La vallée de Tourtemagne

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Par H. Correvon ( section genevoise ).

Fraîche et boisée, profondément encaissée entre de blancs sommets, la Vallée de Tourtemagne ( le Turtmannthal des Hauts Valaisans ) coupe du Nord au Sud la chaîne des Alpes pennines. Les pieds plongés dans le Rhône au dessous de Tourtemagne, à distance égale entre Loëche et Gampel, la tête appuyée contre la fière pyramide du Weisshorn, cette vallée mesure à peine 20 kilomètres de longueur sur une largeur moyenne d' un demi kilomètre tout au plus. C' est l' une des plus petites d' entre les vallées de la rive gauche valaisanne. Est-ce à dire qu' elle en soit moins intéressante? Nullement puisque, bien souvent, et je n' en veux pour preuve que les Vallées de Binn, du Simplon et d' Illiers — ce sont les plus minimes vallons qui sont les plus aimés. Mais ici nous avons affaire à une contrée connue des seuls alpinistes et qui, en dehors des grimpeurs et des excursionnistes sérieux, n' est guère à la mode. Elle n' en est pas moins l' une des plus méritantes et l' une de celles qui offrent, sur un espace restreint, la plus grande somme de beautés naturelles. Elle est comme une synthèse de l' alpe et de la haute montagne, car elle renferme la plupart des phénomènes qu' on va admirer sur les hauteurs. Les plus beaux glaciers qui s' étagent à son sommet; le torrent tumultueux qui s' échappe de sa base en une furie cascadante plus grandiose et plus belle que la célèbre Pissevache; les rochers granitiques ou calcaires offrant de sérieuses varappées aux amateurs; des cols élevés communiquant avec les vallées voisines; des forêts qui n' ont pas leurs pareilles dans le reste du canton; une flore exceptionnellement riche et brillante; enfin des hôtels bien tenus et placés dans la meilleure situation possible. En voilà assez pour donner à un site alpin une juste renommée. Et cependant la gracieuse vallée dont je vous parle et que je parcours depuis 1878, n' est guère connue du gros public. Est-ce un mal? Certes pas et c' est là, à mon avis, l' un de ses mérites. Elle sera toujours recherchée de l' alpiniste, du poète et de l' artiste; elle continuera à charmer les jours de villégiature de celui qui sait où chercher le vrai repos; elle restera longtemps encore le partage des amants de l' Alpe sauvage et non truquée, mais elle n' aura jamais la vogue. Nous ne verrons pas, de longtemps encore, la vapeur s' échapper des tunnels béants et noirs, ni l' électricité y actionner de sombres wagons noirs. Tout ce dont on nous menace dans ce nid de verdure, c' est le téléphone ou le télégraphe; et là, franchement, nous ne pouvons qu' applaudir aux efforts que fait M. Steiner-Brunner, le propriétaire de l' hôtel du glacier, pour rapprocher par ce moyen-là sa clientèle du monde civilisé. Mais, cette concession faite, nous n' en admettons pas d' autre et tremblons rien qu' à l' idée qu' il se pourrait faire, dans un quart de siècle, peut-être, qu' on établît une route carrossable de Tourtemagne en haut. D' ailleurs, pour quoi faire, puisque la vallée n' est habitée que pendant quelques mois de l' été.

Car cette petite vallée de Tourtemagne n' est point banale; elle offre cette particularité que nul ne peut l' habiter en hiver sinon le propriétaire de l' hôtel et sa famille... et quelquefois les mineurs qui travaillent là-haut, très haut, à 2600 m d' altitude, dans la mine de nickel et de cobalt du Kaltenberg. Et puis, c' est la première vallée de langue allemande ( en remontant le cours du Rhône ), car, dans le Val d' Anniviers qui suit, on parle le français. Et, chose curieuse, tandis que les Anniviards ne savent pas un mot d' allemand, les Tourtemagnains, de leur côté, ne connaissent que leur patois guttural.

Cette vallée tranquille, perdue ainsi au sein du massif pennin, fait l' effet de ces quartiers paisibles et retirés qu' on rencontre encore dans les cités les plus populeuses et qui semblent faits tout exprès pour amener le repos et le délassement. A Zermatt je ne vais plus guère depuis que le cosmopolitisme a tout envahi, depuis qu' on y achète les journaux au kiosque ou dans les bazars et que le boulevard de nos grandes villes y déverse son trop plein. La couleur locale, si prononcée autrefois, s' en échappe avec les neiges de mai. Mais à Meiden, au pied des belles forêts d' aroles et parmi les touffes délicieusement parfumées de Linnœa borealis, je me sens heureux de vivre.

