Passe-moi le guide!

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Pierre Vittoz, Lausanne

Ma bibliothèque en a tout un rayon. D' abord, bien sûr, les guides du CAS avec les Alpes valaisannes, vaudoises, bernoises, uranaises et grisonnes, plus le Jura et les Préalpes franco-suisses. Il y a aussi les Guides Vallot du massif du Mont Blanc, les classiques du Salève et des Engelhörner, et d' autres qu' en Norvège et au Cachemire, sans oublier des traductions: les Anglais ont soigneusement pillé le Vallot, comme les Allemands ont fait pour les Dolomiti des Italiens. Ajoutons-y des brochures sur les petits massifs qui font la joie des rochassiers, depuis les Ecoles d' escalade vaudoises jusqu' aux Calanques en passant par les Dentelles de Montmirail et le Baou de St-Jeannet. Il faut aussi compter les Fiches Mythra et les zoo plus belles courses du Mont Blanc et de l' Oisans - lesquelles sont en train de faire des petits pour le plaisir de nos yeux, sinon de notre porte-monnaie. Je m' amuse d' ailleurs à relever que le premier de ces choix de courses que je possède n' est pas de Gaston Rébuffat, ni de Walter Pause, mais le Guide illustré des Alpes suisses, auquel l' illustre Marcel Kurz collabora en 1906 déjà!

Ces livres n' ont pas le temps de s' empoussiérer. Je les ouvre souvent pour ruminer des souvenirs ou des projets. Et je pars régulièrement en montagne avec l' un ou l' autre, ou du moins avec la copie de quelques pages et d' un croquis.

Et voilà que des gens n' ont pas l' air d' aimer inconditionnellement cette littérature. On demande dans quelle mesure elle sert vraiment, et si elle révèle, ou au contraire nous cache, la montagne. Premier signe avertisseur: la lenteur avec laquelle certains manuels se vendent. Pour l' année 1975, même le guide de nos belles Alpes vaudoises ( le seul que je puisse mentionner sans risquer de froisser son auteur !) n' a eu que 216 acheteurs. Les six volumes touchant au Tessin, au Jura, à la Savoie, à Vaud et Fribourg n' ont pas dépassé la moyenne de 170 ventes dans l' année.

Une autre signe de malaise est peut-être la difficulté que le CAS éprouve à trouver des auteurs et des collaborateurs pour la rédaction de ces livres. En Suisse orientale, voilà des années et des lustres que les démarches se succèdent en vain pour dénicher un connaisseur des Alpes grisonnes, disposé à se mettre à la tâche. Quant à obtenir des renseignements que toutes sortes d' alpinistes pourraient donner c' est une autre question! Pour les Alpes valaisannes, Marcel Kurz se lamentait déjà en 1930 du silence qu' il rencontrait, et son successeur Maurice Brandt ne compte plus ses déceptions. Même le guide Vallot ne brille pas toujours: l' édi 1975 de son volume III comporte des imprécisions et des erreurs dans le massif du Trient, par notre faute à nous, grimpeurs romands, qui connaissons bien la région mais avons négligé d' envoyer aux auteurs nos notes et corrections.

Je continuais à feuilleter mes guides sans sourciller, quand j' ai appris que les grimpeurs américains ( qui nous ont déjà enseigné deux ou trois choses en alpinisme ) mettaient en question le principe même des livres descriptifs, et poussaient la réaction jusqu' à décider que des régions de leur pays ne seraient pas couvertes par les guides-manuels. Les Français, à leur tour, ont levé le lièvre, et La montagne et alpinisme dans son numéro 104, 2/1976, reproduit une longue discussion entre les auteurs et responsables d' édition du CAF. C' est de cette discussion que je voudrais apporter l' écho dans Les Alpes pour ouvrir le débat en Suisse. Il n' est pas question pour moi de brûler ce que nous avons adore. Les guides-manuels sont dans nos mœurs et dans nos sacs, et ils ont rendu tant de services - ils nous ont fait découvrir et réussir tant de belles courses - que ce serait aussi stupide qu' outrecuidant de nier leur valeur et de suggérer leur disparition. Mais un échange d' idées avec leurs utilisateurs débutants ou chevronnés serait utile à leurs auteurs, au CAS et peut-être à l' alpinisme lui-même.

