Les variations périodiques des glaciers des Alpes

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Par Dr. F.A. Forel, professeur, à Morges. Dr. M. Lugeon, professeur, à Lausanne. E. Muret, adjoint de l' inspecteur fédéral des forêts, à Berne.

Vingtième rapport. 1899. 1 )

LXVIII. Dessin cartographique des glaciers.

Une question qui appartient à nos études sur les variations des glaciers, n' a pas encore été, que je le sache, traitée par les auteurs: Comment doit-on figurer sur les cartes topographiques le relief inconstant des glaciers? Le plan topographique, la carte géographique représentent des formes fixes, stables, invariables; le glacier change sans cesse de forme et de grandeur. Comment au milieu de masses immuables figurer d' une manière utile une masse variable et changeante?

Je vais poser le problème et lui donner la solution qui me paraît la plus avantageuse; mais je me déclare prêt à me corriger si la discussion arrive à des arguments décisifs dans un sens autre que celui que j' adopte aujourd'hui.

Je laisse de côté les cartes spéciales qui étudient les variations elles-mêmes des glaciers; ce sont des plans et la légende doit indiquer dans quelles conditions le levé a été fait et l' état de la glace a été figuré.

Je laisserai aussi de côté les cartes à petite échelle. Dans nos Alpes les plus grandes variations connues ne dépassent pas un kilomètre en dimensions horizontales. Ce n' est, par conséquent, guère qu' à partir du 1: 50,000 que les détails deviennent assez apparents pour que la carte puisse les représenter. Pour ce qui regarde la Suisse, je ne m' oc donc pas de la carte au 100,000 et je ne traiterai la question qu' en considérant la carte au 50,000, l' atlas Siegfried.

Voici les instructions données pour le levé et le dessin des glaciers au 1:50,000 par le quartier-maître général G.H. Dufour en 1838, ou 1839 1 ).

„ Les glaciers formant une partie intéressante des hautes Alpes sous le point de vue physique et géologique, l' ingénieur s' attachera à en dessiner exactement les limites et à bien représenter leurs moraines terminales et médianes. Le glacier, dans son ensemble, doit se détacher en blanc sur le dessin; les crevasses seront représentées par des traits légers de couleur bleu-verdâtre ou aigue-marine. Ces crevasses étant ordinairement en travers des pentes et d' autant plus rapprochées que les pentes sont rapides, leur représentation accusera la forme et aura quelque analogie avec les courbes horizontales du terrain. Si le glacier est percé par quelque pointe de rocher ou interrompu par quelque paroi qui en rompe l' uniformité, il ne faudra point négliger cette circonstance sur la carte. Il sera même convenable d' y figurer les pierres mobiles qui seraient assez grandes pour ne pas échapper à l' échelle. Quant aux moraines, on les dessinera par le procédé des hâchures, comme les autres accidens du sol 2 ). "

Ce qui caractérise, au point de vue qui nous occupe, le dessin des glaciers dans l' Atlas Siegfried, c' est qu' ils sont représentés dans leur état actuel, au jour même où le plan a été levé. Le choix de ce jour n' ayant été déterminé par autre chose que par le programme des travaux imposés à l' ingénieur chargé des travaux sur le terrain. Dans le choix de ce jour, disons plus, dans le choix de l' année où la carte est levée ou revisée, on ne tient aucun compte — il y a bien d' autres intérêts plus importants à considérer — des conditions du glacier; on ne recherche pas si le glacier est en état de maximum, ou de minimum, ou dans un état intermédiaire. Le levé des différentes feuilles ayant eu lieu à diverses époques, leur revision, totale ou partielle, étant de même de dates diverses ( les dates du levé original et des revisions sont indiquées à l' angle de chaque feuille ) il n' y a rien d' uniforme, rien de systématique dans l' état des glaciers tels qu' ils sont dessinés dans cet atlas. Leur figuré donne leurs dimensions à une époque relative qui n' est pas la même pour tous, et à un état quelconque de leur variation en grandeur.

Cela est fâcheux, car les glaciers représentent une partie importante du territoire national. Voici, pour chacun des grands bassins fluviaux de la Suisse, la superficie approximative du territoire occupé par les neiges persistantes et les glaciers; je la tire des valeurs publiées par la commission hydrométrique suisse en 1866 3 ).

