La Chaîne du Mont Blanc à travers les siècles

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W. A. B. Coolidge ( section de Berne ).

Par Le Mont Blanc et la chaîne dont il forme le point culminant s' élèvent, d' après l' avis de la plupart des touristes, en Suisse, et cela sans possibilité d' un doute, car la logique la plus stricte nous impose cette conclusion. „ La Suisse n' est pas le pays des Alpes par excellenceMais certainement. " „ Et le Mont Blanc est bien la cime la plus élevée des AlpesJe suis parfaitement de votre avis. " „ Donc, il suit forcément que le Mont Blanc est en Suisse. " „ Mais non, impossible, il ne s' élève pas en Suisse, il n' a jamais été suisse lui-même, bien qu' aujourd l' extrémité septentrionale de cette chaîne soit suisse. " „ Comment donc, vous m' étonnez énormément !"

C' est toute une découverte pour un touriste que d' apprendre qu' en se rendant de Genève ou de Martigny à Chamonix il doit nécessairement entrer à présent en France, comme avant 1860 dans le royaume de Sardaigne. Heureusement les formalités de police sont aujourd'hui abolies en ce qui regarde le voyage de Genève à Chamonix par l' un ou l' autre itinéraire, et le touriste n' est plus obligé, comme a l' été mon grand-père maternel, M. Henri Brevoort, de New-York, en juillet 1831, de faire viser son passeport ( le sien est ouvert devant moi ) à Genève, et de nouveau à Annemasse, et encore à Bonneville, avant d' accomplir son petit voyage.

D' autre part, si l'on envisage la chaîne du Mont Blanc au point de vue purement historique, on découvre bien vite qu' elle est aujourd'hui partagée inégalement entre la France, l' Italie et la Suisse, et qu' autre elle appartenait intégralement à la Maison de Savoie. Si nous poussons nos recherches un peu plus loin, nous apprenons que la Maison de Savoie possédait cette chaîne à trois titres divers, et que, par une bizarrerie historique des plus curieuses, ces trois régions correspondent précisément aux trois divisions politiques actuelles de la chaîne. En effet, déjà au llme siècle, le comté d' Aoste appartenait à la Maison de Savoie, comme partie de son patrimoine: elle ne l' a jamais perdu; et voilà pourquoi encore aujourd'hui une partie de la chaîne du Mont Blanc est italienne. Ensuite, à partir du llme siècle, comme „ protectriceAdvocatus " ) de l' abbaye célèbre de Saint-Maurice d' Agaune en Vallais, la Maison de Savoie administrait les possessions de ce monastère illustre, entre lesquelles étaient compris Salvan, Trient et le Val d' Entremont; mais en 1476 ces pays lui furent arrachés par les Dixains du Haut-Vallais, et ainsi une partie de notre chaîne devint suisse. Enfin, en 1355 la Maison de Savoie échangea Voiron dans le Dauphiné et autres terres contre la baronnie de Faucigny et le Pays de Gex, qui jusqu' alors avaient appartenu aux Dauphins de Viennois; le Faucigny resta entre ses mains jusqu' en 1860, lorsqu' il fut cédé à la France, et alors seulement une partie de la chaîne ( y compris le sommet du Mont Blanc lui-même ) devint française. Ainsi tout s' explique admirablement, bien qu' on soit un peu étonné d' apprendre que la Maison de Savoie n' a été maîtresse de la chaîne entière du Mont Blanc que pendant la période comprise entre 1355 et 1476, soit pendant cent vingt ans seulement.

Si nous laissons de côté l' histoire externe de notre chaîne pour nous occuper de ce qu' on peut appeler son histoire intime, nous trouvons que les anciennes cartes et les autres documents relatifs à cette région n' y nomment que deux pics et un col: le Mont Blanc actuel porte ce nom et encore ceux de „ Les Glacières ", du „ Glacier de l' Argentière " et de „ La Mont Mauditel' Aiguille du Géant y est indiquée sous le nom de „ Mont Malay " et le Col du Géant sous celui du „ Col Major ". Etudions donc l' histoire topographique de ces deux cimes ( A. et B. ) et de ce col unique ( C ), en énumérant tous les témoignages que j' ai pu rassembler ( il y en a certainement d' autres à glaner ). Cela nous permettra de suivre pas à pas, en nous appuyant seulement sur des documents authentiques, le développement graduel de nos connaissances relatives à cette chaîne, de sorte que nous aurons alors le droit de formuler des conclusions définitives, basées sur des faits avérés historiques, et non sur des conjectures fantastiques.

Qu' il me soit permis ici d' exprimer mes remerciments très cordiaux à mon ami, M. Henri Ferrand, de Grenoble, qui m' a fourni maints importants renseignements ( y compris des photographies ) puisés à sa collection richissime de cartes anciennes de la Savoie et du Dauphiné. J' ai fait tout mon possible pour examiner et contrôler tous les documents que je cite; ici et là cependant il me faudra les citer de seconde main, et alors j' aurai toujours soin de nommer la source de mes renseignements 1 ).

A. „ Les Glacières " on „ La Mont Maudite ".

Ces deux noms se rapportent en général soit au Mont Blanc lui-même soit à la chaîne dont il est le point culminant. Mais sur quelques anciennes cartes „ La Mont Maudite " est placée au nord et si loin de Chamonix que ce nom semble plutôt indiquer le Buet: et ici et là ( mais très rarement ) le Buet porte le nom de „ Glacières ". En examinant les cartes énumérées dans la liste ci-jointe, on remarquera que dix cartes environ ( datées entre 1610 et 1690 ) attribuent le nom Mont Maudite au Buet, et que six autres ( datées entre 1691 et 1740 ) appellent ce pic „ Les Glacièresil semble donc que plus on avance plus grande est la confusion. Il m' a semblé mieux rapporter chaque cas, car cette confusion apparente entre deux cimes distinctes peut très bien être le résultat de connaissances imparfaites de la part de ces anciens cartographes quant à la position exacte du Mont Blanc, qu' ils auraient effectivement visé.

Avant de formuler des conclusions définitives relatives à l' emploi des trois noms 1 ) qui ont été donnés au Mont BlancLes Glacières ", „ La Mont Maudite " ( remarquer que la forme féminine est toujours employée, malgré le genre du mot „ Mont " ) et le „ Mont Blancétudions soigneusement la longue série de témoignages que j' ai l' intention de soumettre à mes lecteurs qui feront ainsi fonctions de jurés. Je les avertis seulement d' avance que je crois pouvoir distinguer trois courants historiques dans l' emploi de ces noms, et que ces trois courants correspondent précisément à ces trois noms.

de Le Paya, datée de 1609 et publiée en 1674 ( voir l' " Echo des Alpes " pour 1879, p. 20, l' " Annuaire du Club Alpin Français ", t. XVII, p. 26, et XX, p. 460, et Durier, „ Le Mont Blanc ", p. 42, note, et 61, note ), celle de Jean d' Arenthon, évêque de Genève-Annecy, datée de 1690 et publiée en 1697 ( voir Favre, t. III, p. 541 ): enfin, quelques phrases d' une lettre écrite avant 1750 par le Marquis de Maugiron ( réimprimée dans la „ Revue Alpine ", t. II, pag. 3 ).

J' avertis aussi mes lecteurs que j' ai l' intention d' employer deux abréviations pour les titres de deux ouvrages que je citerai très souvent: je dis „ Dufour " tout court pour indiquer l' édition des textes originaux français des „ Relations " de Windham et de Martel, 1741-1742, qu' a publiée M. Théophile Dufour dans l' " Echo des Alpes " pour 1879 ( il me semble plus pratique de citer ce recueil que le tirage à part de cette édition, dont je possède aussi un exemplaire ); et par „ Favre " j' indiquerai les „ Recherches géologiques dans les Parties de la Savoie, du Piémont et de la Suisse, voisines du Mont Blanc ", 3 tomes, Genève, 1867, par le professeur Alphonse Favre ( presque tous mes renvois se rapportent au tome 3 de cet ouvrage, mais lorsque je cite un autre tome je prendrai soin d' en donner le numéro ).

1. 1091. Rupes quae vocatur alba.

Ces mots se trouvent dans la charte, dans laquelle Aymon, comte du Genevois, et son fils Gérold, concédèrent toute la vallée de Chamonix au monastère bénédictin de Saint-Michel de la Cluse, près de Turin — omnem Campum munitum, cum apendiciis suis, ex aquâ quae vocatur Desa et rupe quae vocatur alba, usque ad balmas " ( voir „ Le Prieuré de Chamonix — Documents ", édité par MM. Bonnefoy et A. Perrin, Chambéry, 1879, t. I, p. 2 ). Or, il paraît certain que „ Desa " est la Diosaz, et „ Balmas " le Col de Balme. Mais on a contesté l' identification de la „ rupes alba " avec le Mont Blanc ( voir l' écrit cité par Durier, p. 420 ), et même M. A. Perrin ( loc. cit .) a cru d' abord que la „ rupes alba " doit être la Roche Blanche sur le territoire de Saint-Gervais, au sud-est de Servoz, mais dans son „ Histoire de Chamonix " ( p. 7 ), publiée en 1887, il s' est rangé à l' avis qu' elle est certainement le Mont Blanc. On ne semble pas avoir remarqué jusqu' à présent que les limites de 1091 ( qui décrivent si bien le territoire de la vallée de Chamonix ) se retrouvent dans trois autres chartes de la même collection; la première ( t. I, p. 76-77 ) est datée de 1289, et l'on y parle de la „ rupes quae vocatur saxus albusla seconde est datée de 1319 ( t. I, p. 178 ) et on y lit „ à rupe quae vocatur Says-Blans " ( c. a. d. le Sex Blanc ) 1ici les mots „ et Vallis Ursina " ( Valorsine ) qui suivent „ ad Balmas " prouvent que „ Balmas " est bien le Col de Balme; enfin, il y a une troisième charte, datée de 1431 ( t. II, p. 85 ), où l'on fait mention de la „ rupes qui ( sic ) vocatur saxus albus ". Donc les limites si soigneusement détaillées en 1091 sont devenues les limites définitives de la vallée, et elles ne laissent, à mon avis du moins, aucun doute que la „ rupes alba " est bien le Mont Blanc lui-même. En effet, il n' y a rien de plus naturel, car cette masse étincelante de neige et de glace constitue une borne à ne pas méprendre, et autrefois on croyait fermement ( voir ma note à la page 22* de mon édition — à présent sous presse à Grenoble — du „ De Alpibus Commentarius " de Josias Simler, publié en 1574 ) que le cristal est formé de glace séculaire. D' ailleurs cette comparaison des montagnes neigeuses avec des rochers blancs saute aux yeux, et a été faite par deux auteurs qui certainement n' avaient jamais vu les chartes que nous avons citées en haut — Mercator, qui ( d' après M. Uzielli ) sur sa carte de 1594-1595 donne „ Roches Blanches " comme un des noms du Mont Blanc, et Windham qui dans sa „ Relation " de 1741 ( voir le texte français dans Dufour, p. 90, et la traduction anglaise, p. 4, dans le facsimile que donne M. Mathews à la fin de son livre, „ The Annals of Mont Blanc ", Londres, 1898 ) dit que les glaciers „ sembloient des rochers blancs ou plutôt des glaçons énormes ".

l ) Comparer „ lo says nigrum " dans un document de 1264 ( Perrin, t. I, p. 24 ) qui veut désigner la Tête Noire au midi de Servoz.

Il existe aussi un parallèle très curieux à la „ rupes alba ". Dans un acte de vente, daté de 1252, de certaines terres dans la vallée de Grindelwald, nous lisons parmi les bornes qui y sont énumérées ( voir les „ Fontes Rerum Bernensium ", t. II, p. 352 ) „ usque ad rubeum truncum, et ab eodem trunco usque ad verticem montis qui dicitur Scheitecca, per jugum dicti montis usque ad montem qui nominatur Egere ". Ici le „ rubeus truncus " ne peut être que le Rothstock, ce contrefort saillant de l' Eiger, qui est aujourd'hui si bien connu à tous les touristes qui se rendent dans le chemin de fer de la Jungfrau jusqu' à l' embouchure du grand tunnel.

Pour toutes ces raisons donc je n' hésite pas à accepter l' identification de la „ rupes alba " avec le Mont Blanc, bien entendu tout le massif et pas seulement son point culminant.

