Rocailles fleuries

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Par Henry Correvon.

La première fois que, petit collégien yverdonnois, je vis une rocaille, ce fut en 1868 au printemps. Je m' essayais alors à herboriser le long de la route Grandson-Neuchâtel et m' arrêtai tout interdit devant la grille de la villa devenue plus tard celle de M. Alfred Vautier, le grand fabricant de cigares. On construisait là une fontaine en tuf de Montcherand, dotée de niches dans lesquelles on plantait des espèces peu dignes de nos jours de figurer dans une rocaille. C' étaient de vulgaires Orpins et autres rebuts du jardin de M. Boissier dont les jardiniers avaient probablement doté le propriétaire. Pendant de nombreux mois je ne dormis plus et rêvais constamment à cette merveille rocheuse. Il y a de cela plus de 70 ans et j' en ressens encore l' impression quand je songe aux beautés vécues depuis mon enfance grâce au jardin.

La « Rocaille fleurie », voilà l' idéal des cœurs bien nés et de beaucoup d' alpinistes. Mais il faut avouer que pas n' est petite chose que de construire un jardin rocheux, le « Rockgarden » des Anglo-Saxons. C' est certainement à M. Edmond Boissier que nous devons les premiers essais de ce genre de culture et c' est lui qui, après peut-être certains Anglais qui avaient déjà fondé le « Rockgarden » chez eux, instaura chez nous les cultures en rocailles. La passion était déjà dans l' air car il me souvient d' avoir essayé étant tout jeune enfant de construire des enrochements pour les plantes que j' arrachais aux murs fleuris et aux rochers, sans beaucoup de succès, il est vrai.

Ce fut en 1872 qu' élève du fameux horticulteur Frœbel à Zurich, je compris comment on construisait les rochers pour y cultiver des plantes de montagnes. Il avait lui-même visité les cultures Boissier et appris de notre compatriote à Valleyres près Orbe comment cultiver les plantes rares des rochers et des montagnes. Je fis en 1876, dans le jardin de mon aïeul maternel à Yverdon, un premier essai de cultures alpines et publiai le premier catalogue de plantes alpines qui ait jamais paru sur le continent.

En 1889 nous établissions, quelques amis du Club Alpin et moi, le premier jardin botanique alpin, « la Linnaea », sur la route du Grand St-Bernard à Bourg-St-Pierre, dans les Alpes du Valais On se moqua un peu de nous, et les critiques plurent plus fort que les encouragements. Toutefois ce jardin, devenu propriété de la Société académique de Genève, sert en été de laboratoire aux étudiants de notre service botanique et est mis à la disposition du Dr Chodat pour ses nombreux élèves qui viennent en été étudier « in situ » la vie des plantes. Ce jardin fit école et de tous côtés on fonda des créations semblables qui s' avérèrent utiles non seulement aux amateurs de plantes des montagnes mais au public scientifique également. Des jardins botaniques à la montagne furent créées depuis lors un peu partout, et celui du Petit St-Bernard en Italie a fêté l' an passé son 40e anniversaire sous la présidence de la princesse héritière d' Italie. Ce jardin que nous avions fondé en 1897 est devenu très important grâce à un don de 100,000 francs fait il y a un quart de siècle par le Commandatore de Marchi. Il est maintenant doté d' un institut de botanique et d' un laboratoire qui sont au service de l' Université de Turin.

Le Jardin de la Rambertia au sommet des Rochers de Naye fut fondé en 1896 pendant notre exposition nationale et sur une partie de l' emplace réservé à cet effet par la Société Botanique de Montreux. On avait essayé là d' établir une sorte de jardin botanique qui n' avait pas réussi et dut être abandonné. Un comité fut à nouveau formé, et je demandai et obtins qu' il prit le nom de mon maître vénéré Eugène Rambert. Il appartient à la Société du Glion-Naye et n' a qu' un but vulgarisateur et rien de scientifique. C' est un beau spécimen de ce que l'on peut établir à la haute montagne en fait de cultures. Il y a là certaines espèces méridionales telles que la Linaria pallida des Abruzzes qui gèle parfois à Genève et qui, là-haut, envahit tout un rocher.

Des jardins semblables furent créés un peu partout, et les frères Bouget de Bagnères-de-Bigorre en firent un autour de l' observatoire au sommet du Pic du Midi ( Pyrénées, 2877 m. ait .), mais il déclina faute de soins.

De nombreux essais furent tentés dans les montagnes en Suisse, en Italie, en France, en Allemagne, en Autriche, etc., mais peu ont réellement réussi. En effet il est aisé d' établir un jardin; encore faut-il la patience de l' entretenir et de continuer l' œuvre entreprise. Nous avions établi dans les Alpes Cotiennes, au-dessus de Pinerolo sur le sol sacré par les souvenirs des « Valdesi », un semblable jardin qui, tant que dura la vie de l' un de ses enthousiastes créateurs, le professeur Monnet, réussit admirablement, mais qui déclina depuis le décès du directeur.