La topographie de la Suisse 1832-1864, histoire de la carte Dufour, p. 145 et 146, Berne 1898.

Bassin d' alimentation.

Glaciers.

Rhin Schaffhouse 11,730 km2 266 km2 Aar Brugg 11,617 „ 294 „ Reuss Mellingen 3,376 „ 145 „ Limmat Bade 2,397 „ 45 „ Rhône Genève 7,995 „ 1041 „ Tessin Arosa 6,548 „ 126 „ Inn Zernetz 1,259 „ 153 „ 44,922 km2 2070 km2 D' après ces chiffres la vingtième partie du territoire de la Suisse 1 ) est occupée par les glaciers. Au point de vue climatique et hydrographique les glaciers jouent un rôle considérable; il importe qu' ils soient correctement mesurés. Ils ne peuvent être mesurés que sur les cartes topographiques; il est donc nécessaire que celles-ci en donnent des valeurs exactes.

Que le système de figuration de l' atlas Siegfried laisse une incertitude trop grande sur les dimensions des glaciers, c' est ce qui résulte d' une comparaison que j' ai publiée dans mon IIIe rapport2 ). J' ai mis en présence les superficies des glaciers tels qu' ils avaient été dessinés dans le premier levé des minutes au 1: 50,000 entre 1839 et 1860 sur 19 feuilles du Valais, édition du Club Alpin Suisse, et les superficies, dessinées sur les mêmes feuilles revisées entre 1871 et 1881, édition de l' Atlas Siegfried. La différence s' y élevait à 53,8 km2; la surface du territoire occupé par les glaciers sur une partie seulement du Valais 3 ) avait diminué entre ces deux périodes de près de 54 km2. Et notez bien qu' à ce moment-là nous étions à peine au milieu de la grande phase de décrue des glaciers qui se continua, pour le plus grand nombre d' entre eux, jusqu' à la fin du XIXe siècle. Entre l' état de maximum de 1820 et celui de minimum de 1899, la différence serait bien plus considérable encore.

Le système actuel est précis et bien défini, il faut le reconnaître, en ce qu' il donne l' état des glaciers au moment du levé de la carte; mais il est insuffisant en ce qu' il ne donne pas les notions exactes dont nous pouvons avoir besoin sur les variations d' étendue des terrains enneigés dans nos régions montagneuses.

Comment obtenir mieux? Diverses méthodes seraient possibles.

1° On pourrait faire une revision spéciale des glaciers à des dates équidistantes, donner l' état des glaciers par exemple en 1900, 1950, 2000, etc., tous les glaciers étant figurés à la même époque. Au bout de quelques siècles on obtiendrait ainsi des documents qui fourniraient l' état moyen probable des glaciers. Mais ce travail serait fort onéreux; il nécessiterait la mobilisation de toute une armée de topographes dans les étés choisis pour la revision. Ses résultats même ne seraient que peu satisfaisants, car l' année de la revision tomberait, suivant les cas et aussi suivant les glaciers, sur une phase de crue ou de décrue, sur un état de maximum ou de minimum, et rien n' indiquerait dans quel rapport serait l' état ainsi observé avec les valeurs maximales, moyennes ou minimales des glaciers. Ce ne serait qu' après plusieurs siècles que l'on pourrait obtenir l' état moyen des glaciers par la comparaison de ces documents, quand il y aurait eu compensation par une répétition suffisante entre les divers états possibles de grandeur des glaciers.

2° On pourrait après avoir étudié suffisamment chaque glacier soit à l' état de maximum, soit à l' état de minimum, établir par évaluation un état intermédiaire, moyen, qui serait l' état normal du glacier. Cet état serait figuré sur les cartes, de la même manière que la superficie des lacs est dessiné d' après l' étendue occupée par l' état moyen de hauteur des eaux.

Ce serait le plus rationnel, ce qui satisferait peut-être le mieux l' esprit. Mais les difficultés d' exécution seraient énormes; cette méthode exigerait une étude complète de chaque glacier, indéfiniment prolongée, appuyée sur des documents cartographiques soignés. Toute période normale qui prolongerait extraordinairement l' état de maximum ou celui de minimum amènerait des modifications importantes à cette moyenne, qui ne serait caractérisée par aucun fait déterminé.

