XXXIe Rapport du Comité central

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à

l' Assemblée générale du Club Alpin Suisse

à Lugano, le 3 septembre 1899.

Messieurs et chers collègues, Il y a quatre ans, à Schwyz, l' assemblée générale du Club Alpin Suisse confiait à la section Neuchâteloise la direction centrale de la société. C' était un grand honneur et une grande preuve de confiance pour notre groupe qui n' occupe, par le nombre, que le dixième rang parmi les 43 sections du S.A.C.

C' était aussi une lourde tâche à remplir et une entreprise dans laquelle nous ne pouvions nous engager sans hésitation.

Quatre mois à peine nous séparent du moment où notre mandat arrivera à son terme. De tous côtés nous entendons répéter: Vous ne serez pas fâchés de céder la place à d' autres.

Eh bien, il faut le dire, surtout à l' intention de nos successeurs, ce n' est pas sans regret que nous quitterons l' administration de notre société.

Sans doute, la peine est grande, le travail et les soucis ne manquent pas, mais il y a plaisir aussi à être constamment en contact avec le monde des Alpes, avec sa littérature, avec ses travaux; il y a plaisir à voir se développer chaque année une association patriotique et éducative aussi digne d' intérêt.

Enfin, il y a cette grande famille à diriger, ces 43 enfants dont les caractères sont si différents. Les uns sont pleins de vie et d' embon, d' autres, même parmi les petits, sont pleins de zèle; d' autres, par contre, donnent quelques soucis à leurs parents à cause de leur caractère ombrageux ou parce qu' ils sont endormis et peu studieux.

Quelquefois les enfants se querellent entre eux et font du chagrin à leur mère.

Ces soucis sont habituels dans les familles nombreuses, mais comme la mère aime également tous ses enfants, quand vient son jour de fête, tous s' accordent pour lui être agréables.

Nous disons ceci à l' intention de nos successeurs, afin que, dès maintenant, ils soient encouragés et sachent que leur peine et leur travail ne seront pas sans d' agréables compensations.

Délivrés des préoccupations d' ordre financier, ils pourront se consacrer tout entiers à l' œuvre de progrès dont ils recueilleront les fruits avec joie.

Cette œuvre se renouvelle sans cesse; dès qu' un travail est terminé, il s' en présente un autre; l' activité est ainsi continue et, lorsqu' on arrive à l' expiration de son mandat, on est tout surpris de constater qu' il reste encore tant à faire.

Les touristes de toutes nationalités qui parcourent notre pays deviennent toujours plus exigeants, même à l' égard d' une société qui fait cependant son possible, dans les limites de ses ressources financières.

On ne veut plus se contenter maintenant des modestes refuges que l' ascensionniste aime tant dans leur solitude et leur simplicité.

Il semble qu' un logis confortable dans une cabane modèle soit pour certains voyageurs le complément obligé d' une note d' hôtel, la suite d' une excursion banale en voiture ou en chemin de fer de montagne.

Jadis la vieille cabane d' Orny était pour nous, clubistes jeunes et néophytes, une demeure pleine de charmes malgré ses installations primitives; aujourd'hui on la compare à une étable, les guides la dédaignent.

Les clubistes mêmes ont des exigences croissantes et parfois démesurées. Le Comité Central a reçu plusieurs réclamations dont quelques-unes contradictoires de la part de membres du S.A.C. Les uns se plaignent de ce que certains refuges ont des locaux fermés ou réservés, d' autres au contraire voudraient interdire les cabanes à certaines sociétés et donner un droit de préséance aux clubistes. Un autre se plaint parce qu' il manque des tablards, des patères pour suspendre les habits, des pantoufles; un autre parce que le fourneau ne tire pas convenablement.

Sans doute ces réclamations doivent être prises en considération, mais généralement on n' y peut pas faire droit immédiatement; il faut en effet songer aux difficultés et au coût des inspections et des transports.

Certaines sections se sont tout bonnement déchargées du soin de leurs cabanes sur le Comité Central qui se serait bien passé de ces cadeaux rappelant trop ceux des Danaëns. Les membres du Comité Central auxquels l' ex des affaires courantes donne déjà suffisamment de besogne doivent alors payer de leur personne, aller remettre en ordre ces refuges délabrés, faire l' architecte, le maçon, le charpentier et même le porteur. Le président central, occupé à la réparation de la cabane du Cervin en juillet dernier, n' a pas eu le plaisir rare de refuser un franc de pourboire pour lui et ses hommes, offert par un touriste revenu d' une expédition aventureuse sur le Cervin, et dont il avait dû laver la vaisselle.