Les alpinistes qui ont un jardin — ou même seulement une terrasse — y construisent souvent et de plus en plus fréquemment, des rochers ou des rocailles, souvent très pittoresques et du plus bel effet artistique. Ils y établissent des cultures d' espèces rapportées de la montagne ou des établissements spécialement dévolus aux cultures alpestres. Cela devient assez général et se répand de plus en plus chez nous et ailleurs. Les jardins botaniques ont, depuis notre Exposition nationale à Genève en 1896, où l'on avait établi autour du Pavillon du C.A.S. des rochers artificiels dus au génie d' un artiste genevois, M. Allemand, encouragé fortement la mode des rocailles et des cultures alpines. Les rochers du jardin botanique de Genève forment le goût de notre public et le dirigent du côté du jardin pittoresque et naturel. Notre jardin de Floraire y contribue aussi pour sa part, et de très nombreux amis des jardins viennent prendre modèle ici et des idées pour leurs propres jardins.

Autrefois on établissait des rochers « à la Mont Blanc » assez encombrants et peu pratiques où l'on créait des sentiers parcourant la rocaille. Mais à l' heure actuelle nous en sommes arrivés à construire de nombreux enrochements en divers endroits de notre propriété et arrivons par ce moyen à intéresser sur un plan plus vaste le public à la flore des montagnes. En disséminant ainsi les enrochements au soleil, à demi-ombre, à l' ombre, à l' humidité ou au sec, nous arrivons mieux à répondre à toutes les exigences des plantes.

Diverses sociétés pour la culture des plantes alpines se sont formées dans ces dernières années, et cela dans plusieurs pays. En Angleterre l' Alpine ROCAILLES FLEURIES.

Garden Society compte près de 1500 membres très attentifs aux efforts faits dans le monde entier en faveur des plantes alpines. Aux Etats-Unis d' Amé des « Garden Clubs » surgissent dans chaque Etat, qui instaurent des jardins alpins sous tous les climats et dans toutes les zones. A Genève même une société s' est formée, « les Amis de la Rocaille », dans le but de faire connaître les plantes des rocailles et de les cultiver.

En Scandinavie de nombreux jardins alpins surgissent de tous les côtés et permettent aux amis des plantes d' avoir de vives jouissances à leur porte. En Allemagne les superbes enrochements des jardins botaniques de Berlin, de Munich, de Dresde et d' ailleurs font beaucoup pour répandre dans le public le goût des plantes alpines. Il en est de même en Autriche et dans les pays balkaniques où le roi Boris a établi sur les pentes des Monts Rhodopes un jardin alpin de grande valeur. Disons qu' autour des Palais de la S. D. N. le secrétaire général, M. Avenol, fait établir en ce moment, avec l' aide de son chef-jardinier, M. Rosset, des rocailles qui feront certainement parler d' elles.

Quelques renseignements pratiques maintenant sur les matériaux à employer pour établir d' utiles rocailles: Le calcaire est supérieur au granit parce que plus poreux et plus susceptible de rendre au sol l' humidité dont la plante a besoin. Le tuf est encore le meilleur des matériaux mais offre l' in d' être assez rare chez nous.

Murs fleuris: Avez-vous parcouru en voiture ou à pied la région des vignobles aux cantons de Vaud, de Neuchâtel aussi bien qu' au Midi? Il doit vous souvenir d' en avoir admiré la végétation murale toujours brillante et belle. La Barbe de Jupiter ( Centranthus ou Valeriane rouge ), les Campanules, la Ruine de Rome, le merveilleux Antirrhinum Asarina du gai Midi dans les murs d' enceinte du vieux château royal d' Orbe où l' avait semé au siècle dernier un ami de Boissier, le Dr Mœhrlen; les Gueules de Loup, les Corbeilles d' Or ou d' Argent, cent autres trésors décorent ces murs animés ainsi par des fleurs pendant une grande partie de l' année. La ville de Lausanne que Floraire avait autrefois dotée de quelques plantes murales placées dans le mur de soutènement portant la promenade de Montbenon a établi tout le long des murs du fameux Dézaley des cultures murales de grand effet qui causent la plus vive admiration de tous les passants. Garnissez ainsi vos murailles, vous tous qui avez l' heur d' en posséder. Et, si ce bonheur vous est refuse ne craignez pas d' établir des murs de tuf ou bien en pierres calcaires — de préférence, et garnissez-les d' espèces murales qui vous procureront des joies tout l' été durant et même souvent en hiver. Les premières Aubrietias de Grèce épanouissent leurs fleurs lilas, roses ou bleu-violet dès la fin de janvier déjà. Les Corydales d' or qui hantent les murs des environs de Villeneuve et de Vaumarcus sont de belles étrangères échappées des jardins botaniques et alpins des environs ainsi que la brillante Barbe de Jupiter de Lavaux, sortie il y a un demi-siècle des jardins du presbytère de Rivaz sur les bords du bleu Léman.

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