Notre séjour en Corse

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Extrait du journal d' une course de section, du 28 août au g septembre 1971.

K. Felix, Horgen

Je voudrais ici, dans une brève introduction, présenter l' île de Corse à mes lecteurs. La Corse se place au quatrième rang parmi les îles de la Méditerranée. Longue de 184 km, large de 84 km, elle offre une côte de 1000 km, qui entoure une surface de 720 km2. Des forêts splendides couvrent le cinquième de file; celles de Valdo-Niello et d' Aitone figurent parmi les plus belles et les plus précieuses d' Europe. Le point culminant se situe au Monte Cinto, haut de 2700 mètres. Granites et roches porphyriques dominent dans sa structure géologique. Le sol est d' une rudesse rarement rencontrée, même dans les roches primitives, et le climat varie fortement entre la côte et l' intérieur. On enregistre des précipitations moyennes de moins de 600 mm dans la région côtière et de plus de i 1500 mm dans les montagnes. Ces précipitations ont lieu pendant les mois d' octobre et de mars surtout. Des chutes de neige de deux mètres ne sont pas rares en haute montagne; en altitude moyenne la température des mois d' été est agréable, et les nuits fraîches.

Par suite des grandes différences d' altitude, des aires de culture se sont créées où poussent céréales, légumes, fruits, vigne. On trouve aussi des amandiers, des oliviers, des chênes-lièges, des châ- taigniers et de... l' amiante. Une grande partie de ces produits s' exportent. En outre le tourisme, en grand développement, devient une source de revenus importante pour l' avenir de l' île. Espérons simplement que les merveilleuses régions encore vierges de l' intérieur ne seront pas la proie de la technique et de la spéculation.

Les Corses ont su conserver presque intacts leurs caractères ethniques tout au long des siècles. La population a lutté sans trêve pour son indépendance jusqu' en 1768 où l' île fut cédée à la France. Malgré leurs rapports étroits avec ce pays, les habitants sont toujours restés des Corses. Ils continuent à parler le dialecte corse ( dialecte qui s' apparente au toscan ) à côté du français.

Les premières explorations des montagnes corses remontent aux années 1889-1904. Le docteur Felix von Cube, de Stuttgart, et ses camarades entreprirent un véritable travail de pionniers. Depuis, la Corse est devenue un but convoité pour les rochassiers, les promeneurs et les amis de la nature.

Samedi 28 août.

La rosée d' un frais matin nous salue tous les huit, le jour tant attendu du départ. Nos voitures regorgent de matériel de camping, d' ustensi divers jusqu' à la limite de leurs possibilités. Le ravitaillement et les autres objets indispensables y ont cependant encore pris place par les soins de notre « intendant » Thuri. Notre voyage nous mène vers le sud à travers des paysages et des villages connus. A Chiasso nous quittons la Suisse et roulons en direction de Gênes. Un air désagréablement chaud plane sur l' autoroute à travers la plaine monotone du Pô jusqu' au moment où les collines qui précèdent Gênes nous apportent un changement et une fraîcheur bienvenus. Le temps qui nous reste avant l' em nous donne l' occasion de nous mêler au trafic intense du port. A 22 h, nous embarquon... La Ligne Corse va, comme de coutume, sur Bastia où nous devons arriver le lendemain matin.

Le Pic de Teide ( Canaries: Ténériffe ) Dimanche 2g août.

Malgré l' agrément des couchettes, nous autres, rats des champs, préférons la terre ferme à la mer. Le soleil se lève au lointain horizon, annonçant le jour nouveau. Les premiers rayons chauds luisent sur les collines boisées de Corse. C' est un coup d' ceil fascinant. A Bastia, qui fut le point d' appui militaire le plus important des Génois, du XIVe au XVIIIe siècle, nous prenons congé de notre paquebot. Le programme de la journée nous permet un déjeuner sur la place Napoléon ainsi qu' un petit tour en ville. Puis, le long de la côte orientale, nous entamons notre randonnée jusqu' à Casamazza, d' où la route tourne vers l' ouest, le long des rives du Golo, à travers un paysage enchanteur. A Ponte Leccia, nous abandonnons la route principale qui se dirige vers le sud, afin de remonter la vallée d' Asco. Bien que la circulation soit peu importante, la route étroite, encaissée et aux virages multiples, exige beaucoup d' attention et d' adresse de la part des chauffeurs. Vers midi nous atteignons Asco, surnommé le « Zermatt corse » avec la différence qu' Asco, petit village idyllique, simple, tranquille, a conservé le caractère cher aux alpinistes.