Ce petit fait peut donner une idée de l' exigence consciente ou non de certains touristes. Il semble à certaines gens que la direction centrale du Club Alpin soit une sorte de bureau de renseignements dépendant des hôtels et de l' administration de cette Suisse truquée que goba si naïvement Tartarin.

Nos cabanes sont aussi envahies par de nombreux jeunes gens, des gamins qui, pour économiser les frais d' hôtel, vont s' installer dans les refuges du Club Alpin. Nous avons eu assez souvent à nous plaindre de cette catégorie de touristes et nous avons eu personnellement les preuves de la mauvaise éducation de quelques-uns d' entre eux.

Il faut réagir contre cette tendance à transformer certaines cabanes en pavillons de plaisance, buts d' excursion et même de promenades, ou en logis pour remplacer les hôtelleries.

Nous voulons leur conserver au contraire le caractère de refuge, d' abri spécialement destiné aux ascensionnistes, aux travailleurs de la montagne. Il faut laisser les pensions de demoiselles aux bords charmants des lacs ou dans les vertes vallées et réserver aux pionniers de l' Alpe les sentiers précipiteux, les séjours sauvages près des moraines, des glaciers et des grandes cimes.

Plaçons donc nos refuges le plus haut possible, loin des dernières vagues de la foule et des touristes en gants jaunes et en escarpins vernis.

Les cabanes également ne sont pas faites pour remplacer les auberges et pour fournir un gîte gratuit à l' excursionniste qui veut voyager à bon marché.

Elles ne sont pas destinées à des séjours prolongés. C' est pourquoi un trop grand confort n' y est pas nécessaire, pas plus que des sommelières accortes et les jeux de boules vantés ailleurs. Le véritable alpiniste aime la simplicité, l' isolement, le recueillement, il ne demande pas les accessoires qui plaisent aux simples promeneurs.

Cette question de refuges a été une des grandes préoccupations du Comité Central pendant les quatre années écoulées. Nous avons cherché avant tout à améliorer les anciennes constructions, dont plusieurs étaient tout à fait défectueuses.

Voici la liste des cabanes nouvelles qui ont été faites pendant notre administration:

1897. Section Bachtel. Claridenhütte ( au Claridenfirn ), altitude 2444 m, peut loger 24 personnes.

„ Section Piz Sol. Tril - Schräa - Wiesli ( Calfeisenthal ), alt. 1730 m, 12 pers.

1898. Section Neuchâteloise. Cabane de Neuchâtel au Clocher de Bertol ( chaîne des Grandes Dents entre Arolla et Zermatt ), 3423 m, 24 pers.

Section de Jaman. Cabane Barberine ( à Barberine ), 1870 m, 17 pers.

Section St-Gall. Sardonahütte ( Calfeisenthal ), 2242 m, 23 pers.

1899. Section Bernina. Tschiewahütte ( Massif de la Bernina ),? m, 30 pers.Section Moléson. Wildhornhütte ( au Wildhorn ), 2300 m, 24 pers.

1899. Comité Central. Schamellahütte, 1950 m, 15 pers.

„ Section Oberaargau. Dossenhütte ( Wetterhorn ), 2650 m, 28 pers. „ Section Pilatus. Hüfialphütte ( Düssistock ), 2270 m, 35 pers.

Le coût de ces nouvelles constructions dépasse 60,000 francs.

Les refuges suivants ont reçu des réparations ou transformations majeures: Mutthornhütte, Grünhornhütte, Matterhornhütte, Concordiahütte, Thierwieshütte, Windegghütte.

Nous reviendrons, dans un chapitre spécial, aux cabanes dont nous avons eu à nous occuper plus spécialement cette année.

La question des guides a été l' objet d' une étude approfondie. Nous avons pu mener à bonne fin l' élaboration et la publication du tarif général pour les guides et porteurs des Alpes suisses, lequel comprend trois fascicules.

N° 1. Alpes valaisannes et Alpes vaudoises.

N° 2. Oberland Bernois.

N° 3. Alpes de la Suisse centrale et orientale.

La publication du deuxième fascicule a été retardée par le fait que de nombreuses négociations et conférences ont été nécessaires pour arriver à une entente avec les sociétés de guides, les sections intéressées du Club Alpin Suisse et le gouvernement de Berne. Nous avons eu dernièrement le grand plaisir d' obtenir la sanction du gouvernement de Berne, grâce au bienveillant et précieux concours de la Direction de l' In, soit de notre collègue, Monsieur le Conseiller d' Etat de Steiger. Nous espérons que le nouveau tarif, bien qu' il soit plus modéré que l' ancien tarif officiel, sera accueilli favorablement par les intéressés.