A la racine du problème, il y a l' extraordinaire augmentation du nombre des grimpeurs. C' est évident pour quiconque court les sommets depuis vingt ou quarante ans: certains itinéraires sont maintenant encombrés de monde, jalonnés de pitons inutiles, couverts de détritus. La mode y a sa grande part, la qualité du matériel aussi. Mais les instruments écrits aussi, depuis les photos alléchantes des choix de courses jusqu' aux manuels qui présentent en détail une région délimitée. Continuons-nous par routine à faire tous nos efforts pour amener les gens à la haute montagne, ce qui était justifié dans le passé, mais ne l' est plus nécessairement aujourd'hui où l' alpinisme et la montagne risquent d' être gâchés par l' invasion humaine?

La question est clairement soulevée au début du volume V des Alpes valaisannes, dans lequel Maurice Brandt décrit avec autant de minutie que de compétence environ goo itinéraires entre les cols du Simplon et de la Furka, chaîne peu connue des grimpeurs. Dans sa préface, le Comité central du CAS écrit: « Nous avons le grand devoir de garder intact ce qui semble être bientôt une des dernières réserves permettant le délassement si nécessaire à nos vies agitées. Il ne s' agit pas seulement de pro- téger cette région contre les installations techniques, mais aussi contre le développement touristique, afin de laisser vierge ce havre de paix. » Etrange façon de présenter un livre dont les milliers d' exemplaires sont destinés à nous conduire dans ce havre de paix... Deux pages plus loin, l' auteur lui-même note: « Cette région a eu le privilège de rester à l' écart des grands courants touristiques. N' y aurait-il pas lieu de l' en préserver encore? C' est une question à laquelle je serais enclin à répondre tout de suite affirmativement. » Sur cette lancé, l' auteur demande très justement si le CAS ne pourrait pas « renoncer à aménager d' autres cabanes dans la région ». Et les publications?

C' est qu' un guide a peut-être plus d' influence qu' il n' en a l' air. Parfois, l' alpiniste a fait son choix, et n' ouvre le manuel que pour s' informer du cheminement. Mais d' autres fois, et je crois que c' est le plus souvent le cas, il feuillette son guide à la recherche d' un but de course, et il choisit son objectif d' après les commentaires du genre « itinéraire intéressant », « mérite de devenir classique », « très belle course », ou « TD », que l' auteur a égrenés au fil des pages. Il est bien normal de suivre les conseils des connaisseurs, mais en fin de compte le guide-manuel amène tel sommet à être encombré, tel autre à être délaissé. Quant à ceux qui ( là, je dois plaider coupable !) signalent publiquement que tel flanc est encore vierge, faut-il les condamner comme entremet-teurs?...

H. Isselin, auteur de monographies célèbres, estime que l' alpiniste a trop longtemps considéré la montagne comme une salle de gymnastique « et dédaigné superbement les populations qui y vivent ». Il semble que nos manuels suisses tombent dans le travers de correspondre à cette optique. Par leurs indications techniques, ils poussent de plus en plus à une approche athlétique, et même compétitive, des sommets. Pour les populations, on mentionne à l' occasion les chamois ( Jura, Alpes vaudoises ) ou les vipères ( Alpes fribourgeoises ), mais pas les humains. Le cas extrême est 18 Première apparition du Nun ( y 135 m ), le plus haut sommet du Cachemire indien 19 Le £ t ( vu du camp de base ). Il culmine à environ 6400 mètres. Les chutes de séracs le rendent particulièrement dangereux 20 Le Snow Plateau ( 6300 m ), vu du camp II, et deux sommets anonymes celui des Alpes uranaises où, malgré les directives formelles du CAS, les auteurs ont le plus souvent négligé même de signaler les noms des premiers ascensionnistes. Ne prétendons pas qu' il soit nécessaire de publier un historique des villages et une géographie économique de la région, mais il est sûrement possible de présenter la montagne en évoquant ses aspects humains. Nos manuels se doivent de ne plus entretenir une conception sèche, bornée, inhumaine, de la montagne.

