Une semaine dans les Alpes Maritimes

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PAR HANS GFELLER, BERNE

Avec 2 illustrations ( 66-67 ) De Berne, via Genève—Annemasse—La Roche s/Foron, nous sommes arrivés lundi à Chamonix. Le ciel, sans doute, n' approuvait pas nos projets de vacances, car il arrosait copieusement la vallée. Hier, nous avons fait une longue balade le long du pied des Aiguilles, mais nous avons du nous contenter de jeter des coups d' œil impatients aux parois et arêtes qui montent à l' assaut du ciel. Les conditions sont très mauvaises et la situation météorologique générale ne promet pas de prochaine amélioration du temps.

Le mercredi, tôt le matin, Edi Keusen et moi sommes assis passablement déprimés dans notre abri près de l' hôtel du Plan des Aiguilles. Les nuages traînent paresseusement sur les flancs de la vallée et, pour comble de malheur, il pleut de nouveau, ce qui met notre patience à bout. Alors que nous cherchons un but de remplacement, le mot « Alpes Maritimes » tombe dans la conversation. L' un et l' autre, nous ne connaissons la région que par ouï-dire, aussi la perspective d' aven imprévues dans ce massif inconnu nous tente particulièrement. En hâte nous rassemblons tout notre matériel et montons à la station du téléférique.Vers midi nous sommes de nouveau à Chamonix où, sans tarder, nous nous mettons en quête de cartes, guides-manuels et autres renseignements sur notre nouveau but. Office du tourisme: rien; bureau des guides: rien; autres sources d' information possibles: rien non plus. C' est à désespérer. Nous ne savons pas même exactement on nous devons aller. Au cours de l' après, nous essayons encore au secrétariat du Club Alpin Français. Ici, on nous dit que Lionel Terray a souvent fait des courses dans le massif. Sans hésiter nous allons timidement frapper à la porte du célèbre guide. Il nous accueille très aimablement et nous prie d' entrer. Malgré notre français décousu, Terray saisit immédiatement ce que nous désirons; il nous montre même des vues en couleurs des Alpes Maritimes, fait une rapide esquisse du district et dresse pour nous le plan du voyage d' approche. Nous le quittons la tête pleine de projets nouveaux fort intéressants et nous nous rendons dare-dare à la gare...

( Le trajet en chemin de fer de Chamonix à Turin, via Chambéry et Modane, de nuit et en partie dans un train de service, fut déjà toute une aventure; ils arrivent pourtant à Cuneo à 8 heures le lendemain matin. )... Edi reste à la gare pour surveiller nos effets, tandis que je parcours la ville à la recherche d' une banque-change. Les quelques mots d' italien que je connais doivent sonner étrangement à l' oreille des gens, car personne ne semble me comprendre. Ce n' est que lorsque je montre de l' argent suisse à l' un des bras-pendants qui traînent autour de la gare, en bredouillant les mots significatifs « lires, lires », que je suis enfin conduit à une banque. La poche pleine de lires, je réussis contre toute attente à retrouver la gare, juste à temps pour attraper le car pour Terme di Valdieri. Ce n' est qu' une petite localité somnolente, mais justement à cause de cela d' aspect d' autant plus romantique. Elle comprend un immense hôtel en forme de caisse, une petite « albergo » et quelques maisons habitées. Un fougueux torrent écumeux la traverse; à l' arrière se dressent fièrement les cimes rocheuses des Alpes Maritimes. Une lignée de murailles en ruines complètent le tableau. Tout en sirotant un verre de vin à l' albergo, nous réussissons à force de gestes et de jeux de physionomie ponctués de quelques mots d' italien ( ou du moins d' intonation italienne ) à nous procurer un guide imprimé en italien des cimes du massif.

