Ursophilie

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Avec 2 illustrations ( 110. IllSection Jaman ) L' ours, oui naturellement, l' ours.

« Chérie, s' il te plaît, va fermer la porte d' entrée, sinon il va encore entrer dans la cuisine. » De mauvaise grâce, ma femme quitta son bain de soleil sur la terrasse et s' en fut fermer la porte. « Tu es embêtant! » lança-t-elle à l' ours. Il lui jeta un regard peiné, essaya la poignée de la porte et, la trouvant fermée, haussa les épaules d' un air écœuré: des odeurs si captivantes émanaient de la cuisine. Il se dressa, les pattes de devant appuyées à la fenêtre, et regarda à l' intérieur. Lentement, il se remit à quatre pattes, se frotta le museau, et s' en vint de mon côté voir ce que je faisais.

J' étais occupé à fixer des dalles de pierre pour aménager la terrasse devant le salon. Il faisait chaud; le soleil me cuisait le dos, et je jetais des coups d' oeil d' envie vers les neiges des hauts couloirs glacés du Mont Cascade, qui dominent mon jardin de 1300 mètres. Là-haut, du moins, il ferait frais. Mais qui veut construire une maison dans les Rocheuses canadiennes doit « bosser » ferme. Avec un effort de volonté, j' essayai d' oublier les belles arêtes neigeuses qui étincelaient là-haut, et me remis à peller le mortier. L' ours s' assit à l' autre bout de la terrasse, une patte nonchalamment pendante, et me considéra d' un œil narquois.

« C' est tout ce que tu trouves à faire? » demandai-je. « Regarder les autres qui travaillent. » L' ours grogna et examina ses griffes. « Sacré touriste! » bougonnai-je, et continuai à brasser le mortier. Il me regarda, la tête penchée de côté, et se gratta l' échiné. Au bout de cinq minutes cela l' ennuya; il se leva et s' en fut à travers le pré.

C' était, comme je l' ai dit, par une chaude journée, à Banff, dans les Rocheuses canadiennes, à 1500 mètres. A 75 kilomètres de là, près du Lac Louise, une caravane devait à cette heure se trouver très haut sur les corniches sommitales du Mont Victoria, bien au-dessus du grand Glacier Victoria et de ses beaux champs de neige. D' un revers du coude, j' essuyai la sueur de mon front et empoignai une autre dalle. De nouveau l' ours me jeta un coup d' œil par-dessus son épaule et s' en fut en trottinant se plonger dans la piscine naturelle que formait dans les rochers un petit ruisseau venant des hauteurs. Et j' étais là à suer, tandis que ce sacré ours en vacances s' ébattait dans l' eau fraîche. Guillaume Tell lui-même eut-il jamais, dans le bon vieux temps, à essuyer une insulte pareille?

Un appel joyeux interrompit mes réflexions. Mon vieil ami John Jäggi, autrefois à Lucerne, actuellement directeur de l' hôtel Hot Springs à trois kilomètres de chez moi, s' arrêtait pour faire un bout de causette en revenant de la poste. « Salut! John; vise-moi un peu cette ch... d' ours. Alors que je dois « bosser », il prend un bain, tout simplement. C' est à vous rendre fou, par cette chaleur! Je suis ici rien de plus qu' un manœuvre! » Ma femme se mit à rire. « Oh! cesse de grogner. Pose ton outil, et je vais vous chercher une bonne bière pour les deux. » John me fit un clin d' œil compréhensif. Bientôt nous fûmes tous les trois étendus sur l' herbe, verre en main. L' ours sortit de la piscine, secoua l' eau de sa fourrure, et se mit à tourner lentement autour de nous. John ramassa une motte de terre et la lui lança. La bête fit un écart, poussa un grognement de colère, puis il se traîna vers la clôture, grimpa à un arbre, posément, une patte après l' autre, redescendit de l' autre côté et disparut dans la forêt.

