essai est donc vraiment encourageant. De nouvelles épreuves confirmeront, je crois, l' applicabilité avantageuse du procédé et permettront de le classer dans l' arsenal de nos moyens d' investigation. Il rendra de grands services dans les pays neufs ou rarement visités. C' est à ce titre qu' il convenait de l' éprouver. M. )

CXL. L' enneigement des Alpes suisses en 1921.

Avec une obligeance et une fidélité qui consolent de leur nombre encore trop restreint, des collaborations précieuses m' ont permis de brosser ce tableau de l' enneigement alpin en 1921. Les noms de mes partenaires se liront en leurs places, mais dores et déjà je leur adresse ici des remerciements chaleureux.

L' année nivométrique 1921 ( 1er octobre 1920 au 30 septembre 1921 ) a été remarquable — et remarquéepar sa sécheresse extrême et sa température exceptionnellement élevée. En voici les particularités mensuelles; j' en emprunte le détail principalement aux excellents bulletins que M. le Dr R. Billwiller, de l' Institut météorologique fédéral, rédige pour le « Journal forestier suisse ». Il s' agit ici surtout des hautes régions de notre pays:

Octobre et novembre 1920 ont été extraordinairement secs et ensoleillés, le ciel étant demeuré presque toujours serein. L' observatoire du Säntis, par exemple, a eu en octobre un excédent de 100 heures de soleil! Les températures ont été aussi anormalement fortes.

Décembre a été plutôt trop sombre, mais un peu plus chaud et plus pauvre en précipitations qu' à l' ordinaire.

Janvier 1921 a eu la moyenne thermométrique la plus élevée qu' on ait enregistrée en Suisse. Sur le Plateau, l' excès a atteint 4 à 5°; à la montagne un peu moins. En revanche, il y a eu surcroît de précipitations et déficit d' insolation sur les sommets.

Le contraire s' est produit en février: la température est demeurée normale, mais la sécheresse a été extrême et l' insolation excessive ( Säntis, excès + 70 heures ).

Mars a réuni toutes ces anomalies à un degré rare; il a été tout à la fois trop chaud, trop sec et trop ensoleillé.

En revanche, avril a été trop froid et trop sombre; la précipitation a été normale.

La température de mai a été trop haute de quelque 3°, tandis que les chutes d' eau et l' insolation ne différaient guère de leurs valeurs ordinaires.

Juin, à peu près normal dans la Suisse orientale, a gagné en anomalie au fur et à mesure qu' on se rapproche du Léman: excès de chaleur et de soleil, déficit de précipitations.

Dr Paul-Louis Mercanton.

Juillet a eu ce même caractère dans tout le pays, mais surtout dans la Suisse occidentale. On y a note des températures maximums d' une hauteur absolument inaccoutumée et l' insolation a été véhémente.

Ce temps chaud et sec a persisté pendant la première décade d' août; puis le temps est devenu pluvieux et froid de telle sorte que les moyennes mensuelles n' ont rien que de normal, mais septembre a fait rentrer le pays sous le régime de la chaleur sèche et lumineuse.

S' il convient, en général, de faire partir I' année nivométrique da ler octobre, car le réenneigement des Alpes commence ordinairement à cette époque, parfois le ler novembre serait mieux indiqué. 1921 rentre bien certainement dans ce cas! C' est pourquoi je juge opportun de caractériser ici octobre encore. Il a été, en effet, absolument exceptionnel et le plus clair, le plus chaud des octobres contrôlés. Sa température a été d' environ 5° trop forte; le soleil a lui extraordinairement souvent et, quant aux chutes d' eau, leur rareté et leur modicité déconcertent. De sorte qu' à la fin du mois seulement, la neige a recommence à blanchir, mais de façon précaire, les flancs asséchés des Hautes Alpes. Ainsi, octobre a prolongé d' un mois presqu' entier le désenneigement des cimes.

Un seul chiffre illustrera la sécheresse de 1921: le Säntis ( 2500 in ) n' a mesuré que 168 cm d' eau au lieu des 243 normaux!

Naturellement, les phénomènes d' avalanche ont été réduits à leur plus simple expression et n' ont pas cause d' accident grave.

L' alimentation des collecteurs glaciaires a été exceptionnellement pauvre, tandis qu' une ablation extraordinairement puissante arrachait au dissipateur et rejetait dans la circulation rapide des fleuves une quantité d' eau insolite. Dans bien des cas le torrent glaciaire a tenu en échec le déficit des sources et des pluies du bas pays.

A. Etat des neiges.

Suisse orientale. M. Frauenfelder, notre fidèle collaborateur schaffhousois, écrit: « Voici 25 ans que je passe mes vacances dans la région de l' Albula; jamais je n' ai vu déficit d' enneigement pareil à celui de l' été 1921. Non seulement la limite des neiges est remontée extrêmement haut, mais encore les glaciers étaient découverts au suprême degré. Sur le plateau du Piz d' Err, où l'on ne soupçonnait pas qu' il pût y avoir des crevasses, la marche était devenue risquée. De tout temps, on faisait sans arrière-pensée des glissades sur le glacier d' Err; cette année, il fallait en côtoyer avec précaution les rochers marginaux. Nulle part, même dans les recoins les plus dissimulés, on ne trouvait plus ni vieille neige ni débris d' avalanche. La végétation avait une avance énorme. » Avec le zèle avisé dont mes précédents Rapports ont déjà apporté les témoignages, M. Jacob Hess, de l' Institut fédéral de météorologie, à Zurich, a consacré ses loisirs à visiter de nouveau le territoire grison familier. Il y a note, comme précédemment, les altitudes de la limite inférieure temporaire des flaques de neige isolée et la limite du névé. Voici ses chiffres:

Epoque, Limite actuelleLimite actuelle.Localité,,,,, 1921des flaques de neigedu neve Exposition AltitudeExposition Altitude 1er août Adula, Zapportjoch Glacier sudS3050 Glacier nordN2900 6Oberhalbstein ( Piz Scalotta ) SE2800 8Bernina ( Glacier de Mor- teratsch)N2900 11Piz d' Err ( Glacier de Chal- deras)SE3100 12Glacier d' Uertsch ( Albula ). N2800N3100 12—14 Kesch ( Glacier de Porcha- bella)W2100W2500 15Parc national ( Piz Diavel, Glacier de Quatervals ). NW 2100 PizMurterW2700 16Grialetsch ( glacier ) N2200N2600 L' été a eu raison de tous les restes de neige et d' avalanches; il a détruit qu' au dernier vestige du névé qui se formait en 1920 au flanc du Piz Scalotta x ). Les régions supérieures du glacier de Chalderas, entre 2800 et 3200 m, étaient crevassées à en être méconnaissables.Hess. ) M. Billwiller a gravi le Säntis à la fin d' août. Il a trouvé le névé persistant dit: la « neige bleue » ( Blauer Schnee ) considérablement rétréci et changé en un placage de véritable glace, sillonné par la fonte de ruisselets atteignant un mètre de largeur. On y voyait crevasses et structure rubannée. La traversée de cette nappe dure et glissante suscitait de grandes difficultés aux touristes sommairement équipés qui affluent au Säntis et, à mainte reprise, feu Haas, le regretté observateur de la Station météorologique, dut venir en aide à des caravanes dans l' embarras, d' autant que, où l'on quitte le névé pour le rocher, le câble de secours était devenu trop court de 6 mètres.

Le glacier du Silvretta était à nu jusqu' au Col, le 25 septembre, et très crevassé. On n' atteignait le totalisateur de l' Eckhorn qu' en traversant une rimaie profonde.

( Billwiller et Guler, Z.G.K. ) Suisse centrale. Le 15 mai, dans le massif du Kaiserstock ( Lac des Quatre-Cantons ), on avait:

Neige: Limite des flaquesExposition N 1500 m Limite de la nappe continueN 1900 m ( Hess. ) M. Max Oechslin, inspecteur-forestier à Altdorf, a noté les altitudes suivantes de la limite des neiges pérennelles à la fin de septembre, au pays d' Uri:

. ' ) Cf. 41e Rapport.

LocalitéExpositionLimite des neiges m BristenstockN2470 » S2880 OberalpstockN2550 » .W2460 SalbitschynNNE2580 SchlossbergN2720 Jakobiger SeeliN2330 Grosse Windgälle:

FirrenbandN2100 StateliS2420 La limite est en moyenne de quelque 200 m plus élevée qu' en 1920.