Le lieu central de la vallée se trouve à Gruben. C' est l' Alpe principale, le centre de ralliement; c' est là que se trouve la petite chapelle où le prêtre, trois fois l' an, vient dire des messes pour la bénédiction des troupeaux et des habitants. C' est là que se trouve l' ancien hôtel que M. Steiner-Brunner a vendu dernièrement pour aller de l' autre côté du torrent, à Meidenalp, construire l' élégant hôtel du glacier. C' est à Gruben que se trouve la poste, un gentil chalet de bois devant lequel se réunissent, vers les quatre heures de l' après, tous les impatients qui attendent leur courrier. C' est encore là qu' on prend le sentier du col de l' Augstbord, mais c' est à Meiden qu' on va chercher celui qui, par trois cols différents, mène en Anniviers. D' ailleurs, que je vous dise une fois pour toutes que Meiden et Gruben c' est à peu près la même chose et qu' une simple barrière de bois sépare les deux hameaux. Meiden prend une certaine importance par le fait qu' il possède l' hôtel principal et qu' il a les premiers rayons de soleil, au matin.

Maintenant redescendons au village de Tourtemagne, c'est-à-dire à la base même de la vallée, pour faire tranquillement, sac au dos, la grimpée traditionnelle. Les Alpinistes purs font rarement cette course-là parce que la plupart du temps ils coupent la vallée en écharpe ou en travers, en passant les cols de l' Augstbord ou de Jungen du côté de St. Nicolas ou Zermatt, ceux du Bœuf, de Meiden ou de la Forcletta ou de Tracuit du côté de St. Luc ou de Zinal.

C' est donc de la gare de Tourtemagne puis du village que nous allons monter aujourd'hui. Il y a, à dix minutes, à droite de Tourtemagne, une cascade superbe, grandiose et tumultueuse dont nul ne soupçonne l' exis qui n' a pas une ouïe fine et n' en perçoit pas, de loin, le bruit étourdissant. Ce bruit va se briser contre les rochers d' alentour qui forment autour de la chute d' eau une gigantesque cuve pétrée, mais il est perceptible du village même. Tœpffer, qui l' a visitée à plusieurs reprises avec sa bande joyeuse, nous dit dans les voyages en zigzag l ) que cette cascade est plus belle que celle de Pissevache, et je suis de son avis.

Le sentier qui grimpe à la vallée commence par serpenter sous des noyers, mais bientôt il brave l' ardeur du soleil et les premiers lacets en sont pénibles. C' est le cas de toutes les bases de vallées en Valais; il faut d' abord s' élever par une pente très raide, puis, une fois le thalweg atteint qui longe la rivière, on voyage plus à l' aise. Notre sentier nous fait ainsi peiner pendant trente minutes, au plus; après quoi le paysage prend un caractère plus aimable et l'on traverse les gracieuses prairies de Tummenen. On passe le torrent sur un pont de bois que les crues ont souvent emporté autrefois et l'on zigzague dans un monde de rochers granitiques descendus des hauteurs. L' une de ces roches porte quelques entailles que les gens du lieu attribuent à Satan et qu' ils nomment Teufelstritte. D' ailleurs, voici la légende: La vallée était autrefois peuplée de démons et les plus grands malheurs fondaient sur elle. Le curé de Tourtemagne organisa une procession, et, à la vue de la grande théorie chantant et psalmodiant, le diable, qui menait la bande infernale, s' enfuit dans la vallée du Rhône. Mais, en passant dans le défilé où nous nous sommes arrêtés, il dut faire un détour afin d' éviter la rencontre de la sainte armée et ses griffes, en passant, laissèrent leurs empreintes sur le roc.

Le chemin entre bientôt dans une forêt superbe, le Taubenwald, qui contient les plus gigantesques sapins qu' on puisse voir en Valais. La vue qu' on a de la lisière de la forêt est très belle. En se retournant du côté des Alpes Bernoises on a les beaux sommets qui dominent la Gemmi; puis le Bietschhorn, à droite, qui écrase toutes les hauteurs environnantes. Tout près, sur la droite, en haut, au sein d' une arête gazonnée, brille la blanche église d' Ergisch, un village de chalets noirs, qui repose au sein d' un nid de verdure et au pied de grandioses mélèzes. Une vive lumière plane sur la vallée du Rhône bien ouverte au soleil tandis que l' ombre et le mystère règnent dans la forêt que nous traversons.

Elle n' est pas très longue, car après vingt minutes de marche nous atteignons l' antique oratoire adossé aux rochers où le peuple de la vallée monte pour chercher des guérisons miraculeuses. Un grand nombre d' ex qui représentent des membres humains grossièrement taillés dans le bois, nous prouvent la reconnaissance de ceux qui ont attribué leur guérison à ce pèlerinage en montagne. Un sentier tire à droite qui s' en va, par dessous les grands rochers, au pittoresque village d' Ems, s' étageant à 1300 m sur les flancs de la montagne bien verte, en face d' Ergisch, sur la rive gauche.

