Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses — 64e rapport, 1943

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Soixante-quatrième Rapport — 1943

Soixante-quatrième Rapport — 1943 Avec 6 illustrations ( n08 51—56 ).

L' enneigement des Alpes suisses en 1943 L' année nivométrique 1942/43, en haute montagne, a débuté par un octobre très anormalement ensoleillé et chaud ( 3 et même 3,5° d' excès ) rappelant celui, tout à fait exceptionnel, qui dénuda si haut nos glaciers en 1921. Novembre, trop froid de 2°, fut, lui, beaucoup trop sec, n' amenant guère que la moitié de la précipitation normale. Décembre, avec 1d' excès, fut trop clair et trop sec aussi. Janvier 1943, trop chaud de 1-2° et plutôt sombre, apporta en revanche des excès d' eau météorique allant de 40 à 60 %, sauf dans l' Engadine. Février présenta les mêmes anomalies, un peu atténuées toutefois, de sorte que l' enneigement prit enfin son essor, essor d' ailleurs bientôt enrayé par un mars trop chaud de 3° et plus ( Säntis 4° ) avec un soleil tenace et des précipitations déficitaires. Les mêmes conditions régnèrent en avril, avec quelque modération d' ailleurs, et si mai apporta un excès d' eau il fut tout de même trop chaud de 2 à 2 y2 degrés. Juin, à peu près normal de température et d' insolation, amena d' autre part des précipitations de 20 à 40 % surabondantes. Juillet, un peu trop chaud aussi, en a eu encore trop, tandis que le mois d' août n' apportait que 30 % de la chute d' eau normale, avec 2 et 3° de trop et une insolation exceptionnellement persistante. Enfin septembre, quoiqu' un peu sombre, a eu aussi des températures trop hautes de 1 à 1 y20 et une précipitation déficitaire... Dans des conjonctures si anormales arrêter l' année nivométrique au 30 septembre n' est guère que convention; il sied de lui adjoindre cette fois-ci un treizième mois: Octobre 1943 avec ses 31/z° de trop, son insolation et sa clarté exceptionnellement élevées et son déficit d' eau météorique dépassant les deux tiers de la hauteur normale a, comme en 1921, prolongé de ses quatre semaines le désenneigement ordinaire 1. En résumé nos Alpes ont eu, en 1942/43, un enneigement tardif, à maximum précoce et peu accentué, suivi d' un désenneigement rapide, coupé, de la fin de mai à la mi-juin, par de nouvelles chutes de neige, mais qui ensuite alla en s' accentuant et se prolongea quasi jusqu' en novembre.

Ces particularités climatologiques se sont traduites, comme bien l'on pense, par une carence insolite du phénomène de l' avalanche, dont on n' a pas eu à déplorer d' effets retentissants, ainsi que par une découverture générale des crevasses glaciaires, une dénudation rare des sommets rocheux, enfin, contrepartie moins favorable aux ascensions le remplacement en maint endroit du névé commode par la glace dure.

Voici quelques faits:

Aux flancs du Belmeten et du Bristenstock la limite inférieure des neiges pérennelles est montée à 2390 m ., soit à 70 m. au-dessus de sa cote de 1942 et 30 m. encore de plus que la limite maximum moyenne de la période 1923-1943. D' autre part la limite du névé ( Firngrenze ) des glaciers, divers d' exposition, du pays d' Uri, est remontée à 2400 m ., soit 30 m. de plus qu' en 1942. ( Oechslin ) 1 M. Grütter. Witterungsbericht der Meteorologischen Zentralanstalt Zürich. Die Alpen - 1944 - Les Alpes14 Aux Diablerets la route vers le sommet était coupée par la grande crevasse du Dôme, exceptionnellement béante. Tous les névés avoisinant d' ordinaire les glaciers de la région ont disparu. La pente qui descend du Dôme sur le Prapioz était en vive glace.Reber ) Au flanc nord des Grandes Autannaz ( région du Trient ), sous l' arête reliant le Col de Balme au dit sommet, la dissipation des névés était quasi com-plète.J. Guex ) Au printemps déjà la moraine de Schönbühl était à sec et à la mi-juin le Gornergrat aussi ( Weiglé, Collet ). Le 27 août on remarquait sur les glaciers du massif du Bernina un large liseré jaunâtre; c' était la remise au jour, par un désenneigement excessif, des poussières sahariennes tombées dans les années précédentes.