M. Scabell, du Club alpin académique de Berne, faisant des relevés géologiques dans le massif des Wetterhörner, en été 1921, a constaté la mise à nu récente de divers pointements rocheux qui étaient recouverts de glace en septembre 1920 encore.

Les masses visibles déjà à cette époque au point coté 2765 se sont beaucoup étendues vers l' est.

En outre, au NE de ce point et à environ 600 m du point 3391 m, il s' est ouvert de nouvelles fenêtres dans les glaces.

Il semble donc que les réserves du glacier se sont épuisées en quelque mesure.

Suisse occidentale. Au début de juin, il n' y avait plus de neige sur l' alpe Bricolla ( Val d' Hérens ) et, de l' avis des montagnards, la région n' était pas plus enneigée qu' au gros de l' été, ordinairement.Mlle A. Morel. ) Vers le 8 avril, tous les versants nord du val d' Anniviers étaient découverts jusqu' à 2200 m encore et les versants sud jusqu' à 2500. Le glacier Duran de Tsinal était libre jusqu' à 2350 m; à 2600 m, la neige atteignait 1 mètre d' épaisseur.

( Jean Lageon. ) Le glacier de Moiry était découvert jusqu' à 2300 m; ceux d' Arolla et de Ferpècle aussi, tandis que les flancs des vallées l' étaient jusqu' à 2600 m.

( Jean Lugeon. ) Le 25 mars, Mlle Morel, le rapporteur et le guide Emile Crettex sont montés au col d' Orny par la Fenêtre du Chamois. Il y avait de la neige fraîche dès Champex d' en Bas, mais le fond de neige plus ancienne ne se percevait qu' au dessus des grosses moraines barrant à mi-hauteur le vallon d' Arpettaz. La neige, abondante au bas de la Fenêtre du Chamois, devint mince et dure dans le haut et obligea à tailler un escalier tout du long, à grande dépense de temps et de peine. La couverture du Plateau du Trient, très mince aussi, laissait entrevoir mainte crevasse insolite. La falaise de la « Soufflure », au droit du pilier rocheux, près de la Cabane Dupuis, apparaissait rouge de l' ocre d' octobre 1920. Le grand couloir qui mène au Col Copt ( Tête Biselx ) était en vive glace.

D' une manière générale, tous les flancs exposés au midi étaient à sec, même dans la cataracte du Trient, à la hauteur de la Fenêtre des Ecandies. Le chemin qui longe ce glacier sur sa rive droite comme aussi le versant gauche du Val d' Ar étaient quasi dénués de neige.

Dans les premiers jours d' octobre, lors de la campagne nivométrique régulière, la Combe d' Orny ne conservait plus aucun reste de vieille neige jusqu' à la base de la grande moraine des Chevrettes où persistait une petite masse durcie. Sous l' arête reliant les Chevrettes au Châtelet, il n' y avait plus rien non plus.

Le névé, à la jonction des sentiers de la Breya et de la Combe, parfois si envahissant, était complètement anéanti, pour la première fois depuis de longues années qu' on l' observe. Il n' y avait plus rien, ni dans la « tine » près de la cabane, ni en amont du lac.

Quant au glacier, il était à sec de neige jusqu' au Col d' Orny.

Vers 2900, sa surface montrait, sur une grande étendue, une formation singulière née vraisemblablement 1 ) d' un mince résidu de névé: C' était un jeu serré de feuillets, en forme de lames à bord tranchant et sinueux, enracinées par leur base dans le glacier. Ces lames saillaient de 20 à 25 cm, se développaient latéralement sur plusieurs mètres, s' imbriquaient à 4 à 5 cm d' écartement les unes sur les autres et plongeaient vers le nord de 35° sous l' horizon. La glace de ces feuillets était criblée de vacuoles et même de trous et trahissait l' action destructive des rayons solaires. Leur régularité de forme et d' orientation m' incline à ranger le phénomène dans la même catégorie que les pénitents de neige; ce paraît être une manifestation de l' ablation par insolation directe.

Sur la pente, ordinairement enneigée, qui domine le glacier entre le Col d' Orny et l' Aiguille du même nom, il ne restait qu' un étroit placage de glace, bleuâtre, isolé de toutes parts par le terrain nu.

Au pied du nivomètre, extraordinairement dégagé, le glacier était soufflé de détritus anciens tombés de la Cabane Dupuis et réapparus à la faveur de la fonte exceptionnelle. Pour arriver à l' échelle, il fallait contourner et enjamber plusieurs crevasses profondes. Le talus de débris rocheux qui borde à l' est le rocher nivométrique était plus qu' à demi dénudé.

On passait la fissure du Col même sans difficulté. En amont, c' était toujours la glace vive, jusqu' à la terrasse de la cabane. Ce soubassement, envahi par le névé il y a peu d' années encore, en était si bien délaissé que j' ai retrouvé, à 0,6 m au-dessus de la glace, une fourche en celluloïd, épave féminine recueillie dans la cabane et que j' avais coincée, le 5 novembre 1911, dans une fente du rocher, pour repérer la hauteur actuelle de l' enneigement. Elle était restée enfouie depuis lors. J' ai revu pareillement un repère choisi à la même date dans le rocher du totalisateur Jamais le Plateau du Trient n' a laissé voir autant de crevasses et de si formidables. Il était d' ailleurs à demi découvert et la neige ne s' y étendait en nappe continue qu' à la hauteur du Col des Plines. Le passage de la Fenêtre de Saleinaz, méconnaissable, exigeait des deux côtés une difficile varappe.

Le chemin de la Cabane à la Pointe d' Orny était coupé, sous le mougin, par une rimaie considérable, infranchissable en certains points. De la cabane à la balise, on croisait 6 fissures, constatées là pour la première fois. Quant à la « souf- l ) J' ai retrouvé une structure superficielle très semblable quoique moins accusée, sur le plateau du Trient, le 25 mai 1922, après une période de forte insolation.

flure », elle était très vaste et son fond, très bas, était encore occupé par une gouille. Je n' ai pu y retrouver l' ocre de 1920 et pour cause: la distance du repère du pilier rocheux à la falaise, qui n' était que de 18,3 m, le 10 octobre 1920, était de 22,5 m, le 2 octobre 1921. Vent, évaporation et fonte ont donc fait reculer le bord du glacier de 4 m environ, en emportant l' ocre. La falaise avait 11 m de hauteur en cet endroit. On a mis de l' ocre, jaune cette fois, à la marge de la soufflure vis-à-vis du pilier.

Dans tout le massif, les rimaies étaient béantes, à bords supérieurs très hauts et parfois surplombants. Souvent, les rimaies s' étageaient, multiples; par exemple, au flanc nord de la Grande Luis.

Partout les alentours des glaciers étaient couleur de glace vive. Ainsi du petit glacier du Portalet que j' avais toujours vu couvert de neige; ainsi de celui de l' Evole. ) M. le chanoine Mariétan a observé que l' arête de Mex à la Dent du Midi n' avait plus de neige le 8 juin, tandis qu' en 1920 celle-ci a persisté jusqu' au 10 juillet.

Le 6 juin, toutes les crevasses du massif des Diablerets étaient ouvertes comme en automne et M. Ernest Reber, guide aux Ormonts-Dessus, qui me l' écrit, a eu beaucoup de mal à traverser le glacier de Prapioz. Le névé qui alimente d' eau la cabane d' Entre avait complètement disparu le 15 septembre, chose que les vieux guides disent n' avoir jamais vue.

L' itinéraire de la cabane au sommet du Diableret évitait la pente sous les Petits-Rochers et passait par le Dôme, le Rasoir et son talus méridional. Une énorme crevasse ébréchait le Rasoir, à son tiers occidental. La coupure de 1917 ne s' était, en revanche, pas reformée. Le 11 novembre, lors de la campagne nivornétrique annuelle, le réenneigement était commencé, néanmoins M. Kersting a pu avérer que le sommet neigeux du Diableret s' était déplacé vers l' est par rapport à sa position de 1920 et abaissé de 2,5 m au moins.

Dans les Préalpes et le Jura aussi, la disparition de la neige a été remarquablement précoce.