Nous suivons le cours du torrent qui mugit et en remontons la rive gauche au sein des paysages les plus divers et les plus charmants. A quinze minutes du petit oratoire on traverse une clairière délicieuse où pâturent quelques troupeaux et où l'on peut avoir du lait. Les mulets y font régulièrement une halte parce que c' est là l' étape centrale, la moitié de la route entre Tourtemagne et Meiden. On passe un nouveau pont qui franchit le torrent dans sa place la plus tumultueuse, puis on suit une montée passablement ardue, après quoi, après avoir passé un autre pont, on se trouve dans la haute montagne, ayant atteint l' Alpe proprement dite. Aussi bien, depuis là, n' avons plus à nous essouffler, puisque les cinq kilomètres qui nous restent à faire en suivant le thalweg sont presque à plat. C' est la partie charmante et poétique de la route. On la fait le plus aisément du monde en cueillant les Linnaea borealis qui tapissent les mousses des bois de Rhododendrons et l'on peste, pour peu qu' on soit ami des arbres et des forêts, contre l' incurie des Valaisans qui laissent perdre des masses considérables de ce beau et bon bois d' arole qui obstrue, en certains endroits, le cours de la Tourtemagne.

Enfin voici Gruben-Meiden, et là-bas, dans le fond, se profilant sur le ciel d' Italie, les contreforts du Weisshorn et le sommet des Diablons.

La Vallée de Tourtemagne, en Valais.

La pittoresque silhouette du Meidenhorn, avec son aspect de château fort et d' antique citadelle, frappe le regard. C' est une vraie cime à varappées et mes fils en savent quelque chose, car elle leur a rappelé le vieux Salève.

La vallée, depuis Gruben, s' élargit un peu et s' éclaire. On dirait que, du haut de la grande pyramide glacée du Weisshorn, descendent des flots de lumière. Les grands glaciers qui cascadent à 10 kilomètres plus loin, envoient leur fraîcheur jusqu' ici et les bruits de leurs crevasses qui éclatent sont perceptibles parfois de Meiden.

L' hôtel du glacier, à Meiden, est par lui-même une curiosité. L' hôte est poète, artiste, cuisinier, apiculteur, architecte et ingénieur. Il passe ses longs mois d' hiver à inventer et à trouver du nouveau. Il y a trois ans, il m' annonça au printemps qu' il avait fait de la pyrogravure et quand j' y fus, l' été, je trouvai l' hôtel transformé en un musée charmant. Les panneaux des portes, le mobilier, voire les cadres des glaces, étaient artistiquement brûlés en „ pyrogravure ". Il y avait des fleurs, des montagnes, des arbres, des chamois et des chèvres, même de jolies marmottes, le tout arrangé avec un sens artistique qui a frappé tous les visiteurs.

L' hiver qui a suivi a vu bien une autre affaire: M. Steiner-Brunner annonça, le printemps suivant, qu' il avait inventé une machine à voler! Pour le coup on le plaisanta et peu le prirent au sérieux. Il vint à Genève avec ses plans, fit les démarches nécessaires à l' obtention d' un brevet fédéral et, après visite, à Meiden, de l' ingénieur officiel, il eut bel et bien sa patente. Sa machine ne servira probablement jamais à voler; mais les ingénieurs qui l' ont étudiée sont d' accord pour y voir un acheminement vers la conduite des ballons.

Les hivers ne paraissent pas longs à celui qui cherche et invente; mais qu' ils doivent être pénibles aux autres membres de la famille qui sont là, six mois durant, enfermés dans les neiges sans voir âme qui vive! L' hôtelier, outre ses talents, est encore pédagogue et fait l' instruc de ses quatre enfants en suivant le programme des écoles du Valais. Les enfants font du sky, un peu de chasse par contrebande et ne s' ennuient cependant pas. Il y a là Roméo et Juliette qui font la chasse aux casse-noix, une sorte de geai alpin qui exerce de terribles ravages parmi les aroles dont il ronge les cônes mal mûrs. Cela doit être amusant quand même; et, cependant, nous ne pourrions pas vivre six mois de cette vie-là, nous autres habitants des villes!

Meiden est un centre d' excursions charmantes et diverses. Ainsi que je l' ai dit, il y a quatre cols différents qui mènent en Anniviers. On va facilement en cinq heures à St-Luc, en cinq et demie à Vissoye et en sept à Zinal par la Forcletta, et en dix heures par le Tracuit ( 3252 m ). Ce dernier col est difficile et ne peut être fait que par des alpinistes éprouvés. Le seul danger dont on est menacé ce sont les éboulements de pierres qui ne se produisent guère que dans l' après. De là la nécessité de le passer de bon matin, par le gel. Les autres cols sont faciles à passer et peuvent même se faire à dos de mulets. Celui de la Forcletta ( 2886 m ) entre le Roc de Budri et la Crête de Barneusaz, conduit en 6 1/2 h. de Meiden à St-Luc ou à Zinal. Celui de Meiden ( 2772 m ) conduit en 5 h. à St-Luc. De son sommet on jouit d' une vue admirable sur toute la chaîne des Alpes Bernoises, Vaudoises, Savoisiennes ( et plus spécialement sur le Mont Blanc ), sur les Alpes Graies, celles d' AroIa et de Zermatt. Mais c' est la merveilleuse pyramide du Weisshorn qui surgit comme à deux pas là, au Sud-Est, qui resplendit surtout comme un astre de première grandeur. De nul endroit de la chaîne alpine il n' apparaît aussi majestueux que d' ici. Le Col du Pas-du-Bœuf ( 2800 m ) passe entre la Bella-Tola et la Pointe du Pas-du-Bœuf et conduit également en 5 h. à St. Luc. Il offre, lui aussi, une vue incomparable et a l' avantage de permettre, en passant, l' ascension de la Bella-Tola, ce qui n' allonge la route que d' une demi-heure. Il y a, d' autre part, un assez grand nombre de cols secondaires dont il est inutile de parler ici.