Le guide présente-t-il des risques? Pas de façon directe. Sauf dans d' éventuels cas extravagants, personne ne s' est perdu à cause du manuel qui l' aurait fourvoyé. Au contraire, en indiquant précisément les difficultés, surtout avec la généralisation de la cotation en degrés, les guides font éviter bien des risques et des dangers, et sûrement des accidents.

Mais le guide présente un danger sournois. C' est celui d' émousser l' initiative du grimpeur, et même ses capacités d' observation. Après avoir proposé à l' homme un but de course, le livre lui indique souvent le matériel à emporter, l' heure à laquelle se lever, la distance à laquelle s' encorder, les obstacles à éviter, l' endroit où chausser les crampons, les pitons à utiliser ou laisser de côté, la prise cachée à saisir. Il le pousse même à la paresse intellectuelle au point de lui désigner une « Frühstücksplatz »... Le risque est sérieux devoir l' alpi se laisser conduire, et se contenter de suivre son guide en papier comme d' autres suivent en somnolant leur guide en chair et en os.

Assis l' autre jour sur un des sommets des Diablerets, nous admirions la vue depuis dix bonnes minutes quand mon voisin m' a demandé: « Ça s' appelle comment, ici? » - Et qu' est qui distingue l' homme du mulet? B. Amy garantit la vérité de ceci: « Deux alpinistes partent pour l' arête Forbes, au Chardonnet, par grand beau temps. Au milieu de l' arête, ils laissent tomber le « topo » dans un couloir. Que font-ils? Demi-tour! Parce qu' ils étaient, sans « topo », incapables de suivre une arête rectiligne les menant à un sommet où la foule leur aurait indiqué la voie de 21 Traversée du Snow Plateau. Au fond, à gauche: le Pinacle ( 6gjo m ) 22 Camp sur le Snow Plateau ( 6300 m ), au pied du Nun et de White Needle 23 Le Kun ( 7085 m ) 24 Le Nun et son versant encore vierge. Devant, à gauche: White Needle ( env. 6600 m ) Photos: Expédition 1976 au Nun descente. (... ) Je vois là le type même de l' alpiniste tel que l' a fabriqué le topo-guide actuel. Alpinistes, randonneurs, touristes ont été habitués à circuler le nez dans le topo, les yeux dépassant à peine. » Les directives du CAS intiment aux auteurs de guides l' ordre d' être complets, de décrire toutes les montagnes du secteur et tous les itinéraires de ces montagnes. Mais peut-on être complet? Evidemment pas. D' abord, si certains s' empressent de signaler leur moindre variante et leur plus petite hivernale, d' autres ne disent jamais rien. Il m' a fallu le plus grand des hasards pour apprendre que l' arête de Sailles, au Muveran, avait été gravie intégralement en 1937 et pas en 1945. Mais combien de grimpeurs n' ont jamais mentionné une première, ni une correction importante à une description imprimée depuis des années?

Sauf pour de très courtes escalades, c' est une illusion de croire qu' une description est complète et exacte. Il y a des passages moins remarquables que d' autres, et alors ou bien vous vous étonnez d' un trou dans le texte, ou bien vous trouvez, devant vous dans le texte, une zone qui est derrière vous dans le terrain. Il y a l' imprécision du langage, qui pousse l' auteur à appeler cheminée ce qui pour vous est un couloir, et dalle ce que vous nommeriez mur. Il y a le rocher surplombant ou la fissure en « Y » que l' auteur trouve caractéristique, mais que vous n' arrivez pas à distinguer. Et le névé-repère qui a fondu. Et le piton qui a triplé, ou disparu. Quant aux passages cotés IV et cjui, pour vous, deviennent III, ou V, on n' a pas fini d' en discutailler. Les éléments subjectifs restent beaucoup trop nombreux pour garantir la précision à laquelle descriptions et croquis font croire.