Le tarif général forme un volume de 184 pages, il donne les indications horaires et les altitudes pour 2610 sommets, cols et passages et pour 140 stations alpestres.

Voici le Fascicule Fascicule Fascicule détail:

I: Canton „ II: „ III:de n 71Vaud Stations.. 5 Sommets, cols, passages 122 1147 400 91 151 150 211 336 Valais... Berne.. 54.. 16 Unterwaiden. Uri..

.. 1.. 11 Glaris... St-Gall... Grisons..

.. 17.. 10.. 30 Nous n' avons pas besoin d' insister sur la somme considérable de travail qu' a exigée la conduite à bonne fin de cet ouvrage, mais nous devons exprimer encore de vifs remerciements à nos collaborateurs et aux sections qui nous ont aidé dans cette entreprise.

L' œuvre n' est certes pas parfaite, mais elle pourra servir de base à tout ce qu' on voudra édifier plus tard.

Le Comité Central s' est occupé de l' amélioration du corps des guides, tant au point de vue de son instruction, qu' à celui de ses qualités et de sa tenue. Nous avons été amenés à cette étude par des plaintes contre des guides, que nous avons reconnues en général fondées.

Nous constatons volontiers la valeur de la plupart des guides de montagnes, leur endurance, leur dévouement, mais à côté d' eux il en est qui ne méritent pas le diplôme à cause de leur incapacité, de leur grossièreté et aussi de leur intempérance. Ce sont les brebis galeuses du troupeau.

Afin d' éviter, autant que possible, à l' avenir l' introduction de mauvais éléments, il faut une meilleure instruction, des cours de guides surveillés par le Comité Central et donnés, conformément à un programme général et rationnel, par des maîtres capables. L' examen pour l' obtention du diplôme doit être sérieux, impartial, car la profession noble et périlleuse de guide ne devrait être confiée qu' à des hommes bien élevés, robustes, forts, intelligents et de mœurs irréprochables.

Le règlement pour les cours de guides et la délivrance des diplômes du Club Alpin Suisse a été adopté après consultation des sections intéressées et après conférence à Berne.

Toutes les sections ont reçu le nouveau règlement; aucune n' a formulé d' observation.

Le gouvernement de Berne l' a sanctionné et déclaré obligatoire pour les guides et porteurs de l' Oberland bernois.

Seul le gouvernement du Valais a refusé sa sanction pour le motif que la division des guides en deux classes ne lui paraissait pas recommandable et qu' une ingérance du Club Alpin Suisse dans ce domaine ne pouvait être admise.

Nous espérons que le refus du Valais n' est pas définitif; la division des guides en deux classes, soit la création d' un noviciat, est incontestablement nécessaire si on veut former un corps d' élite.

Du reste l' ingérance du Club Alpin existe en fait déjà maintenant, puisque nous subventionnons fortement les cours de guides du Valais et que, chaque année, nous prenons à notre charge une partie des frais d' as des guides contre les accidents. Si on admet la subvention du Comité Central, on peut aussi admettre qu' il ait quelque chose à dire dans l' élaboration des programmes et dans les examens. Cette ingérance est si modeste qu' elle ne doit pas être redoutée. Jamais le Club Alpin Suisse ne sortira de son rôle de société d' éducation et d' encouragement.

La section Unterengadin a donné cette année avec succès un cours de guides sur la base du nouveau règlement dont on a pu apprécier la valeur. Cette question de la qualité du corps des guides en Suisse et de la tarification des ascensions est en relation avec celle des accidents de montagne qui deviennent chaque année plus fréquents et qui nous causent soucis et préoccupations.

La mort n' emporte pas seulement les touristes novices ou les imprudents. Elle nous a enlevé des collègues et des guides expérimentés auxquels nulle imprudence ne peut être imputée. Le nombre des accidents croît en proportion du nombre des ascensionnistes. Il est certain que le Club Alpin pousse aux hautes excursions; sans recommander spécialement les courses périlleuses, il les signale, il les vante, ses journaux en reçoivent les narrations et en font leur matière principale.

Il y a certes quelque abus dans l' apologie continuelle et souvent exagérée des ascensions qui sont plus du domaine de la voltige, du tour de force que de l' alpinisme.