Du côté de St-Nicolas et de Zermatt, le col de l' Augstbord est le plus commode. Il est très agréable à atteindre, et on y arrive facilement de Meiden en 3 heures. Ce col est l' un des beaux passages de la chaîne des Alpes. Le sommet du Schwarzhorn qui le domine sur la gauche, et qu' on atteint en une heure du col, offre l' une des vues les plus grandioses qu' il soit possible d' imaginer. Le panorama en a été publié autrefois par le Jahrbuch et passe, à juste titre, pour l' un des plus grands de la chaîne des Alpes.

On descend à St-Nicolas en quatre heures; cette descente est longue, mais elle offre de très vives jouissances. Il faut éviter, si l'on veut arriver à St.Nicolas, le sentier qui, avant le premier ( à dix minutes du col en descendant ) tire à gauche, car celui-ci conduit à. Stalden. Le sentier pour St-Nicolas prend à droite et traverse le pierrier; il a même l' air de monter pendant quelque temps, ce qui a trompé beaucoup de voyageurs.

Le Jungpass, lui, qu' on fait quelquefois à la place de l' Augst, part de Gigi, monte à Gigi Alp, prend le vallon du même nom et atteint le col ( 2994 m ) au-dessus de Jungen Alp. Il rejoint, à vingt minutes au-dessous, le col de l' Augstbord au sortir du grand pierrier dont j' ai parlé plus haut. Enfin il y a le Biesjoch qui passe au-dessus du glacier de Tourtemagne et passe entre le Brunnegghorn et le Barrhorn. Il ne peut être fait que par de forts alpinistes. Je ne parle que pour mémoire des cols du Weissegg ( 3000 m ) entre le Steinthalhorn et le Weissegg qui mène en 7 1/2 h. de Meiden à St-Nicolas; de ceux du Braendji ( 3280 m ) de Stelli, de l' Abberg et du Brunnegg, tous plus ou moins difficiles et qui conduisent après d' assez longues courses dans la vallée de St.Nicolas.

L' excursion classique, celle que nul ne doit manquer de faire s' il va dans cette vallée, c' est la visite au glacier de Tourtemagne. La moraine est très courte et facile à escalader et les abords même du glacier n' offrent aucune difficulté. Les dames et les enfants vont y danser en rond et l'on fait de joyeux pique-niques sur la glace noire et dure. Plus haut commencent des crevasses et des séracs et il offre alors plus d' intérêt à l' alpiniste. C' est d' ailleurs un glacier fort intéressant à étudier. La Tourtemagne, au sortir de sa base, mugit furieuse entre des gorges profondes qu' elle a taillées un peu à la façon des Gorges du Trient. C' est très beau et vraiment grandiose.

Le glacier est en recul depuis une quinzaine d' années; mais son mouvement est moins accentué que chez beaucoup d' autres de sa taille et de son importance.

L' ascension du Meidenhorn est l' une des plus jolies excursions. Elle permet de se familiariser avec les difficultés premières de la haute montagne. C' est un gros rocher dressé en tour qui n' offre pas de sérieuses.

difficultés, mais dont il faut, néanmoins, se défier par les temps de brouillards. Il est tapissé d' edelweiss et de beaux asters des Alpes, de nigritelles et de gentilles azalées traînantes.

Au point de vue purement alpiniste et grimpeur, la Vallée de Tourtemagne offre quelques ressources qui ne sont pas à négliger. Elles ne valent certainement pas celles de Saas, de Zermatt ou de Zinal, mais le massif du Weisshorn, avec ses contreforts puissants, permet de très intéressantes excursions.

Le géant lui-même n' a jamais été gravi de ce côté-ci, bien qu' à tout prendre, l' ascension faite de Zinal par M. Biehly, puisse être considérée comme acquise au côté de Tourtemagne. Mais ses contreforts, le Barrhorn, le Brunnegghorn et le Bieshorn sont fréquemment visités de la vallée de Zermatt, moins souvent du Turtmannthal, bien que la distance soit moins longue.

Mais la plus rémunératrice et la plus intéressante des ascensions à faire dans la vallée est celle de la Bella-Tola. Je n' ai pas à faire, ici, le panégyrique de ce panorama admirable qui embrasse une bonne partie de là chaîne alpine et dont chacun a entendu parler. La montagne elle-même est des plus faciles à gravir puisqu' on peut atteindre son sommet à dos de mulets. On y monte, de Meiden, en trois heures, au travers des plus beaux aroles et de champs de fleurs alpines. C' est une ascension que nul ne doit manquer de faire.

