Mustagh Ata, 7433 m

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PAR WANG FENG-TOUNG ET YANG KE-HSIEN

Journal de l' expédition chinoise de 1959 Le Mustagh Ata est un vaste dôme de neige et de glace qui se dresse dans les montagnes du Pamir, àVW de la province du Sin Kiang, non loin de la frontière soviétique. En 1894, lors de sa traversée des plateaux de l' Asie centrale, Sven Hedin avait fait une discrète tentative sur cette montagne, à dos de chevalet de yak. Un demi-siècle plus tard ( 1947 ), Tilman et Shipton, deux célèbres grimpeurs et explorateurs britanniques, s' attaquent à leur tour au Mustagh Ata. Parvenus à 7300 m environ, ils durent renoncer, vaincus par le froid et la fatigue, sans même avoir aperçu le sommet de cette montagne décevante ( voir H. W. Tilman: Deux montagnes et une rivière ). En 1956, le Mustagh Ata fut enfin gravi par une puissante expédition sino-soviétique de 31 membres. L' ascension décrite ci-dessous, par une équipe mixte uniquement chinoise, donne une idée assez précise, croyons-nous, de l' alpinisme en Chine, ce qui justifie peut-être sa publication ici.L. S.

Le 7 juillet 1959, le drapeau de la République populaire de la Chine a flotté sur le sommet du Mustagh Ata, 7546 m, dans les montagnes du Pamir. C' est la première fois qu' une caravane de 33 personnes, 25 hommes et 8 femmes ( 4 Tibétaines et 4 Hans ) parvenaient ensemble à un sommet dépassant 7500 m. Cette expédition établissait en outre un nouveau record de l' alpinisme féminin, battant celui de la Française Claude Kogan au Ganesh Himal, 7456 m.

Voici des extraits du Journal de route tenu conjointement par Wang Feng-Toung, un des chefs de l' expédition, et Yang Ke-Hsien, qui l' accompagnait en qualité de journaliste.

12 juin. Par un beau temps clair, l' expédition quitte en camions Kachgar, dans le Sin Kiang occidental. Parmi ses cinquante et quelques membres, il y a des Hans, des Tibétains, des Uighours et des Huis. L' âge moyen est 20 ans; le plus âgé a 34 ans. Il y a quelques vétérans qui faisaient partie de l' expédition sino-soviétique qui, en 1956, a fait la première ascension de cette cime, et plus tard, en 1957, a gravi le Minya Konga, 7590 m, dans la province de Szechouan. Les autres n' ont qu' une année ou deux d' expérience alpine. Les femmes forment le tiers de l' effectif.

13 juin. Après avoir contourné les eaux vertes du lac Kala, notre convoi nous dépose au pied ouest du Mustagh Ata, non loin de la frontière soviétique. A travers le brouillard gris de plomb qui enrobe la montagne, nous pouvons juste entrevoir le reflet des glaciers blancs accrochés aux rochers comme des dragons gelés. Pour la plupart d' entre nous, c' est la première apparition du « Père des monts de glace », vénéré par les tribus Tajik et Kirghizes qui vivent à ses pieds, le pic qui a déjoué les assauts des grimpeurs de notoriété mondiale tels que Sven Hedin et Eric Shipton.

Nous montons au camp de base installé à 4500 m sur le plateau de Kartumak, où une équipe de pointe a dressé les tentes pour les dortoirs, cuisines, bureau et station de radio. C' était déjà l' em du camp I de l' expédition sino-soviétique de 1956. La nuit, le thermomètre marque 6,5° C sous zéro; mais les yourtes de feutre prêtées par les bergers kirghizes sont chaudes et confortables.

19 juin. Le sifflet de l' assistant du chef d' équipe nous réveille à l' aube comme d' habitude, mais ce matin au cri de « Temps splendide, pas un nuage au ciel ». Le camp de base s' anime rapidement.

1 7546 d' après la carte chinoise. 154 Les cinq derniers jours ont été consacrés à des exercices d' entraînement, en vue d' acquérir la meilleure forme possible. Chaque matin, nous sommes montés au glacier de Yamblak avant que le soleil n' en ait ramolli la surface, et en avons rapporté de la neige pour les cuisines. Hier soir, notre chef d' équipe a annoncé que nous irions aujourd'hui occuper un nouveau camp à 5500 m, pour exercer la marche sur la neige et la glace et commencer l' acclimatation à l' altitude.