Les récits des vainqueurs du Grépon, de l' aiguille du Géant, de Péteret et d' autres sommités de cette catégorie ne nous ont pas ému de la même manière que ceux des pionniers de la montagne: Les Studer, les Javelle, les Whymper, les Rambert.

L' alpiniste n' est pas seulement celui qui grimpe sur les pointes les plus ardues à grand renfort de bras et de poumons. Celui qui aime la montagne, qui la parcourt pour elle et non pour la gloire, celui qui passe les cols, qui fréquente les alpages, qui met sa joie aux spectacles de cette nature tantôt calme, tantôt troublée, gracieuse ou formidable, aimable ou farouche, où les prairies constellées des plus charmantes fleurs côtoient les précipices les plus redoutables, où les cimes les plus gracieuses s' élèvent à côté des pics les plus sauvages et des fantastiques aiguilles, celui-là est aussi un alpiniste.

Quel clubiste de marque, avançant dans la journée de sa vie, rassasié des grandes grimpées et des traversées fameuses ne trouve-t-il pas un plaisir égal à ceux de jadis dans une simple traversée du Simplon? Celui-là, quoique vieilli, est encore un alpiniste.

Il en est des accidents de montagne comme de la guerre; c' est un mal nécessaire. Nous avouons notre impuissance absolue à faire quoi que ce soit pour abaisser la courbe fatale par laquelle la chronique alpine enregistre les sinistres aventures. Et qui songerait à rendre responsable la montagne des drames qui s' y déroulent, quand tant d' ignorants l' at imprudemment, détruisent l' auréole céleste qui entoure ses sommets et étendent à ses pieds un lugubre linceuil.

Jadis les sirènes par la douceur de leurs chants attiraient les voyageurs sur les écueils de la mer où ils périssaient; aujourd'hui la montagne a remplacé les sirènes fabuleuses, par ses charmes elle attire les jeunes et les vieux, elle les saisit de sa dure étreinte et souvent les rejette meurtris ou brisés.

Montagne assassine qui tends des pièges avec ta plante de mort, que de larmes, que de douleurs, que de plaintes autour des tombes de tes victimes, que de mères, de pères désolés, que d' épouses chéries pleurant leurs disparus, que de soupirs dans ces âmes navrées, dans ces cœurs brisés!

Au jour de cette fête de la montagne où tout est joie, tout soleil;, pensons à nos morts et à leurs familles en deuil.

L' augmentation continue du nombre des membres que nous avons signalée dans nos précédents rapports ne s' est pas ralentie; l' effectif de notre société est aujourd'hui de 5802, en augmentation de 297 sur l' année dernière. Nous avons eu 605 entrées contre 256 démissions et 41 décès.

Le Comité Central a publié le catalogue des membres du S.A.C., qui lui était demandé de divers côtés, travail ingrat et difficile pour le caissier central, mais qui n' est certes pas sans utilité.

A ce propos s' il nous est interdit de décerner des louanges à notre dévoué caissier central, nous avons le devoir de remercier bien sincèrement son fils, M. Edmond Sandoz, membre du Comité de la section Neuchâteloise, pour sa collaboration si active et désintéressée.

Une section s' est trouvée en présence d' une demande d' admission d' un jeune homme, nous devrions dire d' un enfant, de 13 ans. Comme les statuts du Club Alpin Suisse ne prévoient pas d' âge minimum, la section intéressée a demandé l' avis du Comité Central. Celui-ci s' est déclaré nettement opposé à l' admission de si jeunes gens; si nous n' étions pas à la fin de notre mandat, nous proposerions à l' assemblée des délégués une revision du règlement dans le but de déterminer un âge minimum pour la réception des nouveaux membres. Nous recommandons l' examen de cette question à nos successeurs.

Il est certain que nous désirons attirer et admettre dans notre société le plus grand nombre de jeunes gens possible.

On nous a trop souvent reproché d' être une société de gens âgés, de vieux, dans laquelle les jeunes gens peu aisés ne peuvent entrer à cause des cotisations généralement élevées. Ce reproche a certainement quelque fondement. Le Club Alpin doit être une école d' éducation, d' en et d' énergie. Si on court quelques dangers dans les hautes excursions, on y gagne par contre de la santé et de nobles aspirations. En ces temps de pensées mesquines, d' étroitesse d' esprit, de haines féroces ou de sensiblerie malsaine, il est utile que nos enfants, dès leur jeunesse, soient habitués à mépriser la peur en connaissant le danger.

Quelques-uns y perdront la vie, les autres deviendront des hommes qui feront honneur à leur pays.