2. 1594 ou 1595. Mercator. Ducatus Sabaudiae.

Je n' ai pas vu cette carte moi-même, mais M. Uzielli l' a décrite ainsi ( Bollettino del C. A. / ., n° 56, p. 122je traduis ses phrases litté-ralementSur la carte de Mercator se trouve le village de Chamouny: le massif du Mont Blanc y est indiqué sous le nom de Glacières, et son point culminant sous celui de Roches Blanches ou Mont Maudit, nom qui est placé tout près et à l' est de Bonneville ". M. Uzielli maintient la date de 1594 contre celle de 1595 donnée par M. Durier ( p. 13 ), qui dit ( p. 14 ) que les noms y sont écrits „ Chamonis " et „ La Mont Maudite ", mais H. Zondervan ( Allgemeine Kartenkunde, Leipzig, 1901, p. 34 ) dit que cet Atlas a été publié en 1595 par Rurnold Mercator, une année après la mort de son père Gérard.

En tout cas voici peut-être la première mention de notre cime sur une carte alpine, car la première carte de la Savoie connue ( celle de Gilles Bullion, datant de la première moitié du 16 me siècle et publiée dans le „ Theatrum Orbis Terrarum " d' Ortelius, qui parut en 1570 ) ne nomme pas le Mont Blanc ( j' ai une photographie de cette carte sous les yeux ), tandis que Josias Simler n' en fait jamais mention dans ses deux livres publiés en 1574, la „ Descriptio Vallesue " et le „ De Alpibus Commentarius ".

M. Freshfield m' assure que dans l' exemplaire de l' édition de 1595 de l' Atlas de Mercator qui se trouve dans le Musée Britannique à Londres il n' existe aucune carte spéciale de la Savoie. Il croit ( comme moi ) que M. Durier a examiné la carte de Ilondius de 1610 ( n° 2, en bas ). Mais alors quelle peut être la carte de laquelle M. Uzielli donne une description si précise? Il est à remarquer que M. Uzielli à deux reprises ( à la page déjà citée de son article ) dit que le nom de „ Montagne Maudite " ou de „ Mont Maudit " figure sur cette carte tout près et à l' est de Bonneville, et qu' il semble se rapporter au Buet ( 3109 mètres ), cime située au nord de Chamonix et appelé effectivement aussi la „ Montagne Maudite "

par les habitants de Genève par suite d' une confusion involontaire avec le Mont Blanc. M. H. Ferrand possède un exemplaire de la carte de Mercator de 1594-1595, qui n' est probablement que celle de Hondius de 1610 et m' écrit que le nom „ Mont Maudite " s' y trouve placé entre Bonneville et St-Jean d' Aulph. Il ajoute que cette carte a été presque servilement copiée par celle de Blaeu, publiée en 1657-1658. Or, je possède moi-même la carte de Blaeu ( n° 10, en bas ), sur laquelle le nom „ La Mont Maudite " est inscrit au nord de Cluses, au nord-est de Bonneville, à l' est de SaintJeoire, et au midi de l' abbaye carthusien de Vallon ( haute vallée de la Dranse de Bellevauxl' emplacement de la chaîne du Mont Blanc y est représenté ( ainsi que sur d' autres cartes anciennes ) comme un pré semé d' arbres, mais sans nom, et placé au sud-est de „ Chamonis ", dont le nom est inscrit à une très grande distance au sud-est de celui de „ La Mont Maudite ".

En face de ces descriptions contradictoires de cette carte de 1594-1595, il reste incertain si elle a voulu indiquer le Mont Blanc ou le Buet, mais j' incline à croire qu' elle est identique avec celle de 1610 qui vise effectivement le Buet.

3. 1610. J. Hondius. Amsterdam.

4. 1619. J. Le Clerc. Paris.

Ces deux cartes ( la première intitulée „ Sabaudia Ducatus " et la deuxième „ Lacus Lemani — Nova Descriptio " ) figurent „ La Mont Maudite " au nord-est de Bonneville, faisant sans doute allusion au Buet.

5. 1627. Légende de Saint-Bernard de Menthon.

M. Durier ( p. 9-10, note ) rapporte le passage suivant d' une biographie de ce saint publiée à Lyon en 1627 et basée sur le bréviaire de l' église cathédrale d' Aoste. Le saint aurait commandé au démon, qu' il avait exorcisé sur le Grand-Saint-Bernard, d' aller s' abîmer dans les précipices „ montium Malethorum ", à deux lieues de là vers l' ouest, entre les trois diocèses d' Aoste, de Genève, et de Sion, et de n' en bouger jusqu' à la consommation du monde.

6. 1644. Coulon. „ Les Rivières de France. " Paris.

M. Favre ( p. 537, sous le n° 26 ) cite les phrases suivantes de cet ouvrage ( t. II, p. 27 ): „ la plus haute montagne du pays ( de Fossigny ) est la glaciale appelée „ Maudite " par les habitants à cause des neiges perpétuelles qui la couvrent, dont se forme le cristal ".

7. Vers 1650. Nicolas Visscher. Sabaudiae Status. Amsterdam. Favre ( p. 537, sous le n° 27 ) cite cette carte ( à laquelle il attribue cette date approximative, car Visscher publia des cartes de 1624 à 1660 ) et dit ( ce qui est parfaitement exact ) que „ les Glacières' sont placées à l' est de Chammuny ".

8. Vers 1650. N. Visscher. Exactissima Helvetise — Regionum Tabula. Amsterdam.

Je possède un exemplaire de cette carte, gravée par Hogeboom ( elle est celle mentionnée en tête de la page 34 de la „ Cartographie " du professeur Graf, Berne, 1896 ). On y lit au sud d' Abondance et au nord-ouest de „ Valosenne " ( Valorsine ) les mots „ La Mont Mandile " et le même nom paraît dans la liste de lieux donnée sur le revers de la feuille. Cette expression semble vouloir dire „ La Montagne Maudite ", le graveur ayant fait deux lapsus — il a sans doute soit mal copié, soit mal compris ce nom, qu' il a peut-être emprunté à la carte de Hondius.

. 9. 1652. Sanson. Le Gouvernement Général du Daufiné et des Pays circonvoisins. Paris.

„ Les Glacières " y sont figurées au sud-ouest de „ Chamony ", mais „ La Mont Maudite " est placée au nord de ce village, et au nord-est de Taninges et de Samoëns.

10. 1658. Blaeu. Sabaudia Ducatus. Amsterdam.

Sur cette carte „ La Mont Maudite " se trouve au nord-est de Bonneville, tandis que l' emplacement de la chaîne du Mont Blanc est semé d' arbres à tête ronde ( voir le n° 21 en bas ).

Durier ( p. 14, note ) cite une appréciation ( écrite par le rédacteur des notices de cet Atlas dans la „ Geographia Blauiana ", t. VII, p. 250 ), d' après laquelle la hauteur de „ La Mont Maudite " serait si grande, que cette cime se voit en sortant de Lyon: il est donc évident qu' il fait allusion au Mont Blanc et pas au Buet.

11. 1660. Samuel Guichenon. Histoire Généalogique de la Royale Maison de Savoie. Lyon.

Je possède un exemplaire de la réimpression de ce bel ouvrage faite à Turin en 1778. A la page 17 du tome I, dans une liste des principales montagnes de Savoie, l' auteur énumère: „ La Montagne Maudite, proche du Prieuré de Chamonix, laquelle est perpétuellement couverte de neige, et que l'on a appelée ( sic ) Maudite, parce qu' il n' y croît quoique-ce-soit ". A la page 19 la source de l' Arve est ainsi décrite: „ L' Arve, en latin Arva ou Arbor, chez quelques géographes, vient du Glacier de l' Ar, sous la montagne de Chamonix en Faucigny ".

Ce nom de „ Glacier de l' Argentière " paraît ici pour la première fois, et excite en vain notre curiosité. Se rapporte-t-il vraiment au glacier actuel d' Argentière, d' où sort certainement un des affluents de l' Arve? ou serait-ce peut-être une variante de „ Glacières " et de „ Mont Blanc ", parce que ces montagnes de glace étincellent comme de l' argent? Nous ne saurions dire, mais on se rappelle le Silberhorn dans l' Oberland Bernois, le Silberbast ( ou Lyskamm ) près du Mont Rose, et le Piz Argient dans le massif de la Bernina.

Probablement la carte de Sanson de 1663 ( voir le n° 14, en bas ) a emprunté à Guichenon ce nom singulier, qui est reproduit dans la traduction allemande de J. G. D. T. en 1690 ( voir le n° 21, en bas ), quoique la traduction latine de Blaeu en 1682 ( voir le n° 19, en bas ) a substitué à cette phrase l' expression: „ Les Glacières ".

12. Vers 1660. Cornelius Danckerts. Sedes Belli in Dauphinse et Provincia, nec non Ducatus Sabaudiae. Amsterdam.

Ici „ les Glaciers " sont placés à l' est de „ Chamony ", et „ la Mont Maudite " au nord de Taninges.

13. 1661. Merian-Blaeu. Le Gouvernement Général du Daufiné et des Pays circonvoisins. Francfort.

Cette carte parut dans la Partie XIII ( le Dauphiné ) de la „ Topographia Galliae " de Mathieu Merian. Sur mon exemplaire ( intercalé entre les pages 428 et 429 du tome IV de l' édition de ce livre publiée en hollandais à Amsterdam en 1663 ) „ La Mont Maudite " est placée au nord de Samoëns, et „ Les Glacières " au midi de Chamonix.

14. 1663. Sanson. Partie Septentrionale des Estats de Savoie. Paris.

Je possède un exemplaire de cette carte. On y trouve le nom singulier ( emprunté probablement à Guichenon, 1660 ) de „ Glacière de l' Ar " qui y est attribué à la chaîne entière du Mont Blanc, tandis que celui de „ Glacières " est donné au hameau de ce nom en amont des Chapieux. Le village d' Argentière n' est pas indiqué.

15. 1665. Sanson. Estats du Duc de Savoie au-delà des Alpes. Paris. Sur mon exemplaire le nom „ Glacières " est donné au dit hameau, et la chaîne du Mont Blanc ne porte aucun nom, bien que „ Chamouy " soit nommé.

16. 1665. F. de Witt. Status Sabaudici Tabula. Amsterdam.

M. Favre ( p. 538, sous le n° 31 ) dit: „ les Glacières sont indiquées à la place des Aiguilles Rouges, entre „ Chamonis " et „ Valosenne " ( Valorsine ), et ce dernier endroit est placé dans la vallée du Giffre ".

17. 1670. J. Danckerts. Status Sabaudici Tabula. Amsterdam. „ Les Glacières " y sont indiquées au sud-est de „ Chamuny ".

18. 1680. T. Borgonio. Carta Generale di Stati di Sua Altezza reale. Turin.

Je n' ai pas vu cette édition de cette carte, mais M. Favre ( p. 539, sous le n° 39 ) dit qu' elle „ est fort inexacte, surtout dans les montagnes ", et M. Durier ( p. 15 ) rapporte que Borgonio „ fit décrire aux Glacières un vaste demi-cercle à la tête de la vallée de Chamonix, mais qu' il en laissa le massif principal au nord, sur la ligne Môle-Genève ". M. Durier croit donc qu' on a pris par erreur le massif du Buet pour la chaîne principale.

J' ai sous les yeux un exemplaire de l' édition de 1683 ( corrigée en 1772 ), qui diffère tout-à-fait de cette description: au sud-est de „ Chamonix " la chaîne du Mont Blanc est nommée „ Glassiers ", tandis qu' au nord-est du village il y a la „ Glacière de Belle Combe " ( à peu près dans la position du Buet ); loin au midi le nom „ Glacière " est placé dans la position de l' Aiguille des Glaciers actuelle au nord-est de l' " Oratoire du Glacier ", en amont des Chapieux, et à l' ouest du „ Col dell' Aléeblanche " ( sic ) ( le col actuel de la Seigne ).