Par la vallée du Stranciacone, nous nous dirigeons vers le but de la journée. Au sud du dernier pont, sous le Piato Stagno, nous dressons nos tentes. L' altimètre indique 1250 mètres et correspond à la carte. Très rapidement une ambiance confortable règne dans le campement. Fatigués, mais suprêmement heureux, nous nous enfilons de bonne heure dans nos sacs de couchage.

Lundi 30 août.

Le réveil de ma montre tinte, discret, mais impérieux. Après avoir recouvré mes esprits, je rampe hors de la tente dans l' air matinal. Seuls le clapotis du torrent voisin et le gazouillement des oiseaux rompent le profond silence. En pen- sée, je me trouve déjà au sommet de la Mufrella et en oublie presque le devoir de réveiller mes camarades. Déjeuner tranquille dans la libre nature de Dieu. Aujourd'hui nous envisageons une course d' entraînement, courte et facile, à la Mufrella. Nous montons d' abord en voiture qu' au Plateau de Stagno ( 1450 m ), appelé aussi Asco la Neige. Un restaurant rustique, quelques petites maisons de vacances et un remonte-pente y ont été construits, ces dernières années. Le Plateau offre au visiteur un panorama splendide sur le monde tourmenté des sommets et une magnifique vue plongeante sur les vallées du Stranciacone et d' Asco, ainsi que sur tout le pays forestier. D' ici, l' alpiniste est très bien placé pour établir ses projets et ses itinéraires.

A l' ombre des arbres, nous montons, en direction nord-ouest, jusqu' à l' orée du bois. Après une courte traversée à droite, nous gardons la direction générale de la Bocca alla Culaja. Des traces de sentier et des flèches simplifient la marche. La grimpée suivante, par-dessus un verrou rocheux, présente quelques passages sans difficultés qui peuvent d' ailleurs être contournés par le simple promeneur. Au bout de deux heures et demie, nous atteignons la Mufrella ( 2148 m ). Devant nos yeux éberlués s' ouvre la vision des puissants contrastes de cette le: au nord-ouest vue plongeante sur la mer avec sa côte fertile, la Balagne. Au sud les imposants sommets du Cinto, du Larghia, de la Minuta, de la Paglia-Orba et du Tafonato. Leur altitude ne manque pas d' intérêt: elle oscille entre 2300 et 2710 mètres. Je repère à la jumelle la montée du lendemain à la Punta Minuta. Après avoir arraché à sa sieste Noldi, le « dormeur des sommets », nous descendons sur Piato Stagno où une bière fraîche coule délicieusement dans nos gosiers desséchés. Un bain revigorant dans le torrent, un excellent repas et les travaux habituels terminent notre première journée.

Mardi ji août.

Il est 5 h. L' arôme du café ranime les esprits somnolents. Nous quittons le camp avec tout l' équipement de haute montagne. Suivant le ] 2Le Pic de Teide projette l' ombre de son cône sommital sur la partie occidentale de l' île de Ténériffe 3Les Roques et le Pic de Teide Photos Willy Uttendoppler, Berne torrent nous arrivons dans la cuvette du Trim-bolacciu. Elle est bornée à droite par la solide arête nord, flanquée de nombreux gendarmes, de la Punta Minuta. Nous atteignons la limite de la végétation; les conifères s' éclaircissent et font place à des aulnes robustes. Une erreur dans ce maquis quasiment impénétrable, obscur, peut coûter beaucoup de temps à l' alpi, le priver même de la joie du sommet. Mais n' est pas cet inconnu, cette nature inviolée, ce désir d' aventures qui nous ont précisément attirés ici?

Notre route emprunte maintenant la gorge nord de la Bocca di Pampanosa. Des névés durs, raides parfois, exigent les crampons, et mes camarades sont enfin convaincus de leur utilité en Corse. Peu avant la brèche, nous traversons et remontons un banc rocheux et délité dans le flanc nord du Capo Rosso, et finalement descendons sur la Bocca Rossa. Bien que les difficultés ne dépassent guère le deuxième degré, les longueurs de corde qui mènent au sommet offrent une joyeuse escalade. Ravis, nous touchons au bout de cinq heures et demie la cime de la Punta Minuta ( 2556 m ).