Mais jusqu' à 16 ans au moins, nous devons laisser les enfants sur les bancs de l' école et si leurs papas les conduisent sur la montagne pendant les vacances, le Club Alpin n' y voit pas d' inconvénient.

Sections.

Une nouvelle section a vu le jour sur les bords du lac de Constance et a pris le nom de Section Rorschach. C' est le 43 me enfant de la famille clubistique. Souhaitons-lui bienvenue et bonne santé. Nous devons enregistrer en outre la fondation à Bellinzone d' une sous-section Leventina de la section Pilatus.

Situation financière.

La situation financière du Club Alpin Suisse est maintenant suffisamment bonne pour qu' on puisse envisager l' avenir sous un jour favorable; la fortune qui était au 31 décembre 1897 de fr. 28,005 avait atteint le 31 décembre 1898 le chiffre de fr. 28,598. 30. Les comptes de 1898 ont bouclé par un boni de fr. 593. 30.

Aujourd'hui, grâce à des excédents de recettes et à des économies sur les prévisions budgétaires nous pouvons prévoir que le résultat de cette année sera favorable et que la fortune du Club Alpin Suisse sera encore augmentée.

Les prévisions pessimistes du début ne se sont donc pas réalisées.

Les journaux ont annoncé qu' un de nos collègues, membre de la section de Bâle depuis 1885: M. J. Gaspard Horber, négociant à Lyon, décédé à Genève le 20 juillet dernier, avait légué au Club Alpin Suisse 10,000 fr. pour l' entretien de ses cabanes et 10,000 fr. pour les familles des guides et porteurs victimes d' accidents.

Nous n' avons encore reçu aucun avis officiel de ce legs.

Assurance des guides.

Le nombre des guides assurés en 1898 par les soins du Comité Central a été de 350 ( 352 en 1897 ) pour une somme capitale de 1,164,000 fr. Cette année, 370 guides ont été assurés pour une somme de 1,255,000 fr. La contribution de la Caisse centrale a été de 6275 fr.

Nous avons pu nous convaincre qu' il n' y avait aucun intérêt financier pour le Club Alpin Suisse à créer et à administrer lui-même une Caisse d' assurance pour les guides. Ce serait compliquer encore la tâche déjà assez grande de la direction centrale.

Nous arriverions ainsi petit à petit à ce qu' on redoute tant, avec raison, soit à la création d' un Secrétariat Central permanent et salarié. Lorsque le Club Alpin Suisse en arrivera là ( espérons que ce ne sera jamais ), l' autorité du Comité Central sera diminuée, le dévouement, le zèle de ses membres disparaîtront. Nous aurons une sorte de gouverneur qui finira par être mal vu des sections et du Comité Central. Pas de bureaucratie dans le Club Alpin Suisse! telle doit être notre devise. Nous trouverons toujours pour nous administrer des collègues zèlés, désintéressés, qui travailleront par amour et pour l' honneur.

Publication.

Le Jahrbuch. MM. les vérificateurs de comptes avaient présenté à l' assemblée des délégués à Langenthal l' an dernier un postulat tendant à percevoir avec les cotisations le prix de l' abonnement à l' Annuaire qui devait être expédié franco aux membres des sections allemandes du C.A.S. pour lesquels cet abonnement est obligatoire. L' intention des vérificateurs de comptes était excellente, le Comité Central a accepté le postulat qui a été voté par l' assemblée des délégués.

Il faut reconnaître que cette innovation a été plutôt malheureuse; elle a donné lieu à de nombreuses réclamations dont nous avons été obligés de reconnaître le bien fondé. La section Rhätia a proposé à l' assemblée des délégués d' hier de revenir sur la décision prise à Langenthal.

Nous pensons que le volume XXXIV du Jahrbuch a été accueilli favorablement, la rédaction a fait droit à la demande qui nous avait été faite qu' une plus large place fût faite aux illustrations. Notre annuaire grâce aux efforts de son éminent rédacteur et de ses excellents éditeurs, tient une place honorable à côté des publications alpines analogues.

Le volume a été tiré à 4300 exemplaires. Parmi les annexes, signalons la deuxième carte du champ d' excursions.

Les membres des sections romandes recevront prochainement la carte par l' entremise de leurs comités.

Au moment où nous terminions ces lignes, nous avons reçu les comptes du Jahrbuch. Le résultat favorable continue à s' accentuer, puisque la publication du vol. XXXIV procure à la Caisse Centrale un bénéfice de fr. 6173.50; nous avions porté au budget une somme de fr. 2500.

