Opérations aériennes

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PAR HERMANN GEIGER 1

Avec 3 illustrations ( 168-170 ) Pâques 1957. Un dimanche de beau temps. L' après touche à sa fin quand je reçois un coup de téléphone de Bourg-St-Pierre, dernière station sur la route du Grand St-Bernard. Une dame me fait savoir que plusieurs alpinistes ont eu un accident sur le plateau de Valsorey. Elle raccroche l' appareil avant que j' aie pu m' informer des détails de l' accident, et même de l' altitude et du lieu exact où il s' est produit. Il ne me reste qu' à prendre mes dispositions pour m' envoler aussi rapidement que possible vers le Grand Combin, muni du matériel pour les premiers secours aux blessés et d' essence pour deux heures. En partant je laisse au bureau l' ordre d' envoyer à ma suite le deuxième pilote spécialisé dans l' atterrissage à haute altitude, dès qu' il sera de retour du vol qu' il effectue au Cervin avec quelques passagers.

Pour raccourcir l' approche du Grand Combin, je m' élève en utilisant toutes les ascendances et les vents de pente. Le vol me laisse le temps de la réflexion: je cherche à deviner l' endroit où l' accident a pu se produire, car il faut à tout prix gagner du temps, épargner des souffrances, gagner peut-être la mort de vitesse.

Quinze minutes de vol... Déjà défilent sous mes ailes la cabane de Panossière et le Glacier de Corbassière. Devant mon hélice, le massif himalayen du Grand Combin, avec ses parois de glace verticales ou en surplomb.

J' ai remonté tout le glacier, puis passé d' un bond sur la pente sud, où s' accroche la cabane de Valsorey. Volant maintenant au ras de la neige et de la glace, je peux compter chacun des pas 1 Ce récit et les photos qui l' accompagnent sont tirés d' un ouvrage à paraître chez AT AR SA ., à Genève: Geiger et les Alpes.

qui y restent marqués. J' observe un emplacement où des alpinistes ont bivouaqué. Je furette plus loin, cherchant des traces encore: celles des touristes qui, peut-être, ont assuré le transport des blessés pour les mettre en lieu sûr. J' ai distingué plusieurs personnes autour des deux cabanes: à Panossière, sur le versant nord; et ici même, à Valsorey. Cependant, aucun signe ne permet de conclure que les blessés se trouvent dans l' un de ces refuges.

Je grimpe maintenant vers les hauteurs, jusqu' à 3800 mètres. Deux fois je fais le tour complet' du Combin, repérant des traces d' ascension visibles jusqu' à la pente très redressée Mur de la Côte. Pour voir si elles se continuent au sommet du Mur, je devrais m' élever encore jusqu' à quatre mille mètres. Est-ce la peine? Si des alpinistes étaient en difficulté dans ces parages, ne les aurais-je pas aperçus depuis longtemps?

Avant de renoncer et de rallier Sion, un scrupule me pousse à grimper aussi haut que possible. Je remets le moteur à plein gaz et pointe vers la corniche aiguë du sommet... Voici de nouveau les traces... Elles sortent de la pente au haut du Mur de la Côte... et soudain je distingue, à quelques centaines de mètres du sommet, un groupe affairé au bord d' une crevasse immense. A mon approche, les alpinistes font de grands signes. Aucun doute: je suis sur les lieux de l' accident.

Scrutant de l' œil la profondeur, vers le nord, je découvre le deuxième pilote, Martignoni, qui a suivi le même chemin que moi. A-t-il pu m' apercevoir, malgré la différence d' altitude énorme? Faute de mieux — nous sommes pauvres et ne possédons pas de radio de bord-, je cherche à communiquer avec lui par un battement d' ailes. Chance! Il a vu mon signe et répond de la même manière.

Je me prépare maintenant à atterrir le plus près possible du lieu de l' accident. La visibilité est bonne et la neige pas trop ondulée. Ce qui me cause du souci, c' est l' inclinaison de la pente qui se dresse vers le sommet, seul endroit pour atteindre les blessés. Inutile cependant de tergiverser. Je rassemble mon courage et, à 130 à l' heure, je fonce vers le névé dont j' évalue la déclivité à cinquante pour cent. Il me faut cette vitesse d' approche pour arriver au sommet, à proximité des hommes sur lesquels je dois compter pour retenir l' appareil qui, sans eux, glisserait en arrière vers l' abîme.