Maintenant seulement nous pouvons contempler le panorama du splendide massif du Cinto, si envoûtant pour maint alpiniste. Très impressionnés par la magnificence de ces montagnes méridionales, nous rentrons dans la vallée par la même route. Les frais remous du Stranciacone nous font oublier rapidement efforts et fatigues. Une fois de plus notre maître queux « Thuri » compose un menu magistral pour ses vagabonds affamés, et notre « faiseur de dictons diplômé », Wal ti, entretient la bonne humeur de tout le monde du matin au soir.

Mercredi Ier septembre.

Aujourd'hui le Capo Larghia figure en principe au programme. Par égard pour notre ami Sepp, légèrement handicapé, je remets au jeudi cette belle ascension. Personne ne se plaint d' échapper au réveil supramatinal. Avant le déjeuner, nous avons une petite surprise: un scorpion long de 4 à 5 centimètres s' est glissé dans la grande tente et est tombé dans une assiette. Après avoir photographié, sur toutes les coutures, l' animal épouvanté, nous lui rendons la liberté. La chasse à d' autres hôtes armés de pinces et de venin s' avère infructueuse.

Chacun passe la matinée au gré de sa fantaisie. Dans l' après nous descendons en voiture à Asco, éloigné de douze kilomètres. Passant devant des figuiers et des amandiers, nous poussons jusqu' au pont génois où se séparent les vallées d' Asco et du Stranciacone, où se développe une station balnéaire, romantique à souhait et moins inconnue que jadis. Après une boisson rafraîchissante, nous regagnons nos pénates.

Jeudi 2 septembre.

Capo Larghia! La perle de la vallée du Stranciacone. Chacun se réjouit de cette ascension. Après les corvées d' usage, nous nous mettons en route à 5 h 45. Jusqu' au pied nord du Larghia, la voie se confond avec celle de la Punta Minuta. Un cairn bien visible marque la bifurcation. Dans un rocher facile, bien structuré et très rugueux, nous gagnons rapidement de l' altitude. Dans la dernière cuvette sous le col du Vallon, nous montons par des éboulis et des gradins rocheux à la brèche Félix, coupure entre les sommets est et ouest du Larghia. C' est au sommet ouest que nous voulons rendre visite aujourd'hui. On part d' une fissure, quelques mètres au sud de la brèche. Cinq longueurs de corde nous mènent ensuite au sommet ouest du Larghia ( 2520 m ) par une magnifique escalade. Nos regards se croisent, rayonnants de joie, lors du salut sur le sommet. Sepp, en particulier, bénit le jour de repos de la veille. Une dernière fois nos regards plongent dans la vallée du Stranciacone, car demain nous émigrons vers la vallée plus méridionale de Viro. Fatigués, mais sains et saufs, les huit Zimmerbergler t retournent à leur Membres de la section Zimmerberg ( réd. ) camp. Autour d' une bonne bouteille, au restaurant Stagno, se termine une journée magnifique, pleine d' événements.

Vendredi 3 septembre.

Aujourd'hui nous changeons de résidence. Il faut quitter cette vallée du Stranciacone aux séduisants sommets et qui nous était devenue chère. Après avoir pris congé, à Asco, de notre ami Franceschetti, un Corse cent pour cent, nous nous dirigeons vers Ponte Leccia sur le Golo, puis par Ponte Castirla, Calacuccia, Albertacce vers l' agglomération la plus élevée, Calasima, joli village presque complètement construit en pierre ( t too m ). Comme partout en Corse, les petits ânes gris familiers trottent à l' aise dans les rues poussiéreuses ou dorment, paresseux, à l' ombre des arbres. Un air chaud et pesant flotte sur les pentes ocre et sèches du Monte Albano. Une piste cahoteuse nous permet d' arriver en voiture jusqu' à la bergerie de Malerie sur le torrent de Viro, appelée aussi Calasima. Un petit paradis naturel, paisible, s' ouvre à nos yeux. A l' ouest s' élève fièrement le décor rocheux de la reine des montagnes corses, la Paglia-Orba. Nous pouvons à peine croire que ce coin enchanteur va nous appartenir en propre pendant quelques jours.

Samedi 4 septembre.

