Noms de lieux alpins.

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Par Jules Cuex.

XI. Entre Combin et Dolent.

Avec 1 illustration.

Deuxième partie. Combe de Là et Valsorey.

La Combe de Là, heureusement ignorée des touristes à moteur, est méconnue par les alpinistes, qui trouveraient au Revédin, au Clocher de Vouasse et au Petit Aglan de quoi satisfaire leurs appétits acrobatiques. Seuls les chasseurs, les bûcherons, les ramasseurs de litière et les bergers ont donné des noms à ces retraites solitaires.

Combe de Là ou Laa sur la carte et, dans les documents écrits de la région, Là ou Laa de Sicettaz. ( Plus loin nous reparlerons de Sicetlaz, dans l' orthographe Tsissetta de la carte. ) En Valais et dans la vallée d' Aoste, alpa « alpe, pâturage de montagne » a pris souvent les formes ar et d. Exemple: l' A vieille, sur Val-tourn anche et sur Prarayer, l' A neuva du Val Ferret, etc. L' orthographe Combe de l' A devrait être adoptée sur nos futures cartes.

Viehères, en 1259 Vescheria, au XVIe siècle Vechieres. Selon Jaccard, pourrait être vescière « lieu où l'on cultive des vesces », légumineuse fourragère.

Le Chapelet « petit chapeau ». Chapeau, si fréquent en toponymie, a souvent le sens d'«épaulement, éminence ». D' autre part, chapplô ou tsapplô est un morceau de forêt où l'on a fait une coupe rase. Or, le Chapelet est une clairière. Mais un nom de famille, Chapelay, pourrait aussi donner l' explication de ce nom.

Cornet « petite corne, petite pointe », équivalent des nombreux Hörnli.

Bavon semble être un nom d' homme germanique: Bavo. Un rapprochement avec Bavona ( Tessin ), du gaulois bagona « forêt de hêtre », serait peu justifié, vu l' altitude de l' alpe de Bavon, 2000 m. environ.

Forêt de Savarin. Le nom de famille Savarin n' est pas attesté en Valais, ce qui autoriserait un rapprochement avec Savalena ( en 1402 Chavorina ), dérivé possible, mais douteux, de « Sable », selon Jaccard.

Combe des Bottes, en réalité Comba derotta, du latin derupta « éboulée, rompue ».

Forêt d' Essayés, en réalité des Seyes « des scies », c'est-à-dire de 1'«arête dentelée ».

Le Lardzyer « où croissent des lardzes ou « métères ».

Combe des Six niers =... des rochers noirs.

Le Grand' cheneau = couloir d' un ruisseau.

Plan Devant = plateau gazonné qui est « en avant ».

Torrent des Vanis = torrent des rochers.

La Verdeusa = où il y a de la verdure.

Le Payeux. En Savoie, paillu, payu veut dire « pailleux, où l'on trouve de la litière ». Comparez l' ancien français pailluel « paillasse, litière ».

Tsapette = bonnet, petit chapeau. Cependant, en Savoie, un chapi, chape est un « hangar, abri, cabane », d' où le dérivé Chapieu.

Les Invets = les revers ( lieux orientés au nord-ouest ).

NOMS DE LIEUX ALPINS.

LaTsissetta. ( La graphie Sicettaz de quelques documents rend mal la prononciation locale: tchiessèta. ) A rapprocher de Zessetta, pâturage de Bagnes ( que Jaccard prétendait à tort expliquer par petite alpe prête à tchèsi « à tomber » des sommets I ), et des nombreuses Tsichetta des environs de Courmayeur. Ce sont des diminutifs féminins du masculin chiesso, tchiesso, probablement de la famille du latin sedere « s' asseoir, demeurer, s' arrêter » ( et non de capsum comme je l' ai dit par erreur dans une étude précédente ). Le chiesso est le « siège, la demeure, le chalet principal ( où se trouve le « grenier » ), celui où commence l' alpa ». Dans le Val d' Anniviers, p. ex ., on connaît le Chiesso de Tracuit ( 2060 m .), le Chiesso d' Arpiletta ( 2091 m .), le Vi « vieux » Chiesso, à quelques minutes en amont du Petit Mountet, le Chiesso de la Lex ( 2188 m .), etc.