19.1682. J. Blaeu. Theatrum Statuum Sabaudiae. 2 tomes. Amsterdam.

Sur la carte de la Savoie donnée dans le tome II de cet ouvrage superbe on lit „ Les Glacières ", nom placé au nord de Chamonix. Mais encore plus intéressantes sont les phrases suivantes qui se trouvent dans le texte du même tome ( p. 3 ), et qui sont traduites de l' Histoire de Savoie par Guichenon ( voir le n° 11, en haut ): „ montes sunt altitudinis immensae, inprimis Vallesiam et Vallem Augustanam versus: ibi exurgit Les Glacières, quem incolse vocant montem maledictum, quia nunquam non opertus est nive et glacie " ( paroles traduites ainsi dans l' édition de 1700, citée par Favre, p. 539: „ il y a dans ce pays [le Foucigny] des montagnes d' une hauteur prodigieuse, et particulièrement du côté du Valay, et de la ville d' Aouste. C' est là où est celle qu' on nomme Les Glacières, et que les habitants appellent la Montagne Maudite, parce qu' elle est toujours couverte de neige et de glace " ). Et encore, „ Arva oritur in monte Chamounis sub monte Les Glacières " ( en français „ L' Arve a sa source au Mont Chamounis au-dessous du Mont des Glacières " ): ici le nom „ Les Glacières " a été substitué au „ Glacier de l' Argentière " de Guichenon.

20. 1687. Gilbert Burnet. Voyage de Suisse, d' Italie, &. fait es années 1685-1686. Trad. de l' anglois. Rotterdam.

A la page 24 de ce livre on lit les paroles suivantes: „ il y en a une ( montagne ), pour vous remarquer cela en passant, qui n' est pas fort éloignée de Genève, appellée la Montagne Maudite, couverte de neige en tout tems, qui en ligne perpendiculaire a deux milles de hauteur, selon l' observation qu' en a faite Nicolas Fatio de Duilliers, célèbre mathématicien et philosophe, qui, à l' âge de 22 ans, est un des plus grands hommes du siècle ". Nicolas Fatio de Duillier naquit en 1664 ( mort en 1753 ) de sorte que ( comme le pense M. Théophile Dufour, p. 259, note ) cette mesure de la hauteur du Mont Blanc paraît devoir lui être attribuée, plutôt qu' à son frère aîné, Jean-Christophe ( 1656 à 1720 ). ( Voir aussi le n° 30, en bas. ) 21. 1690. J. G. D. T. Gelegenheit und heutiger Zustand dess Herzogthums Savoyen und Fürstenthums Piemont. Nurembourg.

La Chaîne du Mont Blanc à travers les siècle».2515 Je possède un exemplaire de ce gros livre ( 672 pages de texte in 4° ). Sur la carte ( par J. B. Homann ) du Duché de Savoie, placée en face de la page 2 du texte, aucun nom n' est attribué au massif qui est cependant indiqué au midi de „ Chamonis ", et qui est planté d' arbres à tête ronde, comme la carte de Forlani de 1562, signalée par M. Durier ( p. 13, note 3 ), celle de Hondius de 1610 ( n° 3, en haut ) et celle de Blaeu de 1658 ( n° 10, en haut ). Dans le texte, on lit ( p. 7 ), au cours d' une description sommaire des montagnes principales de la Savoie, les paroles suivantes, traduites de l' Histoire de Savoie par Guichenon ( voir n° 11, en hautà l' exception de la mention de l' évaluation de Fatio de Duillier, qui est peut-être empruntée au livre de Burnet ( n° 20: „ der verfluchte Berg oder Maudite, welcher so genannt, weil darauf nicht das geringste wächst, und er mit ewigem Schnee bedeckt ist, ohnfern der Priorat Chamonix gelegen, und ist selbiger in gerader Linie 2000 Ruthen hoch, nach Rechnung Hrn. Fatio de Duillier ". A la page 10 l' auteur traduisant toujours Guichenon ) décrit ainsi la source de l' Arve: „ Die Larve, zu Latein Arva oder Arbor, kommt aus dem Eisberg dd'I'( sic ) Argentière unter dem Berg Chamonix in Faucigny ".

22. 1690. Jaillot. Les Duchés de Savoie, de Genevois, &. Paris. Mon exemplaire de cette carte indique „ Les Glacières " au nord-est de Chamonix, et à l' est de la „ Forelaz ", passage que traverse un sentier faisant communiquer Chamonix avec Valorsine. Cependant le „ Col Major " avec la continuation du sentier de la „ Forclaz " est indiqué au sud-est de „ Chamunis ".

22bis. 1690. Sanson-Jaillot. Les Montagnes des Alpes. Paris.

Cette carte ( dont une photographie est sous mes yeux ) est absolument differente de la précédente: elle figure „ Les Glacières " au midi de Chamonix, à l' est de Saint-Gervais et au nord de Courmayeur. La „ Mont Maudite " est placée près de Taninges.

23. 1691. Le Père Placide. La Savoye. Paris.

Cette carte ( reproduite par M. A. Perrin à l' angle gauche supérieur de sa grande carte, à la fin de son „ Histoire de Chamonix ", 1887, Chambéry ) indique „ Les Glacières " au nord-est de „ Chamounis ", mais le „ Col Major " au sud-est du même village. Cette carte a subi un remaniement des plus curieux en 1793, comme nous verrons plus tard.

23bis. 1691. J. B. Nolin. Les Estats de Savoie et de Piémont. Paris.

Cette carte ressemble beaucoup à celle de Savoie par Visscher de 1650: elle indique „ Les Glacières " à l' est de „ Chammuny " et la „ Mont Maudite " près de Samoëns.

24. 1694. P. A. Arnod. Relation des Passages de tout le circuit du Duché d' Aoste, venant des Provinces circonvoisines, avec une sommaire description des montagnes.

M. Vaccarone a publié une partie de cette „ Relation " fort intéressante, qui a été écrite par le Juge au bailliage d' Aoste pour le duc de Savoie. Mais il n' a pas reproduit le passage suivant, qui sera imprimé dans la reproduction complète de ce manuscrit ( conservé aux Archives de l' Etat à Turin ), qui figure comme pièce annexe n° 18 dans mon édition du „ De Alpibus Commentarius " de Josias Simler, a présent sous presse à Grenoble. Arnod décrit la vallée de Champorcher ( qui rejoint celle de la Doire Baltée en amont d' Ivrée ), et le passage qui mène de là par la combe de Champ de Praz à Issogne, dans la vallée de la Doire Baltée et un peu en amont de Verrès: „ Champorcher est une vallée fort estroitte et montagneuse de long en long, et néantmoins assés fertile et bien habitée: contigue au couchant à la vallée de Champ de Pra, comme encore à Issogne. Pour descendre en Issogne du costé de Montblanc aussy facile que la grande route sus exprimée. "

Arnod ici fait allusion en passant au Mont Blanc, dont il n' avait pas parlé en décrivant l' Allée Blanche, les environs de Courmayeur ou le Val Ferret. C' est la première mention, à moi connue, de ce nom dans la littérature depuis la charte de 1091 et peut-être la carte de Mercator de 1594-1595: mais la tournure nonchalante de la phrase d' Arnod ( qui, comme nous allons voir, avait lui-même tenté le Col du Géant en 1689 ) me fait croire que ce nom était à cette époque habituellement employé dans la vallée d' Aoste, au fond de laquelle s' élève en effet majestueusement le grand Mont Blanc.

25. 1698. Van der Aa. La Savoye. Amsterdam.

„ Les Glacières " y sont indiquées au nord de „ Chamunis ".

26. 1703. Nicolas de Fer. Le Duché de Milan et les Estats du duc de Savoie. Paris.

„ Les Glacières " y sont indiquées entre „ Sixte " et „ Chamont ", mais le „ Col Major " est placé au midi de „ Chamont ".

27. 1710. Jaillot ( chez Covens et Mortier ). Les Estats de Savoye et de Piémont. Paris.

Cette carte indique „ Les Glacières " au nord de „ Chamunis ".

28. 1716. J. J. Scheuchzer. Helvetiae Stoicheiographia, Orographia, et Oreographia. Zürich.

A la page 191, dans le Catalogue des principales montagnes suisses, on lit les mots suivants: „ Maledictus mons, Montagne Maudite bey Genf. " Quelle peut être la source de ce renseignement de Scheuchzer, qui ne parle pas du Mont Blanc dans ses „ Itinera Alpina " ( 1723 )?

29. 1728. Albert de Haller.

Le futur poète des Alpes dans un article intitulé „ Premier Voyage dans les Alpes ", daté de 1728, et publié dans la „ Revue Helvétique " ( n° 4, 1892, p. 448-449 ) écrit: „ Nous vimes de dessus une terrasse ( à Lausanne s' entend )... des montagnes pelées de Savoie, par dessus lesquelles s' élèvent d' autres montagnes plus escarpées encore et surtout le mont maudit, qu' un mathématicien moderne a jugé avoir 14,246 pieds de hauteur, ce qui serait une élévation beaucoup plus considérable que celle du Saint Godart. "

30. 1730. Fatio de Duillier. „ Remarques sur l' histoire naturelle des environs de Genève " ( imprimées dans l' Histoire de Genève de Spon, t. II, p. 450 ).

Martel dans sa „ Relation " de 1742 ( voir le n° 33, en bas ) cite ( mais seulement dans la traduction anglaise de 1744, p. 28, voir Dufour, p. 258, note 4 ) une partie de ses „ Remarques " à propos de ses observations sur la hauteur du Mont Blanc. Nous donnons la traduction de M. Dufour: „ La hauteur de la Montagne Maudite par-dessus le niveau de la surface du lac est pour le moins de 2000 toises de France. " ( 4374 yards anglais. ). M. Dufour ( p. 259, note ) pense que, comme le dit Burnet ( n° 20, en haut ), ces „ Remarques " ont été écrites par Nicolas Fatio de Duillier ( 1664 à 1753 ) et pas ( comme le croit Spon ) par son frère aîné, Jean-Christophe ( 1656 à 1720 ).

31. 1740. J. C. Lotter. Novissima et Accuratissima Helvetise, Rhaetiae, Valesiae, et Partis Sabaudiae Tabula. Augsbourg.

„ Les Glacières " y sont placées entre Chamonix et Sixt.

32. 1741. W. Windham. Relation d' un Voyage aux Glacières de Savoie.

Dans le texte original français de cette Relation célèbre, on trouve ( outre le titre ) les mots „ la glacière " ( Dufour, p. 94 ) qui décrivent tout le massif: la traduction anglaise de 1744 emploie les mots „ the Glacières " et dans le titre et dans ce passage ( p. 8 du facsimile donné par M. Mathews, à la fin de son livre intitulé „ The Annals of Mont Blanc ", Londres, 1898 ).

M. Théophile Dufour ( p. 94, note ) signale le fait que, sur la marge du manuscrit ( jadis propriété de Hennin, résident de France à Genève entre 1765 et 1778 ) qu' il imprime, il se trouve la note suivante se rapportant aux phrases de Windham relatives aux Glacières: „ ceci n' est pas exact: la grande branche de cet Y doit être celle qui va au Mont Blancmais il est clair que ce n' est pas Windham lui-même qui a fait emploi de l' expression „ Mont Blanc ".

33. 1742. Pierre Martel. Voyage aux Glacières de Faucigny.

Si Windham en 1741 ne parle pas du „ Mont Blanc ", son rival, Martel, en 1742, le fait à plusieurs reprises.

A la page 186 ( Dufour ) on lit: „ de là ( les Montées ) nous entrâmes dans la vallée de Chamouny, ayant l' Arve à notre gauche, et à notre droite une fort belle colline, qui se termine au Mont Blanc du coté méridional "; la traduction anglaise de 1744 ( p. 16 ) dit „ a fine hill which reaches as far southward as the mountain called Mont blanc " ( sic ).

