Une traversée de l'Engstligengrat en 1777

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Par G. R. de Beer

Jean de Müller est connu par son Histoire de la Suisse, Charles-Victor de Bonstetten par ses Lettres sur une Contrée pastorale, et Jean Trembley par ses recherches scientifiques. On a oublié que ces trois amis firent ensemble en 1777 un voyage alpestre comportant une innovation d' itinéraire: l' Engst. Ce n' était d' ailleurs pas la première fois qu' ils visitaient la montagne. En 1773 Jean de Müller écrivait de Valeires à sa famille: « Sur le Mont Suchet nous [Bonstetten et lui] jouîmes d' une vue — prends ta carte — qui s' étendait de Morat à Lausanne, et des environs de Thun à Pontarlier en Bourgogne, avec les lacs de Morat, Neuchâtel, Genève, Joux et des Rousses. Peut-être que nous irons dans quelques jours passer une semaine dans la vallée de l' Orbe et au Lac de Joux où nous devons rencontrer un excellent et savant ami [Trembley]1. » Bonstetten avait déjà à son actif la traversée de la Petite Scheidegg en 1771 avec Jacob Samuel Wyttenbach et le révérend Norton Nicholls 2. Il est d' usage de considérer cette excursion comme le point de départ du tourisme alpestre, parce que c' était une occasion marquante où des touristes quittèrent la route pour un sentier de montagne a.

La traversée de l' Engstligengrat accuse des esprits originaux, car cet itinéraire ne se retrouve pas dans la littérature alpestre avant le développement de l' alpinisme proprement dit, presqu' un siècle plus tard.

Le récit de la traversée de l' Engstligengrat se trouve dans une lettre de Jean de Müller à son frère 4 et dans son Journal d' un Voyage en Suisse 5. Nous traduirons d' abord la lettre, pour situer le voyage.

« Valeires, 7 octobre 1777.

Je suis revenu hier, mon cher frère, du voyage suivant. Le 20 septembre je suis parti d' ici avec mon ami Bonstetten et M. Trembley et j' ai couché à Giimminen. Le 21, déjeuné à Thun, vu les lacs de Thun et de Brienz et couché dans ce dernier endroit. Le 22, traversé le Pays de Hasli jusqu' à Gadmen. Le 23 je suis monté sur le haut et sauvage Susten et passé par le Meyenthal à Wassen, traversé le Pont du Diable et couché à Urseren [Andermatt]. Le 24 continué jusqu' à Jenis. Le 25, par Polenza, Riviera, Bellinzona, et sur le lac Majeur à Luggarus [Locarno]. Le 26 aux Iles Borromées. Le 27, par le lac Majeur et le lac de Mergozzo, à Domodossola. Le 28 à midi à Dovedro et puis par dessus le Simplon qui est plus sauvage et plus élevé que le Gothard. Le 29, descente de la même montagne sur Brieg et couché dans le Valais à Turtmen [Turtmann]. Le 30, baigné dans les eaux chaudes de Leuk, et ensuite monté sur le merveilleux Gemmi jusqu' à Schwarenbach, maison sur son sommet. Le ter octobre, traversé les déserts sur les roches nues jusqu' aux glaciers, et descendu par la cascade et les abîmes d' Engstelen ( sic: rate Engstligen ) sur Adelboden, passé le même soir une autre montagne ( Hahnenmoos ) jusqu' à la Lenk; le 2 par Zweisimmen et Sanen [Gessenay] à Rougemont où nous restâmes le 3; le 4, par la Dent de Jaman à Vivis [Vevey]; enfin le 5 par Lausanne retour à Valeires. Cela fait environ 150 heures de marche... » La partie du « Journal » intéressant l' Engstligengrat commence à Schwarenbach :.

1 Johannes von Müller, Sämtliche Werke. Briefe aus Genf. Tome 4, Tübingen 1810.

2 « The first Englishman on the Scheidegg », dans Escape to Switzerland, G. R. de Beer, London 1945.

8 II est possible que quand on aura étudié la correspondance entre Abraham Gagnebin et Albert de Haller il se trouvera que Gagnebin avait devancé Bonstetten et ses amis sur la Petite Scheidegg de dix ans.

* L. c. tome 4, page 257.

* L. c. tome 27, pages 124 à 147; ( Tagebuch einer Schweizer-Reise ), Tübingen 1819.

« De là, droit en haut, puis descente dans le Niischenen par des rochers de schistes sur lesquels on glisse souvent, jusqu' à ce qu' on descende à côté du glacier de l' Engstlenalp [Engstligenalp] sur la neige gelée; ensuite par des riches pelouses arrosées par l' Engstli, entourées de cimes dénudées. Je suis une pente qui conduit à un abîme; je passe à côté de deux pointes; ensuite, descente à côté de la cascade vaporeuse qui est si haute qu' elle semble tomber doucement; puis incertitude si et où il y a un chemin. Au flanc des escarpements et des précipices, à côté de rochers hauts comme le ciel, dans le lit des torrents, un chemin à peine praticable pour les moutons nous amène à Adelboden... » L' Engstligengrat a 2640 mètres. On ne saurait donc revendiquer pour Bonstetten, Müller et Trembley aucun record d' altitude; le Piz Beverin, la Scesaplana, le Titlis et le Buet, déjà gravis à cette époque, le dépassent tous. Nous avons quand même pensé que sa traversée en 1777 valait la peine d' être signalée.

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