Dans les Alpes fribourgeoises ( Morteys, versant nord de Brenlaire, Folliéran et Vanil noir ), la neige était dissipée à la fin de mai jusqu' à 2300 m. Les pâturages avaient déjà de l' herbe en abondance.Fischer-Reydellet. ) Il reste ordinairement des flaques de neige dans les creux au sommet du Mont-Tendre ( Jura ), vers 1600 m, le 1er août. En 1921, on n' en trouvait plus le 12 juin.Samuel Aubert.j

B. Relevés nivométriques.

Ensemble nivométrique d' Orny. Il a reçu le 13 juin la visite de MM. Jules Centurier et Buffat, puis le 29 celle de MM. Coulon et P. de Blonay, de Lausanne. Durant l' été, M. Joseph Joris, gardien de la Cabane Dupuis, a fait, comme d' habitude, les lectures périodiques du nivomètre. La campagne régulière a eu lieu du 30 septembre au 4 octobre. MM. Ed. Correvon et Dr Roud ( Jaman ), Mlle8 A. Morel et A. Félix ( C. C. S. F. A., Vevey ), M. W. Custer et C. Secrétan, étudiants à l' Université de Lausanne, Kersting, ingénieur et le rapporteur y ont pris part. Trois montagnards d' Orsières leur avaient prêté le secours de leurs épaules pour le transport de l' encombrant bagage instrumental. Je remercie bien sincèrement ces collaborateurs bénévoles, tous amicalement dévoués, et dont beaucoup ont des états de service nivométrique enviables. Ils assurent ainsi au Groupe vaudois Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

la vitalité, l' entrain, en un mot: le « cran » indispensable au succès des recherches -et méritent l' estime des glaciéristes.

Nivomèlre. Le tableau II en donne les lectures et le tableau III le bilan.

Nivomèlre d' Orny ( 3100 m ).

Tableau II.

( 2 degrés valent 1 mètre. ) Degrés Degrés Dates 1919 1920 1921 Dates 1919 1920 1921 25 III > 29 ( enfoui ) >29 ( enfoui ) 22,5 9 21 22 8 24 V29 ( enfoui15 20 21 — 9 VI 2919 19 19,5 — 1318,5 28 17,5 19 — 3016 1 IX 17 18,5 7 5 VII29 ( enfoui9 16 17 — 1315 12 — 16 6

15

24 26 — 19 — 14,5 — :20 23 25 — 2 X3 31 — 23 — 9 — 18,5 2 7 VIII — 22,5 9 Tableau III. Accumulation Dissipation Résidu annuel Hiver Mètres Eté Mètres Automne Mètres 1916—1917 >5 1917 >9 1917 — 4 1917—1918 >9 1918 >9 1918 0 1918—1919 >9 1919 >7 1919

1919—1920 >7 1920 >6 1920

1920—1921

1921 >10 1921 — 6 Le chiffre du 9 octobre est-il le minimum absolu? Ce n' est pas certain, car le temps est demeuré sec et chaud tout le mois, mais il n' en saurait différer beaucoup. Quant au maximum réel, je le crois un peu supérieur au chiffre du 25 mars.

Pareil déchaussement du rocher nivometrique n' avait pas été observé depuis 1909, époque où il a été de 1 ½ m plus accentué encore, d' ailleurs.

Balises et sondages. La balise du Trient qui émergeait verticalement du glacier, le 10 octobre 1920, sur une longueur de 239 cm, en sortait encore de 212 cm le 25 mars 1921. Le 13 juin c' était de 250 cm et, dans le courant de l' été, complètement libérée, elle s' abattit; le gardien la mit en lieu sûr. Ainsi l' alimentation glaciaire n' a pas dépassé un tiers de mètre durant l' hiver 1920/1921, tandis que la dissipation estivale a été énorme. Les mesures au théodolite, à partir du repère de la terrasse, ont révélé un abaissement considérable de la surface glaciaire. L' emplacement de la balise était à 12,7 m sous le repère, la cote était de 4,3 m inférieure à celle du 10 octobre 1920 et de 3,5 m inférieure à la cote d' étiage de 1920. Cet abaissement est dû essentiellement à l' ablation; en effet, celle-ci a remis au jour, inopinément, la balise métallique à laquelle nous avions cru, en 1916, dire un adieu définitif.

Le 3 octobre 1921, cette balise réémergeait de tout son dernier segment, long de 203 cm et incliné de 25° sur l' horizon, du côté du plateau. Son point d' émergence était à 172,5 m du repère de la terrasse.

Après avoir détaché ce dernier segment, nous avons érigé en ce même point une nouvelle balise, en bois, et qui n' était autre que l' assemblage de lattes de 1917, récupéré aussi. Cette balise, toute provisoire, car nous eûmes grand mal à l' enfoncer de quelques décimètres dans le glacier, en saillait de 270 cm. Le 9 octobre, 20 cm de glace étaient déjà fondus à son pied et M. Kersting dût renoncer une fois encore à placer la balise définitive dans le névé trop dur. Quant à des sondages au « perce-neige » de Church, il n' y fallait pas songer: le névé était impénétrable même à son tranchant. D' ailleurs l' opération eût été sans portée, car les couches d' ocre des années précédentes se confondaient sur la surface glaciaire, certifiant la disparition totale des résidus d' alimentation des années 1920 et 1921 au moins.

La balise érigée le 11 octobre 1920, sur le glacier d' Orny même devant le nivomètre et qui émergeait alors de 355 cm, n' avait plus que 166 cm de saillie le 25 mars 1921, décelant ainsi un enneigement de 1,7 m au moins. Le 13 juin, elle ressortait déjà de 259 cm et l' été l' abattit. On la serra dans la cabane. Nous n' avons pu la réinstaller non plus.

Totalisateur. Cet engin, qui n' avait jamais failli, nous a causé en 1921 une surprise attristante: Son réservoir s' est mis à fuir.

Nous l' avions trouvé complètement dégelé le 26 mars et en avions retiré 2 échantillons. Le liquide était ce jour-là à 85,0 cm sous l' ouverture réceptrice. Le 29 juin il était à 82 cm. Quand nous sommes arrivés pour la vidange annuelle, le 3 octobre, le niveau était redescendu à 90,4 cm et des gouttes du liquide salé perlaient sans discontinuer à la suture du fond. L' instrument ne portait aucune trace de mauvais traitements; c' est une soudure qui s' est corrodée ou fissurée.

Personne n' avait signalé cette fuite qui a dû se produire pendant l' été. L' acci est d' autant plus fâcheux que les conjonctures climatiques de 1921 ont été plus dignes d' étude. La donnée espérée nous échappe donc. On peut cependant supputer assez correctement les précipitations recueillies par le mougin jusqu' au 26 mars au moins et peut-être jusqu' au 29 juin.

A la vidange de 1920, on a trouvé, en effet, quelque 76,7 litres de liqueur dans le mougin rempli jusqu' à 51,7 cm de sa gueule. La différence de niveau au 26 mars, soit 33,3 cm, correspond à 16,4 litres. Le récipient contenait donc 76,7 — 16,4 = 60,3 litres, soit 64nkg de liquide, soit encore après décompte de la charge initiale, 51,6 kg de précipitations. Cela fait une hauteur de 258 cm d' eau pour la période du 10 octobre 1920 au 26 mars 1921.

Le calcul donne 263 cm jusqu' au 29 juin. L' accroissement paraît bien faible et fait justement craindre que la fuite ne se soit amorcée déjà avant le 29 juin. Quoiqu' il en soit, le déficit des précipitations ne semble pas avoir été, au Col d' Orny, aussi fort qu' on l' eût cru: on avait observé 283 cm du 29 septembre au 9 juin 1919, chiffre peu supérieur.

Le récipient volumineux et encombrant a été vidé, écuré et descendu à la cabane au grand amusement des déménageurs improvisés. Dûment réparé et nettoyé par nos collègues du C.A.S., MM. Richard, frères, de Lausanne, et M. Kersting, il a repris place sur son trépied le 9 octobre et a reçu ce jour-là une charge de 6000 g d' eau, 6000 g de CaCl2 et 430 g d' huile. Le niveau de ce liquide était à 90,4 cm sous la gueule. Un contrôle barométrique occasionnel cote ce mougin à 3150 m d' altitude1 ).

Front du glacier d' Orny. Je continue à transcrire ici les mensurations au front du glacier pour les rapprocher des constatations du Col, bien que leur place naturelle soit dans la Chronique des glaciers:

Le lobe oriental a donné des indications non équivoques de poussée hivernale accentuée, mais l' été l' a enrayée et changée en un retrait bien net, de 6 m en moyenne.

La comparaison des photographies de 1921 avec celles de 1920 ont avéré un recul important du lobe occidental aussi.

MM. Custer et Secrétan ont exécuté un lever sommaire de l' extrémité orientale en combinant le travail à la règle éclimètre Goulier avec des données photogrammétriques. J' ai pris à cet effet les clichés ordinaires du haut de la grande moraine des Chevrettes, puis, d' une troisième station dans la laisse glaciaire, un panorama du dit front.