Nous sommes partis à 10 h. 55, une troupe de yaks portant le matériel. Progressant le long de la crête qui sépare les glaciers de Yamblak et de Kartumak - route suivie par l' expédition de 1956 -nous avons atteint à 5000 m la limite des neiges. Les yaks devenant indociles et turbulents à mesure que leur respiration se faisait plus difficile dans l' air raréfié, nous les avons laissés aller à leur pas.

La neige fraîche tombée la veille rendait très glissante la dernière partie de la montée; il nous fallut près de cinq heures pour gravir les 1000 mètres d' altitude. Nous avons dressé les tentes sous des rafales de flocons, mais lorsque nous nous sommes installés pour la nuit, le temps s' était rasséréné et le ciel était tout brillant d' étoiles.

20 juin. Un groupe de six hommes est parti ce matin pour reconnaître la suite de l' itinéraire jusqu' à 6300 m. Ceux qui restaient ont lace leurs crampons, mis leurs lunettes de glacier et épaulé leur sac pour aller exercer en cordées de quatre la marche sur les pentes de neige. La suite du trajet se fait à travers une région de crevasses et de séracs, un chaos de blocs de glace... qui constitue la partie la plus difficile de l' ascension: nos novices doivent apprendre à se mesurer avec tous les dangers. Plus tard dans la journée, lorsque la surface commença à se ramollir sous le soleil, plusieurs groupes durent se coucher pour ne pas « dévisser ». De tous côtés on entendait crier: « Attention! Prenez garde aux crevasses! » Le groupe de reconnaissance revint à 15 h. 30. Lorsqu' il nous vit à l' œuvre, Shih Chang-Choun, chef de la section montagnarde de la Fédération athlétique de toute la Chine et directeur de l' expé, nous salua de la main et nous cria: « Allez-y! Vous ferez bientôt de bons soldats de l' Armée céleste. » 26 juin. Après cinq jours passés au camp de base pour récupérer, nous sommes remontés hier soir au camp I pour commencer notre deuxième période d' entraînement... La première grosse difficulté était la traversée d' une pente de glace large de 50 mètres, inclinée à 40° vers le glacier de Yamblak. Presque tous arrivèrent sains et saufs de l' autre côté; mais un cri monta derrière nous lorsqu' un des novices perdit pied. Ses trois compagnons de cordée plantèrent immédiatement leur piolet et se couchant sur la glace, réussirent à stopper la glissade. Comme l' un des nôtres le fit remarquer un peu plus tard pendant la halte-repos sur une plaque de neige. « Notre entraînement rend bien. » On abordait maintenant la zone des crevasses. A distance, il semblait que le glacier avait été bouleversé par un tremblement de terre: énormes congères, crevasses béantes, formidables empilements de blocs de glace.

Chaque chef de cordée avançait avec précaution, cherchant son chemin, taillant des marches et plantant son piolet devant lui pour déceler les crevasses cachées. Suivait une pente rapide de 60° en neige molle où nous enfoncions jusqu' aux genoux. L' air devenait plus rare; nous devions nous arrêter toutes les demi-heures pour reprendre haleine. Le soir, plusieurs souffrirent du mal de montagne, et la plupart d' entre nous ne purent vaincre l' insomnie, qui en est un des symptômes, que grâce aux somnifères.

Assaut vers le sommet. De retour une fois de plus au camp de base, les chefs tinrent conférence pour discuter l' état d' acclimatation et de capacité physique de la troupe. Le chef de l' équipe d' assaut, Hsou Ching, exposa la situation. Il avait été prévu à l' origine une 3e période d' entraîne avant de lancer l' assaut final. Mais des fatigues supplémentaires, à cette altitude, risquaient d' épuiser les participants et d' annihiler le bénéfice de l' entraînement acquis. Lors de leur première ascension les jeunes gens, quelque vigoureux qu' ils soient, souffrent généralement davantage que les montagnards chevronnés et expérimentés; tous doivent lutter constamment contre l' essouffle, les maux de tête et de gorge, les nausées, le manque d' appétit et les insomnies auxquels sont sujets les grimpeurs à cette altitude. Shih Chang-Choun proposa de supprimer la 3e période d' en et de passer directement à l' attaque du sommet. Il jugeait la chose possible étant donné que lors de l' ascension du Minya Konga le groupe qui avait livré l' assaut avait fait de même. Il fut décidé de présenter l' affaire le lendemain devant une assemblée générale des membres de l' expé.