Lentement l' aube se lève, lumineuse, dans la vallée de Viro. La bergerie Prugnoli est dépassée, et de robustes conifères limitent la lisière supérieure de la forêt. Suivant les escarpements du torrent de Prugnoli, nous arrivons au bout de trois heures au col de Foggiale ( 1963 m ). Ici divergent les routes de la Paglia-Orba et de son intéressant voisin, le Capo Tafonato. La Paglia-Orba ( 2525 m ) est notre but. Devant sa paroi sud se dresse l' Epaule de la Foggiale que l'on atteint un peu péniblement par des éboulis couverts d' épais sureaux. A l' extrémité nord de l' Epaule se situe l' entrée secrète, ménagée par Dame Nature, de la cheminée Foggiale. Des passages superbes se succèdent jusqu' à la cime: nous nous trouvons sur l' un des plus beaux sommets de Corse et vivons des heures d' en. Ici se révèle une fois de plus la splendeur de la vallée de Viro avec son décor rocheux qui, du Monte Cinto, va par le Capo Larghia, la Punta Minuta jusqu' à la Paglia-Or-ba. Au sud, les incommensurables étendues de forêts de Valdo-Niello et d' Aitone. Nous redescendons par la route normale, l' arête ouest, au col de Foggiale d' où nous rentrons dans la vallée de Viro par la voie de montée. Nos corps échauffés trouvent une détente exquise dans l' eau fraîche et cristalline du torrent.

Mais grande est notre surprise en arrivant au camp: un désordre indescriptible règne sur l' emplacement tout propre de ce matin. Après de courtes recherches nous réussissons à découvrir les vandales sans pouvoir les capturer. Derrière les arbres tout proches, ils fougent en grognant dans la terre humide à la recherche de quelque nourriture. C' est notre première rencontre avec des pores en liberté. Afin de prévenir d' autres déprédations de la part de ces voisins indiscrets, nous suspendons les sacs de déchets à deux mètres du sol. Puis à l' air libre, sous la lumière du gaz, nous laissons s' éteindre cette belle journée autour d' une fine « goutte ».

Dimanche 5 septembre.

Il est 6 heures du matin. De la pointe des arbres résonne un joyeux concert: c' est le salut matinal de nos amis ailés. L' ornithologue de la bande, Noldi, nous explique quels sont les chants appartenant aux différentes espèces d' oi. Après un petit déjeuner copieux, nous nous préparons à l' ascension du Monte Albano. Sur le Conseil médical d' Ueli, Sepp, qui souffre de fortes douleurs dans les jambes, ne partagera pas avec nous aujourd'hui la joie du sommet.

Nous partons d' abord en direction nord-ouest jusqu' au de la Grotte des Anges, puis au nord en suivant des traces jusqu' à l' Epaule ( 1480 m ), ramification de l' arête du Monte Albano. Nous rencontrons un troupeau de moutons corses, qui cherchent leur nourriture entre les chardons et les herbes sèches. Porcs et moutons vivent ici en liberté et se déplacent sans surveillance humaine vers de maigres pâtures. A cette altitude, l' élevage est en pleine régression, ce dont témoignent les bergeries en ruine. Escaladant quelques petites ressauts rocheux, nous atteignons le Monte Albano ( 2020 m ) par son couloir occidental. Une chute de pierres a failli toucher notre médecin Ueli.

Une dernière fois nous saluons le Monte Cinto, le Capo Larghia, la Punta Minuta, car demain nous levons le camp à destination de Calvi. De retour de bonne heure, nous profitons de ce loisir pour nous rendre au village de Calasima. Loin du trafic et du tourisme, Calasima est demeuré jusqu' à ce jour une oasis de repos pour les amis de la nature. Ses habitants sont d' une hospitalité proverbiale malgré la pauvreté de leurs moyens d' existence.

Encore une bonne gorgée de Casanis et nous voici de retour auprès de Noldi qui a vainement fait la chasse aux serpents. D' innombrables petits lézards rapides ont tout de même apporté un peu de vie à son safari. Voici longtemps que le soleil a disparu derrière la Paglia-Orba et la fraîcheur du soir s' étend, silencieuse, sur la vallée de Viro et ses hôtes comblés.

Lundi 6 septembre.