Enfin, j' ai refait aussi le panorama du glacier à partir du repère situé au-dessus de la cabane d' Orny. La comparaison des documents montre que la surface du dissipateur a subi en 1921 un abaissement général, tandis que le crevassement s' est accentué.

Un « cryocinémètre », ce petit instrument qui donne la vitesse d' écoulement du glacier et dont j' ai décrit le fonctionnement dans le précédent Rapport, appliqué pendant une nuit au front du lobe oriental, a mesuré une vitesse de 5 cm/j .; c' est une valeur de crue encore, mais de crue affaiblie. En 1920, à la même époque, j' avais trouvé plus du double.

Ensemble nivométrique des Diablerets. Le nivomètre a été lu fréquemment des le mois de juin par M. E. Reber, guide à Ormonts-Dessus, notre avisé collaborateur depuis le début. Ce dernier a surveillé aussi mougin et balise et, parfois, a fait l' ascension tout exprès. Je l' en remercie encore. La campagne annuelle régulière n' a pu avoir lieu que le 18 novembre; MM. Kersting et Reber, M' le Morel ont bien voulu s' en charger en mon absence. Sa tardivité n' a pas eu d' inconvé notables, l' état de choses à l' étiage nous étant bien connu de par les multiples visites de M. Reber et, d' autre part, le faible remplissage du mougin n' exigeant pas sa vidange.

Nivomètre. Cette échelle, décidément placée en un lieu de fluctuations glaciaires extrêmes et qui, notamment, était restée enfouie de 1911 à 1915 sans répit, se trouvait, au contraire, si déchaussée en automne 1921 qu' il y manquait plus de dix échelons. On a pu la compléter, le 18 novembre, jusqu' au trait 61. Comme il y avait déjà, ce jour-là, plus de 1,4 m de neige fraîche à son pied, l' étiage de 1921 était 58, à l' estime.

Voici le détail des lectures et le bilan:

. ' ) Le totalisateur a été trouvé abattu sur le sol, le 24 mai 1922.

D1 Paul-Louis Mercanton.

Nivomèlre des Diablerets ( 3030 m ) ( 2 degrés valent 1 mètre. ) Tableau IV.

Degrés Dates 1919 1920 1921 6 VI > 91 ( enfoui ) 84 12 > 90 ( enfoui1783 10 VII81 1279 1777 2075 271 27 > 91 ( enfoui11

VIII

91 15 > 90, ÏY1 visible —

1

18 90 87 7 IX 85 85

S

20 — 83

1

21 81 — g 2 X — vers 58 ( estimé ) 18 XI61 Tableau V. Accumulation Dissipation Résidu Hiver Mètres Eté Mètres Automne Mètres 1916—1917 >2 1917 > 6 1917 — 4 1917—1918 >6 1918 > 8 1918 — 2 1918—1919 >8 1919 > 5

1919 -f-

3,5 1919—1920 >5 1920 > 4

1920 +

1 1920—1921 > 1 1921 > 13 1921 — 12 Ce résidu négatif impressionnant s' explique autant par l' affaissement de la nappe glaciaire sollicitée par les abîmes de la Tsiffaz que par l' ablation très forte.

Balises et sondages. La balise de bois érigée sur le Tsanfleuron le 11 septembre 1920 et qui en émergeait alors de 504 cm, issait de 360 cm le 13 mars ce qui signifie un enneigement de 2,4 m. Cette hauteur ne doit pas être le maximum, car le 6 juin encore elle était 2,5 m. Dès lors, la fonte a été rapide; elle attaqua si bien la vieille surface de 1920 que, le 1er août, M. Reber dût mettre à l' abri la balise, entièrement déchaussée. On l' avait pourtant enfoncée de 1 m dans le névé.

Une nouvelle perche, longue de 500 cm, y a été plantée, le 18 novembre, dans les mêmes parages. Elle émergeait de 410 cm. Il y a de l' ocre jaune à son pied.

On n' a revu ni les balises jadis dressées sur le glacier du Diableret près du nivomètre, ni l' ocre répandu à leur voisinage. En revanche, M. Reber a retrouvé l' ocre du sommet neigeux.

Totalisateur. Le 6 juin, le niveau du contenu était à 78,6 cm sous la gueule. Le 18 novembre, il s' élevait à 74,s cm. Un gâteau de glace flottait librement dans le réservoir. Le calcul donne pour la hauteur d' eau du 11 septembre 1920 au 18 novembre 1921 ( 433 jours ) 142 cm, soit environ 120 cm par an, chiffre très inférieur à ceux observés antérieurement.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

On a jugé préférable de ne pas vider le mougin et l'on s' est borne à y introduire une charge supplémentaire de CaCl2 ( 5965 g ).

Ensemble nivométrique du massif de la Jungfrau.

Nivomètre de l' Eiger. Cette précieuse échelle a été surveillée avec la ponctualité et le soin accoutumés par le personnel du Chemin de fer de la Jungfrau, dirigé par M. Liechti, que j' en remercie et tout son personnel aussi.

Le tableau VI résume les observations; le tableau VII présente les derniers bilans:

Nivomètre de l' Eiger ( 3100 m ). Tableau VI.2 degrés valent 1 mètre. ) DegrésDegrés Dates 1 I 21

2 II 10

21 2 III 14 1 IV 19 28 5 V 30 14 VI 30 Minimum 1919 37 38 38 40 40 40 10 18 60 58 58 1920 28 29 30 30 30 30 30 35 10 15 44 36 36 36 1921 32 38 38 40 38 35 29 28 36 37 34 28 22 16 Dates 1919 1920 1921 11 VII 54 30 14 20 50 28 10 4 Vili 40 26!

12 35 24 0 24 28

22

5 4 IX 22

24

3 18

16

28 1 5 X

28

10 19 28 - 1 26 22 26 1 15 XI 26 26 1 2 XII 24 28 4 29 28 32 6 absolu de 1920:22 ( fin VIII ). Minimum absolu de Maximum absolu de 1921:40 ( 10 II ) 1921:— 1 ( 10 X ).

Tableau VII. Accumulation DissipationRésidu HiverMètresEté MètresAutomne Mètres 1916—1917 191917 281917 — 9 1917—1918 241918 131918 + 11 1918—1919 171919 231919 — 6 1919—1920 161920 121920 + 4 1920—192191921 211921 — 12 La faiblesse de l' accumulation a joint son effet à celui d' une dissipation excessive; mais l' ablation n' est pas seule en cause ici et l' abaissement mécanique de la surface glaciaire y prend sans doute une part importante. Seule une balise dé-partirait les rôles; elle devra être installée.

Balises du Jungfraufirn. La paire de balises installées, pour contrôle mutuel, le 27 août 1920, par M. etMme de Quervain, au haut du Jungfraufirn ( 3350 m ), l' une en amont de l' autre et à quelque deux cents mètres d' intervalle, a marqué un résidu d' alimentation positif. Je ne puis transcrire ici toutes les lectures, bimensuellc-ment faites par le personnel du Chemin de fer, mais voici les principales valeurs en cm d' enneigement: Ce sont les moyennes des lectures faites le même jour aux deux perches et les écarts balise amont—balise aval:

EpoquesMoyennesEcarts cmcm 27 VIII 192000 10 XI18510 10 I 192119020 19 II20060 15 III22040 23 IV300 max. 0 20 V1955 16 VI15060 14 VII 14080 17 Vili 225150 15 IX19060 22 X175 étiage — 50 1 XI 210 — 60 23 XII 30530 On voit que l' écart d' une balise à l' autre peut être très variable, mais qu' il est toujours au détriment de la balise amont. L' écart moyen est —50 cm. L' ali résiduelle atteint donc 1,25 m.de Quervain. ) L' avantage sinon la nécessité de ces installations couplées apparaît bien comme pour les mougins multiples.

Nivomètres de PAIetsch. Ils ont été contrôlés par le Service fédéral des Eaux. On a:

28/29 août 1920 10 sept. 1921Résidu mmm Trugberg N ( 291010,,6,53,8 Grüneck S ( 2800 m ) 13,210,03,2 Faulberg ( 280018,513,25,a Strahlhorn ( Märjelen, 2350 m ) 13,08,44,6 C' est un abaissement moyen de 4 m pour la Place de la Concorde. Ablation ou affaissement? L' un et l' autre sans doute; des balises nous fixe-raient.