Cette mieux-value provient naturellement en partie de l' accroissement régulier des membres du Club Alpin Suisse et par le fait que la deuxième carte du champ d' excursions a pu être remise au Jahrbuch pour ses pièces annexes, mais il faut aussi en attribuer le mérite à la Rédaction si consciencieuse, si distingée de l' annuaire, et à la peine que se donnent nos excellents éditeurs, MM. Schmid et Francke.

Il faut se souvenir que depuis quelques années seulement les comptes du Jahrbuch bouclent par un boni, tandis qu' auparavant la Caisse Centrale devait supporter le déficit de cette publication.

L' Alpina.

Cette publication mensuelle dont on ne saurait discuter l' utilité incontestable continue à être une assez lourde charge pour le budget. En 1887 le bulletin a coûté fr. 4819. 20 ( 5144.20 ). Le nouveau contrat avec MM. Orell Füssli et Cie qui a pris cours le 1er janvier 1898, nous a procuré une économie sensible; la dépense pour l' Alpina a été l' année dernière de fr. 3300 environ.

Nous avons reçu le 1er août l' offre d' une maison suisse qui se chargerait de la publication du bulletin à ses frais et risques, moyennant que la Caisse Centrale paye les frais de rédaction et de port. Ces derniers étant estimés à fr. 1000. Si le produit net des annonces devait dépasser la somme de 1000 fr. nous n' aurions dans ce cas à notre charge que les frais de rédaction.

Cette proposition est certainement séduisante, cependant elle demande à être étudiée attentivement, le bulletin du Club Alpin Suisse ne devant en tous cas pas être transformé en une feuille-réclame.

L' offre nous est au reste parvenue trop tard, car la convention passée avec MM. Orell Füssli et Cie devait être dénoncée avant le 1er juillet 1899 et, comme cela n' a pas été fait, le contrat est valable encore jusqu' au 31 décembre 1901.

Le Comité Central gardera certainement le meilleur souvenir des excellentes et cordiales relations qu' il a constamment entretenues avec le rédacteur de l' Alpina, M. le Dr Walder, président de la section Uto.

Réductions de taxes sur les chemins de fer suisses.

Nous avons obtenu le maintien des réductions accordées précédemment par un certain nombre de compagnies de chemins de fer de montagne. A la suite de nouvelles et pressantes démarches auprès de la compagnie du Viège-Zermatt, l' administration de cette dernière s' est décidée à accorder une réduction de 50 % sur sa ligne, moyennant certaines conditions et formalités et à titre d' essai pour un an.

Nous avons accueilli cette gracieuse concession avec le plus grand plaisir. De nombreux clubistes auront pu profiter cette année de cet avantage important.

Cabanes.

Le Comité Central a eu plus spécialement à s' occuper des refuges suivants:

Cabane Rambert au Grand Muveran. La section des Diablerets qui était la propriétaire exclusive du refuge de la Frête de Sailles, car elle a élevé la construction entièrement à ses frais, sans subvention de la Caisse Centrale, a fait remise de cette cabane au Club Alpin Suisse. La section en conserve naturellement la propriété et la surveillance, mais le Comité Central a reçu la haute surveillance de cette cabane qui se trouve maintenant sur le même pied que les autres refuges du S.A.C.

Cabane Concordia. Malgré la construction d' un pavillon-hôtel sur la Place de la Concorde au glacier d' Aletsch par M. Cathrein de l' Eggishorn, et pour donner satisfaction aux demandes qui lui sont parvenues de divers côtés, le Comité Central a décidé de faire réparer complètement et meubler à neuf l' ancienne Concordiahütte. L' assemblée des délégués de 1899 a voté un crédit de fr. 1050 pour cette réparation. Le travail a été exécuté pendant l' été de cette année avec le concours de M. Seiler et sous la surveillance de M. Perrochet, vice-président central. Les réparations ont été terminées le 10 août et reconnues quelques jours plus tard. La cabane est maintenant propre, en bon état; sans pouvoir rivaliser avec les refuges de construction nouvelle, elle offre cependant aux clubistes un abri confortable. Le mobilier a été complètement renouvelé, une partie de celui-ci se trouvant dans une caisse, momentanément restée en panne à Brigue, n' a pu être placée dans la cabane au moment de l' achèvement des réparations. Tout est maintenant en règle et la présence du gardien garantira le maintien de la propreté dans la cabane et à ses abords.

