Perdrix des neiges

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Avec 2 illustrations ( 13, 15Par R.P. Bille

O perdrix blanches, blanches l' hiver et l' été grises, qui vivez d' air pur et de lumière, je voudrais aujourd'hui parler un peu de vous! Y parviendrai-je? Il y a des années que nous avons fait connaissance, des années que nous nous rencontrons sur les arêtes neigeuses, tout près du ciel, là où nul autre oiseau ne survit. Et toujours nous nous saluons de même: vous de votre petit œil noir et moi de mon approche passionnée. Mais toujours aussi vous finissez par prendre le vol au moment où je crois vous atteindre. Je connais vos humeurs, votre sauvagerie les jours de brouillard, vos cris rauques; je vous ai vues témoigner de l' inquiétude alors que je n' avais même pas escaladé le pied de votre montagne. Et ce sombre accueil me faisait de la peine. Qu' aviez donc ces jours-là? Pourquoi me signaliez-vous à une telle distance comme vous l' auriez fait d' un vulgaire renard? Etais-je tant que cela votre ennemi?

O perdrix blanches, souvenez-vous pourtant de ces après-midi de grand soleil où nous fraternisions dans la neige fondante. Oui! souvenez-vous de ces journées sereines, de ces lumineuses journées où vous vous montriez si peu farouches que je pouvais alors m' énivrer de votre blancheur... Longtemps nous nous observions: vous étiez cette neige vivante qui avançait sur l' autre neige, parmi les roches et les airelles, et qui parfois prenait le vol telle une douce avalanche; vous étiez aussi ce gros flocon immobile que seul trahissait l' imperceptible point noir du bec et du petit œil rond; vous offriez à la lumière l' éblouissante blancheur de votre poitrine, plus neige que la neige elle-même!

O perdrix polaires, combien alors vous étiez fondues dans l' aveuglant paysage, combien vous en faisiez partie! Il fallait, pour vous découvrir, beaucoup de patience, il fallait aussi grimper très haut. Mais vos pattes emplumées jusqu' à l' ongle laissaient sur les névés des traces funestes. Toujours je finissais par vous apercevoir, toujours aussi vous finissiez par disparaître derrière une crête neigeuse, effleurant la pente de votre vol floconneux! Et lors des tempêtes, souvent je pensais à vous. Je savais que vous descendiez vers les pâturages en vous laissant tomber sur les champs de neige, je savais que vous attendiez la fin de la tourmente pour sortir de vos « iglous » et regagner à pied votre montagne. Mais de quoi vous nourrissiez-vous alors? Où trouviez-vous les menues plantes et les raisins d' ours qui faisaient votre régal sur les hauteurs balayées par le vent? 0 courageux oiseaux! amis des pentes étincelantes, des rochers et des glaces, amis des terrains torréfiés par le soleil, oiseaux des lichens, des joubarbes et des herbes cassantes... combien de fois n' ai pas rencontré vos fientes racornies dans ces déserts en compagnie des rondes pilules des lièvres aussi dures que des billes, combien de fois ne me suis-je pas amusé à les émietter dans le creux de la main, tandis que la réverbération intense m' obligeait à garder les lunettes noires... Combien de fois aussi n' ai pas vécu vos craintes quand, très haut dans les airs, l' aigle royal décrivait ses orbes immenses?

0 purs oiseaux des neiges! longtemps j' ai rêvé à votre possession, longtemps votre existence est demeurée pour moi un peu irréelle. Mais l' autre jour enfin l' un des vôtres est resté pris dans mon objectif!

S' en est-il seulement douté en prenant le vol, en me laissant seul entre ciel et terre...?

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