Pilier sud du Mont Aiguille (2097 m)

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PAR ROGER G1LLI' RON, DIABLERETS

Avec 1 illustration ( 168 ) et 1 croquis Lorsque mon ami Jean me proposa d' aller gravir le Pilier sud du Mont Aiguille, dans le Vercors, je fus tout de suite d' accord. Le récit des voies audacieuses ouvertes sur les parois du mont historique me donnait grande envie d' aller le visiter. Jean possédait un excellent « topo » de Coupé * et d' utiles renseignements communiqués par nos camarades genevois. Une des principales difficultés consiste dans la très mauvaise qualité du rocher combinée avec une exposition dolomitique. Cependant, cette escalade, faite de doigté et de délicatesse, m' a donné un plaisir qui n' a fait que grandir au fur et à mesure que nous montions.

Donc, un samedi soir de septembre, nous plantons la tente dans une jolie prairie au pied de ce mont à la forme si caractéristique. On ne pourrait demander mieux pour le camping: place à profusion, tranquillité absolue, belle vue, avantages dont nous jouirons, l' esprit détendu, le lendemain de l' ascension...

1 MM. Serge Coupé, de Chambéry, et Alain Cornaz, de Chalons-sur-Saône, ont réussi la première le ter juin 1952. 296 Nous partons tôt le dimanche, après un rapide déjeuner sous l' éclairage de la lampe frontale de Jean! Le jour s' est levé lorsque nous arrivons au col du Laupet. Des écharpes de brouillard traînent le long des parois, tout est mouillé; le ciel est gris et bas, le moral aussi... Toutefois, depuis la base du Pilier sud, les rochers ont l' air assez secs et nous décidons d' y aller voir. Vu d' en bas, l' itinéraire paraît compliqué, mais nous avons repéré le point où se fait le départ et je grimpe déjà pendant que Jean bagarre avec son matériel. Nous parcourons d' abord deux longueurs faciles obliques à droite, une traversée horizontale à gauche déjà exposée, et de nouveau une dizaine de mètres ascendants à droite. Nous sommes maintenant sous un mur de rocher jaune très redressé et à l' aspect délabré: c' est le début des difficultés qui seront soutenues jusqu' au dernier mètre.

Pilier sud du Mont Aiguille J' escalade un petit dièdre et le jeu continue par une traversée sur la gauche, délicate et très exposée: 15 mètres environ pendant lesquels j' avance lentement, l' esprit soucieux de laisser ces ruines intactes pour de prochains visiteurs... Impossible de planter un piton dans ce rocher qui saute comme du plâtre. Les six derniers mètres sont encore plus corsés et j' arrive avec soulagement au relais. Jean me rejoint en pestant contre la mauvaise qualité de la pierre. Il prend maintenant la tête des opérations, le sac change d' épaule, et le matériel, de ceinture. 4 mètres à gauche sur une petite vire, et mon camarade force ensuite un mur de 25 mètres de rocher assez compact. Les prises sont plus rares, mais à peine meilleures. Avec le sac, j' ai hérité d' une espèce de gros tire-bouchon spécialement étudié par Jean pour sortir les pitons, et moins spécialement pour se crocher sournoisement dans le rocher pendant que je grimpe! Cependant, je reconnais qu' aucun piton n' a résisté à son appel...

La longueur suivante, plus facile, nous amène sur la vire bien marquée qui traverse le Pilier sud aux deux tiers de sa hauteur. Nous prenons quelque nourriture et Jean se prépare à surmonter un dièdre peu sympathique, noir et humide, terminé par un surplomb. Pitons, étriers, coins de bois, tout l' arsenal est mis en branle. Pour moi, rivé à mon « clou », je peux, pendant plus d' une heure, laisser mon esprit se détendre, tout en surveillant les cordes. Le service de la voirie est en pleine activité et je vois passer au large un matériel qui aurait fait merveille à la bataille de Morgarten! De temps à autre, le voile de brouillard se déchire et j' aperçois tout en bas dans la prairie la tache claire de notre tente.

Je dois maintenant grimper à mon tour et quitte à regret ce magnifique balcon. Brusquement, je suis dans le bain: les deux premiers coins de bois sur lesquels je me rétablis sortent lâchement de leur logement et je me trouve suspendu à la corde avec deux étriers de plus à la ceinture. J' essaie vainement de me raccrocher à quelques prises laissées par Jean, mais elles ne résistent pas à mes sollicitations et, bon gré mal gré, je reviens sur la vire. Grâce à une vague cheminée située quelques mètres plus à droite, je peux rejoindre la ligne de pitons au-dessus de ma tête et, jusqu' au relais, mon rôle se borne à un captivant travail de dépitonnage.

De ce point, nous constatons qu' il est impossible de continuer à droite, comme l' indique le topo. Nous comprenons que le dièdre que nous venons de gravir par erreur est notablement plus à l' ouest que celui escaladé par Coupé. Nous sommes ainsi toujours dans le versant sud-ouest du Pilier et des dalles couronnées de deux petits surplombs nous séparent de la base d' un couloir qui nous permettra d' atteindre le sommet. L' escalade devient extrêmement difficile et Jean s' emploie à fond pour atteindre un emplacement minuscule sous le premier surplomb. Je le rejoins et, libéré du sac, je me rétablis à droite sur le bord d' une dalle compacte qu' il faut traverser au-dessus d' un vide impressionnant: la paroi tombe sans un pli jusqu' au pierrier. A 4 mètres de la sortie, je dois encore faire des politesses à un vilain pilastre décrépit qui occupe naturellement le seul endroit pourvu de prises. Enfin, un dernier rétablissement m' amène au bas du couloir et, quelques instants plus tard, nous nous serrons la main sur l' herbe du sommet, enchantés d' avoir réussi cette magnifique escalade.

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