A la page 17 de la traduction anglaise ( ce passage ne se trouve pas dans le texte original français, mais M. Dufour le traduit à la page 188, note ) on lit: ,,My companions were next morning in so great a hurry to go away, that I had not time to draw any views as I intended: all I could do was to take with my semicircle the height of the Mont Blanc, by two different operations, which corresponded exactly. " ( Observer que le texte anglais insère l' article défini avant le nom „ Mont Blanc ", ce qui montre que ce nom n' était pas encore très bien connu. Naturellement Martel, parlant le français comme sa langue maternelle, pouvait mieux se procurer des renseignements des indigènes de Chamonix que la caravane anglaise de 1741. ) Sur la page suivante ( p. 189 de Dufour, et p. 18 du texte anglais ) Martel, parlant de la „ glacière de Saint-Gervaisle glacier de Bionnassay ), dit: „ celle-ci vient du Mont Blanc ". Ici le texte anglais omet l' article défini, mais il l' insère de nouveau devant ce nom à la page 19 ( l' original français omet ici les mots „ du Mont Blanc ", voir Dufour, p. 190, note 8 ). Martel fait encore mention du nom „ le Mont Blanc " à deux reprises à la page 248 de Dufour: „ le Mont Blanc qui est le plus vers l' occident. C' est cette pointe du Mont Blanc qui passe pour la plus haute des Glacières et peut-être des Alpes ", et de nouveau à la page 249. ( Dans ces trois cas le texte anglais, p. 22-23, omet l' article défini. ) Mais le nom de „ Mont Blanc " ne faisait que son début dans la littérature alpine, car sur la dernière page ( p. 28 ) de la traduction anglaise ( cette phrase manque dans le texte original français ) Martel, en parlant de ses observations relatives à la hauteur de cette cime, cite les observations de Nicolas Fatio de Duillier ( voir le n° 30, en haut ) qui emploie encore en 1730 le nom de „ Montagne Maudite ", dénomination que reproduit Martel.

Enfin, le nom de „ Mont Blanc " reçut droit de bourgeoisie sur la carte de Martel, annexe à la traduction anglaise de 1744 ( voir les reproductions publiées par M. Favre sur la Planche XXIX de son „ Atlasnous la donnons en face — et à la fin du facsimile de la brochure donnée par M. Mathews ). Dans la liste de noms en bas de la carte la cime portant le n° 1 est nommé „ Le Mont Blanc ". A partir de ce temps ce nom devient la règle, et nous ne ferons des citations que pour montrer comment peu à peu il fraya son chemin.

34. Vers 1750. De Saussure.Voyages dans les Alpes. Genève.

Nous croyons devoir insérer ici l' extrait suivant ( Sect. 732, t. II, p. 144 de l' édition de 1786 ) des premières phrases écrites par ce grand savant relatives à la chaîne qu' il fit tant pour faire connaître, car il La Chaîne du Mont Siane à travers les siècles.

naquit en 1740, et l' enfance ne s' étend pas au-delà de l' âge de 10 ans: „ Le petit peuple de notre ville et des environs donne au Mont Blanc et aux montagnes couvertes de neige qui l' en le nom de Montagnes Maudites: et j' ai moi-même ouï dire dans mon enfance à des paysans que ces neiges éternelles étoient l' effet d' une malédiction que les habitans de ces montagnes s' étoient attirée par leurs crimes. "

35. 1751. J. G. Altmann.

Versuch einer historischen und physischen Beschreibung der Helvetischen Eisberge. Zürich.

A la page 111 de cet ouvrage, l' auteur, en traduisant le texte français de la „ Relation " de Windham ( 1741 ) rend „ la Glacière " par „ diese Gletscher ", et le titre „ Les Glacières " par „ Eisbergen ", montrant ainsi que ces mots furent alors considérés comme une description de la région plutôt que son nom spécial.

36. 1756. Robert de Vaugondy. Carte de la République des Suisses. Nancy.

Sur cette carte on lit le nom de „ Les Glacières ".

37. 1760. G. S. Gruner.

Die Eisgebirge des Schweizerlandes. Berne.

M.Dufour(p. 256, note ) croit que Gruner a eu sous Jahrbuch des Schweizer Alpenclub. 37. Jahrg.

les yeux le texte complet des „ Relations " de Windham et de Martel; mais Gruner n' en donne que des extraits, ainsi que son traducteur français ( M. de Kéralio, 1770 ): il traduit ( t. I, p. 213 ) „ la Glacière " dans le récit de Windham tout simplement par „ die Gletscher " ( la traduction française, p. 156, adopte ce mot, mais donne aussi celui de „ glacières " ). Quant au récit de Martel, Gruner ( p. 216, et la traduction française, p. 158 ), en reproduisant le passage relatif aux trois cimes que l'on aperçoit depuis le Montenvers ( Dufour, p. 248 ) font mention du „ Mont Blanc ", et de nouveau ( p. 219, édition allemande, et p. 160 de la traduction française ) à propos de l' ob de la hauteur de cette cime — dans ce dernier passage les deux versions mentionnent aussi le nom de „ Montagne Maudite ". Elles ajoutent même quelques phrases ( p. 219-220, éd. allem ., et p. 160 de la trad. franç .) qui ne se retrouvent ni dans Dufour ni dans la traduction anglaise: les voici, d' après la traduction de M. de Kéralio en 1770: „ Cette élévation ( c'est-à-dire 2426 toises au-dessus du niveau de la mer ) est plus grande que celle d' aucune montagne connue. Le Canigou est regardé comme le mont le plus haut des Pyrénées, et selon M. Cassini, qui l' a mesuré, il a 1440 toises au-dessus du niveau de la mer. Le Mont Blanc ne le cède pas même au fameux pic de Ténériffe, qui, suivant le père Feuillée, a 2213 toises de hauteur perpendiculaire. Il est donc vraisemblable que les Montagnes-maudites ( sic ) sont les plus hautes de celles qu' on a mesurées jusqu' à présent avec quelque exactitude. Guichenon dit dans son Histoire de Savoie ( I, p. 17, de l' édition de Turin, 1778 ) qu' elles sont ainsi nommées, parce qu' étant couvertes de neiges perpétuelles, elles ne produisent rien. " Nous avons donné le texte de Guichenon sous le n° 11 en haut.

A la page 207 de l' édition allemande ( p. 152 de la trad. franç. ), Gruner parlant dans sa propre personne, parle des „ Montagnes Meau-dites " ( sic ), mais à la page 221 ( p. 161 de la trad. franç .) il parle du „ Mont Blanc "; évidemment à ce moment il y a eu une certaine concurrence entre tous ces noms, car l' auteur emploie aussi ( p. 206 ) le mot „ Glaciers " ( la traduction française donne „ les Glacières ", p. 151-152 ).

Sur la carte qui accompagne les deux éditions de Grimer, on lit sous le n° 132 les mots „ Mont blanc ( sic ) ou Montagnes maudites ".

Les deux versions ( en face de la page 213 de l' édition allemande et dans l' édition française la vue no 13 ) de Gruner sont ornées d' une vue du „ Gletscher im Faucigny " ( soit l' " Amas de Glace de Faucigny ", d' après l' inscription à son angle gauche inférieur. Cette gravure a été faite par A. Zingg sur son propre dessin. Je n' ai pas pu examiner les deux vues que Martel avait jointes à la traduction anglaise ( 1744 ) de sa „ Relation ", mais d' après la description qu' en donne M. Dufour ( p. 33 ) elles n' ont rien de commun avec cette vue de Zingg, qui, donc, serait la première vue assez détaillée de Chamonix, la Mer de Glace et des hautes montagnes qui la dominent. Elle posséderait ainsi une assez grande importance historique, bien que les détails soient assez fantastiques. Dans l' " Explication des Planches " ( p. XXXVI de l' éd allem. et p. 370 de la trad. franç .) on nous dit que le pic numéroté n° 6 s' appelle „ le Mont blanc ( sic ) ou Montagnes Maudites ".

38. 1762. Le Duc de la d' Enville aux Glacières de Savoie en 1762.

Ce récit précieux n' a jamais été publié avant 1894 ( voir l' édition soignée qu' en a donné M. Lucien Raulet dans le tome XX, pages 458 à 495, de l' " Annuaire du Club Alpin Français " ). C' est la première description imprimée de la chaîne du Mont Blanc que nous possédons postérieure à celles de Windham et de Martel ( 1741-1742 et 1744 ). Comme elle est restée inconnue jusqu' en 1894 elle nous a conservé les impressions courantes d' un voyageur qui a visité Chamonix, si non avant de Saussure ( qui y vint déjà en 1760-1761 ), au moins avant le commencement des publications de de Saussure, Bourrit, etc., qui marquent la fin des tâtonnements à propos des noms des montagnes de cette vallée. Nous y trouvons deux mentions du nom „ Mont Blanc " et point d' autre nom, de sorte qu' il est évident que les touristes avaient déjà adopté le nom usité par les indigènes. A la page 480 nous lisons d' un „ glacier qui descend entre le Mont-Blanc et l' Aiguille du Midi "; et à la page 487 nous entendons parler du „ Mont-Blanc, la plus haute montagne de l' ancien monde, dont on ne voit pas la pointe parce qu' on en est trop près ".

39. 1762. Jean André De Luc. Recherches sur les condensations de l' atmosphère.

Dans son récit M. le duc de la D' Enville cite ( Ann. du C.A.F., XX, p. 489 à 491 ) ce mémoire, présenté à l' Académie des Sciences de Paris le jour même de sa course aux Glacières. Les observations de De Luc eurent lieu au mois d' août 1754, mais ce mémoire ne parut qu' en 1772, refondu dans les „ Recherches sur les modifications de l' atmosphère " ( Genève ). L' extrait donné par le duc contient plusieurs mentions du „ Mont Blanc " qui peut-être furent déjà mises sur papier en 1754.

40. 1762. Rizzi Zannoni. La Suisse divisée en ses XIII Cantons et ses Alliés. Paris.

Sur cette carte assez détaillée le nom de „ Les Glacières " est attribué à la chaîne à l' est de Chamonix.

41. 1769. F. Grasset. Carte de la Suisse. Lausanne.

Ici le nom de „ Les Glacières " est attribué à la chaîne à l' est de Chamonix.

Nous arrivons maintenant à l' époque de H. B. de Saussure et de Bourrit. Le nom de „ Mont Blanc " fait alors fortune parmi les écrivains et les touristes, et chasse complètement ( à part quelques auteurs et cartes restées en arrière ) tous les autres noms qu' on avait attribués à notre cime. Adopté dans le texte des livres de De Luc ( 1772 ), de Bourrit ( 1773 et 1776 ), de Bordier ( 1773, cependant à la page 198 il parle de „ la Montagne Maudite, la plus haute de l' ancien Continent " ), de de Saussure et de Coxe ( 1779 ), il paraît aussi en 1779 sur la „ Carte Parti-culière des Glaciers du Paucigny et des environs du Mont Blanc ", insérée dans le premier tome des „ Voyages " de de Saussure, en 1781 ( sous le titre de „ fameux Mont Blanc " ) sur la carte de Bourrit ( tome III ), en 1786 sur la grande carte publiée dans le tome II de de Saussure, en 1789 sur celle annexée à l' ouvrage de l' anglais Coxe, et dans l' Atlas des suisses Meyer et Weiss, publié entre 1786 et 1802. En 1784 déjà l' inspecteur de mines, Nicolas de Robilant, emploie uniquement le nom de Mont Blanc ( voir Durier, p. 24 ), quoiqu' en 1790 De La Lande ( Voyage en Italie, Genève, 1790, t. I, p. 88 — j' emprunte cette citation au „ Bollettino del Club Alpino Italiano ", n° 56, p. 123, note 3 ) hésite encore, disant: „ Le Mont Maudit, qu' on appelle aussi le Mont Blanc, est la plus haute montagne de l' Europe. " Ce nom, enfin, fut définitivement consacré, lorsqu' en 1793 la France créa un „ Département du Mont Blanc ", qui exista jusqu' en 1800, lorsqu' il fut incorporé dans celui du Léman ( Durier, p. 24 ), quoiqu' en 1796 un traité de délimitation ( cité par Durier, p. 24-25 ) reproduise encore une fois le nom de „ glaciers des Monts-Maudits ". Mais ce fut la création de ce Département sans doute qui amena Tardieu en 1793 et Martinet en 1799 à insérer le nom de „ Mont Blanc " sur leurs cartes respectives.