Du refuge A' Envers des Aiguilles, on ypit le couloir au sud de la Tour Rouge, à 400 mètres de distance. Le gardien m' affirmait l' autre soir que ce couloir était dangereux, déconseillé, et abandonné depuis longtemps. Or les trois descriptions quej' aide ce versant du Grépon enfontunchemi- r26

25 Mont Asgard, vu du glacier Lake ( avec le glacier Turner ). Au premier plan, le bateau à rames de Summit Lake.

26 Au pied du Thor Peak ( Weasel Valley ) 27Vue du Tirokwa Peak sur Weasel Valley jusqu' au Summit Lake, glacier Lake et glacier Highway. Devant, à droite: le Thor Peak; aujond, au milieu: Tête Blanche; tout à gauche: le Mont Odin. Le Mont Asgard se situe au fond, à gauche, mais il est caché par les nuages nement normal et sûr. Ne rions de personne, sauf de ceux qui prennent pour infaillible ce qui est souvenir et appréciation personnelle. Et sourions des termes avec lesquels les quotidiens nous ont narré la mésaventure de « deux varappeurs malchanceux » au-dessus de Vallorbe: « Le guide qu' ils consultèrent, rédigé par les frères Remy, annonçait une voie pitonnée. En fait, relève M.J. P., nous avons réalisé une « seconde » imparfaitement pitonnée, puisqu' il manquait deux clous (... ) pour faire le joint, alors que les miens se trouvaient dans le coffre de ma voiture. » Bloqués durant cinq heures, ces deux-là ont au moins eu le temps de méditer du bon usage des guides-manuels.

Le comble serait de tenir le rédacteur pour responsable de la fonte du névé ou de la disparition du piton désiré. Et pourtant! Est-il sage de mentionner comme point de repère une fragile plaque de neige? ou d' accrocher, avec sa corde, sa description à des détails et des pitons? En d' autres termes, qu' est qu' il faut mettre ou ne pas mettre dans une description? Puisqu' évidemment nous n' allons pas jeter nos manuels dans les rimayes, comment peut-on les améliorer? Que proposer à leurs auteurs?

Commençons par le degré de précision. Il me semble que nous avons, dans l' ensemble, nettement exagéré dans le nombre des renseignements fournis. Parmi ceux qui sont nécessaires, il y a sans doute la cotation de difficulté d' ensemble de la course et son horaire, le caractère du rocher et des sections neigeuses, pour que le touriste puisse estimer à quoi il s' engage. Doivent aussi figurer le point de départ de la voie proprement dite ( ce qu' on aime appeler l' attaque ), la ligne générale de l' ascension et les points de repère qu' on peut identifier à distance. Importants aussi sont les noms des premiers grimpeurs et la date de leur ascension, qui renseignent souvent sur le genre de la course, en même temps qu' ils aident à l'«huma-niser », et peuvent parfois nous rendre modestes... Parmi les renseignements dont l' utilité est moins certaine se trouvent ( sauf exceptions ) l' indication 28 Le Munin et le Hugin, vus du glacier Fork Beard 29 Au pied de la face nord du Thor Peak. Vue sur le glacier Fork Beard 30 Weasel Valley. Traversée typique d' un ruisseau latéral. Au fond: Weasel-River. Derrière: glacier et moraine du Crater Lake Photos: Maurice Dupont, Roc ( CAF, Megève ) des terrasses de relais, les conseils sur la façon d' es un obstacle, la cotation des passages individuels, et l' emplacement des pitons; de ce point de vue, mais de celui-là seulement, certains guides des Alpes uranaises ou grisonnes sont des exemples de sobriété.

