Noms de lieux alpins (Esquisse toponymique du Val d'Anniviers)

Hinweis: Dieser Artikel ist nur in einer Sprache verfügbar. In der Vergangenheit wurden die Jahresbücher nicht übersetzt.

Par Jules Guex

Esquisse toponymique du Val d' Anniviers Avec 3 illustrations ( 12—14 ) Secteur de Vissoie et St-Luc Vissoie, au lie s. Vissoy, en 1327 Vissohi. Etymologie obscure. Peut-être nom d' homme. ':

Saint-Luc, au 13e s. Luc tout court. Vers 1850, pour éviter une confusion avec Luc, hameau d' Ayent, on ajouta Saint au nom anniviard. Cette forme « sanctifiée » est devenue officielle, mais les indigènes continuent à dire Loue, du latin lucus, qui signifie « bois de plus petite dimension que la silva « forêt ». Il n' y a donc aucun rapport entre le nom de ce village et celui de l' Evangéliste, qui n' est pas, du reste, le patron de l' église paroissiale.

On connaît d' autres exemples de ces « sanctifications » toponymiques. Ainsi, près de Marseille, St-Zacharie substitué, il y a plusieurs siècles, à Séga- larie, St-Tronc évinçant Centron, bien qu' il n' existe aucun saint connu sous le nom de Tronc.

Lucus, dont il n' y a que deux représentants en Suisse romande ( peut-être trois, si le Loc de Randogne, écrit Luch au 13e s., en est un ), est l' origine de nombreux noms de lieux en France ( Aude, Aveyron, Calvados, Drôme, Var ) écrits Luc et Lucq. Il apparaît aussi dans de nombreux noms composés: Grandlup ( Aisne ), au 12e s. Granila; Grolu ( Savoie ), « bois épais »; Nélu ( Eure-et-Loir ) « bois noir »; Velu et Veslud ( Pas-de-Calais et Aisne ), de vetatus lucus « bois à ban, garenne »; etc.

Rotzec « petit rocher ».

Zintre ( prononcez Tsintre ), identique à la forme plus fréquente Chainlre « bordure d' un champ, terrain en bordure des propriétés » où l' herbe est trop courte pour être fauchée.

Bou bécho « grange-écurie jumelle », c.à-d. « double ». Ailleurs, j' ai commis une erreur en le traduisant par « bois jumeau », qui aurait eu la forme « boue bécho ».

Sombevilla, latin summa villa, « le haut du village ».

La Tenda, graphie fautive pour l' Attenda « l' attente », c.à-d. « poste d' affût du chasseur ».

Rouâ, alpage où passe « le sentier rapide et mal entretenu » du Meidenpass. Comparez le Pro de la rouâ « le pré du sentier, de la rue », à Trient.

L' A nui ni ). Ar = latin alpem « alpage » x + mina = lat. mediana « du milieu ». Comparez plus haut Pra min. Le mot arminna « gelinotte » serait une interprétation erronée.

Comba vert « combe verte ».

Cuimey ( prononcez couimè ) est une heureuse correction de Quimet ( A. Siegf. ). L. Meyer croit y reconnaître le latin cucmellum « coquemar, vase en métal où l'on chauffe de l' eau ». J' ai des doutes.

Pigne de Combavert « peigne » soit « arête dentelée de C ».

Arpijella « petite alpe », d' une forme gallo-romaine alpetia + ella 2.

Tounot, pron. touno, au 13e s. Tono. Forme abrégée et familière du nom Antoine, qui désigne souvent en Valais un steinmann, un cairn 3.

Visivi, identique à Veisivi, Vaisevey, Vasevay, etc., « pâturage pour jeune bétail, pour génisses qui ne portent pas », dérivé du latin vacivus « vide»4.

Les Fâches « les langes », métaphore pouf désigner des « terrasses gazonnées en ceinture»5.

Les Girettes, orthographe phonétiquement juste, mais trompeuse: en réalité les Irettes « les petites aires », s prononcée g.

Courti de doze apôtre « Jardin des douze apôtres » ( voir Gloss, des patois S. rom. I, p. 513 ).

I Fars, autrefois eys Parcs « aux parcs ». P précédé de s est devenu F.

1 Comparez ailleurs: L' ar du tsan « l' alpe du champ », L' ai nouva « l' alpe nouvelle », etc. * Voir J. Guex, La montagne et ses noms, p. 152. » Ibid. p. 168, 9.