Le même évènement fut aussi la cause d' une historiette amusante, que raconte ainsi M. A. Perrin, dans son „ Histoire de Chamonix " ( p. 7 ): „ Le nom de Mont Blanc fut ajouté ( en 1793 ), après la création du Département du Mont Blanc, sur une carte éditée par Jaillot en 1691. On en avait fait disparaître par le burin tous les emblèmes rappelant la royauté, en laïcisant le nom de l' auteur, frère Placide, religieux Augustin Déchaussé, qui l' avait dédiée à Louis XIV. Il est placé sur une montagne à trois pointes, qui occupe à peu près la position vraie du Mont Blanc. " Voilà de la géographie politique! La carte du Père Placide de 1691 est enregistrée par M. Favre ( p. 540, sous le n° 46 ), et M. Perrin reproduit, à l' angle gauche supérieur de sa grande carte, la version de cette carte éditée en 1793, sur laquelle on voit le „ Mont Blanc " figurer au midi de „ Les Glacières " et au nord du „ Col Major ".

Terminons en signalant les données d' un livre publié à Paris et à Berlin en 1801, les „ Mémoires Militaires " attribués au général de Bourcet ( mort en 1780 ). Sur la carte on lit „ Mont Blanc " et aussi „ Glacièrs ' ', mais dans le texte ( p. 290 et 321 ) „ Mont Blanc " seulement. Carte et texte ( p. 290 et peut-être 324 ) cependant attribuent le nom de „ Mont Maudit " au Buet, mais ce dernier nom est probablement à entendre sous celui de „ La Montagne du Bouc, près du Mont Maudit " ( p. 324 ): voir aussi le „ Col du Bouc " ( sur la carte et à la page 352 ) qui mène de Sixt dans le Val d' Illiez.

Au commencement de cette Section j' ai dit que je croyais pouvoir distinguer trois courants historiques dans l' emploi des trois noms principaux qui ont été attribués à notre cime. Il me semble que „ Les Glacières " 1 ) ( ainsi que le nom fantastique d' " Argentière " qu' on trouve dans Guichenon et ses copistes ) n' est qu' une description, pas un nom proprement dit. Ceci n' est pas un cas isolé; il existe une carte dressée à la fin du 17 me siècle, qui nomme le massif du Pelvoux „ Montagnes où les neiges ne fondent jamais ", et Montannel ( 1777 ) le dénomme „ la Montagne des Glacières ou des Verrières "; au 16 me siècle déjà Tschudi, Münster, Stumpf et Simler appellent le massif du Mont Rose ( et surtout le col de St-Théodule ) soit „ der Gletscher ", soit „ Mons Gletscher ", et Magini ( 1620, voir le „ Bollettino du Club Alpino Italiano ", n° 56, p. 118, et carte annexe ) dénomme le même massif „ M. della Roisa " ( on sait que „ roisa " ou „ ruize " ou „ roësa " est le mot usité dans le patois d' Aoste pour indiquer un glacier, voir de Saussure, Sect. 853, t. II, p. 283 ); enfin, Merian en 1649 sur la carte du comté du Tyrol ( intercalée entre les pages 130 et 131 de sa „ Topographia Provinciarum Austriae " ) mentionne le massif neigeux de l' Oetzthal sous le nom de „ Der Gross Verner — Glacies continua et perpetua " ( on sait que „ Ferner " est le mot tyrolien pour „ Glaciers " ).

Ensuite nous avons le nom de la „ Montagne Maudite " qui est employé par ceux qui vivent loin des masses glacées, et qui en ont grand peur, de sorte qu' il leur faut inventer un nom pour expliquer pourquoi ces légions ont été ainsi frappées par la main de Dieu; les habitants même de ces pays savent fort bien quels bienfaits leur apporte ces glaces et ces neiges éternelles, même avant l' arrivée des touristes. Peu importe si ce nom est donné au Mont Blanc lui-même ou par erreur à la chaîne du Buet — il signifie toujours la même chose.

Enfin, nous avons le nom „ Mont Blanc " qui est celui employé par ceux qui habitent les vallées sur l' un et l' autre versant de ces masses blanches et étincelantes ( voir sous 1091, 1594et 1694 ): ils les appellent „ blanches " par contraste avec les pâturages verts qui couvrent leurs flancs, et il serait impossible de tomber sur un nom plus simple et plus convenable. Partout on trouve un nom avec cette signification — qu' il paraisse sous la forme de Weisshorn, de Weisskugel, de Punta Bianca, d' Aiguille Blanche, même de Petit Mont Blanc ( comme en Tarentaise ). Les touristes arrivent et adoptent naturellement le nom usité par les indigènes, nom qui remplace donc tous les autres employés jusqu' à ce moment.

Ainsi, sans vouloir émettre une généralisation d' une exactitude mathématique ( il s' agit d' hommes et non pas de chiffres ), je crois que „ Les Glacières " est le nom général et descriptif; la „ Montagne Maudite " celui inventé par les habitants des villes pour exprimer leur horreur et leur épouvante de ces glaciers à l' aspect terrible; et „ Mont Blanc " celui que les habitants des vallées au pied de ces masses si pures ont de tont temps attribué à leurs voisines si puissantes, et cependant si bienfaisantes au point de vue de gens pour lesquels la vie serait impossible sans des pâturages fertilisés au printemps par les eaux qui découlent des glaciers, et protégés pendant l' hiver par une couche épaisse de neige contre les rigueurs du climat alpin. Un sentiment historique très louable a conservé le nom de Mont Maudit, qui est aujourd'hui attribué à une belle cime très haute ( 4471 m ) qui s' élève au nord-est du Mont Blanc et au fond du glacier de la Brenva.

B. Le Mont Malay.

L' identification du „ Mont Malay " n' est pas du tout douteuse, car ce nom est certainement donné à Courmayeur à l' Aiguille du Géant, le „ Géant " étant le nom employé à Chamonix.

Nous trouvons le nom de „ Mont Malay " sur maintes anciennes cartes 1 ), par exemple sur celles de Visscher ( vers 1650 ), de Sanson ( 1652 ), de Merian ( 1661 ), de Sanson ( 1663 et 1665 ), de Blaeu ( 1682 ), de Borgonio ( 1683-1772 ), de Jaillot et de Sanson-Jaillot ( 1690 ), de Nolin ( 1691 ), de Jaillot ( 1692 ), de Van der Aa ( 1698 ), de Jaillot chez Covens et Mortier ( 1710 ) et de Robilant ( 1728 ): le nom est écrit „ M. Maley " par Blseu et „ M. Malet " par Borgonio. Notre cime est généralement placée dans sa position actuelle, au nord-est du „ Col Major " ou le Col du Géant, mais il y a une tendance à la transporter plus à l' est, et de l' inscrire au nord-est de Morgex et Courmayeur ( par exemple les cartes de Guillaume de l' Isle de 1710 et de Vaugondy de 1756 ).

La carte de Grasset ( 1769 ) indique le „ Mont Maley " un peu au midi du Grand Saint-Bernard, mais celle de Martinet, 1799, paraît attribuer le nom de „ M. Malet " à un hameau tout près et un peu en amont du village de Chamonix!

Si nous ne voulons attribuer spécialement à ce pic les données de la légende de Saint-Bernard de Menthon ( voir sous le n° 5 de la Sect. A ) la première mention de ce nom à moi connue, sauf sur une carte, date de 1742, lorsque Martel dans sa „ Relation " ( p. 248 de l' éd. Dufour ) fait mention, avec le Mont Blanc et l' Aiguille du Dru, de 1 ' " Aiguille du Mont-Mallay, le plus près de l' Aiguille du Dru; la traduction anglaise de 1744 ( p. 22 ) dit „ L' Eguille de Montmallet, which is covered always with ice ", cette addition provenant peut-être d' une confusion du Géant avec le Mont Mallet actuel, car même au mois de juin 1742 le Géant n' aura pu se transformer en une pyramide glacée. A la page suivante les deux versions mentionnent le „ Mont Mallay ". Sur la carte de Martel, le nom est écrit „ Le Mont Malay ". A la fin du texte français de Martel ( mais pas dans la traduction anglaise ) se trouve une série de „ Questions proposées par un curieux à ceux qui ont fait le voyage des Glacières " avec des „ Réponses " dont la première „ paroît faite par l' un des Voyageurs en particulier ". Voici une de ces Questions ( p. 260 de l' éd. Dufour ): „ La montagne qui vers l' orient forme le bout de la vallée de Chamougny est-ce le Col Major ou le Mont-Mallay ?" et voici la deuxième Réponse ( p. 262 ): ,,La montagne au bout de la Glacière, qui fait point de séparation de la glacière qui va à Courmajeux, et de l' autre, qui va dans le Valais, est nommée L' Echaire. " Ce dernier nom pourrait très bien être une variante d' " Argentière " ou de „ Leschaux ", mais il est aussi possible que ce soit une forme phonétique du nom, alors à peine connu, de „ Le Géant ".

Vers 1728 M. de Robilant dressa une carte où figura le „ Mont Malet " ( Favre, p. 543, sous le n° 66, et Durier, p. 24 ).

En 1760 Grutier sur sa carte ( sous le n° 131 ), sur sa vue des Glaciers du Faucigny ( sous le n° 5 ), et à deux reprises dans son texte, une fois ( p. 216 de l' édition allemande et p. 158 de l' édition française ) dans sa traduction de la „ Relation " de Martel, et une fois ( p. 221 ou p. 161 ) parlant en sa propre personne, fait mention de 1 ' " Aiguille du Mont Mallet ou du „ Mont Mallet. Bordier en 1773, ( „ Voyage Pittoresque aux Glacières de Savoye ", p. 198 ) ne parle que da „ Montmalet ". Bourrit aussi en 1773 ( „ Description des Glacières ", p. 43 ) fait mention en passant de la pointe appelée „ Le Géant ". Mais en 1776 Bourrit est mieux renseigné ( voir sa „ Description des Aspects du Mont Blanc du côté de la d' Aost ", p. 74 ), car il écrit: „ de cette découverte ( de la position du Col du Géant ) j' ai été conduit à celle de l' Aiguille du Géant, que l'on voit du même Montanvert, mais qui dans la d' Aost porte le nom de Mont Mallet ". En 1785 Bourrit dit ( t. III, p. 70 ): „ Plus loin, un mur flanqué d' amas de glaces, armé de pics majestueux, borne la vallée. Un obélisque s' y fait remarquer: c' est la tour du Géant, masse énorme qui peut-être est le plus grand bloc de granit qui existe au monde; on le voit de Genève surpasser les autres aiguilles, et de la d' Aoste, où il porte le nom de Mont Malletet à la page 72-73 il mentionne le „ Mont Mallet ". Comme l'on sait ( voir sous la Sect. C en bas ), Bourrit en 1787 franchit le Col du Géant; dans son récit définitif ( „ Descriptions des Cols des Alpes ", 1803, t. I, p. 116 ) il fait mention „ du Géant ", et plus loin ( p. 118 ) il décrit ce pic en détail: „ l' Aiguille du Géant, masse étonnante de granit, qui élève sa tête altière soit du costé de l' Italie, soit dans nos plaines: on le voit depuis Genève, et presque de tout le Pays de Vaud. " Dans une description très colorée de son passage du Col du Géant donnée dans la première édition, 1791 ( p. 259 ), de son „ Itinéraire de Genève, &. " ( je ne possède pas la deuxième édition, 1792, mais ce détail manque dans la troisième, datée de 1808 ) Bourrit nous offre une explication très pittoresque du sobriquet qu' on attribuait à l' un des plus célèbres guides chamoniards du 18 me siècle: „ Cette route ( c'est-à-dire le Col du Géant ) a été rouverte depuis peu de temps par le courage du guide Michel Cachat, à qui le surnom de Géant est resté, pour avoir tourné l' aiguille, connue sous ce nom. C' est de ce voyage que je vais vous entretenir. "

Citons enfin de Saussure. Dans son tome I ( 1779, en face de la p. 512 ) il donne une „ Vue Circulaire " ( qui est numérotée Planche 8 ) du panorama du Buet, sur lequel, sous la lettre „ r " on trouve ( le texte est sur la p. 512 ) les mots „ Le Mont Mallet, ou le Géant ". A la page 499 il dit: „ Dans cette chaîne on remarque une cime étroite et élevée, comme une haute cheminée; on la nomme le Géant ou le Mont-Mallet; le lettre r la désigne: elle est très importante pour la topographie de ces montagnes, parce qu' on la reconnoît distinctement de l' autre côté des Alpes, des environs de Cormajor "; et, à la page 501, à propos de la Planche 5, il dit „ la cime b est ce même Géant ou Mont Mallet qui dans la Planche du Buet est désignée par la lettre r. " Sur la grande carte qui accompagne le tome II ( 1786 ) on lit „ le Géant ". Enfin, dans son tome IV ( 1796 ), page 219, en décrivant son passage du Col en 1788, il dit1: „ j' ai donné à cet endroit le nom du Col du Géant, parce qu' il est effectivement à l' entrée du col par lequel on descend à Courmayeur, et parce que la montagne la plus apparente du voisinage et qui domine ce col, est le Géant, haute cime escarpée que l'on reconnoît très bien des bords de notre lac " ( c'est-à-dire le lac du Tacul ), et la Planche III offre une belle vue de l' " Aiguille du Géant " depuis le col. Il est à remarquer que ( contrairement à ce qu' on croit d' ordinaire ) c' est le pic qui aurait donné son nom au col et pas vice versâ, que le nom de „ Géant " n' a rien du tout à faire avec le Mont Blanc lui-même, et, que le nom de notre pic est soit „ le Géant ", soit l' " Aiguille du Géant ", mais jamais ( avant la publication vers 1882 de la carte italienne ) „ Dent du Géant ", nom qui est contraire à l' histoire et qui remplace le terme „ Aiguille ", si répandu dans la chaîne du Mont Blanc, par celui de „ Dent " qui n' y était pas connu auparavant.

