Solitudes jurassiennes

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Par Blanche Berguerand

Le Jura? On dit: « C' est un pays sans eau; c' est triste et monotone, c' est un pays de loups. » Peut-être...! Et pourtant, c' est un pays où sont toujours retournés ceux qui ont subi l' attirance de ces solitudes.

Je pense ici aux terres les plus hautes, les plus lointaines de la Vallée, à celles qui s' étendent de la région Marchairuz jusqu' au Noirmont, terres où l'on ne va que rarement parce que c' est loin, parce que c' est perdu, et parce qu' on risque de s' y égarer.

Immensités de la combe des Amburnex, de la Sèche, des Trois Chalets, des Riondaz.. Et la Combe des Begnines, perdue là-haut, si étrangement seule, combe sans issue avec le couvert du Couchant au bord de la Gouille au Cerf, petit pré marécageux qui descend vers l' ombre bleue de la forêt mystérieuse derrière laquelle plonge le Creux de Crouaz.

Espaces illimités des Grands Plats, des Petits Plats, des Loges, de la Baragne; étendues si vastes où rien n' arrête votre évasion, si ce n' est quelques petits chalets de pierre et une crête de sapins noirs qui se profilent là-bas, très loin, dans l' or du couchant.

Chalet à Roch-dessus, si solitaire sur son sommet pelé et pierreux, sous un ciel gris de pluie.

Terres vides, terres dépouillées, mais terres belles, parce que la beauté n' est pas dans la surcharge des détails, mais dans la pureté de la ligne à laquelle il n' y a plus rien à retrancher.

On peut suivre des heures les pistes forestières où il faut un sens de coureur des bois pour ne pas se tromper aux bifurcations, pour ne pas manquer les points de repère dans ce pays si semblable à lui-même. On n' entend que la respiration du vent à la cime des sapins. On fera lever un chevreuil, un lièvre; on verra le pas d' un renard, vieux malin, qui cheminait dans une ancienne trace de ski! D' humain? Aucun, sauf peut-être un douanier, qui, pour s' occuper dans sa ronde solitaire, vous demandera une carte d' identité!

Vous entendrez le chuintement de la neige qui se pose doucement dans le grand silence blanc... Puis, quand on croit ce silence total, définitif, alors se lève le blizzard - de vent ou de bise - qui change toute cette neige de place. On la voit passer en rafales horizontales, hurlantes, cinglantes. A certaines places, le sol est grate à nu; à d' autres, les chalets sont ensevelis jusqu' au toit. On dirait que toute la combe s' envole en fumée blanche. Et si le vent faiblit, on voit alors la neige, dans le crépuscule d' hiver, courir au ras du sol, en serpentins roses... La tempête et le froid peuvent être terribles là-haut. Mais malgré cela, et peut-être précisément à cause de cela, on garde la nostalgie de ce haut Jura combier, des terres distantes et graves, si simplifiées qu' elles nous simplifient intérieurement. Terres indifférentes même à tout ce qui se passe, car leur dépouillement est si grand qu' il ne leur reste que l' essentiel, cet essentiel qui est éternel.

Bulletin du CSFA, section de Lausanne.

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