Silvretta et Vereina

Hinweis: Dieser Artikel ist nur in einer Sprache verfügbar. In der Vergangenheit wurden die Jahresbücher nicht übersetzt.

Par Hans Plaftner.

Il y a peu d' endroits dans les Grisons qui, comme Klosters, permettent d' accéder à deux vallées aussi intéressantes que celles de Silvretta et de Vereina.

Une belle route carrossable longe la sauvage et torrentueuse Landquart et nous conduit aux premières alpes. Les montagnes enserrent de plus en plus la vallée, laissant toutefois assez d' espace pour que de riches alpages y trouvent place.

Après deux heures de marche la vallée se divise en deux branches. La principale qui va en direction du glacier de Silvretta et l' autre qui conduit à Vereina.

Il y a quelque quarante ans, la plupart des alpinistes prenaient la route de gauche, le chemin de la Silvretta. Arrivés à Sardasca, dernière alpe de Klosters, les touristes devaient attaquer la pénible montée à la cabane. Après cinq bonnes heures de marche du village de Klosters, on se trouvait en face du cube de pierre de la vieille cabane qui a offert un refuge à tant de fervents amis de montagne pendant les beaux jours d' été comme aussi pendant les tempêtes de neige d' un hiver impitoyable.

Les guides suisses et ceux du Tyrol tout voisin s' y sont rencontré aux temps classiques de l' alpinisme d' été. Souvent toutes les places de la petite cabane étaient occupées. Aujourd'hui, le beau « Berghaus » qui s' élève à côté de la vieille cabane ne compte que très peu de visiteurs et la cabane reste entièrement vide même durant les plus beaux jours d' été. On préfère se prélasser au bord du bassin de natation de Klosters.

Et, d' ailleurs, les idées sur le sport ont changé de nos jours. L' alpinisme d' été ne compte plus. L' eau, la danse et, en hiver, le ski ont pris sa place. On vent bien être sportif, mais le sport ne doit pas trop nous priver des plaisirs légers de nos jours.

Nous autres, ceux de la vieille garde, qui retournons encore volontiers chaque été faire l' ascension de nos beaux pics à la Silvretta et Vereina, nous avons quelque peine à nous faire à ce changement d' idées. Pourtant, nous restons optimistes et croyons fermement à une renaissance de l' alpinisme d' été. Il reviendra le temps où nos incomparables montagnes se repeu-pleront en été; un temps où les cabanes délaissées, vieilles ou nouvelles, verront renaître le romantisme d' antan, le temps des guides, des ascensions hardies, des cordées sur nos glaciers immaculés.

Silvretta s' est vue entièrement dépeuplée tandis que l' aimable vallée de Vereina a su s' attirer une modeste clientèle grâce à la construction d' une voie carrossable du village au nouveau « Berghaus ». Les plus paresseux peuvent y arriver en habit du dimanche et en souliers de danse, sans fatigue aucune. Les gens du village, ceux qui veulent passer leur dimanche sur la hauteur, préfèrent Vereina. Le chemin est de deux heures plus court et la gentille vallée semble attirer les visiteurs plus que la sauvage Silvretta.

Pour moi, je les aime toutes les deux. Elles resteront mes deux vallées préférées dans le riche choix que m' offre notre canton aux 150 vallées.

Qu' il me soit permis d' évoquer en deux mots la légende de Silvretta et Vereina.

Il y a bien des années de cela, un gentilhomme du Piémont avait quitté son pays avec deux jeunes filles, Silvretta et Vereina. Silvretta était une belle blonde aux yeux bleu clair. Vereina, au contraire, était une brunette du châtain le plus foncé.

Après des journées de marche à travers les Alpes, les trois voyageurs arrivèrent dans la vallée que nous appelons aujourd'hui Vereina.

L' endroit leur plut et ils s' y installèrent dans une grotte à l' abri des animaux sauvages et des intempéries de l' hiver.

Baretta — c' était le nom du gentilhomme — aménagea la grotte de son mieux, de sorte qu' ils y habitèrent tout à fait à leur aise. Ils apprivoisèrent des chamois et des marmottes, dont le lait et la viande formaient leur nourriture. Ils y ajoutaient des baies et des herbes fortifiantes.

Les années passèrent. Les deux jeunes filles grandirent en sauvageons auprès de leur père qu' elles adoraient. Mais celui-ci vieillissait et sentant que la fin de ses jours approchait; il appela ses deux filles auprès de lui.

Tous les trois montèrent sur une colline, d' où ils purent voir les cimes lointaines couronnant le glacier et la belle vallée à leurs pieds. Alors le père leur parla en ces termes:

Je vais bientôt mourir, mes chères enfants. Alors vous serez seules. Je n' ai point d' autre héritage à vous laisser que ces deux vallées.

« Toi, Silvretta, tu auras les montagnes étincelantes de ces cimes altières qui touchent là-bas au bleu pur du ciel. Tu leur donneras ton nom.

A toi, Vereina, appartiendra cette vallée aimable qui s' étend à nos pieds où nous voyons briller au mois de juillet le rouge foncé des rhododendrons parmi les feuilles rousses. Cette vallée portera ton nom. » De retour à la grotte, le père se coucha et deux jours plus tard il mourut. Ses filles lui creusèrent une tombe devant leur grotte et l' ornèrent des plus belles fleurs de la montagne. Puis elles quittèrent la vallée dans la direction du nord, sans qu' on ait plus jamais entendu parler d' elles.

Il ne nous est resté que les deux noms de Silvretta et Vereina et la grotte qui s' appelle encore aujourd'hui Baretta-Balma ( grotte de Baretta ). Elle n' est qu' à quelques minutes de la vieille cabane de Vereina, mais presque introuvable pour celui qui n' en connaît pas exactement la place au milieu des rocs innombrables qui couvrent la pente.

Addenda à l' article „ Noms de lieux alpins ", de M. Jules Guex.

Les illustrations accompagnant l' article de M. Jules Guex, face p. 148: The Matterhorn; face p. 192: II Monte Servino, et Le Mont Cervin et les Grands Moulins sont tirées de l' ouvrage de M. Charles Gos: Histoire du Cervin par l' image, Ed. Spes, Lausanne.

Feedback