Les précipitations au glacier du Rhône. Les mougins qui encerclent le glacier ont mesuré les hauteurs d' eau suivantes, réduites à 365 jours:

Localité Altitude Hauteur d' eau Excès sur 1920 m cm cm Gletsch 1770 117 — 78 Nägelisgrätli* ) 2390 94 — 76 Hühnerboden 2700 261 — 89 Ruhstein 2780 120 — Scheidfluh 2800 164 — 168 Triftlimmi 3130 173 — 164 Le déficit de 1921 est patent à toutes les altitudes.

1 ) Mougin privé de son écran de Nipher.

Ensembles nivométriques de la Commission glaciologique de Zurich ( Z.G.K. ). J' ai plaisir à résumer ici comme précédemment les observations de la Z.G.K. que son président, M. le Dr Billwiller, a bien voulu me faire parvenir. Elles sont toujours intéressantes, et j' en remercie mes collègues zurichois.

Installations des Clarides. L' enneigement maximum, à la balise fixe de la cabane, a été de 180 cm, le 28 mars. A la balise ambulante inférieure ( glacier ), il a atteint 190 cm, observés à deux reprises, les 13 février et 31 mars 1921; la balise supérieure a marqué 265 cm le 6 juillet. A cette dernière date, il restait encore 80 cm à la balise inférieure, mais le 29 juillet déjà cet enneigement avait fait place à un désenneigement de 90 cm au-dessous de l' étiage de 1920. La balise s' abattit en août. Heureusement, la balise disparue depuis l' hiver 1918/1919 réapparut au même moment. On put ainsi avérer que jusqu' au 15 septembre, date du contrôle annuel, effectué cette fois par MM. A. Piccard et F. Fank, l' ablation avait ramené la surface à 5 m au-dessous de l' étiage précédent. A la balise supérieure, la dénivellation n' a été que de 0,65 m. C' est une divergence singulière, mais en accord avec d' autres constatations faites ailleurs, pour la même période.

Le mougin du Geissbützistock a reçu 210 cm d' eau du 15 septembre 1920 au 15 septembre 1921; c' est le minimum absolu depuis ses installations. Auen-Linthal a enregistré 103 cm seulement.

Installations du Silvretta. Le maximum d' enneigement lu à la balise fixe de la cabane du Silvretta a été 115 cm, le 19 février 1921. A la balise ambulante inférieure, on a eu 135 cm, le 28 mars, à la supérieure 205, le 28 avril. Le 6 juillet, la balise inférieure marquait juste 0; l' accumulation hivernale était dissipée. On notait 125 cm encore à la perche supérieure. Mais l' ablation estivale a dépassé encore celle des Clarides; l' empattement de la balise inférieure, installée en 1915, réapparut, dégagé entièrement, accusant la dissipation de tout le névé accumulé depuis 1915. L' addition pure et simple des résidus automnaux depuis cette époque donnerait 8,4 m, mais il faut compter avec le tassement des couches successives qui diminue cette épaisseur totale.

Des taches d' ocre divers, impossibles à identifier, coloraient la surface glaciaire.

Le 25 septembre, lors de la campagne annuelle, MM. Billwiller et Guler ont trouvé la surface du col abaissée de 1,4 m au-dessous de l' étiage de 1920.

Le totalisateur de l' Eckhorn ( 3150 m ) a recueilli 112 cm d' eau du 11 septembre 1920 au 25 septembre 1921; celui de la cabane ( 2375 m ) 108 cm; le pluviomètre de Klosters 90 cm seulement.

Parsenn. La balise fixe, à la cabane, marquait un maximum de 140 cm le 21 avril 1921, celle de la Weissfluh 200.

Balise du Piz d' Err. Le 8 août 1920, M. J. Hess, aidé de M. Junker, avait érigé une balise dans la tombe neigeuse entre les Piz d' Err et Chalderas, à 3200 m environ. Ils avaient se de l' ocre à son pied. Le 11 août 1921, MM. Hess et Picco ( Service fédéral des Eaux ) ont trouvé la balise encore debout, mais il n' y restait que quelque 25 cm du névé du dernier hiver, et l' ocre se voyait au fond d' une rigole de fusion.

La balise, une perche de frêne, a pu être laissée en place; on a répandu de nouvel ocre.

Jahrbuch des Schweizer Alpenclub. 56. Jahrg.q Gothard et Säntis. Les observations faites par les soins de l' Institut fédéral de météorologie ont donnén.., s..... ,,,Desenneiqement Enneigement initialMaximumJ.

St-Gothard 2100 m 1 1

X

1920 4

II

1921 138 cm 1

IV

1921 130 » 1

XII

1920 28

I

1921 160 » 6

V

1921 230 » X 1920 4 II 1921 138 cmFin mai Säntis2500 m 27 V Conclusions. L' enneigement des Alpes suisses a été régressif à l' extrême en 1921, autant par déficit considérable de précipitations hivernales que par excès d' ablation estivale sous l' empire de températures et d' insolations anormalement fortes.P.L. M. )

CXLI. Chronique des glaciers suisses en 1921.

Grâce au questionnaire envoyé, cette année aussi, à des personnes compétentes, guides, ecclésiastiques, médecins, etc, des localités alpines, dans le but de compléter par des données au moins qualitatives, les résultats quantitatifs si précieux des agents forestiers; grâce aussi à l' obligeante activité de nouveaux collaborateurs, parmi lesquels je dois mentionner spécialement M. Robert Campiche ( Section Oberhasli du C.A.S. ), à Meiringen, nous avons des renseignements utilisables sur 132 glaciers de Suisse, pour 1921. Ce chiffre, un record, est extrêmement réjouissant.

Les mensurations régulières, intelligentes et minutieuses du personnel des Forêts constituent toujours l' armature solide de cette vaste et délicate entreprise de contrôle; je l' en remercie ici, à tous les degrés et notamment l' Inspecteur général des Forêts M. Décoppet, de qui vient l' impulsion.

Le Service fédéral des Eaux continue à s' acquérir également de grands mérites; il a poursuivi ses propres travaux au glacier d' Allalin ( Lütschg ) et les mensurations ( Kuntschen ) qu' il fait au glacier du Rhône pour la Commission des Glaciers de la S.H.S.N. Il a bien voulu aussi faire exécuter par un de ses ingénieurs ( Kobelt ) les nouveaux travaux d' étude du glacier Inférieur du Grindelwald, décidés en 1921 par la même Commission.

M. le professeur Jules Guex, de Vevey, a visité fidèlement son glacier de Trient. M. Francis de Quervain, étudiant, s' est occupé de quelques glaciers des Alpes bernoises, M. Jacob Hess, des appareils grisons qu' il a muni de repères, le « Groupe vaudois » des glaciers de la région d' Orny et du Val de Bagnes, M. Campiche de ceux du Hasli, enfin MM. Emile et André Chaix ( Genève ) de quelques appareils du Parc national, dans la Basse Engadine.

A tous j' adresse les félicitations reconnaissantes des glaciologues.

Enfin, le chroniqueur, piloté aimablement par son collègue, M. le professeur Borei, aviateur, a pu faire trois vols de reconnaissance et de contrôle, au-dessus des glaciers de la haute chaîne bernoise. Cette activité satisfaisante doit se maintenir et, si possible, s' étendre encore; la moindre observation de l' allure d' un glacier quelconque, pourvu qu' elle soit précise et bien datée, a toujours sa valeur, souvent plus grande que l' observateur lui-même ne le croit.

Voici maintenant le détail des résultats, dans sa forme habituelle; par économie, j' ai restreint la comparaison aux seuls glaciers mensurés, c'est-à-dire quantitativement contrôlés, me contentant d' énumérer les autres.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

Tableau VIII.

Glaciers Gratschlucht Fiesch Aleisch Latschen Bachi Kaliwasser Fee Allalin Gorner Turlmann I. Bassin da Rhône.Variations, en mètres, en Variations, en mètres, en 1919 1920 1921 00—8 - 6 -19>5 -24!530 -4,5-6 - 2 191410,5 86-6 Glaciers Mont-Fort Grand-Désert Otemma Valsorey Saleinaz Orny E. Trient Paneyrossaz Martinets Scex-Rouge Prapioz Gd. Plan Névé Tsanfleuron Rhône 1919 32 7,5 1920 1921 12 5379 —21 —30 67 83 5115 8,5 - 2 - 5,5 10 12,5 10 26 271715,5 - 14,6 - 17 31 -32 24 20 — 20 — 515 _ io 15,. 2 10' 1 143 — 21 — 15 -19 -15,8 Duran ( Tsinal)— 25,s + 32,5 — 15,5 Arolla12 — 110 Ferpècle12 — 8 — 10 Tsigiorenove20156,5 7 -20 _ 2 — 16 — 20 3312 22 En outre, les glaciers suivants étaient:

En crue certaine: Breney, Duran de Seillon.