3° On pourrait figurer sur les cartes l' état de maximum constaté dans les temps historiques. Cet état qui du reste est indiqué sur le terrain par les moraines terminales modernes, donnerait un figuré satisfaisant du pays montagnard dans la crise du développement exagéré des glaciers. Mais cet état maximal est un fait extraordinaire, rare, anormal; dans la série des temps il ne représente que l' exception.

4° On pourrait figurer l' état minimal des glaciers; attendre pour chaque glacier la fin de la phase de décrue, et faire à ce moment le lever topographique des limites de la masse de glace, et des moraines superficielles. Comme la carte dessine, pour les grands glaciers du moins, ceux qui ont un chaînage important, le figuré des moraines terminales déposées à la fin de la phase de crue maximale, on aurait ainsi sur le plan topographique les limites extrêmes des états possibles de glacier.

Cette dernière méthode semble la plus satisfaisante en ce qu' elle donnerait à la fois les limites extrêmes des glaciers, les plus grandes dimensions connues par les moraines terminales, les plus petites dimensions par le figuré du glacier. Elle a cependant au moins deux points faibles et demande à être complétée:

a ) Le premier défaut, c' est que l' état maximal, représenté par les moraines déposées, n' apparaît pas pour les glaciers à transport trop faible; chez eux les moraines terminales ne sont pas assez saillantes pour être figurées sur la carte.

b ) Le second défaut c' est que, en ne figurant que l' état minimal des glaciers, on ne pourrait représenter les glaciers intermittents, ceux qui ne se développent qu' à la période de grand enneigement, ceux qui disparaissent dans les périodes de grand rétrécissement de la zone glaciaire. Nombre de glaciers ont complètement disparu actuellement que nous avons un état minimal des glaces. Je n' en ferai pas l' énumé; je n' en citerai qu' un exemple: Le glacier des Martinets, au pied de la Dent de Morcles et de la Dent Favre, versant Nord-Occidental, dans les Alpes Vaudoises, n' existe plus depuis longtemps. Et cependant cette masse de glace était assez grande au temps du maximum de 1819 pour que Gilliéron en parlât dans ces termes: „ Quelquefois il tombe de très grosses masses du glacier des Martinets, et on en entend le bruit depuis Gryon; outre ces grandes chutes, il en arrive très souvent de petites, ce qui, avec les craquements que font les crevasses lorsqu' elles se forment, fait qu' on entend presque continuellement du bruit lorsqu' on est proche de ce glacier; et c' est peut-être à cela qu' on doit attribuer le nom qu' il porte 1 ). "

On pourrait, à ce que je crois, obvier à ces deux insuffisances de la méthode en la modifiant légèrement, en la complétant dans les termes que voici, applicables à des cartes en couleur, comme celles de l' atlas Siegfried. Je proposerais de faire un double dessin du glacier, représentant la masse dans ses deux dimensions extrêmes, opposées: dessiner, d' une part, par un pointillé bleu la limite des glaciers en temps de maximum extrême; figurer, d' autre part, les limites en temps de minimum extrême par un dessin au trait bleu avec les détails du relief. Ce dernier figuré serait semblable à celui qui est donné actuellement sur les cartes Siegfried; mais il serait réservé à l' état de minimum absolu, à l' étiage du glacier. Définies ainsi, les deux lignes qui représenteraient le glacier auraient une signification précise, et reproduiraient Manuscrits Gilliéron, de la Bibliothèque cantonale vaudoise. XLII, p. 39.

en termes parfaitement clairs et compréhensibles, à la fois les faits-glaciaires les plus importants, et des faits topographiques bien caractérisés.

Cette méthode ne se heurterait-elle pas à des difficultés pratiques? Des difficultés il y en aurait, c' est évident; mais seraient-elles insurmontables? Je ne le crois pas.