La Sassa est une forme féminine de sex « rocher », qu' on retrouve dans la Sasseneire « roche noire » et qui prend parfois le sens d'«impasse dans les rochers où s' engagent les chèvres et les moutons ».

Plan des Danses. Je ne saurais dire s' il s' agit de danses de bergers ou de sorciers réunis pour le sabbat, pour la « synagogue », la sennagouda en patois.

Le Revedin ( 2761 m .) et Combe Revedin. Il semble que le d soit la mutation en tremontane d' une l, soit revedin pour revelin, d' un ancien ravelin « petit ravin ».

Mont de la Fouly, 2874 m. ( sur les anciennes éditions de l' A. S.: Tête de Vari ), et Tête de Vare ou Varé, 2776 m ., sommet insignifiant situé à 800 m. au nord-est du Mont de la Fouly. Il y a là quelque désordre dans la nomenclature graphique et dans la localisation des noms.

Pour y voir clair, cherchons des lumières dans le patois voisin de la Vallée d' Aoste. A Ollomont, il y a l' Alpe de Varire ( sur les cartes Veries et Verriesà Oyan, une combe de Varire ou Varie; à Cogne, dans le vallon de Granson, la Tête de Varire. Pour désigner l' animal dit aujourd'hui marmotta « marmotte », les Valdôtains employaient autrefois le joli mot varire, mais ils le prononçaient en supprimant un r: varie. De varie, on tirait le diminutif varion ou varuyon ( d' où, à Oya:e, la Combe du Varuyon ), qu' on prononçait même valori ( d' où à Bionaz le Plan du Valon, sur la carte Viano !). Je présume que varie a passé la frontière et que nous le retrouvons dans Tête de Vari, et peut-être dans l' Avary ( Val Ferret ).

Je propose donc:

1° qu' on écrive Tate des Varies « Tête des Marmottes »; 2° que ce nom retourne au point 2874 m.; 3° que disparaisse Mont de la Fouly, inconnu des pâtres de la région; 4° que l' insignifiant point 2776 m. ( aujourd'hui Tête de Vare ou Varé reste anonyme1 ).

Mont Ferret, 2980 m ., appelé la Tsavraz sur les cartes anciennes, de 1868 à 1890 environ.

Du premier nom, je ne dirai rien ici, me réservant d' y revenir en étudiant ailleurs le nom de Ferret. Quant à la Tsavraz, le guide Kurz dit ( p. 100 ) que « ce nom doit être attribué, non pas au sommet lui-même, mais à des pentes de gazons sur les flancs sud de la montagne ». A mon sentiment, ce nom est avant tout une altération d' ordre graphique. C' est un exemple entre mille de ces cacographies qui compliquent singulièrement l' histoire des toponymes. Ce mot n' existe pas dans le patois régional, sauf erreur. Je suis convaincu que le carto- graphe fédéral a mal compris et mal noté le nom que lui donna un informateur au langage indistinct, car à Orsières et à Praz de Fort on articule moins bien qu' à la Comédie-Française. Quelque pâtre aura dit en montrant ce sommet: « C' est Zα Tsarva », et le fonctionnaire a écrit: la Tsavraz. Or, la Tsarva « la chauve » convient exactement à cette montagne nue et dénudée.

Les Ecoulis = lieux reculés, situés dans un fond, dérivé de « cul », comme Zes Ecoulaies de Barmaz, sur Hérémence.

L' Aglan ( sur la carte La Gland ) et le Petit Agian. Voir notice sur ce nom dans Les Alpes 1935, p. 435.

La Vouasse. En patois valaisan vouassâ, vouaffâ signifie « passer un gué, marcher dans l' eau, patauger ». De là les noms de lieux: Vouasson, Vuasset et la Vouasse de VA, qui désignent des « terrains humides ». Pour atteindre le chalet de la Vouasse, il faut passer à gué un petit torrent.

Le Basset, synonyme de « col ».

Luis Neires = luis noires.

Nevi de la Rousse = Névé de la ( terre ) rousse — couleur de la cargneule dont sont formés le terrain et les éboulis de ce col.