En crue probable: Petit-Plan-Névé, Festi, Triest, Hangender Firn du Wasenhorn ( Conches ), Münster, Nest, Montduran.

Stationnaires: Arolla, Anen.

En décrue probable: Dard, Giétroz, Mühlebach, Petersgrat, Rami, Talli, Turben, Rappen, Oberaletsch.

En décrue certaine: Pierredar, Jägi.

L' allure du glacier du Rhône est difficile à définir: en prenant pour base du calcul une largeur frontale de 300 mètres, on trouve que le glacier a abandonné, dans un recul moyen de 5 m, 1500 m2 de terrain, mais ce recul affecte principalement le flanc méridional de la langue et son extrémité a, bien au contraire, progressé de 22 m. Il semble donc qu' on doive classer ce glacier encore parmi les appareils en crue; une mesure de sa vitesse d' écoulement frontale, au moyen du cryocinémètre, eût suffi à en décider. 1921 a d' ailleurs eu sur la plénitude de forme du glacier une influence désastreuse: Les mesures de M. Kuntschen, l' ingénieur chargé des mensurations annuelles, ont mis en évidence l' abaissement de tous les profils transversaux. Il a été de 2,7 m sur les profils jaune, rouge et supérieur du Grand-Névé, mais de 1,9 seulement sur le profil inférieur du même. Cette différence est surprenante; une vague de crue aurait-elle traversé cette section en 1921?

Le Walliser Gerstengletscher, en marge du glacier du Rhône, semblait en crue ou au moins tout juste sortir de crue.

Le petit glacier de Gratschlucht a continué son étonnante poussée. Il a recouvert 26,700 m2 de terrain, saccageant la route militaire et balayant comme fétu le ponceau qui enjambait son torrent. Son avance moyenne a été de 53 m, mais le maximum a atteint presque le double, par 102 m!

La langue de l' Allalin n' a progressé que d' une manière insignifiante et à son extrémité seulement. Il y a eu, en réalité, abandon de 15,500 m2 de surface occupée et amaigrissement de 400,000 m3. Un point du front a pourtant avancé de 17 m encore.

M. Lütschg signale que de 1915 à 1921, le dissipateur du glacier d' Allalin s' est augmenté de 4 millions de m3.

Le Festi, bras nord, avait les caractères du glacier en crue. ( D. Dutoit, C.A.S. Jaman. ) Les grands appareils lents à varier, le Gorner, l' Otemma, le Grand-Aletsch, etc., dont l' entrée en crue semblait annoncée par celle du Duran de Tsinal, en 1920, ont éprouvé l' action dissolvante de l' anomalie climatique récente; leur régression n' a fait que s' accentuer et le Duran de Tsinal lui-même, déconfit, quittant son allure conquérante, a battu précipitamment en retraite.

En revanche, les glaciers de Saleinaz et de Trient n' ont pas trop souffert, et celui du Lötschen encore moins; ils n' ont que peu ralenti leurs rapides progrès.

Le 5 octobre 1921, la vitesse d' écoulement était de 4,7 m au front du Saleinaz.

( Cusler. ) La fameuse et quasi rituelle « poche d' eau » du glacier de Trient, dont les débâcles périodiques trahissaient seules la mystérieuse existence, a eu cette fois un témoin oculaire de ses agissements: un berger des Petoudes l' a vue crever le 20 juillet, à 10 heures. Avec une détonation formidable, un jet d' eau, de 10 m de hauteur au moins, a jailli du flanc droit du glacier de Trient, à cent mètres en aval de la Fenêtre des Ecandies. L' eau, limpide, a coulé sur le névé du même nom pour disparaître bientôt après sous le glacier. Le Trient est resté très gros pendant quelque 36 heures.J. Guex. ) Toutes les nappes glaciaires, d' ailleurs peu étendues, de la Vallée de Binn ont éprouvé fortement l' effet destructeur de l' été; les glaciers de Rappen, de Tur-ten, de Rami et de Talli surtout.H. Jossen. ) L' extrémité du Turtmann a progressé, tandis que ses flancs régressaient.

A la fin de septembre, on a découvert sur le glacier d' Arolla un squelette humain et près de lui les restes d' un chamois avec deux pièces de monnaies françaises datées l' une de l' an V, l' autre de 1849. Il s' agit sans doute d' un chasseur englouti par quelque crevasse du haut glacier.

Le cône du Mauvoisin ( Bagnes ) était notablement réduit le 23 août et sa surface, souillée de débris rocheux, ne portait aucune trace d' alimentation récente par les glaces nourricières du Giétroz.Gaschen et Kersting. ) Le Breney était en crue nette; sa vitesse d' écoulement frontale atteignait 19 cm par jour le 22 août ( G. et K. ). L' extrémité de l' Otemma, en recul, s' est beaucoup modifiée. MM. Gaschen et Kersting en ont levé sommairement le plan.

Le Duran de Seillon, en crue, déchargeait fréquemment des séracs du haut de l' abrupt où il aboutit.Dayer. ) Les glaciers vaudois étaient tous en retrait sauf le Petit-Plan-Névé qui semble avoir cru. La langue du Dard s' est scindée en deux parties. Celle d' aval qui prenait corps depuis une dizaine d' années et avait encore 400 m de long en 1920 est maintenant séparée des masses suprajacentes et l' ancienne base de contrôle est réapparue dans l' intervalle laissé. Ce lambeau inférieur a-t-il, d' ailleurs, jamais été réellement nourri par un apport « a superiori »? N' était pas plutôt un simple névé?

MM. Francis et Pierre de Quervain et Johner ont visité le glacier de Jägi ( Lötschental ) le 12 août. Ils l' ont trouvé en décrue manifeste, ce que le cryocinémètre a confirmé en indiquant une vitesse de 0,6 cm/j ., valeur remarquablement basse et qui exclut l' idée d' une crue récente. Ces messieurs ont posé des repères devant le glacier, exemple bien digne qu' on l' imite!

Le 7 octobre, il ne restait plus trace de névé du dernier hiver sur la petite nappe de Maying, au Torrenthorn.Mercanton. ) IL Bassin de l' Aar. Tableau X. Variations, en mètres, en Glaciers Oberaar Unleraar Grindelwald Supérieur Grindelwald Inférieur Stein Eiger Wildhorn Gamchi Blümlisalp 1919 1920 1921

-14,5 20 45 13

55

10 50 6 8 3 10

+

3 - 5 54 — 81 15,5 11 0 15 7 0 En outre, les glaciers suivants étaient:

En crue certaine: " Wissbach, Renten, Rosenlaui, Thierberg; En crue probable: Guggi, Giessen, Gspaltenhorn W, Schwarz, Aérien, Tschingel, Rottal, Schmadri.

Stationnaires: Bächli, Gamchi, Kanderfirn.

En décrue probable: Blümlisalp, Fluh, Dala, Maying, Dungel, Ragli, Ammerten, Audon.

En décrue certaine: Lämmern, Trift ( Hasli ), Gauli.

Des précieux renseignements que M. R. Campiche m' envoie sur les glaciers de la haute vallée de l' Aar, j' extrais ceci:

Un vieux guide du Hasli a affirmé à M. C. que, dans les années 1870 à 1880, on recueillait le cristal de roche sur la rive droite de l' Unteraar, à un endroit que le glacier recouvre maintenant. En revanche, le niveau du courant glaciaire a beaucoup baissé sous le Pavillon Dollfus.

L' Oberaar qui avait légèrement progressé en 1920, est en décrue légère et, d' après le gardien de la cabane, n' a jamais été si crevassé depuis 17 ans.

Le Gauli, encore en recul, a, d' autre part, pris du corps dans sa partie supérieure, sur les trois quarts de sa longueur.

Le Trift est dans le même cas.

Le Thierberg, son voisin, a eu une très forte avance frontale.

La surface du Renfen, aussi en grand progrès, est devenue visible de la cabane Dossen. Le Wissbach, devant lequel on passait facilement il y a quelques années, n' en laisse plus la place et accule le visiteur à un abrupt rocheux; il est maintenant visible de la route de la Grimsel, au point dit Tschingelmad.