Notons enfin qu' en 1801 les „ Mémoires Militaires " attribués au général de Bourcet, donnent le nom de „ Mont Malay ", et sur la carte et dans le texte ( p. 321 ).

Afin d' éviter tout malentendu je me permets de signaler ici ( comme je l' ai déjà signalé dans l' " Alpine Journal ", t. XIV, p. 407 ) que la 1re édition ( 1793 ) de l' " Anleitung " d' Ebel dit à la page 36 du tome II, qu' en 1786 un anglais avait escaladé „ le Géant ou Mallet ", allusion ( comme on peut se convaincre en consultant la deuxième édition ( 1804, t. II, p. 191 ) au passage du Col du Géant effectué en 1786 par M. Hill ( voir aussi sous le n° 29 dans la Sect. C ). On sait qu' aujourd le nom de Mont Mallet est attribué à une belle sommité neigeuse de 3988 m, qui s' élève un peu au nord-est de l' Aiguille du Géant.

Qu' il me soit permis ici de m' égayer un peu au milieu de ces discussions fastidieuses de noms et de ces citations sans fin, en proposant une théorie quant à l' origine du nom „ Malay " ou „ Mallet ". Cette montagne serait-elle tout simplement le „ mons maledictus " ou la „ Montagne Maudite " de la vallée d' Aoste et de Courmayeur surtout que ce pic magnifique semble toujours menacer? Voici une montagne à faire frémir les indigènes, bien plus que le pauvre Mont Blanc qui sur le versant de Chamonix est loin d' avoir si fière mine.

Je me permets d' ouvrir, ici une petite parenthèse. Je n' ai pas encore étudié en détail l' histoire des noms des aiguilles de la chaîne du Mont Blanc, à part celle de l' Aiguille du Géant. En attendant, je voudrais donner un avertissement à mes lecteurs, et ensuite leur poser une question ou problème à résoudre. 11 est fait mention d' une „ Aiguille d' Argentière " par Bourrit ( „ Description des Aspects du Mont Blanc du côté de la Val d' Aost ", 1776, p. 140 ), par de Saussure ( t. I, p. 499, 512, 1779, et t. II, p. 94, et la grande carte du tome II, 1786 ), et par Albanis Beaumont ( „ Description des Alpes Grecques et Cottiennes ", t. II, deuxième Partie, 1806, p. 96 ), mais le pic dont il est question dans ces trois auteurs s' élève tout près du Dru, et sur la rive gauche du glacier d' Argentière. Il ne peut être donc que le sommet splendide appelé aujourd'hui l' Aiguille Verte ( à quelle date ce dernier nom se rencontre-t-il pour la première fois ?). Maintenant voici ma question ou problème à résoudre. Quelle est l' origine et la signification du nom de „ Aiguille de Chenavier ", qui sur la grande carte de de Saussure de 1786 ( tome II ) occupe, au fond du glacier de Talèfre, l' emplacement de l' Aiguille de Triolet actuelle?

C. Le „ Col Major ".

Notre tâche ici n' est pas difficile. Si j' ai jamais douté de l' identification du „ Col Major " avec le Col du Géant actuel, le compte rendu si animé de la tentative à le traverser faite par P. A. Arnod en 1689, et son témoignage quant à la tradition de son passage antérieur, aussi bien les données de maints autres témoins dignes de foi, m' ont tout à fait converti. Il me semble impossible de nier que depuis plusieurs siècles ce col a été connu comme moyen de communication entre Chamonix et Courmayeur, et cela comme un simple fait historique, sans invoquer une dépendance prétendue historique de l' un endroit sur l' autre. Le témoignage de la carte de Borgonio seule, sur laquelle le Col dell' Aléeblanche ( sic ) ( le Col de la Seigne actuel ) est distingué soigneusement du „ Col Major ", me paraît presque aussi important que le récit d' Arnod.

Quant au nom du col, on remarquera que, à part deux ou trois exceptions, tous nos renseignements nous arrivent du versant savoyard ou de Chamonix, de sorte qu' à ce point de vue il est fort naturel de l' appeler le „ Col de Courmayeur ". Ce ne fut qu' en 1788 que de Saussure changea ce nom, et le baptisa „ Col du Géant ", changement qui, à mon avis, est assez regrettable. Le nom de „ Col de Malay ", cité par Bourcet, provient naturellement de l' ancien nom de l' Aiguille du Géant, le Mont Malay, et n' est pas mal choisi 1 ).

1. Vers 1650. N. Visscher. Sabaudiae Status. Amsterdam. Col Major.

2. 1652. Sanson. Paris.

Col Major ou de Cormoyeu.

Un sentier est tracé à travers ce col, ressemblant absolument à ceux qui traversent le Grand et le Petit Saint-Bernard, et le Col de Carro ( col de glacier dans les Alpes Graies ), de sorte que certainement cette ligne n' indique pas ( comme on a dit ) tout simplement une frontière. On lit „ Cormoyeu " comme le nom de Courmayeur. De Saussure écrit ici et là Cormajor ( Sect. 490, t. I, p. 411 ).

3. Vers 1660. C. Danckerts. Sedes belli. Amsterdam.

D' après Favre ( p. 81, et p. 537, sous le n° 29 ) et Durier ( p. 41, note ) cette carte indique un chemin allant de „ Chamonys " à „ Cormajeur " près „ Cramoyen ", par le „ Cormajeur " ou „ Col Major ".

M. Ferrand me confirme cette description.

4. Vers 1660. Justinus. Sedes Belli in Italia. Amsterdam.

M. Durier ( p. 41, note ) dit que sur cette carte, comme sur celle de Danckerts, notre Col est traversée par un chemin.

5. 1661. Merian-Blaeu. Francfort. Col Major ou de Cormoyeu.

6. 1665. Sanson. Paris. Col Major.

7. 1675. Sanson. Paris. Les Montagnes des Alpes.

M. Raulet dans son édition de la „ Relation " du duc de la Rochefoucauld D' Enville ( Ann. du C.A.F. XX, p. 481-482, note ) cite cette carte, sur laquelle, dit-il, on voit „ un chemin allant de Chamonys à Courmayeur, passant par le Col Major ".

8. 1689. P. A. Arnod.

L' extrait suivant de la „ Relation " de P. A. Arnod, datée de 1694 ( voir sous le n° 24 dans la Sect. A ) a été imprimé par M. Vaccarone pour la première fois dans le „ Bollettino del Club Alpino " n° 41, 1880, p. 34, puis, dans le même recueil, n° 45, 1881, p. 188, et de nouveau en 1884 à la page 57 de son livre si documenté, qui est intitulé „ Le Vie delle Alpi Occidentali negli antichi tempi " ( Turin ).

Il prouve non seulement qu' en 1689 la praticabilité antérieure de ce passage était bien connue, mais aussi qu' on en avait conservé un souvenir si vif qu' il valait la peine pour un fonctionnaire ( lui-même du Pays d' Aoste ) du duc de Savoie d' aller la vérifier sur les lieux. Les chalets d' Hameyron ou d' Ameiron se trouvaient au fond du Val Ferret italien, mais furent détruits par une avalanche du glacier de Triolet en 1717 ( voir le livre de Vaccarone, p. 118 ). Nous avons vérifié le texte d' Arnod sur notre exemplaire du MS.

„ A droitte ( Arnod descend le Val Ferret ) de Hameyron se prenent les Glaciers et les monts inaccessibles du costé du Chablais et Faucigni sans passage aucun quelque ce soit jusques à la sommité de la Laix Blanche; et si bien, que par tradition de père en fils l'on prenoit autres fois un passage à droitture d' Entrèves pardessus les glaciers de Mont fréty pour descendre en Chamonix en Faucigni. Je pris trois bons chasseurs en mille six cents huittante neufs, avec des grappins aux pieds, des bâchons, et des crocs de fer à la main, pour se faire pas sur la glace: il n' y eut pourtant jamais moyen de pouvoir monter ny avancer, à cause des grandes crevaces et interruptions, qui se sont faites depuis bien d' années. "

Il semble donc que dans cette vaillante tentative faite 99 ans avant le célèbre passage de de Saussure, Arnod ait poussé jusqu' aux „ Séracs du Géant " sur le versant de Chamonix, c'est-à-dire qu' il a effectivement accompli une très grande partie du trajet.

9. 1690. Jaillot. Paris.

Favre ( p. 81, et 540, sous le n° 44 ) dit sur cette carte un chemin traverse notre „ Col Major ", tout comme sur la carte de Danckerts de 1660 ( n° 3 en haut ). Mon exemplaire est d' accord, mais le sentier n' est pas si clairement indique que sur d' autres cartes, par exemple la Sanson-Jaillot de 1690.

10. 1690. Sanson-Jaillot. Paris.

Sur cette carte ( qui, comme je l' ai dit dans la Sect. A, diffère absolument du n° 9 ) un sentier traverse le „ Cormajeur ou Col Major " à „ Cormayeur " près de „ Cramoyen ".

11. 1691. Nolin. Les Estats de Savoie. Paris. Col Major, au nord du village du même nom.

12. 1691. Le Père Placide. La Savoye. Paris.

Sur cette carte ( reproduite en facsimile sur la grande carte à la fin de l' " Histoire de Chamonix " par M. André Perrin, 1887 ) le „ Col Major " est indiqué, et l'on y voit aussi une ligne frontière, qui ne ressemble pas du tout aux tracés de sentier donnés sur plusieurs autres cartes.

13. 1692. Jaillot. Dauphiné. Paris. Col Major.

14. 1703. N. de Fer. Paris. Col Major.

15. 1704. N. de Fer. Estats de Savoie. Paris. Col Major.

Cette carte est sensiblement différente de celle par le même auteur datée de 1703.

16. 1707. Jaillot. Les Estats de Savoye et de Piémont. Paris. Favre ( p. 542, sous le n° 59 ) dit de cette carte:

„ Grande carte assez détaillée: le chemin qui passe par le Col Major est aussi bien tracé et aussi large que celui de Genève à Bonneville. "

17.1707. Jaillot. Les Duchés de Savoie, &. Paris.

D' après Pavre ( p. 542, n° 60 ), sur cette carte „ on voit aussi un chemin au travers de la chaîne du Mont Blanc " de „ Chamunis " à „ Cor-mayor " par le „ Col Major ".

18. Vers 1710. Jaillot ( chez Covens et Mortier ). Les Estats de Savoye et de Piémont. Paris.

Le „ Col Major " y est marqué, avec un sentier qui le traverse de „ Chamunis " à „ Cormajor ".

19. Vers 1740. Traversée par Ribel. Lettre de H. A. Gosse, datée du 24 août 1787, et imprimée dans le „ Journal de Genève " du 15 septembre 1787 ).