L' opération ne réussit pas trop mal. J' arrive à cinq mètres d' un groupe d' hommes parmi lesquels se trouve un guide, un de mes bons camarades, qui connaît assez bien ma méthode d' atter. Il a groupé sur cette piste de fortune deux hommes à droite, deux hommes à gauche pour m' encadrer. Au moment de l' arrêt, ils ont attrapé l' avion par les haubans. Je saute de l' appareil, dont je laisse le moteur tourner à plein gaz pour tenir l' avion comme suspendu par l' air à la pente abrupte... Une mouche bourdonnant contre une vitre! Des cordes et des piolets l' ont bientôt fixé au sol de neige et de glace.

Cela fait, je prends des dispositions pour préparer l' arrivée du deuxième appareil. Nous serons six pour le recevoir: trois hommes à droite et autant à gauche, échelonnés de vingt en vingt mètres, laissant entre les deux colonnes ainsi formées tout juste l' espace que couvre l' envergure des ailes. Le pilote a fort bien compris ces préparatifs. Je n' en admire pas moins son audace quand il fonce sur la pente et touche le sol précisément dans le groupe que nous formons. Son atterrissage est parfait. 17 heures 30... Il y a quarante-cinq minutes exactement que le téléphone sonnait à Sion.

Au travail maintenant. Deux cordées ont fait une terrible chute, entraînées l' une par l' autre. Un alpiniste a trouvé la mort au pied de la pente, dans la grande crevasse qui la souligne, et il y a plusieurs blessés dont l' état est grave. Nous aurons donc plus d' un voyage à faire pour évacuer les victimes et leur matériel.

Le décollage dans une si forte pente ne pose heureusement pas de problème. A pleine charge, l' avion prend l' air après une quarantaine de mètres. Neuf minutes plus tard, nous atterissons sur la verdure de l' aéroport de Sion. Médecin, prêtre, ambulance nous y reçoivent, et les camarades pilotes sont au rendez-vous pour nous aider à décharger les blessés. A peine les avons-nous confiés à leurs mains que nous reprenons fair pour répéter là-haut, sur la pente du sommet, la périlleuse opération. Il faut seize minutes seulement à notre petite formation de deux avions pour regagner le Grand Combin et atterrir à l' endroit connu.

Les alpinistes les moins entraînés l' ont déjà quitté pour effectuer la descente sans risquer d' être surpris par la nuit en plein glacier. Quatre hommes, dont le guide, sont demeurés sur place pour nous aider dans nos atterrissages. Enfin l' opération se termine à 6 h. y2. Il reste bien peu d' heures avant la tombée de la nuit; mais le guide connaît son chemin, et il atteindra la cabane encore à la lumière du jour.

Durant la soirée et la nuit qui suivirent, j' examinai attentivement la météo. Une heure avant minuit, d' épais nuages s' élevèrent de l' ouest. Le mauvais temps - tourmente et neige - envahissait tout le massif des Alpes. Il est certain que le lendemain toute intervention eût été impossible. Comment des alpinistes grièvement blessés auraient-ils passé cette nuit de tempête à 4000 mètres? Se poser la question, c' était y répondre.

Le Grand Combin me donne du mal pour la deuxième fois.

Nous avions un cours d' atterrissages sur glaciers avec des officiers de l' armée italienne. Nos trois avions rentrent en escadrille à l' aérodrome de Sion. Après le rapport sur le travail effectué, nous procédons au contrôle des appareils et faisons le plein d' essence et d' huile en vue d' un nouveau départ fixé après le repas de midi.

A peine sommes-nous à table que retentit un appel du bureau de poste de Bourg-St-Pierre. La téléphoniste m' apprend qu' un accident est survenu haut dans le massif du Grand Combin, dans les parages de la cabane de Valsorey: il y aurait à descendre deux touristes allemands grièvement blessés, que des Français accompagnent. Je m' informe auprès d' elle des conditions météorologiques locales. La visibilité, pense-t-elle, est suffisante pour monter là-haut; mais elle ne peut me donner sur le vent aucune indication utile pour le vol.