Le glacier de Gruben qui descend du Hühnertälihorn et des Golegghörner, sur le versant gauche de la vallée de l' Aar, barre, à la cote 2450 m, et à quelque 750 m de son front, un enfoncement rocheux, ce qui entraîne la formation d' un petit lac bordier. Ce lagot est alimenté par les eaux de fonte d' un glacier suspendu aux flancs des Golegghörner. Il a quelque 2400 m2 de superficie. La carte ne le figure pas, mais il était connu depuis longtemps de plusieurs montagnards du Hasli.

Le 3 octobre 1921, après-midi, une débâcle soudaine, pareille à celles du fameux Märjelen, de redoutable mémoire, a précipité cet amas d' eau ( 300,000 m3 environ ) dans le torrent d' Aérien et par lui dans l' Aar, en ravageant l' alpe d' Aérien, ravinant le cours du torrent et abîmant la route de la Grimsel. Il n' y a heureusement pas eu perte de vies humaines, mais les dégâts ont été grands.

L' événement a eu des témoins oculaires:

Mme Schläppi, de Guttannen, récoltait des myrtilles sur l' alpe d' Aérien avec ses deux enfants. Vers 14 ½ h., elle remarqua soudain que le torrent coulait trouble. Peu après, elle vit, avec quel effroi! une masse noirâtre déboucher du vallon de Gruben et se jeter sur l' Aerlenalp. Les trois personnes sauvèrent leur vie en escaladant précipitamment les pentes les plus proches. Les deux chalets auprès desquels elles venaient de cuisiner leur repas furent emportés comme fétus.

A la même heure, un topographe de la Compagnie des Forces motrices bernoises ( F. M. B. ) travaillait sur le plateau de Gelmer. Il eut la chance de pouvoir observer à la lunette les diverses phases de l' inondation et nota:

15 h. 12 m.: Un aide signale que le torrent d' Aérien s' est troublé.

15 h. 15 m.: Au fond de l' alpe d' Aérien, le torrent roule maintenant des eaux noires et chargées de débris; il grossit très vite.

15 h. 18 m: Du même endroit débouche un flot très élevé d' eau et de débris qui marche à grand fracas et grande vitesse dans le ravin; le sentier de l' alpe est coupé.

15 h. 22 m: Le vieux chemin muletier de la Handeck est coupé.

15 h. 25 m.: Le pont de la route de la Grimsel est emporté.

A 16 h. 15 m ., un ingénieur des F.M.B ., dépêché sur les lieux, trouvait l' Aar au Spreitlauigraben, changée en un fleuve de boue noirâtre. Il avait vu la rivière se troubler déjà en aval, dès la « Tönende Fluh ». Arrivé au glacier, il constata que le bassin du lac était à sec; une falaise de glace haute de plus de trente mètres en formait la rive méridionale. De grandes crevasses y aboutissaient. L' eau s' était frayé un passage par-dessous le glacier et avait jailli de son portail.

Ce rapport de M. Käch, accompagné de plans et de photographies, est un document précieux. Par l' entremise complaisante de M. Campiche, les F. M.B. ont bien voulu me le confier, et je les en remercie.

Le lac existait, paraît-il, depuis plusieurs années; peut-être est-ce la fonte excessive de l' automne 1921 surtout qui a causé la débâcle; mais on peut craindre de la voir se reproduire et une surveillance s' impose, sinon des travaux préventifs.

M. Campiche a voué des soins spéciaux à l' examen du glacier de Rosenlaui et ses observations ne peuvent manquer d' attirer de nouveau l' intérêt sur cet appareil tant admiré jadis et si célèbre dans les fastes du tourisme suisse. La décrue persistante de la fin du XIX, en en rendant l' accès ardu et les glaces mal visibles, l' avait fait délaisser; il va retrouver son prestige.

Le Rosenlaui est en forte crue depuis 1918; il s' était élargi dès 1912. Son avance est déjà de 200 mètres au moins.

En 1920, on a dû détourner le sentier de la cabane de Dossen à cause des chutes de glace. La langue nouvelle, qui s' est formée à l' W du point coté 1792 m, descend très bas dans un couloir après avoir rempli successivement deux cavités rocheuses; des éboulements de séracs se produisent dans la gorge du Weissenbach.

Tandis qu' en 1920 la poussée latérale se faisait du côté droit, forçant à dévier le chemin de la cabane devenu dangereux et le rendre praticable au moyen d' échelles, la poussée s' exerçait en automne 1921 au côté gauche, contre la paroi du Wellhorn. Le glacier s' est élargi de 6 à 10 m à ce bord tandis que la fonte provoquait, faute d' apport suffisant, un retrait du flanc droit. L' exhaussement des régions supérieures continue et les rochers à la cote 2367 m sont de plus en plus revêtues de glace; des éboulements y ont lieu.

Bien que l' été ait eu raison d' une bonne partie des masses apportées, au printemps surtout, par le glacier Supérieur du Grindelwald, celui-ci n' en a pas moins gagné encore du terrain. Mécaniquement, sa crue est demeurée très forte et les changements de dimension, de forme et de position du front sont si typiques que la Commission des glaciers S.H.S.N. n' a pas hésité à donner son appui, matériel et moral, à la proposition faite par M. de Quervain d' appliquer la cinématographie à l' enregistrement de ces modifications. En prenant chaque jour et du même point, avec un appareil adéquat, la même vue du front, on peut espérer recueillir assez d' images pour en tirer un film qui reproduira sur l' écran, à une allure irréellement rapide évidemment, les péripéties de la crue. Ce travail délicat de prises de vues se poursuit à l' heure qu' il est sous la direction de son promoteur.

D' autre part, l' enregistrement continu de la vitesse d' écoulement de la glace, réalisé par le Service fédéral des Eaux et plus spécialement M. Lütschg, au front de ce même glacier, a livré des données d' un intérêt considérable sur l' allure de ce phénomène. Le S. F. E. veut bien m' autoriser à transcrire ici ce premier ensemble de valeurs cryocinégraphiques:

Grindelwald Supérieur.

Tableau X.

Vitesses d' écoulement en Epoques Vitesses 28 1 — 19 II 15 19 II — 12 III 15 12 III — 26 22 26 — 6 IV 31 6 IV - 16 30 16 — 29 27 29 — 4 V 30 4 V 16 29 16 — 23 47 23 31 44 Epoques Vitesses 31 - 9 VI 37 9 VI23 25 2.:7 VII 24 7 VII22 23 22 - 6

Vili

23 6 VIII- -27 16 27 21 IX 13 21 IX15 X 14 15 X - 19 XI 10 Cette série et les diagrammes nombreux qu' elle traduit numériquement est des plus intéressantes. C' est la confirmation définitive d' une réalité, entrevue seulement jusqu' ici dans les relevés à court intervalle de la situation du front glaciaire, ceux de Baltzer et Stump au glacier Inférieur du Grindelwald, ceux, plus suivis encore du glacier du Rhône ( Cf. Mensurations, p. 73 et suiv. ); la glace s' écoule, au front, d' un mouvement parfaitement continu ( les diagrammes en font foi ), mais la vitesse de cet écoulement obéit à une périodicité annuelle.

Le maximum a lieu au printemps et le minimum au début de l' hiver. Sans doute, il y a des irrégularités dans les valeurs du tableau, mais elles ne peuvent masquer le rythme général du phénomène. Elles proviennent ici, pour une part, sans doute, des imperfections de l' ancrage du fil de liaison dans le glacier, mais pour une autre, la plus grande vraisemblablement, des complications locales de la descente des masses glaciaires sur un terrain très inégal.

Une indication d' ordre technique doit se tirer de ces constatations encore: « Si l'on veut pouvoir appliquer, en toute sécurité, le cryocinémètre à distinguer les appareils en crue des autres, il est nécessaire de déterminer également l' amplitude et la phase de la variation saisonnière de la vitesse d' écoulement frontale du glacier en décrue régulière. » Un grand appareil, le Gorner par exemple, s' y prêterait très bien et je le suggère ici.

Le régime du glacier Inférieur du Grindelwald nous sera connu en détail dès 1922. En effet, considérant que le chenal, long, étroit et régulier par où les glaces débouchent dans le Grindelwald, doit favoriser les manifestations d' une crue glaciaire et en rendre l' étude particulièrement facile et fructueuse, le chroniqueur a proposé à la Commission des glaciers de faire lever le profil longitudinal de cette région basse du dissipateur. Ce projet, adopté par la Commission, a été mis à exécution, sous la surveillance obligeante de MM. de Quervain et Lütschg, en août 1921. M. Kobelt, ingénieur au S. F. E., a fixé avec beaucoup de soin un profil longitudinal médian partant de la base du Zäsenberg et plusieurs profils transversaux. Il a établi quelques chaînes de pierres peintes et a pris de nombreuses photographies.

