L'enquête sur le mal de montagne

Hinweis: Dieser Artikel ist nur in einer Sprache verfügbar. In der Vergangenheit wurden die Jahresbücher nicht übersetzt.

L' initiative prise par le Dr Bétrix d' envoyer un questionnaire sur le mal de montagne a rencontré un accueil plutôt favorable. Sans doute sur 500 exemplaires, il n' en est revenu que 40 environ; le fait n' est pas très étonnant, les multiples préoccupations de ces dernières années ont considérablement enrayé les recherches scientifiques. Or, le but principal était de provoquer des réponses de personnes jugées compétentes en la matière, et l'on peut se consoler avec l' adage „ Non multa, sed multum ".

Il est certain d' ailleurs que le nombre des cas de véritable mal de montagne a beaucoup diminué depuis quelques années. Ou plutôt il est fort probable que ce que nos prédécesseurs appelaient de ce nom, n' étaient autres que des troubles digestifs amenés par une hygiène alimentaire défectueuse. Sans être un abstinent, il est indubitable que l' ingestion de boissons alcooliques, vin et surtout liqueurs, ayant déjà lieu le matin alors que le corps est échauffé par la première partie de l' ascension, ou pour remédier au froid et à la fatigue, ne peut avoir que de déplorables résultats. Si l'on ajoute à cette constatation le fait que l' édification de nombreuses cabanes, l' entraînement plus fréquent, une meilleure connaissance de la montagne ont facilité les ascensions, nous avons l' explication du phénomène en question.

Il faut y ajouter à notre avis que les expériences faites dans les observatoires alpins prouvent que l' acclimatement aux hautes altitudes peut présenter certaines difficultés, entraîner l' apparition de malaises variés, mais> que cet ensemble n' a rien de commun avec le mal proprement dit.

26 touristes ont été atteints une ou plusieurs fois, 11 ont observé le mal sur leurs compagnons; un de nos collègues en est affecté chaque année à sa première course.

Pour la quasi-unanimité des observateurs, c' est à partir de 3000 m que les symptômes se présentent; cependant le Dr Jacot-Guillarmod a constaté des cas déjà à partir de 1000 m dans les contrées les plus variées.

Dans 20 cas, le mal s' est reproduit plusieurs fois, dans 12 une fois.

Les circonstances antérieures à l' ascension jouent un rôle indiscutable et prépondérant; le manque d' entraînement est le plus souvent cité; le sommeil nul ou insuffisant des bivouacs ou des cabanes encombrées, des fatigues professionnelles antérieures, une mauvaise hygiène alimentaire jouent aussi un grand rôle. Dans un travail précédent publié dans le Jahrbuch ( 1909 ), l' un de nous avait insisté sur le fait que l' individu, en arrivant à la montagne, peut être entraîné mais n' est pas acclimaté, il lui faut un certain temps pour se débarrasser de la fatigue causée par les préoccupations journalières; cette régénération, si l'on peut ainsi parler, ne se produit point du jour au lendemain. D' autre part, nous voyons combien les accidents graves sont fréquents le dimanche; beaucoup de jeunes alpinistes, partant le samedi, se reposent à peine et se lancent dans des ascensions difficiles ou dangereuses sans une préparation suffisante.

Les circonstances particulières de l' ascension: difficultés techniques, longues pentes de neige, sur lesquelles on insistait beaucoup autrefois, sont moins souvent mentionnées; cependant la fréquence du développement du mal lors de marche sur la neige est plus grande que pendant l' ascension de rochers où l' attention est tenue constamment en éveil.

En ce qui concerne les symptômes, il y a lieu de relever que 27 fois nous trouvons mentionnée une perte de forces survenant rapidement et atteignant le plus souvent un degré qui n' est absolument pas en rapport avec le travail accompli jusqu' alors. Cette sensation d' épuisement a une grande importance, car sous son influence on peut être entraîné à des résolutions fâcheuses. Le touriste n' est plus maître de lui, perd toute confiance, et il est bien possible que des accidents graves en soient la suite.

Le manque total d' appétit, le dégoût de la nourriture sont mentionnés 12 fois; il semblerait que dans certains cas on se trouve en présence de ce qu' on appelle la faim nauséeuse, l' individu voudrait manger, mais des envies de vomir l' en empêchent. Les malaises nerveux semblent avoir été assez fréquemment observés; deux médecins insistent surtout sur l' apparition de troubles psychiques, illusions, rêves, hallucinations; la somnolence est souvent indiquée, la mauvaise humeur, la dépression mentale ne sont pas rares.

La durée de l' atteinte du mal est assez variable; quelquefois courte, elle oblige souvent d' interrompre l' ascension, 9 cas; d' autrefois, la course a pu continuer après un repos suffisant. Notre vénéré collègue M. le professeur Heim, qui nous a fait part de ses expériences, estime qu' un court sommeil est souvent le meilleur remède.