Grùnhornhütte. Ce refuge, construit en 1863 par la section Tödi, ne répondait plus aux exigences actuelles; il ne pouvait abriter que six personnes. Bien qu' elle ne soit située qu' à une heure de marche au-dessus de la Fridolinshütte, elle a cependant une utilité reconnue, soit par la section Tödi, soit par le Comité Central. Elle a donc été agrandie, transformée, et on peut dire presque entièrement reconstituée. La dépense a été de fr. 1366; le Comité Central y a participé pour une somme de fr. 1000 qui a été prise sur le budget de réparations.

Une somme de fr. 200 a été en outre allouée à la section Tödi pour acquisition extraordinaire de mobilier.

Matterhornhütte. L' assemblée des délégués à la Chaux-de-Fonds en 1897 a voté une subvention de fr. 2050 en faveur de la réparation de la cabane inférieure du Cervin. Avant d' utiliser ce crédit, le Comité Central a fait des démarches tout d' abord auprès de la section Monte Rosa qui avait auparavant la surveillance de ce refuge, dans le but de charger cette section de l' entreprise de cette réparation. La section décida solennellement qu' elle voulait conserver la cabane et en exécuter la restauration; le Comité Central reçut néanmoins ultérieurement l' avis qu' elle renonçait à ce travail qui était au-dessus de ses forces. Nos démarches auprès d' autres sections n' obtinrent aucun succès. Nous n' avons pu comprendre pourquoi ce refuge inspire si peu d' intérêt.

Dans ces circonstances, et malgré la grosse besogne dont il était déjà chargé par ses occupations ordinaires, le Comité Central a décidé de se charger lui même des réparations et de l' amélioration de la construction. La situation ne pouvait en effet se prolonger, la cabane allait perdre sa toiture, n' avait plus de contrevents, plus de fenêtres, était pleine de glace. Cet état était indigne du Club Alpin Suisse.

Deux membres du Comité Central se transportèrent sur les lieux en juillet dernier avec une équipe d' ouvriers et de porteurs; ils passèrent une semaine au refuge du Cervin à mettre la cabane dans le meilleur état d' entretien possible.

Pendant leur séjour ils ont été frappés de la splendeur incomparable du site, de l' emplacement admirable de la construction et de la fréquentation extraordinaire de cette cabane. Certainement le refuge est trop petit, puisqu' il ne peut loger facilement que 21 personnes, mais il suffit pour le moment, grâce à la réparation de cette année qui l' a rendu aussi confortable que possible. Il faut cependant prévoir dans un avenir assez prochain l' édification d' une nouvelle construction plus vaste.

Nous engageons les sections qui auraient quelque désir d' étudier cette question, à faire connaissance avec le site qui est absolument merveilleux.

Nous n' avons pas encore pu obtenir toutes les notes concernant la réparation de la Matterhornhütte; il est probable que le crédit sera dépassé, à cause de la difficulté considérable des transports et de certains-travaux imprévus.

Le Comité Central, dans son rapport à l' assemblée des délégués, a parlé de la cabane supérieure du Cervin et des cordes qui doivent faciliter l' ascension de la plus remarquable cime de nos Alpes, de ce Cervin qui est toujours le Cervin, comme disent les guides.

Wildhornhütte. L' assemblée des délégués à Langenthal avait donné le mandat au Comité Central d' étudier la reconstruction du refuge du Wildhorn. La section Moléson ayant décidé de prendre à sa charge une cabane, nous lui avons offert, mais sans succès, la cabane Concordia. Comme d' un autre côté elle renonçait à sa demande de reconstruction du refuge du Stockje, nous avons insisté auprès d' elle pour qu' elle se chargeât de la construction d' une nouvelle cabane au Wildhorn avec l' appui financier du Comité Central. La section Moléson accepta joyeusement notre proposition, elle se mit à l' œuvre courageusement et elle inaugurait la nouvelle construction le 16 juillet dernier. Le nouveau refuge, situé à peu de distance de l' ancien, ne laisse rien à désirer au point de vue de l' aménagement et de la commodité; il est en bois, couvert en tavaillons dans le type des cabanes construites récemment. La cabane peut loger 24 personnes. Le coût de la construction avec le mobilier est d' environ ( fr. 4000 ) dont fr. 2000 à la charge de la Caisse centrale.

Fridolinshütte. La section Tödi a fait diverses réparations à cette cabane pour une somme de fr. 276.15; le Comité Central a alloué 200 fr.

Cabane du Mountet. La section des Diablerets a réussi à s' assurer la propriété du terrain où est bâti le refuge de Mountet. Cette opération tardive lui a coûté fr. 396. 20, dont fr. 200 versés à la commune d' Ayer. Le Comité Central a alloué fr. 200.