Il y aurait, en premier lieu, la constatation de l' époque où l' état maximal et l' état minimal du glacier sont atteints. Le levé topographique devrait être pris, pour chaque glacier, à la fin d' une phase de crue considérable, puis à la fin d' une phase de décrue considérable aussi. Or ces états de maximum ou de minimum ne sont pas toujours faciles à reconnaître. Cependant avec l' organisation actuelle de la surveillance des glaciers que nous devons à l' Inspection fédérale des forêts, une telle détermination serait possible; les époques critiques seraient indiquées aux topographes par les forestiers chargés de l' observation des glaciers; étant connue la lenteur des variations qui modifient de quelques mètres à peine en un an les contours des glaciers dans leurs dimensions extrêmes, les géomètres pourraient être prévenus plusieurs années d' avance; ils auraient à leur disposition deux ou trois ans pour faire le levé; ils pourraient donc combiner leurs plans de campagne de manière à ne pas trop bouleverser les programmes du bureau topographique. Rappelons du reste que les variations ne sont pas toujours contemporaines et simultanées chez les divers glaciers et dans les divers groupes de montagnes; que chaque glacier a ses époques de variations à lui propres; que l' état de maximum et celui de minimum, qui ne sont du reste pas instantanés, mais durent plusieurs années, apparaissent pour chaque glacier à des dates quelconques, sans lien apparent et nécessaire. Il y a bien dans certaines suites d' années une tendance des glaciers vers le maximum, dans d' autres suites une tendance vers le minimum. Mais la simultanéité rigoureuse d' allures, l' isochronisme est bien loin d' exister. Par conséquent le travail de revision ne serait pas concentré sur un été ou deux seulement, et n' excéderait certainement pas les moyens dont disposent les agents des cartes suisses.

Il est vrai que les variations glaciaires sont assez irrégulières; que les maximums et minimums extrêmes n' apparaissent pas nécessairement dans chaque oscillation; qu' il ne faudrait pas compter sur une bonne fortune exceptionnelle qui du premier coup permettrait de reconnaître les limites possibles des variations de grandeur des glaciers. Il y aurait pour plusieurs glaciers à reprendre le travail à plusieurs reprises. Mais si je considère les faits du XIXe siècle, on aurait eu, pour tous les glaciers à moi connus, un état de maximum entre 1818 et 1825, un état de minimum entre 1870 et 1900. En moins d' un siècle la méthode que je propose aurait abouti d' une manière satisfaisante.

Si, à l' avenir, des cas exceptionnels dépassaient les limites obtenues dans une première étude, les corrections à apporter seraient bien faciles et bien simples; elles pourraient être faites par les inspecteurs forestiers, sans grande mise en jeu de tout un matériel de géodésie. La représentation définitive des glaciers de la région alpine serait un travail de longue haleine, c' est vrai, mais qui n' offrirait pas de difficultés insurmontables.

Il y aurait, d' autre part, des difficultés pratiques dans les corrections à apporter aux planches gravées, et aux pierres lithographiques des cartes. Comment y introduire les modifications qu' exigerait la méthode proposée? Je préfère m' abstenir de discuter ce problème, qui ne me paraît pas insoluble non plus. Ces difficultés d' ordre pratique demanderaient évidemment une étude attentive et l' établissement d' un programme serré. Réservons cette question pour le moment où la nécessité de la réforme que je réclame aura été reconnue, et où une méthode aura été adoptée.

Je le répète. Mon intention, en soulevant cette discussion, est de demander son étude par les hommes compétents. Je n' ose espérer d' en avoir, du premier jet, épuisé tous les détails et considéré toutes les faces.

LXIX. La Kryokonite.

La différenciation d' un ensemble glaciaire en névé et glacier n' est pas seulement indiquée par la présence, à la surface, de la neige ou de la glace, mais encore par la pureté, la propreté plus ou moins grande de cette surface. Sur les grands champs de neige des régions supérieures, on ne voit que rarement des matières étrangères en quantité appréciables; les parois des rochers s' enfoncent directement dans la masse même du névé, et les blocs, les pierres qui y tombent sont ensevelis sous les épaisses couches de la chute annuelle de neige. Ce n' est que plus aval, dans la région du glacier proprement dit, que les impuretés commencent à apparaître. On voit les unes après les autres les moraines sortir de la neige, s' élargir, s' étaler, se surexhausser sur leur piédestal de glace; en outre, le glacier garde à la surface les matériaux qui lui sont amenés par les éboulements des parois qui l' encaissent directement. Chacun sait, du reste, combien un glacier peut être couvert de débris, à tel point même que souvent la glace est invisible sur plusieurs kilomètres; tel le glacier inférieur de l' Aar, par exemple.