Dans cette lettre curieuse ( reproduite dans l' " Alpine Journal ", t. IX., p. 88 ) on lit: „ Ne seroit-ce pas par cette route ( l' auteur vient de décrire le passage du Col du Géant par Exchaquet en juin 1787 ) qu' un nommé Ribel, d' abord coureur, puis tonnelier à Genève, avoit porté avec la plus grande célérité des lettres de Genève à Turin, il y a une cin-quaintaine d' années environ? Les renseignements que je m' empressai de demander à cet homme extraordinaire, peu de jours avant sa mort, sur ce passage, me porteroient presque à le croire. " Voici une note de l' ori, annexe au nom de Ribel: „ Ce Ribel m' a dit ( ce qui m' a été attesté par plusieurs de ses contemporains ) qu' il avoit fait cette traversée dans l' espace d' un jour et demi. " Bourrit ( „ Cols ou Passages des Alpes ", 1803, t. I., p. 113 ) paraît faire allusion à Ribel: „ Une opinion assez répandue, soit à Turin, soit à Genève, était celle qu' un homme de la dernière de ces villages avait été à Turin dans trente-huit heures en traversant les gorges des Alpes, et souvent le roi de Sardaigne l' avait entendu dire. "

M. Durier ( p. 147, note ) dit: „ L' exploit du courrier paraît authentique. "

20. 1741. W. Windham. Relation d' un Voyage aux Glacières de Savoie.

Windham dit ( éd. Dufour, p. 96, qui est parfaitement d' accord avec la traduction anglaise de 1744, p. 10 ): „ Nos guides nous assurèrent que, du temps de leurs pères, la glacière étoit peu de chose, et que même il y avoit un passage par ces vallées, par lequel on pouvoit, en six heures de temps, entrer dans la d' Aoste, mais que la glacière avoit accru considérablement, que le passage étoit à présent bouché, et que la glace s' augmentoit toutes les années. "

21. 1742. P. Martel. Voyage aux Glacières de Faucigny.

Martel parle de notre passage à plusieurs reprises. A la page 251 ( éd. Dufour, et trad. angl. de 1744, p. 24 ) nous lisons: „ Les glacières s' étendent par diverses gorges et vallées jusqu' à la vallée de Courmayeux. Mais on ne peut suivre cette route, comme elle l' a été ci-devant, à cause des éboulements de quelques morceaux de montagne. C' est pour cela qu' il est à présent impossible d' aller de Chamougny à Courmayeux par la vallée des glacières. " Dans les „ Questions proposées par un curieux à ceux qui ont fait le voyage des Glacières " et les „ Réponses ", qui se trouvent à la fin du texte français de Martel ( la traduction anglaise de 1744 les omet ) on trouve plusieurs mentions de notre col. „ Va-t-on aisément de Chamougny à Col Major, et en combien d' heures de cheminp. 259, éd. Dufour ). Puis ( p. 260 ): „ La montagne qui vers l' orient forme le bout de la vallée de Chamougny, est-ce le Col Major ou le Mont-Mallay ?" Voici la première Réponse, „ qui paroît faite par l' un des voyageurs en particulier " ( Dufour, p. 262 ): „ La montagne au bout de la glacière, qui fait point de séparation de la glacière qui va à Courmajeux, et de l' autre, qui va dans le Valais, est nommée l' Echaire. L'on va par une de ces pointes à Courmajeux, et par l' autre à Tryant, dans le Valais, paroisse de Martigny. " ( J' ai remarqué en haut, voir sous 1742 dans la Sect. B, que „ l' Echaire " pourrait bien être une forme phonétique de „ Le Géant ". ) Voici maintenant la deuxième Réponse ( Dufour, p. 263 ): „ L'on ne peut aller à présent de Chamougny à Courmajeux par les glacières, comme l'on faisoit autrefois, à cause des avalanches des montagnes, qui ont rompu le chemin. "

22. 1762. Le duc de la Rochefoucauld D' Enville aux Glacières de Savoie.

Voici ce que dit ce voyageur ( voir l' édition de sa „ Relation " donnée par M. Lucien Raulet dans l' Ann du C.A.F., t. XX, p. 481 ): „ Cette grande vallée de glace va se rendre dans le Val d' Aoste, qui est vis à vis, par plusieurs glaciers semblables à ceux qu' on voit dans la vallée de Chamouny. Ce qui est certain, c' est qu' il y a environ quarante ans, il y avait une communication établie entre Cormayeul, petit village du Val d' Aoste, et Chamouny. Voici à peu près le chemin qu' ils tenaient. Ils montaient le Mont Logan, qui est de l' autre côté du glacier des Bois ( c' est le glacier sur lequel nous fûmes ), ils passaient derrière l' Aiguille du Dru, montagne placée exactement vis à vis le Mon-Tanvert, trouvaient là, derrière, la grande vallèe de glace qu' ils traversaient, et descendaient dans le Val d' Aoste aux environs de Cormayeul par un glacier semblable à celui que nous vîmes, ou bien par quelque montagne voisine. Le chemin était à peu près de six ou sept heures. Un frère d' un de nos guides est le dernier qui ait fait ce chemin. Un changement arrivé subitement dans la vallée, qui y est fort sujette, lui rendit le retour impraticable par cette route. Il fut obligé de revenir par le Mont-Saint-Bernard et le Valais, ce qui fait un tour considérable. " Malheureusement, M. le duc ne nous donne pas les noms de ses six guides. Ce rapport de la traversée du col autrefois est le plus détaillé que nous possédons postérieur à celui de la tentative de Arnod en 1689. En le lisant attentivement on verra qu' il ne peut pas s' agir ( comme l' avait pensé M. Durier, p. 419 de sa quatrième édition, 1897 ) du col du Mont Dolent: même si l'on n' interprète pas ces phrases d' une montée depuis Lognan, puis de là derrière le Dru, il est clair que le rapporteur croyait que par le glacier de l' Argentière on rejoignait en haut la grande vallée de glace, dont il vient de parler, et qui descend entre le Mont Blanc et l' Aiguille du Midi, c'est-à-dire qu' on se rendait du glacier de l' Argentière au glacier de Talèfre et de là au glacier du Tacul. D' ailleurs l' itinéraire du col du Mont Dolent ne débouche pas „ aux environs de Courmayeur ", mais tout à fait au fond du Val Ferret italien.

Ce récit, donc, à mon avis, constitue, avec celui d' Arnod, un document historique très important, car il est de date antérieure aux passages de Bourrit et de de Saussure.

23. 1773. A. C. Bordier. Voyage Pittoresque aux Glacières de Savoye fait en 1772. Genève.

„ Nous trouvons à Salenche un Capucin, homme d' esprit ( comme il y en a dans tous les Etats ). Il nous fait tout voir hormis son église. Il nous dit avoir traversé sur la glace de la Cité d' Aoste à Chamouni dans 14 heures de marche " ( p. 289-290 ).

24. 1773. M. T. Bourrit. Description des Glacières, Glaciers, et Amas de Glace, du Duché de Savoye. Genève.

„ Ces glaces paroissent s' accroître chaque année: les vieillards de Chamouni assurent qu' autrefois l'on pouvoit pénétrer de l' extremité de cette glacière à la Val d' Aoste, ce que l' accumulation des glaces a rendu à présent impossible " ( p. 44 ).

25. 1776. Bourrit. Description des Aspects du Mont Blanc du côté de la Val d' Aost ( racontant un voyage fait en 1774 ). Lausanne.

Nous trouvons dans ce livre plusieurs allusions à notre col. „ L' aug du froid occasionne l' accroissement des glaces: cela me paroît démontré par plusieurs observations, et par le souvenir que l'on a encore d' une communication qu' il y avoit autrefois de Chamouni à la d' Aost: les glaces actuelles l' ont absolument fermée. Les glaces doivent donc s' être accrues en s' étendant d' abord de sommités en sommités, ensuite de vallées en vallées. Quoique cette communication semble être interrompue par des gorges que les glaces n' ont pas comblé, et qui forment des routes pour arriver dans le Milanois et dans le Piémont, ces passages ne peuvent pas cependant être regardés comme laissant une interruption bien marquée, puisque, quand on monte sur les plus hautes sommités, ces intervalles sont à peine aperçus " ( p. 13-14 ). „ J' avoue cependant qu' il seroit très intéressant de monter sur le haut du Tacul; l'on pourroit y découvrir une partie de l' Allée, qui, des bases du Mont Blanc, s' étend jusqu' à Courmayeur; on pourroit même y observer encore l' en par où l'on passoit autrefois pour pénétrer dans ce pays " ( p. 15 à 16 ). „ C' est le village d' Entreive, situé au pied d' un amphithéâtre de montagnes, qui est entrecoupé par des lits de neiges et de glaces, et c' est par là qu' autrefois les habitans de Chamouni pénétroient dans la d' Aost " ( p. 54 ).

26. 1777. M. de Montannel. La Topographie Militaire de la Frontière des Alpes ( édition publiée par M. A. de Rochas d' Aiglun ). Grenoble, 1875.

Voici plusieurs passages qui se rapportent à notre col; quelques-uns le distinguent nettement du Col de l' Allée ( le Col de la Seigne actuel ). A la page 9 nous lisons: „ Il y a encore, au-delà de ce dernier col ( le Petit Saint-Bernard ) et sur l' arête même de la grande chaîne des Alpes, le col de l' Allée, et le col Major. Ce dernier n' est plus susceptible de passage: les pluies et la fonte des neiges l' ont rompu. Au delà du col Major est celui du Grand Saint-Bernard. " A la page 188 nous trouvons des renseignements encore plus détaillés: „ L' ennemi peut aussi venir de la Val d' Aost au Chapuy ( les Chapieux ) sans passer par le Petit Saint-Bernard. Pour cet effet, il n' a qu' à passer par l' endroit appelé l' Allée, et par celui que l'on nomme les Glacières ( le hameau actuel de ce nom ) et tomber de là sur le Chapuy: mais il ne peut faire usage de cette route, à cause, de là, des neiges, que deux mois de l' année. Enfin, si l' ennemi accommodoit le col Major, qui est actuellement tout dégradé et impraticable, il pourroit venir, par ce col, de la Val d' Aost dans la vallée de Faussigny: mais ce chemin seroit toujours des plus rudes, et praticable seulement deux mois de l' année, en sorte qu' il n' est guère à craindre que cet ennemi passe jamais par le col Major dans l' objet de venir sur le Rhône en corps d' armée. Le chemin qui passeroit au col Major tomberoit sur Chauminis: de là il viendroit à la Cluze " ( p. 188 ). A la page 360 le col de l' Allée est mentionné parmi les chemins qui viennent aboutir à Fort Bard, mais aucune allusion ne se trouve au Col Major, sans doute parce que cette route était reconnue impraticable. L' itinéraire du „ Chapuy " sur l' Allée, Morgex, et le château de Bard est encore mentionné à la page 568.

Ainsi, Montannel distingue très clairement entre le Col du Géant ( de son temps reconnu impraticable ) et le Col de la Seigne ( chemin ordinaire, sauf pendant deux mois de l' année, des Chapieux à Courmayeur ).

27. 1779. John Moore. A View of Society and Manners in France, Switzerland, and Germany. Deuxième édition. Londres.

Je n' ai pas vu ce livre, de sorte que j' emprunte à M. Favre ( p. 542 ) sa traduction du passage qui nous intéresse, et qui se trouve à la page 233 du tome I. „ Les vieillards de Chamonix se souviennent du moment où les glaciers étaient beaucoup plus petits que maintenant, et ils se souviennent du temps où l'on pouvoit aller de la Vallée de Glace à des endroits derrière les montagnes, par des passages qui sont maintenant barrés par des collines de neige, lesquelles n' ont pas plus de cinquante ans. "

28. 1785. Bourrit. Nouvelle Description des Glacières et Glaciers de Savoie. Tome III. Genève.