Je décide que nous opérerons avec deux avions, dont l' un sera piloté par mon collègue Martignoni. Quant aux officiers italiens, ils nous suivront avec trois appareils pour observer le travail du haut des airs. Ils resteront toutefois à distance assez grande pour ne pas gêner nos manœuvres d' approche et de départ. Une fois que nous aurons atterri, ils pourront voler assez près pour suivre le détail d' une authentique opération de secours.

J' arrive le premier dans la région de la cabane de Valsorey. Le refuge est visible par moments, mais le plus souvent il est caché par de gros nuages que le vent chasse avec violence. Le lieu de l' accident, selon mes informations, doit se trouver environ 300 mètres plus à l' est et 100 mètres plus haut. Un instant il me semble apercevoir quelque chose à travers le brouillard. Je m' approche en crevant des rideaux de nuages dont les lambeaux fusent en éclairs autour de l' avion. Martignoni, lui, se tient plus bas et attend ma décision pour se poser.

Vaine recherche: la visibilité est très mauvaise, on distingue à peine le sol. Il faut donc attendre en continuant de voler. La réserve d' essence est suffisante pour que nous puissions rester dans les parages en guettant le moment favorable pour nous poser.

Après un quart d' heure, un corridor s' ouvre dans les nuages. Il m' est enfin possible de repérer le lieu de l' accident. Au sommet d' un glacier très incliné une grande avalanche pend comme une langue le long des rochers du bord. On distingue, dans la masse de neige, des touristes agitant leurs bras vers le ciel...

Par malheur, des courants très forts gênent la puissance de vol. J' essaye à deux reprises de faire un passage à quelque dix mètres de l' emplacement où j' espère me poser. A la deuxième, il semble qu' une accalmie se manifeste. Je décide de tenter l' approche du glacier.

Je fonce contre la montagne, selon la méthode que j' ai expérimentée, à une vitesse assez forte: 140 kilomètres à l' heure. Mais au moment précis où je veux relever l' avion pour le plaquer à la pente, le sol se dérobe sous des nuages qui se sont formés pendant mon approche. Je ne peux dévier ni à gauche ni à droite. Impossible de me dégager. Il ne me reste qu' à poursuivre l' opération d' atterrissage, la pire des choses avec une aussi piètre visibilité et des courants rabattants qui ôtent à l' avion ses moyens de défense. Le sort en est jeté. Surtout ne pas désespérer, mais continuer avec toute la puissance du moteur!...

Il me semble que le glacier est maintenant à quelques mètres sous les skis de l' avion. Mon regard fouille la grisaille sous le ventre de la machine... et soudain j' aperçois, très bas, les vêtements d' un blessé. Je me rends compte brusquement que je vole encore à plus de trente mètres du sol. Il ne me reste qu' à continuer avec courage dans ma trajectoire, fonçant contre une masse de brouillard presque opaque.

Fort heureusement, l' avion touche le sol en même temps que j' entre dans le coton, mais la pente se révèle beaucoup plus forte que je n' avais pu en juger à travers les brumes. J' ai détaché ma ceinture, prêt à sauter de l' appareil en laissant le moteur tourner de toute la puissance de ses 150 CV. Je quitte la machine au moment où, d' elle, elle s' arrête au haut de sa course et reste suspendue par la traction de l' hélice.

J' ai plongé dans la neige jusqu' au ventre, et parviens à placer mon épaule sous les haubans de l' aile droite. Le terrible ouragan produit par le souffle de l' hélice m' aveugle. Mon couvre-chef arraché roule au bas de la pente. La déclivité est trop forte, je ne peux plus retenir l' avion qui se met à glisser. Nous reculons ensemble à une vitesse qui approche d' un petit pas de course. Et pourtant je freine autant que mes forces le permettent... Si une solution extraordinaire n' entre pas en jeu sans retard, l' appareil sautera à reculons dans un abîme de près de 200 mètres, me laissant à ma triste situation.