En même temps que les débris morainiques, on trouve parfois à la surface du glacier une matière terreuse particulière, de couleur ordinairement foncée, tantôt grise, le plus souvent noire, quelquefois pourtant.

d' un rouge orangé. C' est un limon extrêmement fin qui abonde' sur tous nos glaciers. Cependant, ce n' est pas dans les Alpes que cette poussière fut tout d' abord signalée; elle y passait inaperçue, alors que dès les premières expéditions scientifiques sur l' Inlandsis du Grœnland, les voyageurs lui firent jouer un grand rôle. Il n' y a là rien d' étonnant. Sur les immenses plaines de glace et de neige de ces régions lointaines, vers le centre du pays, au delà des promontoires rocheux qui s' avancent dans les glaces, au delà des Nunataks, aucun sommet découvert de neige ne domine plus la plaine de glace; la présence de toute impureté devait frapper le voyageur. Cette kryokonite, cette poussière de la glace devenait alors un corps étrange, et le caractère insolite de son existence prenait aux yeux de l' explorateur une très grande importance. La kryokonite devint bientôt célèbre. Nordenskiold crut voir en elle de la poussière d' origine cosmique accumulée sur ces immenses espaces pendant des siècles, comme elle s' accumule dans les grands fonds océaniques. Mais on reconnut bientôt après qu' il s' agissait simplement d' une poussière d' origine terrestre, d' un dépôt en partie d' origine éolienne.

Sur nos glaciers, ces amas de limon ne sont pas très considérables. Ils ne dépassent que rarement un décimètre cube, mais ils sont très nombreux parfois et la surface de la glace est alors couverte de ces minuscules tas de terre. Grâce à leur couleur foncée, ils absorbent plus de chaleur solaire que la glace elle-même; ils s' enfoncent et donnent ilieu à la plupart de ces trous innombrables qui criblent la surface de la glace. Ces trous se remplissent d' eau durant la journée; le matin ils sont vides, l' eau s' est infiltrée dans les couches poreuses de la glace superficielle. On peut alors récolter facilement la poussière de la glace.

Humide, ce limon est peu plastique. On ne pourrait s' en servir comme de matière à modeler; il a les qualités d' un argile très maigre. Au microscope, il se montre formé par des fragments d' une très grande ténuité, les uns d' origine organique, la plupart minéraux. La grosseur des grains, dans les nombreux échantillons que nous avons observés, excède rarement en moyenne 1/4 de mm. On y reconnaît les minéraux principaux des roches environnantes; le quartz est particulièrement abondant avec les feldspaths; dans les kryokonites des glaciers des Alpes Valaisannes, le mica abonde; il donne à la poussière sèche un éclat brillant particulier. Tous les grains sont anguleux, ils n' ont donc pas été roulés par l' eau; cette poussière se distingue ainsi très facilement des limons fluviatiles les plus ténus.

Un de nos anciens élèves, M. Porchet, assistant à l' Université de Lausanne, a fait une analyse sommaire de deux de nos échantillons, l' un gris, provenant du Glacier de Durand, l' autre noir, ramassé sur le glacier du Rhône. Ses résultats sont les suivants:

Eau Eliòne.. 1,30. 8,96. 2,68. 87,06 Durand. 0,72 3,36 3,02 92,90 Matières Matières Matières solubles dans H Cl, insolubles ( quartz et à froid ( fer, aluminium ) silicates )

100,00 100,00 Il n' y a pas trace de carbonate de chaux. La couleur brun-noir du premier échantillon est due évidemment aux matières organiques qu' il contient en abondance.

Cherchons maintenant quelle peut être l' origine de la poussière de glaciers.