Nous laissons là le matériel superflu et, après une dernière brève averse orageuse, nous partons d' un pas alerte, tout d' abord sur une petite route de montagne qui longe le torrent, à travers de belles forêts aux effluves aromatiques. Nous voici bientôt au départ du sentier du refuge. Il monte rapide, serpentant à travers les prairies et la brousse. La chaleur devient oppressante; aussi, au bout d' une heure et demie, nous sommes heureux de déposer un instant les sacs pour reprendre haleine. Du point où nous sommes, nous pouvons déjà contempler une partie des cimes sauvages qui entourent le cirque de Bozano. A droite, l' arête faîtière dentelée de la Madre di Dio. Un peu plus à gauche, séparée d' elle par une profonde échancrure et un raide couloir de glace, la Cima Maubert et la Cima Cessole. Si les autres montagnes, encore partiellement voilées, sont aussi abruptes et déchiquetées, nous pouvons certes nous réjouir de ce qui nous attend ces prochains jours. Courbés sous nos sacs très lourds nous reprenons la montée. Le sentier traverse maintenant d' immenses pentes d' éboulis et de blocs, ce qui nous remet en mémoire un dessin du livre de Samivel. Sous des choucas, avec la légende éloquente « Pour leur plaisir ». Après trois heures et demie de montée, nous atteignons la cabane Bozano du Club Alpin Italien. Elle se trouve dans un site vraiment grandiose. Dans notre joie, nous ne savons ce que nous devons admirer tout d' abord. A gauche une longue muraille aux flancs perpendiculaires, hérissée de pointes séparées par de profondes brèches: Cima Souffi, Punta Plent, Punta Bifida, Punta Piacenza et d'autres encore. Après quoi l' arête s' abaisse dans une entaille caractéristique, le Colleto Corno Stella auquel accède un profond et rapide couloir. L' arête se redresse ensuite pour former le plus imposant et le plus difficile sommet des Alpes Maritimes, le Corno Stella, 3050 m, dont la paroi sud-ouest, haute de 500 m, plonge directement dans le cirque de Bozano en face de la cabane. Du sommet, l' arête sud-est tombe verticalement sur le Colleto di Lou-rouza, flanqué à droite de la Cima du même nom. Une brèche, le Colleto Günther, la sépare de la Cima dell' Argenterà, 3297 m, la plus haute sommité des Alpes Maritimes. Le tout forme un vaste et imposant massif, aux flancs labourés de couloirs et côtelés de nervures. A droite, le Colleto Freshfield sépare la Cima Purtscheller du groupe des cimes Cessole et Maubert. C' est au milieu de ce cirque majestueux qu' est posée la cabane. Quelques fleurs poussent entre les blocsà et là de petites planches de gazon s' efforcent de maintenir leur existence précaire parmi les éboulis.

Tout heureux d' être ici, nous nous installons familièrement dans la cabane très confortable, équipée de fourneaux et de lampes butagaz. Nous y sommes rejoints par quatre grimpeurs de Grenoble qui, à notre grande joie, possèdent un guide de la région en français. Nous en tirons sans tarder toute la documentation pour les courses projetées.

Nous ne nous pressons pas de nous lever le lendemain matin; tout d' abord parce que nous avons un gros déficit de sommeil à combler, secondement parce que nous ne prévoyons pour aujourd'hui qu' un travail de reconnaissance des lieux. Nous partons à midi pour gravir le Colleto Corno par le couloir mentionné plus haut. A travers les éboulis et franchissant quelques flaques de neige nous gagnons rapidement l' entrée du couloir où nous mettons la corde. La grimpée est d' abord de difficulté moyenne jusqu' à un ressaut vertical qui barre la route. Sur un piton j' assure Edi qui tourne le mur par la gauche en une escalade très exposée. Au-delà, le rocher est moins avare de prises, la pente fléchit un peu. Une heure et demie de varappe nous amène à 15 heures au Colleto Corno Stella. A la descente, nous suivons la voie dite « Diagonale » qui emprunte une suite de bandes et de vires à travers toute la paroi sud-ouest du Corno Stella. Cela nous procure un premier contact avec notre montagne et nous fait connaître la seule voie de descente du sommet. Nous regagnons la cabane vers le soir. Un peu plus tard, au crépuscule, alors que, devant le refuge, nous contemplons la vallée à nos pieds, nous voyons une belette se glisser entre les blocs avec la rapidité commune aux hermines. Pendant tout notre séjour là-haut, le couple et gracieux lutin nous amusera par ses cabrioles et ses slaloms autour des blocs. Nous nous couchons tôt, car demain nous voulons gravir la Cima dell' Argenterà.