« Bon débarras! fis-je. Alors, John, comment cela va-t-il par chez vous? » - « Oh! couci-couça. C' est presque plein. J' ai maintenant un bon cuisinier. Il travaillait autrefois à Suvretta House, à St. Moritz. Mais il ne peut s' habituer aux ours; il en a peur. Hier, une vieille maman ourse avec ses deux oursons ont réussi à pénétrer dans la dépendance et ont mis tout sens dessus dessous. Le cuisinier s' est trouvé nez à nez avec eux alors qu' il sortait les déchets, et il a failli s' évanouir de frousse. Un bon Suisse ne devrait pas avoir peur des ours, c' est notre totem national. » - « Bon! mais j' aime mieux voir ces braves bêtes ici, libres et heureuses dans leur milieu naturel, bien qu' elles soient parfois un peu effrontées, que ces pauvres diables dans leur fosse à Berne. Sais-tu, John, on devrait suggérer au Conseil fédéral de réintroduire l' ours dans le Parc National, et ailleurs également. Il devrait y en avoir au moins un dans la Confédération Suisse. Après tout, ici au Canada, l' ours noir est tout à fait sur le même pied qu' un citoyen canadien, et il a plus de droits dans les Parcs nationaux que les touristes. Je suis convaincu que l' ours brun, par réputation et tradition, devrait devenir citoyen suisse. Cela ferait, certes, beaucoup de bien. Nos ours ici sont de bons types, droits, de caractère démocratique. Ils aiment leurs montagnes, ils aiment la liberté, ne font de mal à personne, aiment la vie simple, sont attachés à leurs enfants... Ils ont beaucoup à nous apprendre. Or si nous pouvions réintroduire les ours en Suisse, en leur accordant les mêmes droits, que ne pourrait-on pas espérer! Une fois réacclimatés dans le Parc National des Grisons, ils pourraient former un comité et assainir la morale dans le bar du palace de ou bien constituer une ligue pour l' abolition des pistes de ski. Je crois que ce serait une bonne idée. Retour à la vie simple.Vive Guillaume Tell et à bas les téléfériques! » John se mit à rire. « Evidemment, ce serait bien beau. Mais, après tout, il ne faut pas oublier combien nous sommes dépendants du tourisme. Or les ours sont de piètres clients. Regarde-les; ils sont bien gentils et pittoresques, comme les Ecossais avec leur kilt, mais que dépensent-ils? Ils utilisent votre piscine, se servent sans façon s' ils peuvent mettre la patte sur un bon repas. En fait, ils exploitent leur réputation. Encore si l'on pouvait les domestiquer, les dresser à faire un travail honnête, laver et fourbir votre voiture par exemple, au lieu de simplement pénétrer à l' intérieur pour voir si vous n' auriez pas par hasard laissé quelques sandwiches » Ma femme saisit l' allusion et s' en fut à la cuisine. Elle revint bientôt avec un plateau-roulant: salami, salade, pain, beurre, fromage, fraises à la crème, et nous nous installâmes pour le pique-nique. Oh! mais, voyez. D' autres yeux étaient à l' affût. L' ours - c' était Peter, l' ours de la maison, comme nous l' appelions - était revenu avec un jeune compagnon. Ils grimpèrent à l' arbre, sautèrent la barrière, et s' avancèrent. L' ourson, timide, se tenait en retrait, sur quoi Peter lui fit signe d' approcher. Je regardai John et haussai les épaules... « Oh! tant pis; noblesse oblige. Après tout, John, nous sommes dans une époque démocratique. » J' avançai une autre chaise. Les ours aiment les douceurs; la seule chose peut-être qu' ils n' ont pas apprise des touristes, c' est de fumer. Je plaçai donc une assiettée de fraises à la crème sur la table. Peter s' approcha d' un pas solennel, posa les pattes sur le siège et joignit à nous pour le lunch. Le jeune compagnon ne se départit pas de sa timidité - c' était un très jeune oursonil fallut lui servir son repas à part.

Mais ils se comportèrent très convenablement. Je fis comprendre à Peter qu' il n' y avait pas de second service. Il descendit tranquillement et s' en alla rejoindre son compagnon sur le pré. Ils s' étendirent côte à côte pour un bain de soleil; John, ma femme et moi fîmes de même pour digérer notre repas. Le jardin baignait dans une atmosphère de paix.

« Je regrette, John, mais je persiste à croire que ce serait une bonne idée à suggérer au Conseil fédéral. Tu vois, ils ne parlent pas, ne se plaignent pas, ne se bousculent pas. Et quand je pense au restaurant du Weissfluhjoch lors des week-ends de mars !!! » Traduit par L. S.

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