Les forêts du Turtmannthal méritent une mention spéciale. „ S' il y a, dit Tschudi, une forêt qui mérite le nom de forêt vierge, c' est assurément celle du Taubenwald, située à l' entrée de la vallée de Tourtemagne, en Valais. Un jour ne suffirait pas pour en faire le tour. Pendant deux heures le sentier qui conduit à la vallée passe au-dessous d' un dôme de verdure soutenu par une colonnade sans fin"1 ).

Cette forêt du Taubenwald est presqu' exclusivement formée de sapins. Elle s' étend sur le tiers inférieur de la vallée et, à partir de l' oratoire dont j' ai parlé plus haut, soit à 1400 m d' altitude, elle change de nature ou plutôt, le Taubenwald fait place à la forêt alpine. Dès lors, nous ne rencontrons plus que mélèzes et aroles serrés, pressés les uns contre les autres, mélangés dans le plus gracieux des alliages. Car, tandis que l' arole est sombre et sévère, le mélèze, lui, est gai et riant. Quelques bouleaux, ici et là, viennent ajouter de la grâce et de la légèreté au tableau et c' est merveille que de voir les valeurs différentes de ces beaux arbres de nos montagnes rehaussées les unes par les autres.

Le mélèze est un arbre que j' aime infiniment; il est robuste et sobre comme le peuple qui vit à son ombre. Il est au monde sylvicole valaisan ce que le mulet est à celui des animaux domestiques, l' auxi La Vallée de Tourtemagne, en Valais.

liaire le plus précieux et le plus rustique. Il est valaisan de nature et d' aspect et, pour ma part, je ne puis me figurer le Valais sans un paysage de mélèzes pour le poétiser. Ecoutez ce qu' en dit le Dr Christ dans un admirable plaidoyer en faveur des arbres de nos montagnes 1 ): „ Le bruit du vent dans les rameaux de mélèze est une sorte de frôlement doux et agréable à l' oreille, et son feuillage, du vert le plus tendre, donne à l' arbre beaucoup d' élégance et de grâce. Dans les stations où, comme dans le haut Valais, il se mêle au bouleau, le paysage prend quelque chose de fin, de lumineux et d' aérien; on se croirait transporté tout à coup dans les forêts des contrées sibériennes. "

L' arole, lui, est l' arbre sérieux et posé. Il est de race antique et de haut lignage. Son origine remonte presque à celle du monde des conifères. Il appartient à cette race de pins — dont on retrouve des congénères sur l' Himalaya — qui ont cinq aiguilles dans chaque gaîne, tandis que les autres pins de l' Europe centrale n' en ont que deux. Son cône est gros, épais, dressé, très résineux. Il met trois années pour mûrir et son amande, qui est grosse et comestible, offre le goût de la noisette. Elle est très recherchée par les montagnards qui la grignotent, l' hiver, au coin du feu et aussi par les geais, les casse-noix et les écureuils qui en font de très grands ravages. Aussi cet arbre si beau, si pittoresque dans sa carrure massive et irrégulière, est-il menacé d' une destruction prochaine s' il n' est pas protégé. Heureusement que nos autorités fédérales — et plus particulièrement le Bureau fédéral des eaux et forêts — l' ont pris en affection spéciale. Il suffit qu' il appartienne à une race antique et vieillie pour qu' il éveille l' intérêt de tous les amis des espèces en voie de disparition.

Le vieil arole.

L' avez connu cet antique arole Cèdre du désert au bord d' un glacier, Qui, pendant longtemps, servit de boussole Aux grimpeurs montant l' aride sentier?

Avez-vous jamais, sous son dôme auguste, Fouillé les secrets de l' antique pin, Mesuré des yeux la taille robuste Et compté les ans du colosse alpin?

Quand venait l' hiver sa verdure austère Annonçait la vie au sein de la mort; On aimait alors à voir, solitaire, Le pin noir dressé comme un Château-Fort.

Il avait connu la sombre tempête, Eésisté, superbe, aux plus durs assauts; Depuis bien longtemps c' était la retraite Et le toit commun de milliers d' oiseaux.

Aujourd'hui sa place est vide et dans l' ombre On entend gémir la voix des Lutins; Et, dans les rochers, par des cris sans nombre, Quelque vieux corbeau maudit les humains.

Pleurez avec eux le cèdre des nues Que n' épargna pas le cruel destin; Désormais, là-haut, les roches sont nues Et la mort avide y fait son festin.

Celui que n' a pu renverser l' orage Et qu' ont respecté les foudres du ciel, Par l' avide main d' un pâtre sauvage Est couché sans vie et dort sans réveil.