L' absence totale de carbonate de chaux dans les deux échantillons analysés de kryokonites nous indique que, si cette matière est d' origine éolienne, sa provenance ne peut être très lointaine, car il existe des calcaires dans le Val d' Anniviers et leur poussière aurait pu être amenée par les vents montants sur le glacier de Durand; car on constate à la Furka, à trois kilomètres des points où nous avons récolté nos échantillons du glacier du Rhône, aussi une bande calcaire d' où le vent aurait pu entraîner de menus débris jusque sur le glacier. La présence exclusive de matières minérales analogues à celles qui constituent les parois du glacier nous montre que l' origine est locale.

La kryokonite présente une grande analogie avec les parties ténues de la terre végétale qui revêt les pentes rocheuses qui dominent les glaciers. C' est de là que provient évidemment la poussière de glace, et le transport dans le lieu où nous la rencontrons se fait par divers procédés.

De nombreuses avalanches de fond tombent au printemps sur le glacier et s' étendent souvent fort loin entraînant avec elles une quantité parfois fort considérable de terre végétale. Par lavages, par décantations et par séparations mécaniques successives, les grains d' égale grosseur finissent par se grouper sous l' influence du ruissellement continuel que l'on observe sur les glaciers. Tel est le mode de formation de nos kryokonites que l'on observe fréquemment. La provenance de cette matière est parfois plus triviale; les excréments des animaux, quadrupèdes et volatiles, qui traversent le glacier, contribuent à former cette poussière, mais dans une faible mesure il est vrai.

Souvent, on rencontre la poussière de glaciers en des points où on ne peut songer faire intervenir l' avalanche de fond pour expliquer sa position. Ainsi, sur le milieu du glacier du Rhône, en amont des séracs, on rencontre en abondance la kryokonite. Elle n' est, du reste, pas un élément exclusif au glacier; elle s' accumule quelquefois aussi bien sur les bas nevés que sur le glacier proprement dit. C' est ainsi que sur les grandes plaines neigeuses des Wildstrubel, elle occasionne, vers la fin de l' été, des creux et des bosses qui rendent si pénibles les traversées. Il ne faut cependant pas croire qu' elle s' y trouve en grande abondance; on ne peut en récolter une certaine quantité sans faire fondre un grand volume de neige. En ce point, la kryokonite, en mettant de côté la faible part qui revient aux animaux, ne peut être qu' un produit tiré des cimes et amené par les vents. C' est autrement dit, dans le cas particulier, une poussière éolienne. Sous l' influence de la grande sécheresse qui règne sur les hauteurs, le peu de terre végétale où les plus menus débris minéraux effrités par la gelée, sur les moraines et les parois des vallées glaciaires, sont facilement la proie des vents. Il se forme un löss local, semblable à celui qui s' est déposé dans les vallées du Rhin et du Rhône immédiatement après le dernier retrait des glaciers quaternaires, alors que la surface du sol présentait une végétation très peu abondante. Mais il est évident que la kryokonite ne donnera jamais lieu à un dépôt géologique spécial; son rôle est minime vis-à-vis de celui des autres débris dont la formation accompagne toujours les glaciers. Toutefois ce rôle, pour n' être que momentané, est intéressant, puisque l' existence de cette poussière contribue à donner à la surface du glacier et parfois du névé, un des caractères de sa physionomie, suivant l' expression d' Agassiz, par les nombreux trous qu' elle occasionne.

Dans le Groenland, les derniers explorateurs ( Drygalski ) ont voulu voir dans la présence de cette poussière, qui forme une couche sous la surface de l' inlandsis, l' indication d' un retrait général du régime glaciaire. Avec d' autres, nous nous sommes élevés contre cette interprétation. Pour nos glaciers, on voit en tout cas que la kryokonite, si semblable à celle des surfaces glacées de la terre danoise, ne peut avoir aucune signification dans nos études sur les variations périodiques; elle contribue, grâce à sa couleur foncée, à l' ablation du glacier; c' est là le rôle principal qu' elle joue, avec la même puissance, aussi bien dans les périodes de crue que de décrue.