L' origine du mal est encore incertaine, il ressort en tout cas des travaux de l' un de nous que certainement la diminution de la teneur en oxygène de l' atmo est un facteur absolument insuffisant à lui seul; elle ne peut être qu' une cause adjuvante.

L' hypothèse d' une insuffisance dans le fonctionnement des glandes surrénales explique bien certains symptômes et de nombreux cas de mort soi-disant par épuisement. Mais elle demanderait à être vérifiée par des expériences sur les animaux et des observations chez l' homme. Il ne semble pas que cette manière de voir encore peu connue ait attiré l' attention de ceux qui ont répondu au questionnaire.

La grande majorité estime que le défaut d' entraînement est la cause la plus fréquente; le Dr Hug, qui a fait des ascensions nombreuses et à des hauteurs variées ( 7000 m Caucase ) attribue le mal à un affaiblissement des forces psychiques. Le Prof. Becker, ancien ingénieur topographe, estime qu' on pourrait établir un rapport entre les malaises et ceux qui accompagnent le vertige et le mal de mer. Le Dr Jacot-Guillarmod se rattache à une théorie encore très en vogue, celle de l' in générale par les produits de la fatigue.

L' influence de la diminution de pression n' est admise que par quelques-uns; un certain nombre restent dans le doute; le D " von Wyss estime que la fatigue du cœur et l' adaptation insuffisante de l' appareil circulatoire jouent un rôle important.

Comme on le voit, aucune théorie n' a acquis la prépondérance, et il y a lieu de laisser la question ouverte; peut-être de nouveaux travaux viendront-ils l' éclairer.

Comme conséquence pratique, nous devons recommander que lorsqu' un alpiniste est atteint, il s' arrête le plus tôt possible. Ceux qui se savent prédisposés devraient toujours avoir avec eux une boisson chaude ou les ustensiles nécessaires pour la préparer. Les tablettes de bouillon permettent d' obtenir facilement non seulement un aliment stimulant, mais surtout une substance qui excite l' appétit et facilite la digestion, ce qui est un point capital. Essayer de manger des mets froids ne peut avoir que des effets défavorables; on remarque souvent à ce mopaent combien la salive est peu abondante; la mastication se fait mal, l' insalivation est incomplète, et la digestion ultérieure s' en ressent. Il est évident que les boissons un peu excitantes, thé, maté, café, prises avec une forte proportion de sucre, ont le double avantage d' augmenter la quantité d' urine, ce qui contribue à expulser les déchets de l' organisme et, en outre, de favoriser le développement de l' énergie musculaire.

En tout cas, nous pouvons recommander comme étant sans danger, l' emploi de ce qu' on appelle l' extrait surrénal total à la dose journalière de 0,30 à 0,50 et même plus, dont il existe différentes spécialités.

Les glandes surrénales sécrètent une substance aujourd'hui bien connue, l' adré qui relève la pression sanguine, et cela d' une manière assez brusque. Mais en outre, par d' autres produits elles neutralisent l' effet des déchets que développe l' exercice musculaire.

Une série d' observations de ce genre, bien conduites, pourrait amener des progrès dans la connaissance du mal de montagne.Br Bêtrix ( section Genevoise ).

Dr ThomasLe présent rapport était terminé lorsque nous avons reçu de M. A. Meyer, ingénieur à Zurich, l' observation suivante: M. M. a été atteint à trois reprises différentes du mal de montagne. La première fois entre 3500 et 40GO m dans l' as du Grand-Combin; douleur de tête assez violente, inappétence complète, pas de nausées, grand abattement; le tout disparut pendant la descente à la hauteur de 3000 m; d' autres membres de la caravane furent aussi malades; aucune cause précise ne peut être indiquée.

La seconde fois à l' arrivée à la station Jungfraujoch, étant monté par le chemin de fer. Mêmes symptômes moins prononcés, qui disparurent le lendemain pendant l' ascension du Mönch et ne se représentèrent plus les jours suivants, malgré des courses prolongées.

La troisième atteinte eut lieu au même endroit et dans les mêmes conditions.

Il résulte de ces constatations que M. Meyer, qui a fort bien observé ce qui se passait, a présenté deux fois de suite les symptômes du mal de montagne sans aucune fatigue antérieure. Son état rappelle celui décrit par Guillemard, Moog et d' autres à l' observatoire Vallot, ainsi que précédemment par Guglielminetti et Egli St-Clair. Mais il y a ceci de particulier que l' effort étant supprimé par le chemin de fer, on se trouve en présence de la difficulté d' accoutumance à l' air raréfié et non plus tout à fait du mal de montagne proprement dit. Quelques heures de séjour à l' altitude suffisent pour que l' organisme s' y habitue et que le mal cesse.

Karl Gabriel.

Feedback