28 juin. A 10 h. du matin, Shih Chang-Choun fit un exposé de sa proposition devant tous les participants. Parmi les raisons qui motivaient l' attaque immédiate, il releva le moral excellent de toute l' équipe, sa bonne forme physique, la présence de nombreux vétérans qui connaissaient déjà la montagne et, plus important encore, la confiance et le sens de la responsabilité qui animaient tous les membres de l' expédition.

La discussion dura jusque dans l' après, et l' assaut immédiat fut décidé à l' unanimité.

2 juillet. 47 d' entre nous sont partis ce matin par un temps magnifique pour effectuer la première étape vers le sommet Nous n' avons mis que 3 heures pour gagner le camp I.

3 juillet. Une tempête hurlante, suivie d' une forte chute de neige, obligea chaque cordée, même à 50 m de la précédente, à ouvrir et « taper » à nouveau sa trace dans la neige profonde qui montait jusqu' aux genoux. Malgré ce contretemps, le camp II fut atteint en un peu plus de 3 heures. Le blizzard fut sévère; pendant la nuit, la neige atteignit presque la pointe des tentes.

4 juillet. Confinés toute la journée accroupis sous nos tentes basses, attendant impatiemment la fin de la tempête, importunant les météorologues chaque fois qu' ils sortaient pour observer leurs instruments. Au souper, à notre grand soulagement, ils promirent le beau temps pour le lendemain.

5 juillet. Les météorologues avaient raison. Lorsque nous quittons le camp à 9 h. 30, le soleil commence à percer les nuages; mais la marche est dangereuse et il souffle un vent violent. S' élevant péniblement sur la longue pente qui conduit au camp III, les deux premiers groupes rencontrèrent une crevasse. Elle était assez étroite pour être franchie d' un bond, mais lorsque la 3e cordée, à 300 mètres derrière les précédentes, arriva à cet endroit, la fente s' était élargie et mesurait plus d' un mètre. Les deux premiers passèrent sans encombre, mais le Dr Wou Young-Sheng trébucha et se trouva la tête sur un des bords de la crevasse, les pieds sur l' autre. Le dernier le ramena immédiatement sur terrain ferme...

L' air était si rare à cette altitude ( 6800 m ), qu' un groupe employa deux boîtes d' allumettes avant de réussir à allumer une bougie. Durant la nuit, la température tomba à 20° C sous zéro; à chaque respiration, l' air expiré se cristallisait en poussière de givre.

6juillet. Plusieurs participants commencent à être éprouvés par l' altitude. Quatre sont si malades qu' ils doivent redescendre sous la surveillance du chef de cordée Peng Chou. Les autres continuent jusqu' à 7000 m, ou deux encore s' effondrent. Hou Teh-Ming, étudiant en météorologie à l' uni de Pékin, est désigné pour les ramener au camp de base. Il est amèrement déçu de manquer le sommet, mais en montagne le travail d' équipe désintéressé est le seul moyen d' atteindre le but. Nous restons donc 39 pour monter au camp IV ( 7200 m ).

7 juillet. Le jour se lève pour l' assaut définitif. Le photographe Shen Chieh est atteint de cécité des neiges; tristement, il tend sa caméra au chef Shih Chang-Choun, qui lui promet d' achever le travail.

Tsui Chang-Yi, un cheminot, est éprouvé par l' altitude. Les deux hommes restent au camp sous la garde de Dogif, un des Tibétains.

La dernière étape exigea sept heures. A peu de distance du sommet, Yuang Yang, assistante de notre chef de groupe, réagit si violemment à l' altitude qu' elle reçut l' ordre de redescendre. Elle avait lutté jusqu' à la limite de ses forces, et ce fut dur pour elle de renoncer, ainsi que pour Wang Feng-Toung, qui l' accompagna.

Haletants, hors d' haleine, les autres montent lentement, péniblement. Il fallut plus d' une heure pour surmonter un grand mur de glace que l' avant crut être le point culminant. Finalement, à 16 h. 20, dans un soleil radieux, 8 femmes et 25 hommes sont réunis au sommet et applaudissent Choung Cheng, une des jeunes filles, qui fait flotter notre drapeau rouge à cinq étoiles. Le chef de groupe Hsou Tching enferme le procès-verbal de l' ascension, signé des 33 participants, dans une boîte de métal que son assistant Yen Liang-Toung loge soigneusement sous un rocher. Shih Chang-Choun lève sa caméra et prend une photo glorieuse de cette scène mémorable.

( Traduit et adapté par L. S. de la revue mensuelle China reconstructs, septembre 1959 ).

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