A 7 heures nous sommes en route. Le sommet de l' Argenterà brille déjà au soleil du matin, tandis que nous traversons les longues pentes à son pied pour gagner la base du couloir Freshfield. Nous bouclons les crampons et commençons la grimpée de cette cheminée étroite, extrêmement redressée. Tout là-haut, sur le Colleto Freshfield, le soleil nous fait signe. Prudemment mais régulièrement nous nous élevons sur la neige durcie par le gel. Le vide se creuse de plus en plus sous nos pieds. Au-delà d' une légère déviation vers la droite, la pente s' accentue encore et un endroit dépasse 60 degrés. Nous grimpons uniquement sur les pointes antérieures des crampons, mais sommes obligés de temps en temps de chercher une position des pieds moins fatigante. Après une bonne heure de montée épuisante nous parvenons enfin au col et attaquons immédiatement l' arête étroite, hérissée de nombreuses tours. La vue plongeante dans le cirque de Bozano est impressionnante. L' escalade est variée et toujours intéressante. Nous atteignons ainsi un premier sommet, la Cima Purtscheller, 3040 m. Une courte descente, puis la montée reprend sur la longue arête légèrement incurvée qui conduit à la Cima dell' Argenterà, 3297 m, point culminant des Alpes Maritimes. Là aussi nous devons franchir ou tourner d' innombrables gendarmes; la roche parfois délitée exige la plus grande prudence.Voici enfin le sommet, mais la halte coutumière, pourtant bien méritée, doit être écourtée, car nous avons encore devant nous une longue traversée jusqu' au Colleto Günther. Le temps se gâte rapidement; de plus en plus fréquentes les nuées nous enveloppent. Chaque fois que nous nous croyons arrivés au Colleto Günther, une nouvelle tour surgit et trompe notre espoir. A 14 h. 30, nous sommes enfin au haut du couloir, mais la grêle martèle les rochers; la visibilité est quasi nulle, il faut attendre. Au bout d' une demi-heure environ l' orage s' éloigne et nous pouvons, avec les plus grandes précautions, commencer la descente sur les dalles mouillées. A 17 heures, nous sommes de retour à la cabane.

Nous devons dès maintenant ménager nos vivres, ce qui rendra la soupe de jour en jour plus claire. Il n' est pas question de descendre pour nous réapprovisionner, car on ne trouve rien à Terme di Valdieri; il faudrait aller jusqu' à Cuneo. Nous préférons nous restreindre un peu.

Le dimanche matin est ensoleillé mais déjà des bancs de nuages montent à l' ouest; en bas, dans la vallée, des brouillards traînent paresseusement qui ne promettent rien de bon. Aussi ferons-nous aujourd'hui un peu de « siesta all' italiana ». Nous non; installons parmi les rochers avec les cartes de yass. De temps à autre notre belette se coule rapide entre les blocs à la recherche de quelque friandise. Nous observons une cordée italienne dans la paroi sud-ouest du Corno Stella, ce qui nous permet de repérer la route. A midi il pleut; le cirque de Bozano est envahi par d' épaisses brumes. Toutefois le temps s' améliore visiblement vers le soir; nous décidons d' aborder à notre tour la paroi sud-ouest du Corno Stella.

Après un léger déjeuner, nous quittons le refuge à 8 heures par le plus beau temps du monde. Aujourd'hui nous laissons les sacs à la cabane et n' emportons que le matériel d' escalade, du reste assez abondant, et un ovosport dans nos poches. La blouse de montagne attachée autour des reins, nous allons au pas de promenade vers l' entrée du passage, lequel, contre toute attente, n' est pas facile à trouver. Nous perdons une demi-heure à le chercher, et il est 9 h. 30 lorsque nous nous encordons au sommet de la vire inférieure de la Diagonale. D' ici, à cause de sa raideur, la paroi paraît fort raccourcie. Une dalle facile puis une fissure difficile et exténuante nous amènent au début de la traversée à droite longue de 70 m. Heureusement que la roche est solide et les prises nombreuses, car l' escalade est des plus exposées. Petit à petit nous approchons de la large bande de quartz qui barre toute la paroi. Par des rochers d' un jaune blanchâtre, savonneux au toucher, et surmontant une cheminée légèrement surplombante, nous arrivons au passage-clé de l' ascen, dit le « Mauvais Pas ». C' est une gorge gigantesque et verticale, agrémentée de quelques surplombs. D' après le guide, il faut prendre par les rochers de sa rive gauche. Les possibilités d' assu, à sa base, sont médiocres. Edi attaque, tandis que je l' assure attentivement, surveillant chacun de ses mouvements. Il s' élève lentement mais sûrement sur des rochers extrêmement difficiles. Il gagne 10 m, 20 m; puis je le vois tâter et tâtonner longtemps sur une dalle lisse. Un ou deux pitons seraient ici les bienvenus, mais on n' en voit pas un seul sur une longueur de 30 m du 4e sup. ou 5e degré. Il a maintenant franchi le pas et atteint le bon relais mentionné dans le guide. Trompant notre attente, le temps se gâte à vue d' œil, aussi je me hâte d' aborder à mon tour le « Mauvais Pas ». Assuré d' en haut, je franchis d' un grand écart risqué la terrible dalle en m' aidant de quelques minuscules prises. Le passage est vraiment scabreux et... splendide. Lorsque je rejoins Edi nous décidons, malgré les menaces du temps, de continuer l' ascension. Un couloir de dalles imbriquées, très redressé, conduit à l' entrée de la traversée à gauche longue de 60 m. C' est très aérien; la paroi de 400 m tombe à pic dans le cirque de Bozano. Encore une courte fissure, puis des plaques riches en prises, et nous pouvons prendre pied dans un couloir gazonné. Nous le quittons bientôt pour gagner, sous des bourrasques de pluie et de neige, le vaste plateau sommital. En quelques minutes, par un bout d' arête déchiquetée, nous sommes au sommet du Corno Stella.