Six niers « rochers noirs », appelés aussi les Pisses neires qu' il est superflu d' expliquer.

* Le Valsorey.

Sauvage, mais illuminé par l' éclat des neiges du Velan, le Valsorey attire aujourd'hui les alpinistes. J' aurais voulu le connaître au temps où l'on n' y rencontrait que des bergers, des chasseurs et des contrebandiers. On sait qu' à maintes reprises ces sympathiques fraudeurs de fisc y ont fait parler d' eux. Le 31 décembre 1904, une bande de ces Valdôtains fut surprise par la tourmente et par 26° de froid sur le Glacier de Valsorey, et, le 4 janvier, on ramena six cadavres à Bourg-St-Pierre.

Valsorey, masculin dans l' usage actuel, mais féminin autrefois. Sur la carte de Borgonio ( 1680 ou 1683 ), La Vassio; en 1778 ( de Saussure ) La Valsorey; vers 1784 ( Murith ) La Valsorey; en 1801 ( Bridel ) La Vassorée, où l'on devine une assez juste notation de la prononciation patoise de l' époque: la Va(l ) sorâyè.

Val, c' est « vallée », du genre féminin comme les toponymes analogues: La Valsainte, La Valbonne, La Valtournanche, La Valgrisanche, Valorsière, Valorsine, etc.

Dans -sorey, je vois un adjectif féminin aujourd'hui désuet dans nos patois. Remarquons que, de Bourg-St-Pierre, pour gagner le palier de cette vallée, il faut escalader une rampe escarpée et s' élever de 200 m. environ. La Valsorey serait-elle vallem superiorem? Non, car superiorem aurait donné sovrou, souverou ou sevreu, que nous trouvons dans Lac Souverou, ancien nom d' un des quatre lacs du Val de l' Eau Blanche, sur Ollomont1 ); dans Mont-severoux ( Isère ) et peut-être dans Alpe de Severeu ( Bagnes ).

Cependant il convient de chercher encore dans la famille de super « sur » ou de supra « en haut ». Ces deux mots latins sont devenus dans nos patois sobre, sovre, aujourd'hui sor et sore, qu' on trouve dans des toponymes très clairs: Sorebois, Sormoulin, Soreplan, Soreponl, etc. Ces sor ( de super ) et sore ( de supra ) ont pu servir à former des adjectifs, comme l' a fait leur équivalent NOMS DE LIEUX ALPINS.

provençal sobre, père des adjectifs sobrier « supérieur » ( à rapprocher d' un lieu-dit veveysan: Subriez « [terrains] d' en haut » ), de sobret, soubret, latin superatimi « qui est par-dessus, superflu ».

Je suppose que le latin superatam « qui est en haut » peut être devenu dans l' Entremont un adjectif sobrâyè, plus tard sovrdyè, sorâyè et pour finir... sorée de Bridel, rappelé plus haut, d' où: la Val sorey « la vallée d' en haut»1 ). Il est amusant de constater que Valsorey est un cousin germain de soubrette! En effet, ioubrette est un emprunt au provençal sobreto, soubreto, dont les significations ont été au cours des siècles « qui est au-dessus, qui est superflu, qui croit être de trop, qui fait la difficile, qui fait des manières, insupportable, comme le sont toutes les femmes de chambre, s' il faut en croire nos impeccables épouses.

Examinons maintenant les noms de la rive droite de la vallée.

Plan au Pey « Pla:eau de la terrasse » qui domine de 200 m. environ le village de Bourg-St-Pie°re. Pey — podium « estrade, terrasse, sommet ».

Cordonila. ( Un alpage sur Miège porte le même nom. ) Peut-être dérivé de corde, qui signifie à l' origine « boyau, chose étroite ». Cordonna est une bande étroite serrée entre le mont et la Drance du Valsorey.

Grande Penna et Pointe de Penna. Penna est répandu dans une aire géographique très considérable, avec le sens de « Montagne, crête rocheuse ». L' éty en est discutée. On peut y voir une base prélatine penn « bout, tête » qui apparaît dans les gallois et breton modernes penn « tête »; dans Pennelucos « tête, bout du lac », ancien nom de Villeneuve sur le Léman; dans pingouin, du breton pennguenn « tête blanche », etc. Mais on admet aussi la possibilité de rencontres homonymiques avec les mots latins penna « aile » et pinna « créneau, haut d' un mur ».