La hache a coupé le royal colosse, Elle a mutilé le pin du rocher; Mais l' arbre, en tombant, a creusé la fosse Qui sera demain celle du berger.H. C.

Hélas, les superbes forêts d' arole qui ont fait jusqu' à présent la gloire de cette petite vallée reculent de plus en plus leurs limites. D' im et imbéciles propriétaires coupent, sapent et détruisent sans songer que ce qui fait la richesse de ce vallon ce sont précisément ses incomparables forêts d' aroles et de mélèzes.

Ces forêts sont dignes d' une étude spéciale, car il n' en est pas, dans tout le Valais, d' aussi vastes et d' aussi belles. Les buissons de rhododendrons atteignent, à leur ombre, des dimensions inconnues ailleurs, car il n' est pas rare d' en voir qui égalent la hauteur d' un homme. Et les parfums de résine qui, sous les feux du soleil, s' échappent de ces pentes sont bienfaisants et reconfortants; on les dit un puissant tonique. Ces parfums sont intenses pendant la chaleur du jour, beaucoup plus subtils la nuit.

Les aroles forment au-dessus de Meiden une couronne merveilleuse de verdure et de fraîcheur. Ils envoient jusqu' à la porte même de l' hôtel leurs grandes branches qu' animent les lychens jaunâtres et ils abritent une infinité d' animaux tant oiseaux, qu' insectes et mammifères. On comprend l' intérêt qu' offrent ces belles forêts au point de vue de l' histoire naturelle.

Il existe, non loin de l' hôtel, à quinze minutes en amont dans la vallée, un lac en miniature qui dort tranquille et pur au pied d' aroles superbes. C' est là qu' on va, les après-midi d' été, faire le thé et flâner paresseusement au sein des fleurs et des écureuils qui gambadent de tous côtés en face du beau glacier de Tourtemagne. Ce groupe d' aroles avec son petit lac est de toute beauté et mérite d' être connu.

Les alpages de la vallée sont curieusement étages sur les deux versants, toujours au-dessus de l' Alpe principale. Ces „ Alpes " sont des pâturages appartenant à des consortium de particuliers. Il y en a dix-sept qui s' échelonnent à droite ou à gauche, le long du cours de la Tourtemagne, à partir de l' Alpe de Niggeling ( 1750 m ) jusqu' à la moraine du glacier. A chacune de ces Alpes correspondent une ou deux dépendances situées à des altitudes différentes et passablement plus élevées, juste au-dessus de l' alpe principale. C' est ainsi qu' il y a Gruben, Grubenalp, Ober Grubenalp, etc., etc.

A propos des troupeaux et des alpages, cette vallée de Tourtemagne a conservé d' antiques coutumes qu' il est bon de signaler ici. Dans la petite chapelle qui se trouve à Gruben, le prêtre de Tourtemagne dit la messe à plusieurs reprises. Il y a d' abord la messe de la St-Jacques ( jour où l'on mesure le lait des vaches et qui réunit les bergers dans le vallon de Gruben ); puis les 14 et 15 août ( la messe des serpents dont l' explication vient ci-après ); enfin le 8 septembre ( bénédiction des animaux et actions de grâce ).

Cette chapelle, remplie elle aussi d' ex plus ou moins intéressants, fut élevée il y a plusieurs siècles à la suite d' un vœu fait par tous les consorts des Alpes de la vallée. Le pays était alors infecté de serpents et le paccage des troupeaux devenait impossible. On éleva la chapelle et l'on fit dire force messes au curé de Tourtemagne qui n' arriva cependant pas à chasser les reptiles. On décida alors que les produits d' une journée de laitage de tous les alpages de la vallée seraient mis â part et distribués aux pauvres le jour du 14 août. Les serpents disparurent et les pauvres eurent, depuis lors, chaque année leur fête à la veille de l' Assomption. Ils montent le 13, besogneux et misérables, la hotte au dos, et viennent réclamer leur part de fromage gras. L' année dernière nous les avons vus, au nombre de cinquante, s' établir autour de l' hôtel où M. Steiner-Brunner les a régalés d' une bonne soupe et leur a distribué le produit d' une généreuse collecte faite à table d' hôte. Le 14 au matin, à l' aube déjà, ils partaient ensemble pour l' Alpe de Hungerli, la plus éloignée, où ils reçurent chacun un morceau de fromage gras. Puis ce fut le tour de Brändji, de Plumatt, de Meiden, Gruben ( où la photographie en a été prise ) enfin de tous les alpages inférieurs. La recette vaut bien la course, car 17 morceaux d' au moins 1/2 kilo chacun de bon fromage gras ne sont pas petite affaire pour des miséreux que ne fatiguent guère les quatre ou cinq ou même six heures de marche qu' ils ont à faire ( car il en vient de Loëche et Gampel ) pour atteindre la bienheureuse vallée.