4 Ibid. p. 33, 44, 131.

5 Ibid. p. 129.

NOMS DE LIEUX ALPINS I Savanes, autrefois eys Chavannes, « aux chalets, aux cabanes ». Ch précédé de s est devenu S.

I Séjas, autrefois eys Chesals « aux ruines d' un bâtiment », s + ch devenu S.

I Flives, autrefois eys Clives « aux terrains en pente ». Cl précédé de s est devenu en réalité ch allemand de ich, mais l' impossibilité de l' ortho exactement a entraîné l' emploi de FI dans l' usage local.

Tsatelet, au 13e s. Chastelet « petit château », métaphore pour « eminence ».

Condemine « terre indivise possédée par plusieurs seigneurs, terre seigneuriale franche de toute redevance ».

Gretta Zarva ( prou. tsarua ); au 13e s. cresta charva, « crête chauve », terrain très sec dominant St-Luc.

Lirettaz, corrigez: i' I retta « la petite aire ».

La Prige, identique aux Praises du Bas-Valais, du latin prehensa, donc « propriété prise ( par achat ) sur les terrains communaux ».

Prigetta, diminutif du précédent.

Prilet, au 15e s. Preilet « petit pré ».

Rouvinetta, diminutif de rouvina « ravin, éboulement, glissement de terrain », du latin ruina.

Bella Vouarda « belle garde », c.à-d. « lieu à la vue étendue d' où l'on peut surveiller les terrains voisins ».

Secteur d' Ayer Ayer, nom archaïque de l'«érable»1.

Bendetta, diminutif de benda « longue bande de terrain, plate-bande dans une forêt ». L' anc fr. orthographiait aussi bende.

Tsahelette. Intéressante tentative de la CNS de transcrire un nom de lieu dans sa prononciation locale: is = ch du primitif Chastelet, et Vh aspirée médiane — st. Identique à Tsatelet.

Frayés, au 13e s. eys Prayés ( s + P = F ), dérivé de « pré ».

Hombes et Hombettes, 13e s. Combas, donc Combes et Combettes.

Zo de la Loveresche « forêt où il y avait des loups ». Comparez Vacheresse, Boveresse, etc.

Pétolioz ( près du mayen de Bourimont ) « lieu où il y a des ,pétolles'( crottes ) de chèvres et de moutons ». Même nom à Zinal.

Pouza et Pozctta, lieux où vous ferez sûrement une « pause », où vous vous « reposerez » en montant aux alpages de Nava et de Bourimont. Prononcez pouja.

Praïc ( pron. préik ) et Pralic, dérivés diminutifs de « pré ».

I Sang, pluriel de Tsan « champs ».

I Sandaillard « aux champs de Daillard », nom de famille.

I Falouc, 15e s. eys Paluz « terrains marécageux », latin paludes. Comparez les Palud vaudois et Palü romanche.

I Bafès, 13e s. eys Raspes « aux râpes, terrains broussailleux et pierreux ».

Ou Péjeril « au champ de pois ».

I Féjeris, 13e s. eys Peseriz, pluriel du précédent.

1 Voir J. Guex, La montagne et ses noms, p. 158.

NOMS DE LIEUX ALPINS.

I Fâchons, 13e s. eys Parckons « aux petits parcs ».

I Sampils, pluriel de Tsampil « petits champs ».

I Houmouns, pluriel de Coumoun « terrains communaux ».

Nava et Navetta, étymologie obscure.

Foreletta, diminutif de Forcla « petit col ».

I Hlantsète, 13e s. eys Planchettes, « aux petites planches » de terrain.

Bella Lé « belle paroi rocheuse, terrain de plaques d' ardoises », du gaulois lica « dalle rocheuse ».

Arbaleya « lieu où croissent des trembles », du latin albarus « arbre à feuillage blanc ». Comparez AWaredo, Auberède, Auberoie, etc.

Arela, prononciation locale et anormale de arola « arole ».

Chapee, 13e s. Sappey « sapinière ».

Omen roso « homme rouge », c.à-d. « cairn rouge ».

Bourimont « grange-écurie de Raymond », de boutegon ( gaulois ) et Ragimundi.

La Cherna, de la famille de Cierne, Cergneux, Cergnat « clairière cernée, entourée de forêts ».

Tsiroue, au 13e s. Girodi, donc « propriété de Giroud ». L' orthographe de l' A. Siegf., Zirouc, était meilleure: g doux se prononce, en patois d' Anni viers, z et non ts.

Le Piehiou « le pissoir, la cascade ».

Copaté, nom de famille.