Serge Coupé, auteur du guide ( détailléVercors - Chartreuse, s' exprime avec une autorité qui mérite d' être citée: « Les détails, jene les lis même pas. D' ailleurs, ou j' oublie le topo-guide chez moi, ou il reste dans mon sac. J' en conclus que connaître le troisième mouvement de la fissure en « X » est superflu. Ce qu' il faudrait, sans aller jusqu' à la fabrication du beaufort, ce sont des indications générales, l' orientation d' ensemble de la course, la difficulté pour que le lecteur sache sur quoi il va tomber ( il ne faut pas envoyer les gens à la mort ). Mais il est inutile de décrire longueur après longueur, de donner le nombre de pitons d' ailleurs variable d' une année et même d' unjour à l' autre. Je dirais même qu' il peut être dangereux de donner trop de renseignements de cet ordre, d' autant plus que le risque de se tromper croît avec le nombre d' indications données. (... ) Quand je referai quelque chose, je donnerai moins de précisions, mais plus d' indications générales, plus de photos - et pas seulement des photos de parois -, des photos de torrents et de chalets. Sans aller jusqu' au folklore local, j' essaierai - mais y arriverai-jede suggérer ce qu' on peut voir ou trouver dans le pays. » Un autre point ouvert à la discussion est celui des variantes. Certains sommets en sont étonnamment riches. Pour les très respectables faces nord des Courtes et du Triolet, La Chaîne du Mont Blanc présente des croquis marqués de tant de lignes pointillées qu' on n' y voit plus guère la montagne. Et si vous vous intéressez à l' arête SW de l' Aiguille d' Argentière, le guide vous propose 24 voies! Dans les Alpes valaisannes, où le rocher n' a pas la même qualité, les grimpeurs se sont ingéniés ( ou trompés ?) au point de couvrir les montagnes de variantes douteuses. Le versant sud du Grand Combin montre neuf itinéraires décrits par le guide, qui précise que seuls trois d' entre eux sont recommandables, ou du moins pas dangereux. Faut-il décrire les autres? Le versant est du Dom des Mischabel est parcouru par presque autant d' itinéraires que de dévaloirs. Pourquoi les cataloguer tous? Si vous y allez, seuls vos yeux vous aideront à choisir telle nervure ou telle ravine pas trop dangereuse selon les conditions du moment. Et si vous pensez faire une « première », alors que Puckle ou Williamson ont grimpé là. au siècle passé quand l' enneigement était bien différent, quel mal y a-t-il?

Notre maître Marcel Kurz avait une opinion claire sur le sujet. Voici ce qu' il écrivait en 1947 dans sa préface à Alpes valaisannes II: « Dans l' édi précédente, j' avais supprimé impitoyable- ment toutes les variantes parasites, inutiles ou stupides. Plusieurs critiques m' ont reproché cette suppression, estimant qu' elle ne pouvait être qu' arbitraire et subjective. Peut-être. J' ai donc cherché à être objectif et complet. (... ) La brièveté dans la description de certaines voies ou variantes est généralement en proportion de leur valeur pratique... » Façon indirecte d' être subjectif. La description détaillée et encyclopédique montre le savoir de l' auteur. Le choix, qui comporte un risque, montre sa conception de l' alpinisme.

Le risque du choix se montre tout particulièrement dans les livres qui nous proposent 50 ou 100 courses pour un massif ou un genre d' escalade. Ces livres sont splendides, et très utiles. Mais ils montent en épingle telle et telle ascension, ils nous N,. 156 a he ™ Editeur: Speck-Just, Lucerne Aile Javelle, 3438 m, fig. 1.

Du col droit ( 3294 ) longer une vire horizontale sur la face orientale puis s' élever directement à l' arête qu' on suit jusque sous la Tête Crettez.T.ourner celle-ci au sud pour gagner la brèche qui s' ouvre à l' Est de l' AjJe Javelle ( fig-. 2. ). On accède au crack en montant sur un entassement de blocs. S' élever ensuite quelques m. à l' extérieure sur la tranche du crack puis pénétrer à l' intérieur ( face à L' Est ). Monter sur un premier bloc coincé dans la fissure, puis de là en s' aidant des coudes sur un second face vers le fond de la fissure ). De là lancer la corde après avoir fait un gros noeud à son extrémité pour la pincer dans une petite entaille de la paroi à droite. Se hisser presqu' à une plateforme à gauche puis franchir la cheminée d' un bond. Surmonter un gros bloc cubique pour arriver à la courte cheminée qui sépare les 2 sommets. Celui de droite est le plus élevé. ( Du pied en 20 ou 30 minutes.

Marcel Kurz, Neuchâtel.

Illustrations tirées du « Guide illustré des Alpes suisses ». Ce petit ouvrage en deux volumes reproduisait notamment une description et les premiers dessins de l' Ai Javelle par Marcel Kurz. C' était en 1906, et l' au du futur Guide des Alpes valaisannes avait à peine 19 ans.

poussent à établir un palmarès, à ériger des critères de « qualité », et à transformer la montagne en stade.