Crotta de Penna « grotte, trou » pourrait être un croisement de crypta ou crupta « grotte » et du gaulois klotton « caverne, cavité, souterrain ». Les Crottaz, Croton, Crotet, Cropt sont nombreux en Suisse romande.

Les Chenards, cacographie de la carte pour les Chend, patois tsenâ, identique à Zinal, Chenalette, et c. « couloir, lit de ruisseau », latin canalem.

Proz Limbi « prés, gazons qui sont en bordure », c'est-à-dire « au-dessus d' une paroi rocheuse«, du latin' imbus « bordure ». Même nom sous le Prabé: Proz Limbo.

Batzeresse, orthographe fautive que répètent nos cartes depuis 70 ans! Il faut lire Botzeresse « alpage pour les boucs », où ne paissent pas les vaches, mais les chèvres et les chamois.

Meitin ( glacier et col du... ) signifie en patois « milieu ». Comparez le vieux-français « moitene ».

Combin, probablement dérivé de combe. Je renvoie à l' étude assez confuse de Coolidge dans Bulletin de la Société de la Flore Valdôtaine, n° 9 ( 1913 ).

Sonadon. Le pal ois régional transforme très souvent les II mouillées en d: Sonadon équivaudrait à Sonaillon, nom de lieu assez fréquent et appliqué à des alpages où le carillon sans fin des « sonnailles » tinte son angélus du matin jusqu' au soir. Le nom est « monté » sur un glacier et sur un haut col alpin qu' il est tombé en désuétude dans la zone inférieure. C' était peut-être un lieu-dit de la « montagne » des Chalets d' Amont, vers les Grands Plans.

Chalet d' Amont. Amoun ( latin ad montem ) signifie « en haut » et s' emploie quand on remonte une vallée; si l'on s' élève sur un des versants de la vallée, on dit: in â « en haut » ( latin in altum ). Chalet. Mot sans doute très ancien dans la langue des habitants des Alpes, mais qui n' apparaît dans des textes qu' en 1723 et qui ne s' est établi en français qu' en 1761, après la publication de la Nouvelle Héloïse de J. J. Rousseau. Il est d' origine incertaine et a donné lieu à de vives controverses entre linguistes. Les uns y voient le latin castellitum « petit château »; les autres, le latin populaire casalittum « petite ferme, petit terrain »; ou encore un diminutif de casula « petite cabane », qui a été relevé dans le Tessin. Mais aujourd'hui, une autre etymologie semble devoir l' em: on le considère comme un dérivé de cala, mot prélatin qui signifierait « habitation », dit l' un; « abri », dit l' autre; « abri de pierre », dit un troisième; « pierre ou rocher qui sert d' abri », dit un quatrième, convaincu que cala est identique à cara « pierre », autre forme de ce type, non seulement prélatin, mais préceltique, pré-indoeuropéen même, « méditerranéen », pour être à la dernière mode linguistique. Mon incompétence ne me permet pas de trancher un problème aussi difficile. Je me borne à constater que, dans nos Alpes, on prononce tsalé, avec un a bref dans certains endroits, et long ailleurs, ce qui justifierait l' orthographe plutôt archaïque chalet. Enfin tsalé désigne parfois le « pâturage environnant le chalet » et même un pâturage où il n' y a pas de chalets », par exemple: le Tsalé de Maresse et le Tsalé de Siraude, au-dessus des Haudères.