Mission, étymologie obscure. Peut-être nom d' homme, le gentilice latin Missius ou Messius, ou germanique MiccioOn ne retiendra pas une tradition locale, rapportée par le doyen Bridel, qui veut que ce nom vienne des « Missionnaires » qui convertirent les Anniviards au christianisme.

Achis, du lat. arsi « les brûlés, terrains défrichés par le feu ». Comparez les Ars ( Ferret ).

La Perrouja « la pierreuse ».

Alyé « alisier, sorbier ».

Toounet, identique à Tounot, expliqué plus haut.

Fétha d' o « fête d' août ». Ce nom se répète dans huit alpages du Val d' Anniviers et désigne soit les chalets, soit les pâtures de haute altitude occupés à l' époque des deux grandes « fêtes d' août », l' Assomption et la St-Théodule K Arberos « Les arbres ».

Aehély « sorbier, alisier ».

Bameusa. Etymologie obscure. Selon L. Meyer, de vernosa « où il y a des vernes », ce qui me paraît insoutenable.

Secteur de Zinal Zinal, prononc. locale Tsenâ; au 13e s. Chinai, identique au français chenal, au vaudois chenau, signifie « couloir, vallon étroit, conduite d' eau en bois, canal d' étable pour évacuer le fumier ».

Les Listes de Zinal, pron. lithe, « les bandes, les bordures de Z. ».

Bouillet, diminutif de bouil « auge, abreuvoir ».

1 Voir J. Guex, La montagne et ses noms, p. 171.

fe&fiiaaàtâtWJi^ai.., » r; .:-'r',Poyo ou Poyou, dérivé du latin podium, « replat gazonné, pâturage plat », terrain des combats de vaches.

Tracuit, pron. tracoui, au 13e s. Tracuit. Semble formé de trans « de l' autre côté de » et de coui, difficile à interpréter. Jaccard y voit un très hypothétique couai « barrière, haie ». L. Meyer imagine un primitif trans codus, qu' il faudrait traduire par « très cuit ». Je me borne à remarquer que, dans certains patois valaisans, coui, couè, couèl ( lat. quietum ) a le sens d'«abri ». D' autre part, coué désigne en Anniviers un « terrain exposé au vent » et « coup de vent » à Grimentz. Je ne me hasarde pas à conclure.

Tsarmette, lat. calmitla « petite chaux ».

Lyree, orthographe que je voudrais voir remplacée par Virée, « la petite aire », dans le sens de « plateau, terrain en pente douce ».

Motec « petite motte, monticule ».

Arolee « lieu où croissent des aroles ».

I Hlaché, au 15e s. eys Places « aux Places ».

Bourriea, identique au français « bourrique ».

Combautanna, du latin cumba augustana « combe d'août », c.à-d. « parties élevées de l' alpage où le bétail se trouve au milieu de l' estivage ». Cette orthographe, excellente étymologiquement, ne rend cependant pas exactement la prononciation locale combaulhâne ( avec th anglais ). L' allemand Augstkumme a la même signification.

Arpitetta « l' alpe petite ». Ar comme dans Ar mina, expliqué plus haut.

La Mach èia de Combauthâna « la dent, la molaire, la mâchoire de Combautanna », ancien nom romand du Weisshorn.

Moniing, du latin mons medianus, Mont Min « mont du milieu » + g parasite anniviard. Comparez Crête de Momin à Louvie, Pra Min et Ar mina expliqués plus haut. Le Morning n' est pas le Rothorn, mais l' arête nord du Besso, qui est « au milieu », c.à-d. « entre deux glaciers ». Voir la carte.

Momingpass, Momingspitze et Mominghorn sont d' inconvenantes hybridations germaniques, que rien ne justifie et qui ne doivent plus être employées.

Le Besso, pron. lo Bécho « Le Jumeau », à cause du sommet bifide.

La Forcle ( du Besso ) « le petit col ».

Le Grépon « le rocher » au pied nord du Besso.

Le Mountet « Le petit Mont ».

Singline, du lat. cingula + ina, « la petite sangle », métaphore pour « corniche herbeuse entre deux parois ». Les Schaingel grisons et les Tschingel alémaniques ont la même origine.

L' Andin = « l' andain » du faucheur. Nom à Singline d' une crête arrondie et gazonnée qui ressemble vaguement au rouleau de foin fauché.

La Lex ( Alpe de ), autrefois, par erreur, l' Allée K Pigno de la Lex « Peigne de la Lex ».

Le Vi Chiesso « Le vieux siège » principal de l' alpage.

Grand Cornier, désignation moderne, à rapprocher de la racine corne et des horn germaniques.