( Mercanton et Oechslin ) Le 16 septembre 1943 il ne subsistait aucun vestige des neiges de l' hiver dans tout le vallon de Gletsch jusqu' à la Furka non plus que dans celui, attenant, de Gratschlucht jusqu' à ce glacier et même au-dessus. La frange glaciaire des Gerstenhörner, comme le petit glacier occupant le cirque entre le Galenstock et le Furkahorn, étaient à nu aussi.Mercanton ) II serait oiseux de multiplier les citations. Qu' on me permette pourtant d' insister sur l' état vraiment exceptionnel dans lequel j' ai retrouvé la région d' Orny, quand après neuf années j' y suis revenu, le 5 septembre 1943, avec le Dr H. Gaschen, mon fidèle collaborateur dans tant de campagnes là-haut et que ses occupations d' outre ont tenu comme moi éloigné de notre vieux champ de travail.

Il n' y avait plus trace de vieille neige ni sur la rive septentrionale, ni à la surface du glacier d' Orny, à l' exception d' un très petit vestige en tête du lagot supérieur et d' un second un peu au-dessus. On montait à pied sec jusqu' à la cabane du Trient tant par la rive gauche que par le glacier même et enfin par le sentier caillouteux qui escalade le promontoire « Julien Dupuis », sa ns rencontrer une bribe de neige. La longue rampe qui, vers 2900 m ., mène de l' anse que dessine le glacier sous l' Aiguille d' Orny au Col d' Orny était semée de détritus, vieilles boîtes de conserves, chiffons, papiers, morceaux de bois, etc., gadoues de l' ancien refuge « Julien Dupuis » exhumées là par l' ablation excessive durant qu' elles faisaient vers le front le « voyage du glacier ». Mais ce qui nous surprit le plus est bien certainement l' extraordinaire élargissement des « soufflures », des sillons créés et entretenus par le vent autour du promontoire de « Dupuis » et que la chaleur réverbérée par le rocher contribue puissamment à élargir au cours des étés clairs. Je devrais écrire « de la soufflure » car le chapelet de trois dépressions en demi-lune d' antan s' est maintenant transformé en un canyon unique, ménagé entre roc et glacier, et qui s' allonge des abords immédiates de la cabane de Trient jusqu' au vieux nivomètre aujourd'hui hors de service, tout près de l' endroit où l' actuel sentier de la cabane quitte le glacier d' Orny pour escalader le promontoire par une pente, naguère champ de neige continu et impraticable. Nos mesures sommaires donnent aujourd'hui à ce canyon 32 m. de largeur au droit de la « Tour rocheuse », ce repère voisin de l' ancienne cabane auquel se réfèrent toutes nos mesures antérieures. On le voit à la droite de la fig. 4 comme dans tant de nos rapports précédents auxquels on se reportera. La falaise glaciaire avait ici 18 m. de hauteur environ. C' est partout une vraie coupe géologique du glacier, révélant une structure complexe, avec discordances de stratification, plissements, failles, etc., tous accidents des plus instructifs. Le lagot au pied de la Tour, où l'on puisait l' eau jadis, n' est plus; un autre s' est formé en aval, à l' endroit où le promontoire de Dupuis étrangle le ravin, avant que celui-ci soit tourné à l' est vers le nivomètre où, graduellement élargi, il vient mourir. Ce court passage est encombré de gros blocs arrachés à la montagne; ce sont les actuels successeurs des énormes pierres hérissant la vieille moraine latérale gauche du glacier d' Orny, aux abords de la cabane et plus bas encore. Nous avons pu suivre le canyon d' amont à val sans aucune dif-ficulté.Gaschen et Mercanton ) Voici maintenant quelques données numériques précises sur l' enneigement en 1942/43.

Suisse orientale. Au Weissfluhjoch ( 2660 m .) on a noté un enneigement maximum de 2,5 m. le 10 avril 1943; il était de 1,, m. seulement en 1942.

Du 19 septembre 1942 à la mi-mai 1943, la balise supérieure du Silvretla ( 3013 m .) a marqué un enneigement de 3,25 m. et, à fin septembre, un résidu de + 0,e m. Pour la perche inférieure ( 2760 m .), les chiffres sont respectivement: 3,4 et zéro.Z.G.K.., Billwiller1 ) A la balise du Säntis ( 2380 m .), la couverture neigeuse ne s' est établie définitivement que le 6 novembre 1942 et a atteint le 19 février 1943 son épaisseur maximum par 3,9 m. ( 1942: 4,7 m. ). Elle a disparu une première fois le 20 mai, puis, renouvelée par le mauvais temps, elle dura jusqu' au 19 juin.