L' une des coutumes les plus curieuses consiste encore dans le combat des vaches qui choisissent leur reine. Aux premiers jours de juillet, les consorts de Gruben et Meiden enferment leurs bêtes dans les deux enclos qui entourent la chapelle. Bientôt commence le mouvement qui provoque la guerre entre la reine de l' été passé et les aspirantes de l' année. La lutte s' engage, violente bien souvent. Se poussant de leurs têtes, se tôutant comme on dit à la montagne, elles se disputent la suprématie. La plus faible se laisse entraîner par l' autre et s' en va illico, penaude et baissant la tête, pâturer dans un coin et cacher sa honte. Elle suivra le vainqueur désormais sans jamais lui disputer la suprématie. La lutte continue ainsi jusqu' à ce que toutes soient convaincues de la valeur de la reine qui a, dès lors et pour la saison entière, la conduite du troupeau.

Ces combats de vaches ne sont pas spéciaux à cette vallée-ci, car on les retrouve en Hérens et au Val d' Illiers. Mais, nulle part ils n' offrent une originalité aussi primitive qu' ici.

Rien n' est plus pittoresque que de voir, vers la fin de l' été, descendre les troupeaux des alpages supérieurs dans ceux d' en bas. Leurs silhouettes et leurs teintes contrastent admirablement avec le paysage alpin. C' est un tableau charmant.

Il y a, dans la partie supérieure de la vallée, une mine de nickel et de cobalt qui a été longtemps exploitée et le fut encore dans ces dernières années. Elle a cessé de travailler depuis 1898 à cause de la maladie de son propriétaire, le Dr Schacht. Cette mine offre un grand intérêt, car elle est la seule qui soit en exploitation sur terre helvétique.

La Vallée de Tourtemagne, en Valais.

Découverte au commencement de ce siècle par un Italien du nom de Zucconi, elle a été exploitée par plusieurs propriétaires qui n' ont pas réussi à s' y enrichir. Située à plus de 2600 m, au-dessus de Kaltenberg, il est difficile d' en exploiter le minerai qu' on descend au moyen d' un câble au Sennthum, près du thalweg, à 500 mètres de la moraine du glacier. Là, la pierre est broyée, pilée, lavée et le minerai séparé des accessoires est ensuite descendu à dos de mulets dans la vallée du Rhône.

Les mineurs ont passé plusieurs hivers là-haut et s' y trouvaient heureux et, disaient-ils, parfaitement au chaud. Le guide Théodule Savioz, de Grimentz, le chef de la bande, aime à parler de ces hivers passés à 2600 m, où, plongés dans la grande lumière du soleil, ils planaient, eux les mineurs, au-dessus des brouillards, des vallées et des plaines.

Dans l' hiver 1897-1898, la vallée de Tourtemagne hébergeait deux foyers en pleine activité. Celui de l' hôtel de Meiden que la famille Steiner entretenait et celui, à 800 m plus haut, d' une dizaine de mineurs. Le commencement de l' année 1898 y fut salué par des salves et par des feux brillants une partie de la nuit, tant à Meiden qu' à la mine. On se saluait et on se congratulait en pleine nuit de Sylvestre, à la façon des chasseurs de la haute montagne. Ce devait être grandiose au sein d' une nature gelée et ensevelie sous plusieurs mètres de neige!

La flore de la vallée de Tourtemagne est très particulière et intéressante. II n' en pourrait être autrement puisqu' elle confine aux vallées. d' Anniviers et de St Nicolas. Dans le bas, c' est la flore méditerranéenne, caractérisée par ce brillant Adonis vernalis qui fait la gloire des Cévennes et dont on doit la présence en Valais à ces merveilleuses irradiations que nous a envoyées la côte d' azur. Dans la partie supérieure, par contre, c' est la flore des glaciers, tandis que sur les cols et dans les hautes altitudes on cueille les fleurs des régions arctiques et boréales.

Voici la liste des principales et des plus intéressantes d' entre les espèces que j' ai trouvées dans la vallée. Je cite mes trouvailles et mon travail personnel, parce qu' après avoir beaucoup herborisé dans la vallée, j' ai dû constater que plusieurs des plantes qui y avaient été indiquées antérieurement n' y sont en réalité pas, tandis que d' autres, qui n' y ont jamais été signalées, y ont été trouvées par moi et sont dans mon herbier. Comme on le verra c' est une flore presqu' exclusivement granitique, le seul massif calcaire étant le pic de Meiden.