Du Col de Sonadon, à la Dent du Vélan s' étend la chaîne hérissée des Aiguilles de Valsorey, mais il est peu de chaînons alpins, mises à part les Aiguilles de Chamonix, où les baptêmes de sommets aient foisonné avec un succès pareil. Les alpinistes suisses et italiens s' en sont donné à cœur joie. Sur cette chaîne, longue de 3500 m. environ, nous avons: Col de Sonadon, Mont Sonadon, Col d' Amiante, Aiguille d' Amiante, Col Vert, le Sphinx, Aiguille Verte de Valsorey, Col des Luisettes, Pointe des Luisettes, Fenêtre du Mont Percé, le Mont Percé, Col du Grand Carré, le Grand Carré, Dents de Valsorey, le Râteau, les Molaires I, II, III, IV et V de Valsorey, Brèche des Molaires, les Trois Frères, le Petit Frère, Col de Valsorey, Mont Cordine, Col des Chamois, Mont Capucin, Col du Capucin, Tête d' Ariondet, Dent du VélanTrente noms, soit en moyenne un nom tous les 115 mètres! C' est beaucoup, mais je conviens que l' intérêt de cette dentelure est très grand pour les gens à pitons, bien que le rocher y soit fort délité et ces « molaires » terriblement cariées.

Mont Velan ( ne pas prononcer Vélan ) est, semble-t-il, le patois velan « vilain, lourd, grossier, méchant ». Dans la région, on appelait autrefois cette montagne: UArilo de la ne « l' Arête de la neige ».

En redescendant par la rive gauche de la vallée, nous examinerons les noms suivants:

Gouille du Valsorey. En 1683, sur la carte de Borgonio, Gollie de la Vassio, et, en 1892, dans l' Echo des Alpes, p. 218, Gouille à Vassu, qui sont sans doute de maladroites déformations du plus ancien Val(l ) sorâyè, que Bridel rendait assez bien dans: Vassorée. Le Mont de la Gouille domine cet insignifiant petit lac, auquel Borgonio donnait une surface d' au moins 1 kilomètre carré 1 Le Tscudet, 2713 m ., semble être identique au français chaudet et au provençal caudet « un peu chaud », mais on s' étonne que le glacier voisin ait reçu Die Alpen — 1941 — Les Alpes.36 NOMS DE LIEUX ALPINS.

lui aussi cette appellation qui ne lui convient guère. Je suppose que Tseudet est en réalité le nom du torrent des alpages inférieurs, qui aurait le même sens que les bien connus: Chaudanne, Tseudanne, etc., « sources profondes dont les eaux ne gèlent pas en hiver ».

Chaux de Jean Max ( prononcez ma ), nom d' une vieille famille de Bourg-St-Pierre, comme le prouve la lettre ci-après, qui est aux archives de ce village.

Aoste, le 4 prairial an 8 ( 24 mai 1800 ). Le 1er Consul au citoyen Max, Président de la Municipalité de St-Pierre.

J' ai reçu, citoyen, votre lettre du 20 mai. Je suis très satisfait du zèle qu' ont montré tous les habitants de St-Pierre et des services qu' ils nous ont rendus. Faites faire une estimation des dommages qu' aurait causé ( sic ) le passage de l' armée et je vous indemniserai de tout.

Ceci n' est que justice, et je désire de plus faire quelque chose d' avantageux à votre commune.Bonaparte.

Les dommages à réparer n' avaient rien d' hypothétique: prairies, champs, jardins abîmés; murailles abattues; 88 marmites et chaudières perdues ou volées; 2037 arbres coapés dans les futaies qui protègent le village contre les avalanches. La commune présenta une très modeste note de 39,151 fr.

Le Champ désert c ésigne des pacages abandonnés. Je ne connais pas dans notre toponymie alpine d' autre exemple de cet adjectif « désert », mais on en trouve en Savoie, qui ne sont pas des formes modernes imaginées par les cartographes.

La Troutse ( l' arti :1e manque sur la carte ), prononciation régionale de truche, si fréquent dans nos Alpes. II convient de compléter ce que j' écrivais ici même il y a quelques années. Pour expliquer les formes truc, truca, truche, treutse, troutse, etc., je faisais appel sans nécessité à l' ancien trucar « frapper »; en effet, le latin trudicare « cogner, pousser » a survécu directement dans nos patois: Bridel enregistre troutchi « toucher »; à Hérémence, on note trutchyé « heurter ». Truche, Troutse en sont des dérivés, signifiant à l' origine « coup qu' on se donne », plus tard « obstacle contre lequel on se heurte — grande pierre à demi enfouie ians le sol », enfin « bec rocheux, sommité rocheuse ».

( A suivre. )

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