Une autre question ouverte est celle des rapports entre le guide et la carte topographique. Kurz, toujours lui, quand il entreprit son énorme travail, écrivait pour des touristes qui avaient en main l' Atlas Siegfried au 1:50000. Or « la Siegfried » comportait en terrain montagneux une foule d' erreurs et d' imprécisions que Kurz, topographe de métier, rectifiait dans son guide à l' aide des minutes et documents auxquels il avait accès.

Avec la Carte nationale, surtout au i: 25000, nous avons un tout autre instrument, où la photographie aérienne et le talent des dessinateurs se sont combinés pour approcher de la perfection. Kurz pouvait bien écrire en 1930: « La carte est à la base d' un guide de ce genre. L' un n' est rien sans l' autre. Pour l' alpiniste sérieux, elle constitue un auxiliaire indispensable, qui complète tout naturellement la description itinéraire et en facilite beaucoup la compréhension. » Cette façon de voir se justifie-t-elle entièrement aujourd'hui? Ou pourrait-on la retourner, envisageant le guide comme l' auxiliaire de la carte, qu' il compléterait là où la carte ne peut évidemment pas suffire, sur les arêtes et les parois proprement dites? Le fait est que, souvent, en terrain glaciaire mais aussi dans les gazons et les rochers modérément raides, la carte est plus claire et plus complète que la description. Ne devrions-nous pas renvoyer le lecteur à la carte pour tous les itinéraires en terrain ouvert? Or, on trouve dans nos guides des descriptions de quinze et vingt lignes pour des chemins de cabanes dessinés sur la carte, fléchés et balisés sur le terrain!

Un net avantage au crédit de la carte: Elle laisse ouverte la porte de l' initiative et même de l' aventure; elle ne dicte pas un choix, comme le fait partiellement le guide, surtout le livre d' esca choisies, mais elle présente discrètement toute la montagne. En ce sens, la carte maintient le touriste dans une attitude d' alerte et d' observa propre au vrai alpiniste, et bien différente de l' état de dépendance de l' homme qui circule « le nez dans le topo, les yeux dépassant à peine »...

Un défaut commun pourtant: la carte, tout comme le guide, n' est révisée qu' après dix ou quinze ans, et pendant ce temps les routes s' allon et les glaciers se raccourcissent. Une raison de plus pour utiliser notre matière grise quand nous consultons les documents qui nous sont proposés.

« Mais qui lit une carte? Nous devons écrire pour ceux qui n' y sont pas habitués, et qui de plus grimpent mal !» me disait Maurice Brandt, ami et compagnon-auteur. C' est vrai, comme il est vrai que la meilleure des cartes peut induire en erreur le meilleur des alpinistes sur un parcours où la malignité du terrain n' apparaît pas au t :25000. Mais j' aime surtout cette remarque, parce qu' elle attire l' attention sur le but éducatif que doit avoir le manuel.

Il ne faut, en effet, pas se leurrer sur le niveau de préparation de beaucoup de touristes et de grimpeurs. Des accidents, et aussi des incidents plus ou moins cocasses, ont parfois prouvé une méconnaissance et une inconscience invraisemblables. Le guide a sûrement un rôle d' abord pédagogique à jouer. Il doit, bien sûr, indiquer où passer, et parfois comment passer. Mais il devrait beaucoup plus enseigner à bien marcher et bien grimper, amener aussi à étudier, à regarder et réfléchir. L' important est de donner au lecteur un sens de la montagne, très différent de la capacité physique de franchir les obstacles. On ne devient pas alpiniste dans un jardin d' escalade, mais en faisant des courses d' abord faciles, puis, peu à peu, longues, difficiles et complexes. Le guide doit aussi conduire le touriste dans l' optique d' une progression éducative, et essayer de lui donner le goût de l' itinéraire et de sa recherche, le désir de l' obser et du souvenir, le sens de ses propres responsabilités aussi.

Le manuel de mes rêves? Celui qui, à travers les renseignements pratiques et techniques indispensables pour stimuler l' alpiniste à s' engager au maximum, l' aide à dépasser l' effort physique, à observer ce qu' il voit, à apprendre à s' orienter, à acquérir le sens du terrain, à percevoir le danger, à aimer la recherche et l' aventure - bref, à dépasser le guide pour mieux admirer la montagne que le guide lui a révélée.

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