( M. Z. A., Zurich ) Suisse centrale. Aux Clarides, du 13 septembre 1942 à l' été 1943, l' en a été plus grand que 4,8 m. à la balise inférieure ( 2708 m .) et que 5,0 m. à la balise supérieure ( 2910 m. ). Les résidus automnaux ont été respectivement — 0,8 et + 2,0 m. ( 17 septembre 1943 ).

Au nivomètre de l' Eiger ( 3100 m .), dont la direction et le personnel du chemin de fer de la Jungfrau continuent de prendre un soin diligent, le maximum a atteint 50 degrés 2 le 10 avril 1943 ( 1942: 52 ). On a noté i' étiage le 18 novembre par 4 degrés ( 1942: 10 degrés ).

Voici les trois derniers bilans:

AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMètresEtéMètresAutomneMètres 1940—19411919412119412 1941—19421519422119426 1942—19432019432319433 Sur le Jungfraufirn nos balises, qui sont peu distantes en altitude, ont marqué pourtant quelques différences: du 15 septembre 1942 au 15 juillet 1943 l' enneigement a été de 6,3 m. à la balise inférieure et de 6,9 m. à la supérieure. Le 16 septembre 1943, les résidus étaient, respectivement, 5,4 et 6,0 m.

Une balise a été installée en 1941 à la cabane Rotondo du C.A.S. ( 2570 m .) par M. E. Ambühl. Le 24 avril 1943 on y a mesuré un maximum d' enneige de 3,9 m. ( le 3 mai 1942 il y en avait eu 1,7 m. ). La balise était à sec le 23 juillet 1943 seulement.

Suisse occidentale. L' équipement nivométrique des Diablerets a été surveillé toute l' année par MM. Reber, père et fils, comme d' habitude. Le nivomètre ( 3030 m .), dégagé à la fin mai ( n° 91: 30 mai ), a marqué l' étiage par 68 degrés le 5 octobre ( 1942: 71 degrés ). Voici les derniers bilans:

1 R. Billwiller: Der Firnzuwachs pro 1942/43 in einigen schweizerischen Firngebieten. XXX. Bericht der Zürcher Gletscherkommission ( Z.G.K. ). Vierteljahrsschrift der Naturforschenden Gesellschaft Zürich. LXXXVIII, 1943.

2 2 degrés font 1 m ., comme aux nivomètres d' Orny et des Diablerets.

AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMitresEtéMétrésAutomneMètres 1940—1941 > 4,6 1941 > 5,5 19411 1941—1942 > 5,81942 > 1019424,5 1942—1943 > 101943 > 11,5 19431,, La balise de 1942 s' est déchaussée le 11 septembre; celle de 1939, émergée le 29 juillet, saillait de 3,0 m. le 5 octobre. Le névé a perdu 1 m. d' épaisseur depuis le 3 octobre 1942. Quant au totalisateur de la Becca d' Audon et au pluviomètre du village ils ont indiqué:

Becca d' AudonDiablerets EP°«ues2870 m.1170 m. ) 3 X 1942—13 VI 194396,6 cm.77 cm.

13 VI 1943— 5 X 194346 cm.41 cm.

3 X 1942— 5 X 1943 142,6 cm.118 cm.

A Orny-Trient, les opérations usuelles ont eu lieu le 5 septembre 1943 par les soins du chroniqueur, du Dr Gaschen et du gardien Morand. Le nivomètre, tout à fait à nu, était toujours inutilisable. Le totalisateur a fourni, en revanche, les données suivantes:

_,Col d' OrnuOrsières EP°9«es3169 m.980 m. ) 20 IX 1942—5 IX 1943 249 cm.68 cm.

soit 260 et 71 cm. en 365 jours.

Mentionnons encore deux choses: M. le Dr E. Ambühl, au Liebef eld-Berne, a eu l' idée heureuse, pour suppléer à l' absence d' échelles nivomètriques proprement dites, installations coûteuses et malaisées à bien faire, de marquer simplement, à l' époque de l' étiage du névé, par des taches de couleur sur les rochers encaissant, les niveaux d' émergence de ceux-ci. En mesurant, l' automne suivant, les distances entre ces taches, qu' on distribue sur tout le pourtour du névé, et le bord de celui-ci, on acquiert une notion quantitative de la dissipation intervenue. Le procédé est simple mais suppose implicitement que le désenneigement ne sera pas progressif. Le procédé appliqué, dans le massif du Gothard, au névé sud du Pizzo Centrale et à son voisin le Prevat, a eu des résultats encourageants. De 1938 à 1945 la baisse a mesuré, selon que le repère était plus ou moins en amont, quelques décimètres à un, voire un et demi mètre et même plus. Pendant ce même temps l' extrémité du névé du Pizzo Centrale a reculé de 32 m.Ambiihl ) D' autre part, depuis 1941, un groupe de chercheurs, dirigé par M. le Dr R. Hœfeli, membre de la Commission des Glaciers, et comprenant entre autres MM. A. Roch et P. Kasser, poursuit la réalisation d' un excellent programme de recherches sur le comportement nivométrique et mécanique du Jungfraufirn et de l' Ewigschneefeld. Il s' agit de mettre à profit les facilités données actuellement par l' existence du Chemin de fer et de l' Institut de recherches du Jungfraujoch, qui permet d' accéder au névé d' un grand glacier par sa partie supérieure et d' y séjourner, pour étendre l' investigation systématique au collecteur appareil glaciaire. Les travailleurs du glacier du Rhône n' avaient pu y songer en leur temps faute de pouvoir atteindre facilement des parages si reculés et plus encore y demeurer.