Le vent hurle sa plainte autour des rocs, nous aveuglant de grésil. Entreprendre la descente dans ces conditions serait insensé. Pendant près de deux heures, accroupis sur une vire dans le flanc nord où nous sommes un peu abrités, nous attendons une éclaircie. Lorsque le brouillard, notre plus grand ennemi, se lève un peu, nous nous remettons en route. Du plateau sommital nous gagnons en dix minutes le début de I' arête nord-ouest où nous effectuons trois rappels de 20 met deux de 35 m. Souvent nous devons attendre une accalmie passagère pour pouvoir lancer la corde. Pour comble de malchance le froid devient très vif. Le brouillard permet rarement de voir le relais inférieur, et c' est avec un sentiment désagréable d' incertitude qu' il faut se laisser glisser dans le vide. Néanmoins nous arrivons à 16 heures au début de la zone des bandes que nous avons reconnues vendredi dernier. Nous rentrons à 17 heures dans la cabane hospitalière, fatigués et abattus, mais avec la satisfaction d' avoir gravi la cime la plus difficile des Alpes Maritimes.

Le mardi matin nous voit d' abord flâner autour du refuge, à observer les promenades matinales de notre belette et tenter d' établir un programme pour la journée. Très intéressante serait la traversée de la Cima Souffi à la Forcella del Corno Stella par les Punta Plent, Punta Bifida, Punta Piacenza et Punta Ghigo, mais c' est là, d' après le guide, une entreprise longue et difficile. Cependant, après quelques délibérations nous finissons par nous équiper et traversons le cirque d' éboulis en direction de la base du couloir herbeux qui conduit à l' extrémité gauche de l' arête. Parvenus à cet endroit nous admirons d' abord le vaste panorama qui se déroule au nord. Nous pouvons même reconnaître le Mont Rose et le Mont Blanc. Une grimpée facile nous amène au sommet de la Cima Souffi, 2616 m. Vue d' ici, la suite de la traversée paraît des plus difficiles. De grandes tours nues et lisses barrent faces à la Punta Plent, 2747 m, et celle-ci nous présente sa paroi sud-ouest d' aspect tout à fait rébarbatif. Il est près de midi, et sur l' horizon à l' ouest montent déjà les nuées habituelles dans cette région. Le cœur gros nous renonçons à la traversée. En effet, de la Punta Plent le retour serait impossible, ou du moins présenterait de très grosses difficultés. Un raide couloir herbeux moucheté de rocs nous ramène dans le cirque et la cabane.

Au cours de l' après, après une longue et patiente attente, je réussis à photographier la belette sur le seuil de la cabane. Mon exclamation de joie fait faire un bond insensé à l' animal qui va se réfugier dans une de ses cachettes. Mais la bête ne tarde pas à reparaître. Nous nous tenons immobiles et silencieux comme des statues. A nos pieds, devant la cabane, il y a un creux dans les éboulis où s' entassent tous les déchets, détritus et ordures du refuge: boîtes, papiers, restes de nourriture. La gracieuse hermine danse sur ces débris une joyeuse danse du scalp. Elle saisit une assiette de carton et s' enfuit prestement entre les blocs, toujours avec le carton dans la gueule. Tout à coup, le carton se bloque dans une fente et la belette retombe en arrière sur le sol. Un coup d' œil entre Edi et moi et nous devons nous tenir les côtes de rire. Epouvantée par cette bruyante hilarité répercutée par les parois environnantes, la belette disparaît pour de bon.