Dans le brouillard, la neige soulevée par le vent de l' hélice m' emplit la bouche, les yeux, les oreilles. Moment décisif, où il s' agit de rester parfaitement lucide. Je me rends compte que l' avion et moi, nous glissons parallèlement à l' avalanche. Je me déplace vers le gouvernail de profondeur et réussis à diriger la queue de l' appareil vers cette masse de neige. Le ski arrière finit par s' y planter et stoppe heureusement notre glissade. Mais à ma grande surprise, voici que l' avion pivote lentement sur lui-même pour se placer en travers de la pente. Il risque, avec la traction de l' hélice, de faire le tour complet et de s' envoler sans moi! Avant qu' il soit trop tard, je réussis à couper le moteur, à tirer l' aile inférieure vers le bas et freiner enfin le mouvement de descente.

La machine est à l' arrêt sur la terrible pente... et moi à bout de souffle, mais trop heureux que le petit jeu ait pris fin. Toutefois, si j' ai gagné la partie, le travail n' est pas terminé Il faut encore préparer le terrain pour que Martignoni soit un peu plus au clair que moi sur les possibilités d' at. Je jalonne pour lui une petite piste à l' aide de fanions et de vêtements, seul moyen qu' il aura pour juger la distance du sol et sa déclivité. Enfin je cours vers le haut de la piste pour en marquer l' extrémité par des traces dans la neige.

Le brouillard afflue et reflue comme les vagues d' une mer démontée déchirée par de grands coups de vent. Dans un moment d' accalmie, je fais signe à Martignoni d' atterrir. Courageusement il attaque la pente. Comme le glacier repose dans un couloir bordé de rochers, il n' est pas question d' en ressortir une fois engagé. Il s' agit de se poser du premier coup, de s' arrêter à bout de course, et alors seulement, à force de bras, on pourra tourner l' appareil vers l' aval pour le départ.

... L' atterrissage de Martignoni est impeccable. Au sommet de la piste un tout petit replat permet de mettre la machine à l' arrêt sans qu' elle risque de glisser en arrière. Pourtant, au moment où le pilote arrête son moteur, un coup de vent réussit à la déplacer. Mais cette fois nous sommes deux pour la retenir. Nous la fixons avec des cordes et des piolets et partons à la recherche des victimes.

Quelques touristes viennent à notre rencontre. Nous apprenons que l' un des blessés, presque mourant, est sans connaissance. Il a des fractures aux bras et aux jambes et la cage thoracique enfoncée. L' autre s' en tire un peu mieux, avec une fracture ouverte et des blessures moins graves.

Nous secourons d' abord le plus atteint. Grâce à nos pharmacies de secours nous pouvons désinfecter ses plaies tant bien que mal. Enfin nous le chargeons dans l' un des avions. Le deuxième blessé souffre terriblement de sa fracture et du froid. Son front est couvert de sueur, son visage pâle comme celui d' un mort. Je lui fixe une attelle extensible. Sa jambe s' allonge et l' os cassé disparaît dans la chair. Il semble que la douleur diminue quelque peu. J' en profite pour étirer encore sa jambe avec l' appareil; puis je le transporte dans l' avion et nous nous disposons à partir.

Les touristes demeurés sur les lieux nous remercient de tout cœur de les avoir tirés d' une situation angoissante. A bout de forces, ils se sentaient incapables de transporter les blessés, fût-ce qu' à la cabane pourtant assez proche. Sans l' intervention des avions, ils auraient du attendre la colonne de secours organisée dans la vallée, et qui ne pouvait être sur les lieux que le lendemain matin. Les deux blessés auraient passé la nuit sur place, au froid et dans les chutes de neige qu' on peut imaginer à cette altitude.

... Les aviateurs italiens, qui n' ont cessé de survoler les lieux, ont du évoluer 300 mètres plus bas, dans des couches atmosphériques plus calmes permettant un vol à peu près normal. Ils ont pu suivre néanmoins les phases de l' opération et assister la dernière: notre envol. Le vent violent qui remontait la pente formait une ascendance assez forte pour nous dégager de la neige profonde sur une distance de 50 mètres. Un atout qu' il fait bon avoir dans son jeu!