Conclusion: En 1943 l' enneigement des Alpes suisses a été encore régressif.

Chronique des glaciers en 1943 II convient de louer d' emblée et sans réserves le personnel forestier des cantons pour le dévouement et la ponctualité mises, en 1943 encore, à faire,

Le débouché du canyon d' Orny

vers le nivometro 5. IX. 1943

La soufflure d' Orny et la Tour

Rocheuse, du repère de l' ancienne cabane 3. IX. 1943

Dans la „ soufflure " d' Orny devant l' ancienne

cabane Dupuis53-SS - Phot. Gaschen S. IX. 1943

Laisse glaciaire entre Tschierva ( à gauche )

et Roseg ( à droite6. Vm. 1943se - Phot. Renaud Orell Füaali Arts Graphiques S.A.Z.urich 6210 ACT 3. 10. 39 Die Alpen - 1944 - Les Alpes en dépit de tâches professionnelles toujours plus lourdes, la mensuration du plus grand nombre de glaciers possible. Les membres de la Commission helvétique des Glaciers et de fidèles collaborateurs, parmi lesquels il faut citer d' abord M. Jules Guex, qui contrôle le Trient depuis soixante-cinq étés, et M. Streiff-Becker, le distingué glaciologue de Zurich, ont apporté leur contribution. Que tous en soient remerciés ici! Grâce à cet effort nous avons encore des renseignements précis sur 71 appareils. Les voici dans leur exposition habituelle, mais il sied de ne pas perdre de vue que le régime actuel de décrue en amenuisant les langues glaciaires les font plus sensibles aux inégalités de leurs lits. Leurs fronts prennent volontiers alors des formes contournées, changeantes, qui rendent singulièrement ardue la détermination exacte des variations de longueur, en mettant souvent en défaut les méthodes simples qui seules ont permis de généraliser le contrôle. Souvent aussi le retrait amène le front dans des endroits inaccessibles.

I. Bassin du Rhône Tableau IVariations, en mètres, en Glaciers 1940/41 1941/421942/43 Rhône 141010 Gratschlucht27 ( 2 ansx Talli27 Miltenberg61 ( 3 ansFeldbach36 JFiesch 210)63,6 Aletsch20226 Kaltwasser126 ( 3 ans85,573,5 Allalin — 85,, Tälliboden73 ( 2 ans ) Fee2619,,6 Gorner840,55 Zmutt128 ( 7 ans ) Findelen53 ( 5 ans ) Turtmann865,,25 Brunneg15 Latschen14,B25,539,5 Duran ( Tsinal ) 01411 Moming286,s7 Moiry6161 Ferpècle5,,13,69 Arolla322,B21 Tsigiorenove 025,515 Duran ( Seillon)38,,2,, Lendarrey649,5 Grand Désert1432,523,, Mont Fort19,B12,, Valsorey414,614 Tseudetxx Saleinaz5266 Trient663 Grand Plan-Névé 11 ( 2 ans41 ( 2 ans ) Petit Plan-Névé34 ( 2 ans21 ( 2 ans ) Martinets6 ( 2 ans0 Paneyrosse 45 ( 3 ansPrapioz6 env.47x En outre aurait crû depuis 1934: Orny.