Anemone sulfurea, vernaìis, baldensis, montana, Aquilegia alpina, ( très peu répandue ), Ranunculus glacialis, pyrenœus, plantaginœus, Aconitum Napellus, Lycoctonum paniculatum, Actœa spicata, Arabis bellidifolia, cœrulea, Cardamine alpina, resedifolia, Draba aisoides, tomentosa, frigida, Johannis, Hutschinsia alpina, brevicaulis, Viola calcarata, arenaria, Thomasiniana, Dianthus atrorubens, Silène acaulis, exscapa, Lychnis alpina, flos-Jovis, flos-Jovis alba, Lepigonum rubrum, Cherleria sedoides, Cerastium glaciale, Linum alpinum, Malva alcea, Geranium aconitifolium, Rhamnus puntila, Trifolium alpinum, Phaca alpina, frigida, Oxytropis pilosa, Halleri, Astragalus cicer, Onobrychis, Dry as octopetala, Geum montanum, reptans, Potentilla aurea, grandiflora, nivea, frigida, Circœa alpina, Telephium imperati, Sedum villosum, atratum, annuum, Sempervivum montanum, arachnoideum, Ribes alpinum, petrœum, Saxifraga oppositifolia, biflora, aspera, bryoides, aizoides, stellaris, cuneifolia, muscoides, Seguieri, planifolia, androsacea, controversa, rotundifolia, Astrantia major, Gaya simplex, Meum mutellinum, Imperatoria Ostruhium, Laserpitium latifolium, Siler, Panax, Lonicera cœrulea, nigra, Linnœa borealis, Adenostyles albifrons, leucophylla, Aster alpinus, Erigeron alpinus, uniflorus, Gnaphalium norvegicum, carpathicum, Leontopodium, Artemisia spicata, mutellina, campestris, Achillea macrophylla, moschata, nana, Chrysanthemum alpinum, Aronicum Clusii, glaciale, scorpioides, Senecio incanus, Jacquinianus, Doronicum, Serratula Rhaponticum, Centaurea montana, Hieracium glaciale, aurantiacum, cymosum, scorzonéri- folium, villosum, lanatum, glanduliferum, alpinum, umbellatum, Phyteuma pauciflorum, hemisphœricum, Campanula barbata, Cenisia, Arctostaphylos alpina, Uva Ursi, Azalea procumbens, Pyrola minor, Rhododendron ferrugineum, Gentiana purpurea, tenella, campestris, obtusifolia, Kochiana, imbracata, bavarica, verna, brachiphylla, nivaìis, Echinospermum deflexum, Eritrichium nanum, Onosma Helveticum, Lycium barbarum ( subspontané à Ems ), Hyosciamus niger, Linaria alpina, Veronica urticifolia, bellidioides, alpina, aphylla, saxatilis, fruticulosa, Pedicularis rostrata, tuberosa, Bartsia alpina, Euphrasia hirlella, Ajuga pyramidalis, Pinguicula alpina, grandiflora, Androsace imbricata, glacialis, carnea, obtusifolia, Aretìa vitaliana ( sur le versant oriental de l' Augstbordpass ), Primula viscosa, Soldanella montana, Plantago alpina, montana, Chenopodium Botrys, Oxyriadygina, Salix grandifolia, glauca, reticulata, retusa, herbacea, serpyllifolia, Triglochin palustre, Orchis globosa, Cœloglosum albidum, viride, Nigritella angustifolia, suaveolens, Chamceorchis alpina, Goodyera repens, Lloydia serotina, Paradisia Liliastrum, Gagea Liotardi, Allium Victoriale, Carex bicolor, echinata, caespitosa, cederi, ampullacea, Kœleria valesiaca, Festuca ovina, Selaginella spinulosa, Lycopodium selago, alpinum, clavatum, Allossurus crispus, Blechnum spicant, Asplenium viride, Ceterach, Polypodium Phegopterìs.

Cette liste, qui ne contient que les plus caractéristiques des plantes du Turtmannthal, prouve la richesse de cette flore. On avait annoncé l' existence, dans la vallée, du viola pinnata et de l' androsace chamœ-jasme. Malgré d' activés et minutieuses recherches, je ne les ai trouvées nulle part.

C' est dans le but de représenter un peu et de condenser en une collection facile à étudier tous les types de la vallée que le propriétaire de l' hôtel du glacier a créé un jardin botanique rocheux auquel s' inté les habitués de la vallée. Il y a là une dizaine de rochers artificiels formant un très pittoresque jardin botanique dans lequel M. Steiner cultive les plantes du pays et celles des autres montagnes suisses soigneusement étiquetées. Il a même une collection d' espèces exotiques et appartenant à d' autres chaînes de montagnes.

Une plate-bande de gais pavots d' Islande ( Papaver nudicaule ) de toutes couleurs, a fait grande sensation l' année dernière et c' est à qui en voulait emporter des graines. Cette petite collection cultivée à la haute montagne, et très artistiquement disposée, offre un certain intérêt.

Quant à la faune du pays c' est à peu de chose près celle de Zermatt ou de Zinal. Le chamois abonde dans les régions glaciaires et les perdrix forment de gracieux troupeaux dans les genièvriers et les Rhododendrons. Les casse-noix font entendre leurs vilains cris et un abominable papillon blanc qui s' attaque, sous forme de larve, aux forêts d' aroles, abonde partout.

En résumé, la vallée de Tourtemagne est intéressante et belle. Elle a conservé le cachet des antiques vallées helvétiques et restera encore longtemps à l' abri des envahisseurs en souliers jaunes et des boulevar-diers. C' est un coin digne de recevoir les clubistes et c' est à cause de cela que j' ai tenu à en parler ici.

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