M. L.

LXX. Le bloc de l' Hôtel des Neuchâtelois en 1899.

Pendant une des excursions de la Conférence de la commission internationale des glaciers, réunie en août 1899 au glacier du Rhône et au Grimsel, nous avons retrouvé les blocs de schiste micacé noirâtre, débris de l' Hôtel des Neuchâtelois sur la moraine médiane du glacier de l' Aar inférieure. En comparant leur position en 1840-1846 ( Agassiz, Nouvelles études ), en 1884 ( F.A. Forel, Ve rapport, Jahrbuch du S.A.C., XX 298, Berne 1885 ), enfin le 24 août 1899, voici les faits principaux que nous avons à signaler:

Les variations périodiques des glaciers des Alpes.

La vitesse moyenne d' écoulement de la partie du glacier qui porte ces blocs a été par année de 1842 à 1884 56,4 m de 1842 à 1899 55,6 m de 1884 à 1899 53,3 m Or la vitesse annuelle, au temps d' Agassiz, de 1842 à 1846, était, dans les diverses parties du glacier que les pierres ont parcouru pendant leur voyage:

Repères d' Agassiz.

Position des blocs en Vitesse d' écoulement par an.

N° 2 1842 74,4 m » 8 1884 67,5 m. 10 1899 70,7 m Vitesse moyenne annuelle: 70,9 m, de 15 m supérieure à la vitesse actuelle.

Nous confirmons donc nos conclusions de 1884 qui signalaient un ralentissement considérable de la vitesse d' écoulement du glacier de l' Aar, de 1840 à nos jours. Des notions précises sur les variations de cette vitesse d' écoulement sont trop rares pour que nous n' enregistrions avec soin une constatation de ce genre.

En 1884, le bloc de l' Hôtel des Neuchâtelois, unique du temps d' Agassiz, s' était divisé en trois fragments; en 1899 nous en avons retrouvé au moins six pierres différentes, reconnaissables par les traces d' inscriptions peintes au minium.

F.A. F. et M. L.

LXXI. Chronique des glaciers des Alpes suisses en 1899.

Nous avons cette année les observations relatives à 73 glaciers suisses, provenant toutes de l' Inspection fédérale des forêts, à l' exception de trois: le glacier du Rhône, celui des Grands et celui du Trient.

Nous donnons ci-dessous le résultat de ces observations, en suivant le modèle admis dans les précédents rapports:

I. Bassin du Rhône.

A. Alpes valaisannes.

Glacier.

Vallèe.

Valeur de la variation. 1898. 1 Sens de la variation actuelle m m Rhône Conche __12 — 5 _ y décrue lìesch Fiesch — 6 — 2 - 3 décrue Aletsch Massa — 5 — .9 -16 décrue Latschen Lötschen — 1 — 10 - 1 décrue F.A. Foreî, M. Lugeon et E. Muret.

Valüe Valeur de la variation.

Sens de la va- UTKvüfCf V l/bfilfjtjt 1897.

1898.

1899.

riation actuelle.

m m m' Dola Loëche?

?

+ 18

crueZanfleuron Sanetsch — 7 — 11 — 56 décrue Kaltwasser Saltine — 1

+ 12

__ 2 décrueRossboden Simplon 0 — 1 — 1 décrue Fée Saas 0 — 1 — 3 décrue Allalin "

— 1 — 12 — 1 décrue Gasenried St-Nicolas

+ 12

— 15?

?

Bies "

?

?

?

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Findelen "

— 49 — 9 décrue Zmutt "

— 12 — 13 — 27 décrue Gorner — 9 — 8 — 3 décrue Turtmann Tourtemagne — 9 — 9 — 6 décrue Durand ( Zinali Anniviers — 50 — 30 — 60 décrue Moiry "

— 4 décrueFerpècle Hérens — 11 — 10 — 3 décrue Zigiorenove "

— 73 — 49 — 43 décrue Arolla "

— 16 — 8 — 38 décrue Grand Désert Nendazg — 10 — 20 décrue Montfort "

0 — 4 — 12 décrue Corb assière Bagnes

— 8 décrueDurand "

— 7 — 10 — 15 décrue Giétroz "

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Breney "

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Otemma "

__ g — 17 — 31 décrue Boveyre Entremont

+ 12

+ 13

+ 13

crue Tzeudet "

?

?