''>*: ' Les chaleurs de 1943 ont été néfastes pour notre beau glacier du Rhône. Son front actuel, sous-alimenté, bien que le 17 septembre 1943 le cryocinémètre indiquât encore 10 et % cm- de vitesse journalière à son point extrême, est quasi en ruines. Il tend maintenant à se reconstituer quelque unité, à cent mètres plus haut, sur la terrasse rocheuse d' où, à droite, le Rhône se jette en cascade vers le Gletscherboden pour le rejoindre aujourd'hui complètement à ciel ouvert et qui, à gauche, soutient une falaise de glace instable, siège d' écroule redoublés. Seul un ultime pilier de glace, assez massif mais très disloqué, atteint encore la plaine. Effritée à droite par l' érosion torrentielle, rongée à gauche par la réverbération calorique du rocher, elle se dissipe rapidement. La photogrammétrie permettrait seule d' en faire le levé exact; à son défaut le compas de relèvement m' a fourni une évaluation suffisante de son retrait depuis 1942; il a été de 10 m. en moyenne. Ce chiffre ne peut être qu' un minimum puisque pendant un mois encore l' ablation est restée active; à la mi-septembre le Rhône charriait encore une quantité d' eau impressionnante et l'on ne pouvait songer à y guéer. Le glacier « régénéré » que les éboulements de glace du flanc gauche du glacier entassaient auparavant en arc continu sous le rocher était presque entièrement dissipé; deux minables cônes de déjection blancs le rappelaient seuls encore. Un talus de pierraille apparaît maintenant à sa place, insoupçonné jusqu' ici. Au Belvédère le bord du glacier était, le 19 septembre, à 33 m. du repère plombé; c' est 2 m. de plus qu' en 1942.

L' extrémité du Gratschlucht est maintenant complètement libérée des masses de neige persistantes qui la masquaient toutes ces dernières années et contrariant fort les observations. Le rétrécissement de la langue a rendu son repère oriental inutilisable; le repère occidental a indiqué un retrait minimum de 15 m. depuis 1939.Mercanton ) Notre collègue M. A. Renaud a contrôlé, à la fin de juillet, les glaciers de Zmutt et de Findelen. Le Zmutt, qu' il a pourvu de repères en 1927 déjà et mensuré en 1936 encore, s' est énormément affaissé malgré l' épais revêtement morainique qui le protège et il a reculé de 113 m.Renaud ) La dernière crue observée au Findelen date de 1920. La décrue a dû s' amorcer l' année suivante; elle était en tout cas manifeste en 1924, époque à partir de laquelle M. R.M.aag, alors chef de dépôt au Chemin de fer Viège-Zermatt, fit des mensurations annuelles. On peut fixer à 270 m. le recul total du glacier depuis ce moment. On se souvient qu' à diverses reprises il a, par son retrait, remis au jour des vestiges notables de l' ancienne couverture forestière du lieu 1.

De 1938, année de l' ultime mensuration de M. Maag, à 1943 le Findelen a perdu encore 50 m. sur sa gauche et 56 sur sa droite, chiffres que la prolongation exceptionnelle des chaleurs estivales a certainement accrus encore. Cet abandon de terrain a eu pour conséquence secondaire la formation d' un lagot frontal long de quelque 250 m. M. Renaud l' a trouvé encombré de petits icebergs. C' étaient les vestiges de l' effondrement, survenu à quelque 120 m. en amont du front, des glaces voûtant le torrent glaciaire. Suivant des témoins sûrs, le 23 juillet 1943 à 10 h, un bruit de détonation parvint du glacier jusqu' à l' hôtel, à un kilomètre de là. Peu après le torrent enfla considérablement, charriant des masses de glace. Amincie par les chaleurs, rongée par le courant d' air que le torrent a entraîné, la voûte du tunnel torrentiel s' était épauffrée sur une huitantaine de mètres de longueur et une soixantaine de largeur, provoquant 1 Cf. Hess, Emil: Holzfunde am Findelengletscher. Les Alpes, août 1925.

vraisemblablement, d' abord une embâcle avec accumulation d' eau en poche elliptique puis une débâcle libératrice brusque avec crue consécutive, curant le tunnel de ses glaçons.Renaud ) De tels accidents glaciaires ne sont pas rares en régime de décrue et d' amin des glaciers quand, de surcroît, les chaleurs exagèrent l' ablation. Telles ont été sans doute les récentes débâcles du Ferpècle, des Grands et du Trient, sans parler de plus anciennes comme celle du Tête Rousse, en 1892.

La campagne de M. Renaud au Gorner avait un but précis: rechercher ce qu' il était advenu des « entonnoirs » si curieux auxquels il a consacré naguère une étude approfondie 1. Le retard de la présente revision a nui à la clarté des constatations, de nombreux repères s' étant perdus depuis les premières campagnes et de nouvelles recherches s' imposent, car si le rôle de l' eau s' avère ici essentiel, ses modalités échappent encore trop à notre compréhension. ( Renaud ) ( A suivre )

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