1 Voir J. Guex, La montagne et ses noms, p. 107, 156.

Blyan de Tsenâ « le Blanc de Zinal », ancien nom de l' actuelle Pointe deZinal.

Ozyé « sentiers formés par les passages du bétail ». Voir plus haut Plan Logier.

Les Lousselettes, diminutif de loussel « petit lac ».

Crui verda « croix verte » sur le chemin de Tracuit.

Sorebois « au-dessus des bois ». Cette orthographe mi-patoise ( sore ) et mi-française ( bois ), est anormale, bien qu' elle enregistre un usage assez ancien. La pron. loc. est choreboué.

Tsalet de l' At « chalet de l' Alpe » probablement; at serait une forme archaïque de alpa, devenu, comme on sait, a, ar, arp, au, aup, etc.

L' ancian par « l' ancien parc ».

La Batèrik « la batterie », soit « baratte à battre le beurre actionnée par l' eau ».

L' Arpyézo. J' ai longuement commenté ce nom dans une autre étude x.

Mont Durand et Glacier Durand. Voir aussi ailleurs une longue notice consacrée à ce nom énigmatique, dont l' interprétation n' est pas encore assurée 2.

Le Tonet, à Lyrec, identique à Tounot.

Le Perrec, même lieu, « le pierrier ».

La Grand' Tola ( sous la Garde de Bordon ), « le grand plateau »; cf. Bella Tola.

La Coutil a de Meya ou Maya « la côte du monticule conique ».

Le Tsijiore de la Vatse « la fromagerie de la Vache ».

Crête de Milon, dans A. Siegf. Millon. Cette graphie nouvelle permet-elle de voir en Milon une forme abrégée et familière du prénom Emile? C' est douteux.

Obergabelhorn. L' admirable face nord de ce sommet est invisible de la vallée: cela explique peut-être son anonymat romand.

Secteur de St-Jean-Pinsec Sigeroula, au 13e s. Cheserola, devrait être orthographié Tsijeroula. Diminutif de tsijière, autrefois chesière, du latin caseoria + olà, « petite fromagerie ».

Evouettes, diminutif de évouè, « petites eaux, ruisseaux ».

Tracui, voir plus haut.

A Vieille « alpe vieille ».

Pinsee, au 13e s. Pessey, Pensey, « lieu où croissent des sapins », du latin picea + etum.

I Flanesse « les petits plans ».

Partsè, au 13e s. Parchex, « petit parc à bétail ».

Fras « prés ».

La Bruita « la brante ».

Ortsiva, au 13e s. Orgival, pron. locale Ourzivâ. Peut-être du latin horrei vallem, « le vallon des granges ». L' orthographe de la CNS est fâcheuse: ts ne peut représenter le g primitif et l' a final risque d' être considéré comme atone.

La Tsoudjire « la chaudière ».

1 J. Guex, La montagne et ses noms, p. 223. 1 Ibidem, p. 47.

NOMS DE LIEUX ALPINS I Thardik « aux ( terrains ) tardifs ».

I Hrenne, pluriel de trenne, « lieux où l'on traîne le bois ».

I Sampelet, pluriel de tsampelet, double diminutif de tsamp « champ ».

Fios « les fiefs ».

La Bouire de fay è « le trou, la caverne des fées ».

I Thlojè, pluriel de clogel « petits clos », écrit dans les registres: Fleugey.

I Chlyou Bovi « aux clos de Bovier ».

Awouin, peut-être nom d' homme burgonde.

Poutez, identique à Peutey, Peuty, etc., « terrain marécageux, bourbier»1.

Ché de l' anyé « rocher de l' agneau ».

Les Giettes « les gîtes ».

Odyé, identique à ogier, ozyé. Voir plus haut.

Les Bouaces, peut-être dérivé péjoratif de bou « mauvais étables ».

Les Lijannes. Etymologie obscure pour moi.

L' Irette « la petite aire ». Orthographe excellente à adopter pour Liretlaz, Lyrec, etc.

Mayoux. Etymologie obscure. Peut-être nom d' homme? Ce n' est pas un nom de famille attesté dans la région.

Chiesset blanc « le petit chalet blanc ».

Chéquette. Etymologie obscure.

Secteur de Grimentz-Moiry Grimcntz, au 13e s. Grimenschi « ( ferme ) de Grimo », nom d' homme germanique, burgonde, antérieur à la germanisation du Haut-Valais.

Bcndola, diminutif de bende; voir plus haut.