„ C' est derrière cette vallée qu' est situé le district de Cormayeur, pays peuplé et fertile de la d' Aoste: sa distance de Chamouni n' est tout au plus que de huit lieues: or, la tradition des habitans des deux pays porte, qu' autrefois il se communiquoient en passant par le milieu de la vallée de glace. " ( Suit un récit d' anciens documents entre les mains du greffier de Chamonix, qui prouveraient que sa vallée était anciennement du ressort de Courmayeur — histoire fausse, car Chamonix dépendait du monastère de Saint Michel de la Cluse, près de Turin, qui, M. Durier l' a déjà remarqué, p. 42, note, se trouve sur la Doire Ripaire, tandis que Courmayeur est sur la Doire Baltée ). „ A ce témoignage j' ajouterai celui du sieur Patience, de la grande maison de Courmayeur, lequel étant monté à la chasse des bouquetains, du côté du Mont Mallet, découvrit les environs de notre glacière par une gorge qu' il estime avoir été l' an passage. D' après ces témoignages, il faut en conclure qu' autrefois elle étoit moins affreuse, moins sauvage, et moins couverte de glaces, Telles sont les causes, qui auront changé la face de cette vallée, et fermé pour toujours les chemins qui conduisoient à la Val d' Aoste " ( p. 72-73 ). Il y a encore une allusion aux „ Séracs " sur la route de notre col dans une description ( p. 106 ) des crevasses terribles: „ Mais les plus considérables sont sur le glacier du Tacul: elles sont si effroyables, qu' elles font désespérer de trouver jamais la route qui conduisoit à la d' Aoste. "

Il est évident qu' une curiosité vive excitait Bourrit à l' égard de ce col, et en août 1787 il lui fut donné de le traverser. Mais il eut deux devanciers en 1786 et en juin 1787, dont il nous faut parler avant de rapporter ses propres impressions sur les lieux.

29. 1786. Traversée du Col par un anglais, nommé Hill.

Dans une lettre adressée sous date du 24 août 1787 au „ Journal de Genève " ( et insérée dans le n° du 15 septembre; voir la réimpression donnée dans l' " Alpine Journal ", t. IX, p. 87 ) Henri Albert Gosse, en parlant de la traversée du Col par Exchaquet, ajoute qu' Exchaquet lui fit part de ses propres tentatives antérieures, et „ du succès de ce voyage fait en 1786 par un Anglois, nommé M. Hill, qui étoit parti de Courmayeur avec Marie Coutet, et arrivé à Chamouni par les glaciers du Tacul et des Bois. Cet Anglois assuroit ( ce que M. Exchaquet m' a confirmé depuis ) qu' il n' existoit dans cette traversée qu' un passage vraiment difficile pour toutes personnes peu accoutumées à parcourir les vallées de glace; c' étoit la descente du glacier du Tacul ", soit les „ Séracs du Géant ", aujourd'hui si bien connus.

La réussite complète de cette course de Hill a été contestée. Dans un „ Supplément au Voyage de BourritJournal de Genève " du 22 septembre 1787; voir A.J., t. IX, p. 88 ) il est dit: „ Parvenus sur le détroit du Mont-Fruitier ( Mont Fréty ) nos voyageurs se rappelèrent que ce fut là le non plus ultra de M. Hill, Anglois, qui, l' année précédente, y étoit arrivé par Courmayeur avec les guides Pierre Balmat et Marie Coutet. La rapidité des plateaux supérieurs au glacier de Tacul, les énormes crevasses qu' ils auroit eu à traverser pour descendre du côté de Chamonix, l' arrêtèrent. "

Or, Marie Coutet fut le guide de Hill, d' Exchaquet et de Bourrit, lors de leurs courses vers ce col; mais il semble avoir raconté des his- toires différentes relatives à la course de M. Hill, à Exchaquet ( qui y croit ) et à Bourrit ( qui la nie ). Bourrit lui-même dans ses récits de son passage ne souffle jamais le nom de Hill. D' autre part l' " Anleitung " d' Ebel, dans sa première édition ( 1793, t. II, p. 36 ) dit qu' en 1786 „ le Géant ou Mallet " fut gravi de Courmayeur par un Anglais avec Marie Coutet; dans la deuxième édition ( 1804, t. II, p. 191 ) il est évident que l' endroit visité depuis Courmayeur fut le Col du Géant, et pas l' Aiguille; mais ce n' est que dans la traduction française de la troisième édition ( 1810, t. II, p. 369 — quoique pas dans l' original allemand, voir t. II, p. 345 ) qu' il est dit distinctement que cet anglais en 1786 visita le Col.

M. Durier ( p. 147, note ) accepte l' authenticité de la traversée de Hill.

30. 1787. J. P. Berthout van Berchem. Excursion dans les mines du Haut-Faucigny. Lausanne.

A la page 44 de cet ouvrage ( que je cite d' après Pavre, t. II, p. 392, et t. III, p. 82 ) l' auteur, en décrivant la vue depuis le Couvercle, dit: „ A droite je vois le Tacul, au fond duquel je distingue le col qui conduit à Cormajor par une route hasardeuse, difficile et abandonnée. Ce glacier vient par une belle chute de glace joindre et entretenir le glacier des Bois. "

31. 1787. 28 juin. Traversée du Col par M. Exchaquet.

Voir la lettre de Gosse ( apud A.J., t. IX, p. 87-88, de Saussure, Sect. 2025, t. IV, p. 218, de la première édition, 1796, et Durier, p. 147 ). Exchaquet fut guidé par Marie Coutet et J. M. Tournier.

32. 1787. 28 août. Traversée du Col par Bourrit et son fils ( âgé de 14 ans ).

Bourrit publia deux récits différents de son grand voyage. Le premier, très animé, se trouve dans le „ Journal de Genève " du 15 septembre 1787 ( voir l' A, t. IX, p. 87-88; j' en possède une traduction allemande faite par M. A. L. de Gersdorf, et publiée à Dresde en 1787 ) et dans la première édition ( 1791 ) de son „ Itinéraire de Genève, &c .", p. 259-269: le second, beaucoup plus sobre et moins amusant, se trouve dans ses „ Cols ou Passages des Alpes " ( 1803, t. I, p. 114-118 ), et dans la troisième édition ( 1808 ) de son „ Itinéraire ", p. 70-78.

Ses guides furent Marie Coutet, Cachat ( dit le Géant, parce qu' il avait rouvert ce col, voir F „ Itinéraire " de 1791, p. 259, cité en haut dans la Sect. B, fin ), Tournier ( dit l' Oiseau ) et Charlet.

33. 1788. 3 à 19 juillet. Séjour de de Saussure sur le Col.

Je ne mentionne cette course célèbre que pour mémoire, en renvoyant mes lecteurs au récit de de Saussure lui-même ( „ Voyages dans les Alpes " Sect. 2025 et suite, t. IV, p. 217 et suite, de la première édition, 1796 ). Ce qui nous importe ici est le fait que de Saussure changea le nom du Col. Il dit ( p. 219 ): „ J' ai donné à cet endroit le nom du Col du Géant, parce qu' il est effectivement à l' entrée du col par lequel on descend à Courmayeur, et parce que la montagne la plus apparente du voisinage, et qui domine ce col, est le Géant. "

34. 1789 ou 1790. Traversée du Col par le Vicomte de Serrant.

Voir son récit dans l' " Itineraire " de Bourrit ( première édition, 1791, p. 271-275 ). Je ne fais mention de cette traversée que pour montrer que le Col était maintenant complètement „ rouvert " et cela à tout jamais.

35. 1796. Rapport de l' Intendant du Duché d' Aoste au ministère de l' Intérieur touchant les communes avoisinantes la Savoie.

M. Vaccarone a imprimé ( d' abord dans le „ Bollettino del Club Alpino Italiano " n° 45, 1881, p. 189, puis, en 1884, dans son livre „ Le Vie delle Alpi Occidentali negli antichi tempi ", p. 58, note ) quelques phrases très curieuses de ce rapport: „ Et, s' il n' est pas absolument impossible à l' homme de traverser la haute et longue chaîne du Mont Blanc, toute couverte de glaciers depuis le col Ferret jusqu' au col de la Seigne, puisque, lorsque M. de Saussure alla stationner au col du Gréant pendant onze jours de l' année mille sept cent huitante six ( sic ), il tirait une partie de ses provisions de Courmayeur; au moins est-il certain que le passage de cette chaîne présente des difficultés extraordinaires, qu' on ne peut braver sans courir de très grands dangers et qu' on ne peut tenter de le faire que pendant quelques jours seulement de l' été; aussi peut-on regarder ce passage comme impossible, et il n' y a pas des personnes vivantes qui ayent osé l' entreprendre. "

La dernière phrase se rapporte sans doute aux habitants de la vallée d' Aoste. Quel contraste entre ce rapport et la tentative si audacieuse d' Arnod, aussi un fonctionnaire aostien un peu plus de cent années auparavant!

Afin de compléter notre étude, citons encore trois auteurs, dont les ouvrages ont été publiés après 1800, mais dont les expériences et les renseignements datent encore du 18 me siècle.

36. 1801. Mémoires Militaires attribués à M. de Bourcet. Paris et Berlin. Ce livre contient plusieurs Mémoires de valeur très inégale, et écrits par diverses personnes à des dates assez différentes.

D' une part, on y donne le nom de „ Col Major " au Col de la Seigne. En effet, à la page 160 ( attribuée à l' ingénieur La Blottière, et écrite vers 1710 ) on lit: „ De Chapières l'on peut encore entrer dans la vallée d' Aoust, en passant par Glœnier ( le hameau des Glaciers ), l' Allée le Col Major ( le col de la Seigne ) et Doulina ( Dollone ), d' où l'on va à Morges ( Morgex ). " A la page 349 on dit que le Col Major mène de Doulina à l' Allée, et sur la carte le „ Col Major " est indiqué dans la position du col de la Seigne.

D' autre part, nous trouvons sur la carte un sentier menant de Doulina à „ Chamunis ", passant entre le Mont Blanc et le Mont Malay, et portant le nom de „ Col de Malay ". C' est évidemment notre col, et le texte ( p. 349 ) confirme cette conjecture; il y est dit que le Col de Malay fait communiquer „ Chamunis " avec „ Morges " ( Morgex ), et l' auteur ajoute la note suivante très curieuse: „ Quelques cartes assez estimées ayant indiqué ce col, on l' a conservé, par respect pour elles, quoiqu' on n' en ait d' ailleurs aucune connaissance, et que les glaciers du Mont Blanc rendent son existence au moins très problématique. "

Je n' ai malheureusement jamais vu une carte qui donne le nom de „ Col de Malay ". Mais il est clair que par ce nom on voulait indiquer le Col du Géant, dont le nom primitif ( Col Major ) avait été attribué par suite d' une erreur quelconque au col de la Seigne ( le col de l' Allée ). Comme nous avons montré, le „ Mont Malay " n' est autre que l' Aiguille du Géant, de sorte qu' un „ Col de Malay " avait bien le droit d' exister, mais cette appellation devait forcément disparaître avec le changement du nom du pic, qui le domine et qui lui a toujours donné son nom, de „ Mont Malay " à „ Aiguille du Géant ".

37. 1803. Bourrit. Description des Cols ou Passages des Alpes. Genève. On y trouve deux allusions à notre col, à part le récit détaillé du passage de Bourrit en 1787. La première, se rapportant à Ribel, a été déjà donné en haut ( voir le n° 19 ). L' autre ( tome I, p. 188-189 ) n' est qu' une variante des phrases de Bourrit dans sa „ Description des Glacières " de 1785 ( III, p. 72, donné en haut, sous le n° 28 ): „ Cependant quel que soit l' état actuel de cette vallée ( la Mer de Glace ), la tradition qui s' est conservée à Chamonix porte que c' est par là que les habitans communiquaient, il y a quelques siècles, avec ceux de la d' Aost, et qu' en partant de grand matin ils arrivaient d' assez bonne heure à Cormayeur " ( suivent des remarques à propos de la fausse théorie de la dépendance de Chamonix sur Courmayeur ). „ Or, ils ( les Chamoniards ) ne s' y ( c'est-à-dire à Courmayeur ) rendaient qu' au travers de la vallée du Montanvert, qui, maintenant, est devenue impraticable aux hommes les plus hardis, et même aux bouquetins, qui, depuis que les glaces l' ont fermée, ne pénètrent plus du côté de la Savoie. "

38. 1806. Albanis Beaumont. Description des Alpes Grecques et Cottiennes. Paris.

Dans le tome II, deuxième Partie, p. 88, de cet ouvrage prolixe, on lit: „ L'on s' y ( au Jardin du Tacul ) arrête ordinairement pour s' y rafraîchir, ou y passer la nuit, lorsqu' on se propose de traverser cette chaîne de montagnes pour pénétrer dans la vallée d' Aoste par Courmaieur. "

Et dire que depuis 1898 il existe un Hôtel de montagne tout près du sommet de ce col, jadis tant redouté!

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