Nous volons maintenant tous ensemble vers Sion. Un instant plus tard, l' ambulance accueille les blessés au sortir de l' avion et les conduit sans retard vers leurs lits d' hôpital. Ils guériront l' un et l' autre pour la joie de leurs parents... et de leurs sauveteurs.

Un dimanche matin à 5 heures un appel téléphonique me demande de monter à Fafleralp, dans le haut Lötschental, pour transporter en clinique une dame qui attend un bébé. Les douleurs de l' enfantement ont déjà commencé. Le mari - un médecin qui se trouve en ce moment au service militaire - a été rappelé à Sion pour l' événement, et il va monter avec moi.

Je me rends à l' aéroport au petit jour, heureux de pouvoir mettre pour la première fois l' hélicop à l' épreuve dans la montagne.

Ayant pris à mon bord le mari médecin, je m' élève à 1500 mètres dans la vallée du Rhône, et j' entre dans le Lötschental comme on enfile une ruelle de traverse. Quelle différence de vol! Plus d' ailes, plus d' hélice à l' avant, plus de capot abritant le moteur comme dans la tête d' une libellule. Seule une grande hélice tire à la verticale tandis que les occupants sont assis comme dans une vitrine. C' est une manière si nouvelle de voler qu' il me faudra toute une accoutumance... Mon passager n' a pas l' air de s' en douter: il croit certainement que je maîtrise cet appareil aussi bien qu' un avion!

La vallée devient toujours plus étroite. Nous volons à 2200 mètres mais pouvons descendre quelque peu en approchant du but. Nous avons quitté le dernier village. Quelques petits hameaux encore, entre des bouquets de mélèzes qui dressent tout droit vers le ciel leurs pointes sèches, rousses comme des queues d' écureuils... Le lit du torrent... De grosses pierres recouvertes de mousse -des poufs sur le tapis des prés... Je ne distingue aucune piste d' atterrissage capable de recevoir un avion. Que ferais-je donc ici sans hélicoptère? Un pré minuscule me permet de me poser proximité du chalet où séjourne la dame que je dois transporter. Sautant de la cabine, nous nous précipitons vers la demeure.

La pauvre jeune femme a souffert toute la nuit. Avec précaution nous la transportons sur une civière et elle s' allonge sur la banquette de la machine. Nous l' enveloppons d' une couverture et, sans que je sache pourquoi, le médecin me tend sa trousse. Nous décollons avec aisance et mettons le cap sur la vallée. Quelle joie de pouvoir quitter le sol sans la moindre appréhension, au milieu d' obstacles qui menaceraient un avion de la fin la plus brutale!

Quand nous débouchons dans la vallée du Rhône, notre passagère ressent des douleurs de plus en plus vives. Je m' occupe de mes manœuvres... et le médecin des siennes, car il devient manifeste, tandis que nous approchons de Sierre, que la naissance est imminente. Peut-être l' hélicoptère a-t-il joué son petit rôle dans l' affaire. La question reste posée...

Le médecin me demande de l' eau, mais je serais obligé d' atterrir pour lui en procurer, et nous ne sommes plus qu' à huit minutes de l' aéroport. De plus, l' hélicoptère ne passe pas inaperçu. Dès qu' il se serait posé dans quelque clairière au bord du Rhône, une foule accourrait, adultes et enfants, dont la jeune maman se passerait volontiers! Ainsi, mieux vaut poursuivre notre route... comme l' enfant en train de naître.

Le moment de la naissance approche en effet. Et vraiment la jeune femme se montre courageuse. Elle se plaint à peine et surtout saura ne pas gêner le pilotage au moment critique de l' affaire. Le médecin me prend comme assistant et je lui passe les instruments qu' il me demande. Par bonheur l' atmosphère est si calme que je peux sans crainte abandonner les commandes quelques instants.

L' opération « naissance » est terminée « C' est un garçon », me dit la jeune maman, ravie. Et vraiment cela me fait un drôle d' effet, de penser que nous sommes partis à trois de Fafleralp et que nous serons quatre en arrivant à Sion! Heureux débuts de mon hélicoptère, promu dès sa première sortie à la dignité de cigogne!

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