Le soir, nous rassemblons tout notre matériel, car demain nous devons, hélas! dire adieu à notre « playground ». Nous tenons toutefois à terminer nos vacances sur une belle course. Nous nous couchons de bonne heure afin d' être dispos et prêts à temps demain matin.

Après avoir avalé le reste du lait en poudre délayé dans un peu d' eau, nous quittons le refuge à 6 heures et longeons le pied de l' Argenterà et de la Cima Cessole jusqu' à l' entrée du couloir qui monte au Colleto della Madre di Dio. Là nous déposons sous un gros bloc tout le matériel qui n' est pas indispensable pour l' ascension et attaquons en crampons le névé du couloir. Nous montons en zigzag sur la neige durcie; à 9 heures nous sommes en haut. Un pays tout nouveau s' étend sous nos yeux. Dans le vallon encaissé qui s' ouvre à nos pieds nous apercevons le refuge Remondina, dominé par la masse imposante et sauvage de la Cima di Nasta, 3108 m. Nous laissons là les sacs et, encordés, nous abordons les rochers de la Madre di Dio. La roche, au début très cassante et réclamant la plus grande prudence, s' améliore bientôt et permet une varappe aérienne. Une brève traversée à gauche, voici un mur lisse et surplombant. Grâce à un piton en place nous forçons ce très sérieux obstacle. Des dalles conduisent ensuite à une terrasse de gazon. Allégés de tout bagage, nous enlevons avec enthousiasme les beaux passages qui se succèdent. Un ressaut de l' arête, légèrement surplombant mais pourvu de bonnes prises dans la roche jaune, conduit à l' antécime, reliée au sommet principal, 2800 m, par une courte arête en dents de scie. Nous y faisons une brève halte. Un magnifique panorama récompense nos efforts. Sous un ciel bleu d' acier s' étagent d' innombrables chaînes de montagnes au-delà desquelles, dans le lointain, brille le bleu sombre de la mer. Des vires faciles dans le flanc nord-ouest de la montagne nous ramènent à la selle. De l' autre côté, juste en face de la « Sainte Mère de Dieu », se dresse la Cima Maubert, 2865 m. Sans plus de façons nous en commençons l' ascension. Par des rochers de difficulté moyenne nous pénétrons dans une large combe de dalles. D' ici, la route habituelle monte au sommet sans rencontrer de difficultés. A droite, en revanche, la grimpée semble déjà plus sérieuse. Nous faisons une longueur de corde sur une vire très redressée dans le flanc sud puis, à mi-hauteur, un surplomb nous oblige à un détour à gauche extrêmement scabreux et exposé. Les pitons nous seraient très précieux, mais ils sont restés en bas sur le col. Des prises petites mais solides nous permettent de revenir à l' arête. Encore deux gendarmes à franchir, suspendus à leur fil tranchant, et nous sommes au sommet, formé de blocs gris. Nous avons fait là, vraiment, une belle et intéressante variante.

Nous redescendons par la voie ordinaire. Au début de l' après nous retrouvons notre dépôt de matériel et, charges maintenant de nos sacs redevenus fort lourds, regagnons la vallée. D' une petite anse au bord du torrent nous jetons un dernier coup d' œil en haut vers le cirque de Bozano et disons adieu à ces montagnes qui, pendant quelques jours, nous ont donné tant de beaux moments.

Vers le soir nous rentrons à Terme di Valdieri. A notre grande surprise, notre réapparition semble faire sensation dans le hameau. Un guide parlant français nous explique que nous étions portés manquants depuis lundi, et qu' une colonne de secours devait être mise sur pied le lendemain. L' affaire est vite éclaircie; la faute en est uniquement à notre « parfaite » connaissance de la langue italienne. Après un copieux repas à l' albergo, nous dressons notre camp au bord du torrent pour notre dernière nuit dans les Alpes Maritimes. Des montagnes magnifiques!

( Traduit de Vallemand par Louis Seylaz )

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