Tierwieshütte. Les sections Toggenbourg et Säntis ayant fait d' im travaux d' agrandissement à la Tierwieshütte et ayant acquis la propriété du terrain, le tout représentant une dépense de fr. 1034, une subvention de 500 fr. de la Caisse Centrale leur a été allouée.

Nous devons consigner ici une requête de la section Toggenbourg. Cette dernière avait jadis voté fr. 1500 comme subvention pour le payement de travaux entrepris dans le massif du Säntis. Les devis ont été largement dépassés. Celui qui avait commandé les travaux est mort et la section Säntis se croit moralement obligée de ne pas laisser l' entrepreneur supporter toute la perte. Etant donné son peu de ressource, elle demande le secours de la Caisse centrale. Bien que cette requête ne se présentât pas dans les conditions normales, nous avons répondu à la section Toggenbourg que nous ne refuserions pas notre aide, mais nous l' avons engagée à tenter au préalable un arrangement avec celui dont elle se constitue bénévolement débitrice.

Muttseehütte. La cabane a été repeinte extérieurement; subvention de la Caisse centrale fr. 150.

Dossenhütte. La section Oberaargau a accompli avec plein succès son entreprise de construction de la nouvelle Dossenhütte pour laquelle un crédit de fr. 3300 a été voté par l' assemblée des délégués à Langenthal. La nouvelle cabane est située non loin de l' ancienne sur le Dossengrat, entre le Weitsattel supérieur et le Dossenhorn, à 2650 m d' altitude environ; elle est en bois du même type que les cabanes construites récemment, et peut loger 28 personnes. La section Oberaargau doit être félicitée pour la façon remarquable dont elle a mené à bien sa difficile entreprise. L' inauguration a eu lieu le 6 août.

Hüfialphütte. La section Pilatus a achevé la construction du nouveau refuge, situé à 3/4 d' heure plus haut que l' ancienne cabane à 2270 m d' altitude, sur l' arête nord-ouest du Düssistock. Le soin apporté à la construction et à l' ameublement, la commodité de l' aménagement intérieur et des dépendances, la situation remarquable, font que la nouvelle Hüfialphütte est un des meilleurs refuges du Club Alpin Suisse. La cabane est en bois sur socle en maçonnerie, couverte en tavaillons, elle peut loger 30 à 35 personnes. La dépense de fr. 7200 a été beaucoup plus considérable que les prévisions, aussi la subvention de fr. 2500 voté à Langenthal a-t-elle été trouvée insuffisante; l' assemblée des délégués d' hier a alloué à la section Pilatus une subvention supplémentaire de fr. 1100 bien justifiée. La cabane a été inaugurée le 13 août.

Blümlisalphütte. La section Blümlisalp-Wildhorn, ayant établi des latrines au refuge du Hohthürli, le Comité Central a payé cette dépense de fr. 145.

Scesaplanahütte. Le tril Scesaplana qui doit remplacer l' ancienne Schamellahütte a été terminé cette année; l' inauguration en a été faite par la section Prätigau le 16 juillet.

Nous avons terminé cette trop longue revue de notre activité clubistique pendant l' année écoulée.

Il nous reste un devoir agréable à remplir, celui de remercier, au nom de tous, la section du Tessin d' avoir assumé la tâche de recevoir le Club Alpin Suisse.

Le grand nombre de participants à cette fête prouve à nos chers confédérés tessinois l' affection que nous avons pour eux et le désir que nous avons tous de visiter en leur compagnie leur magnifique pays, ce coin de terre suisse au delà des grandes Alpes.

Laissez-moi finir par une citation de ce poète que fut Rodolphe Töpffer, nous décrivant cette Suisse italienne que nous parcourons jourd' hui:

„ Lucie quitte le vallon natal et voguant sur les eaux du golfe, son „ cœur se gonfle, les souvenirs s' y pressent, de tendres et mélancoliques „ adieux s' en exhalent; avec elle tu aimes, tu chéris, tu regrettes, tu „ pleures ces bords, tu ne les oublieras plus, et si un jour tu vogues à „ ton tour de l' un à l' autre, ils s' embelliront à tes yeux de tout l' éclat -„de la poésie, de tout le charme du sentiment. "

Neuchâtel, août 1899.

Au nom du Comité Central du C.A.S.:

Le Secrétaire,Le Président, ( sig. ) Meckenstock.sig. ) Eug. Colomb.

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