Lona. Je renvoie le lecteur à ce que j' en ai dit ailleurs 2, mais la note qui accompagnait la notice est erronée: le chalet supérieur de Lona n' est pas le plus élevé des Alpes suisses; ce record doit appartenir à une remouintse de l' Almageller Alp, située à 2835 m ., donc 30 m. plus haut que le chalet de Luja ( Piémont ), 2805 m.

Les Autannes « pâturages d' août »; voir plus haut Combautanne.

La Bayenna. L' orthographe Baillyina serait meilleure, « pâturage où le bétail prend une petite baille, c.à-d. un petit repas, un picotin ».

Sex de Marinda. Le soleil passe au-dessus de ce sommet à l' heure de marinda, c.à-d. du « goûter ».

Dejo li Fra « sous les prés ».

I Thlaché, 13e s. eys Places « aux places ».

I Hombé, pluriel de combe.

I Chlives, pluriel de Cliva « pente ». Comparez plus haut Flives.

Fêta d' août, voir plus haut Fêlha d' O.

Château-Pré. Depuis la fusion des deux alpages de Tsatelet et de Pro, l' usage s' est établi d' employer la forme française.

Moiry, au 13e s. Muer y, pron. locale actuelle Mouèr. Etymologie incertaine. Peut-être identique à Moiry, près de Cossonay, aux 13e et 14e s. Moyrie, 1 Voir J. Guex, La montagne et ses noms, p. 14, 27, 154.

2 Ibidem, p. 168.

NOMS DE LIEUX ALPINS Muerye, du lat. Mauriacum, « domaine de Maurius », gentilice romain. L' interprétation de L. Meyer, muère « saumure, eau salée », paraît peu vraisemblable.

Gros Liapec « gros pierrier ».

Le Lauché, identique à Louché, Lucel, Loussel, etc., « petit lac ».

Motta blantse « monticule blanc ».

Diablon, même nom que Diablons sur Zinal, « petit diable », mais pourquoi?

Torrent, identique au français.

Chalet des Giettes, pron. loc. Zieties « gîtes », du latin jacita.

I Gères, en réalité ij érè, « aux aires », orthographié en 1854 Zérij.

Ij Amandolan « aux amandiers ». Prés à la lisière d' une forêt de conifères, dont les graines furent assimilées aux amandes.

Kxojè d' amon « le petit creux d' en haut ».

Tsan bédé « champ du petit bisse ».

La Biella, en 1855 Biella « gazon; motte gazonnée; terrain inégal ».

Les Meyes « les tas » de foin, probablement, comme le vx. fr. moie. Comparez meya, maya plus haut.

La Tsarva « la Chauve ».

Les deux cents noms de lieux que je viens d' interpréter, trop sommairement peut-être, doivent danser une hallucinante sarabande dans la mémoire des lecteurs courtois et patients qui ont eu le courage méritoire de me lire d' un bout à l' autre. Et pourtant ce sec inventaire est très incomplet. Il a aussi le défaut de ne pas donner des indications permettant de localiser avec exactitude chaque toponyme. Mais c' est à dessein, je l' avoue, que j' ai procédé de la sorte: je voudrais laisser à ceux que ces problèmes peuvent intéresser le plaisir de dépister ces noms modestes dans leurs retraites les plus cachées. C' est un jeu presque aussi passionnant que celui qui consiste à dénicher quelque station de fleurs rares et belles, dont on a vaguement entendu parler par un botaniste discret et réticent; car se trouver tout à coup devant des ancolies des Alpes, des linnées boréales ou des anémones baldensis est une joie d' une ineffable pureté. Les lieux-dits des hauts alpages sont, eux aussi, un ornement de la montagne. Avec une logique simple et d' un pittoresque fidèle, ils caractérisent la personnalité individuelle des lieux. Quel contraste avec les prénoms dont nous affublons nos enfants! Avez-vous jamais songé à l' amère ironie du nom d' Eugène donné un pauvre bancroche, d' Eulalie, à la fille qui bégaie, d' Auguste, à un malheureux raté, de Benoît, à un sacripant et de Virginie, à une péronnelle dévergondée?

Enfin, cette quête de lieux, dont vous savez le nom sans en connaître l' emplacement exact, vous fera entrer en relations, peut-être amicales, avec les bergers et les montagnards auxquels vous demanderez de vous orienter un peu. Mais interrogez-les sans insistance, avec beaucoup de tact et de dis, crétion, sinon... on pourrait bien vous envoyer chercher fort loin, et en vain-ce qui était à cent pas.

Feedback