Le moment est venu de prendre congé de la vallée de Viro et de ses montagnes qui nous ont offert tant d' heures de détente et de joie. Un dernier regard en arrière, et le puissant massif de la Paglia-Orba disparaît lentement derrière les pentes ocre de Calasima. A Albertacce nous roulons sur la RF 9, orientée est-ouest, et traversons le col de Vergio ( 1464 m ). A l' ombre des magnifiques forêts de Valdo-Niello et d' Ai, une route étroite, aux nombreux virages, nous conduit dans la vallée du Porto. Le paysage imposant, tourmenté, creusé de gorges et où se faufile une route audacieuse impressionne I00 fortement le voyageur. Notre vitesse moyenne s' élève à 25 km/heure et le chauffeur concentre toute son attention sur la route. A Porto nous récupérons les forces et les calories perdues. Bien rafraîchis, nous continuons, dans la chaleur de l' après, la route variée qui longe la côte ouest, peu habitée, jusqu' à Calvi, but de l' étape de ce jour.

Mardi 7 septembre.

Matinée libre. Les « ratons laveurs » trouvent dans la longue baie de gravier ou sur les rochers romantiques de quoi assouvir leur plaisir de la baignade. Ceux qui s' intéressent à l' histoire sont attirés par les formidables murs fortifiés qui entourent la vieille ville, lieu de naissance de Christophe Colombi. Grâce à la situation élevée, le spectateur se régale d' une vue grandiose sur la mer indigo et les cultures fertiles de la Balagne. De bonnes relations maritimes et aériennes ont transformé l' ancienne petite ville de garnison en un lieu de villégiature. Calvi offre aux touristes un climat remarquablement doux et à l' abri des précipitations.

Après le retour du dernier Zimmerbergler, les chauffeurs remettent en route leurs voitures fièrement empoussiérées. Une bonne route traverse la région très peuplée de la Balagne et relie Calvi à l' Ile Rousse. L' Ile Rousse est le port de la contrée fertile du Belgodere. On appelle ce pays le jardin de la Corse à cause de sa richesse en amandiers, céréales et vignobles. Mais quelques kilomètres plus à l' est, la végétation et l' importante de l' habitat changent du tout au tout. Sur plus de trente kilomètres s' étend la région rocheuse, aride et quasiment inhabitée nommée Désert des Agriates. Des conifères et des aulnes enfouis dans le maquis vivent d' une existence précaire. En outre, de grandes étendues ont été complètement ravagées par des feux dus à l' imprudence humaine. La nature ne se remet que difficilement de ces blessures. Sous z Comme on sait, plusieurs autres villes revendiquent l' hon d' avoir vu naître Colomb. ( N.d.T. ) la chaleur et la poussière, nous atteignons, à 16 h, Saint-Florent, petite ville de paysans et de pêcheurs. Une brève halte nous permet un bain bienfaisant dans l' onde marine. En contraste avec le Désert des Agriates que nous venons de quitter, la contrée de la baie de Saint-Florent est très fertile. Selon l' altitude y poussent céréales, oliviers, chênes-lièges, vignes et légumes. La petite ville idyllique se situe encore loin du tourisme de masse, à l' ombre de Calvi et de I' Ile Rousse.

Le soleil qui plonge lentement à l' horizon incite au départ. Vingt-trois kilomètres nous séparent encore de Bastia par le col de Teghime. Sur les pentes jadis fertiles qui dominent Bastia nous établissons notre dernier camp. Aucun changement de temps n' étant redouté, nous renonçons à monter les tentes. Arbres et buissons nous donnent un sentiment d' isolement parfait, et le ciel nocturne constellé d' étoiles prélude au jour suivant.

Mercredi 8 septembre.

Un chatouillement sur le visage apporte une brusque fin à mon profond sommeil. Le coupable se révèle un joli insecte qui semble avoir choisi le relief barbu de mes joues pour sa promenade matinale. La lumière du matin nous découvre une vue grandiose sur la mer et sur le paysage côtier de l' Etang de Biguglia. Semblable à un globe de feu, le soleil émerge de la brume à l' horizon, et sa lumière fait étinceler le reflet délicat de l' eau.

Il est I 1 heures. Les bras de solides matelots lèvent l' amarre et donnent la voie libre à la Ligne Corse.

Nous prenons congé d' un coin du monde devenu pour nous une terre amie, d' une le féerique de la Méditerranée. Avec l' espoir secret de revoir ce paradis terrestre, nous rentrons chez nous, sur le flanc nord du Zimmerberg.

Adapté de l' allemand par E.A.C.

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