Un travail semblable a été exécuté à la même époque au glacier Supérieur, toujours dans le but de dépister l' apparition éventuelle d' une vague de crue.

Les glaciers de la vallée de Lauterbrunnen ont tous grandi, ces dernières années, et ils avaient encore en 1921 sensiblement le crevassement et la forme, l' as enfin des appareils en crue. Des glaciers régénérés commençaient à se former au-dessus de la Kilchbalm, au fond du Sefinental, dans le Silberlauitobel, au-dessus de Stufenstein. ( O. Gurtner, Lauterbrunnen. ) Le glacier de Tschingel a avancé de 30 m en moyenne depuis 1918, toutefois, M. F. de Quervain lui a trouvé, le 16 juillet 1921, une vitesse frontale de 1 cm par jour seulement, ce qui est une allure de décrue. Le même a mesuré 2 cm/j. au glacier de la Blümlisalp.

Le Kanderfirn a cru nettement depuis 1917 et surtout en 1919 et 1920; cependant, la chute des séracs s' y était beaucoup ralentie, en 1921:

III. Bassin de la Reuss.

Tableau XI.

Variation, en mètres, en Glaciers 1919 1920 1921 Firnälpli E.

+

— -15 Griessen — 7 - 8 -30,5 Kartigel 45 - 4 — 15 Wallenbühl 23 31,5 17,5 Kehlefirn 20 22,5 2,5 Schlossberq — 13 — 18 Hüfi 6 51 -29,5 Brunni 0 - 4,5 -21,5 Schiessbach — 35 Muüen10 Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

La poussée en avant du glacier du Schiessbach mérite qu' on la signale.

Tableau XII.

IV. Bassin de la Linth.

Variations, en mètres, en Glaciers 1919 1920 1921 Clarides 16 -f — 86 Biferlen — 105 -32,5 Suis10,5 Vorab8 — 21 V. Bassin du Rhin.

Tableau XIII.

Variations, en mètres, en Glaciers 1919 1920 1921 Sardona 19 — 10 — 14 Piz Sol 1,, 5,5 -15,5 Scaletta — 3,5 Punleglas -14,5 15 — 22,5 Lavaz — 19 -18,5 Tambo 25 — 4 — 5 Zapport — 3,5 17 — 18 Paradies — 10 - 5 -55 Porchabella 3,5 — 1 — 5 Uerisch8 Lenta180 —299 VI. Bassin de l' Inn.

Lischanna 10 3 -16,5 Morteraisch — 5 — 16 — 6 Rosegg 12,5 12 -4,5 Schwarzhorn 0 2,5 Chalderas13>5 Jenatsch20,5 Picuogl 4,5

+

- 11 VII. Bassin de l' Adda.

Palü 66,5 6 23 Forno9 - 4 -21,5 VIII. Bassin du Tessin.

1919 1920 1921 Muccia 11 — 60 Rossboden 29,5 — 20

+

>20

Bresciana Basodino Rotondo — 13 En outre, les glaciers suivants étaient:

En crue probable: Segnes.

Stationnaires: Schwarzhorn, Kirchalp, Rotondo.

En décrue probable: Sutfoina, Rosatsch, Diavolezza, Albris, Languard.

En décrue certaine: Suretta, Muraigl, Julier.

M. J. Hess a levé le front du Chalderas à 1:2000, le 10 août.

Le Rossboden s' avance sur un terrain que garnissent déjà des mélèzes d' un demi-mètre de hauteur.Dutoit. ) En octobre 1921 la vitesse d' écoulement au front du glacier de Morteratsch était de 2,5 cm jour.Prof. Aug. Piccarci. ) MM. Emile et André Chaix ( Genève ) ont levé les fronts des petits glaciers du Piz Quatervals et du Piz d' Esen, dans le Parc national. Dans ce même parc, ils étudient depuis plusieurs années des formations qu' à l' instar des géographes américains, ils appellent des « rock-glaciers ». Il s' agit d' amas de matériaux détritiques, ayant l' apparence de coulées de pierres et qui, effectivement, se meuvent en s' écoulant. Les pierres peintes que MM. Chaix ont distribuées sur le rock-glacier du Val d' Acqua se sont déplacées vers l' aval de 0,4à l,3 mpar an. Voici ce que ces MM. écrivent dans leur rapport à la Commission scientifique du Parc: « II est hors de doute que ces coulées de blocs sont .vivantes ', qu' elles se déplacent aujourd'hui encore plus rapidement au centre qu' au bord; qu' elles se forment aux dépens des moraines terminales et latérales des petits glaciers; que ces masses constituées dans leur partie supérieure d' un mélange de pierres et de glace pure ( pas de neige ) recouvrent les pierriers voisins. Ce sont des organismes' fort intéressants. » Je rends mes collègues clubistes attentifs à ce genre de formation qu' on rencontrera vraisemblablement en maint endroit des Alpes s' il ne s' agit pas là d' un phénomène tout local de glacier sinon « mort » du moins à demi-mort, et dont l' ago est plus particulièrement remuante, la masse s' écoulant encore sous l' empire de son propre poids à la façon du vrai glacier. Quoiqu' il en soit d' ailleurs, le phénomène vaut l' étude soigneuse faite par MM. Chaix.

Le tableau XIV récapitule tous les résultats de 1921.

En résumé: de 100 glaciers suisses, 33 étaient en crue, 6 stationnaires et 61 en décrue, en automne 1921.

Plus que jamais il convient de spécifier « en automne », car les chaleurs anormales de l' été et de l' arrière ont certainement beaucoup contribué à renverser les taux de répartition des appareils, dans les trois catégories. Renverse-ment prodigieux et certes inattendu qui, de 100 glaciers, en a fait passer 28 de la crue à la décrue, en une année!

Une fois de plus se vérifie l' allégué de Forel que: « les variations générales de la température estivale interviennent plus que nous ne l' avons cru jusqu' à présent dans les variations de grandeur des glaciers i ) ».

Chez certains appareils, en effet, la fusion de la langue, si elle a pu rétrécir celle-ci, a été cependant impuissante à enrayer complètement l' avance du front. Ceci ne saurait, d' ailleurs, nous étonner: l' effet d' un accroissement d' ablation est immédiat et se localise surtout au front; celui d' un excès d' alimentation estForel: Température estivale et variations de grandeur des glaciers. Mémoires de la Soc. impériale russe de Géographie. 1908. T. XLVII.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

Tableau XIV.

Récapitulation pour 1921.

Bassins Nombres des glaciers Observés En crue Stationnaire.« En décrue Rhône. » 49 19 2 28 Aar.

33 10 16 4 3 0 14 6 Reuss

Linth 4 16 13 0 2 0 0 2 0 4 12 13 Rhin...

Inn

Adda 2 5.

1 2 0 1 1 2 Tessin

Totaux

132 44 8 80 1921 % 33 61 6 6 61 33 1920 %

Différence %

— 28 0

+ 28

médiat au contraire et peut n' avoir son contrecoup sur la position du front que longtemps après. Il s' ensuit qu' un été subitement trop chaud pourra contrarier énergiquement une crue sans toutefois l' arrêter définitivement. Cela dépendra des réserves du collecteur. A cet égard, la sécheresse anormale de l' hiver 1920/1921 est bien plus grave, car les réserves ne se sont pas formées.

Il serait vain de pronostiquer en pareil matière. Remarquons seulement que l' allure ultérieure des glaciers alpins, en 1922, dépendra sans doute beaucoup de l' alimentation de l' hiver 1921—1922. S' il est neigeux, il remettra probablement beaucoup d' appareils en progression, surtout si l' ablation estivale n' est pas trop forte. En tout cas, rien ne permet d' affirmer que l' ensemble des collecteurs glaciaires soit arrivé au stade d' évacuation limite qui déclanche la décrue générale.

L' ablation exceptionnelle de 1921 a eu une répercussion certaine sur le régime des eaux en Suisse. Cette répercussion, intéressante à tant d' égards, méritait une étude approfondie; le Service fédéral des Eaux l' a entreprise déjà et j' aurai, je pense, à y revenir, l' an prochain.

En attendant, il faut redoubler de vigilance. Que les alpinistes nous y aident!

( P.L. M. )

Feedback