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Valsorey "

— 3g

crueSaleinaz "

— 7 — 23 — 17 décrue La Neuvaz Ferret — 5 — 19 — 11 décrue Trient Trient — 1 — 13

crueLes Grands "

crueNous devons faire remarquer ici que, parmi les glaciers dont l' ob n' a pas été faite dans les trois dernières années et même depuis plus longtemps, se trouvent les deux glaciers les plus dangereux, ceux dont les variations amènent les catastrophes les plus terribles, le glacier de Bies, l' auteur des désastres de Randa, le glacier de Giétroz, l' auteur des désastres de Bagnes. Ces deux glaciers devraient, avant tous les autres, être soumis à une surveillance attentive qui nous apprendrait les faits et les lois de leurs variations.

Nous réclamons aussi des mesures sur le Tseudet; ce glacier était en crue dans les années 1895 à 1897 et les glaciers en crue sont trop rares pour que l'on en néglige les observations.

Sur les 30 glaciers en observation dans les Alpes valaisannes, nous en avons donc 22 en décrue certaine, 3 en décrue probable, 4 en crue probable, 1 en crue certaine.

Le seul glacier en crue certaine est celui de Boveyre ( Entremontcette crue persiste depuis 1893.

Le glacier de Moiry qui était en crue en 1898 a passé à la décrue; il en est de même pour le glacier de Corbassière, malgré l' augmentation d' épaisseur signalée l' année dernière.

Les glaciers qui paraissent se mettre en crue en 1899 sont: celui de la Dala, qui n' avait pas été observé depuis 1894, en sorte qu' il faut attendre que ce changement d' allure soit confirmé par un nouveau mesurage; celui de Valsorey ( Entremont ) en décrue continue depuis 1893; celui du Trient, dont le front est recouvert par les avalanches et n' a pû être mesuré exactement, mais qui s' est sensiblement épaissi ( M. J. Guex ), enfin celui des Grands dont le mouvement de crue est très faible, qu' il n' a guère avancé que de 10 mètres depuis 1895, soit 2,50 mètres par an, tandis que de 1891 à 1895, il avait avancé de 35 mètres, soit de 9 mètres par an en moyenne. Les moraines latérales qui recouvrent les repères empêchent de faire des mesures rigoureuses ( M. P. Doge ).

En ce qui concerne le glacier du Rhône, M. L. Held, ingénieur du bureau topographique fédéral, veut bien nous communiquer les notes suivantes:

„ Du 22 août 1898 au 28 août 1899, la décrue maximale au front du glacier a été de 33 mètres, la décrue moyenne de 9,6 mètres. La moraine profonde a été mise à nu, sur une superficie de 2220 m 2. "

Une visite au Durand de Zinal, nous a expliqué les valeurs énormes de la décrue de ce glacier dans les dernières années: 350 mètres en huit ans. La langue terminale est très affaissée, disloquée par l' effondrement de la glace au-dessous de la galerie du torrent; elle est divisée en masses isolées qui ne marchent plus et fondent sur place; c' est presque du glacier mort.

La débâcle du lac temporaire de Crête Sèche n' a pas pris cette année les proportions désastreuses qu' elle avait eu en 1898; cependant une poche d' eau s' est vidée le 8 juin sur ce glacier et a occasionné une crue extraordinaire de la Dranse, dont le niveau est resté pourtant de 50 centimètres en dessous des hautes eaux de l' année dernière.

Le 1er août, le torrent qui descend du glacier de Festi ( glacier du Dom ) est sorti subitement de son lit en roulant un volume d' eau énorme et de gros blocs de rochers; la cause en était probablement la rupture d' une poche du glacier. La crue a été assez forte pour emporter un pont du chemin de fer de Viège à Zermatt, ainsi que la ligne du télégraphe.

Enfin, grâce à la température très chaude de l' automne, une poche d' eau qui s' est vidée sur le glacier de Zmutt, a occasionné encore à la fin d' octobre une crue très sensible du Rhône, qui a monté à Sion de 30 centimètres environ.

— La décrue générale des glaciers de la vallée du Rhône, s' étend aussi aux glaciers du massif nord de la chaîne du Mont Blanc, voisins de la Suisse. Le glacier du Tour est actuellement à 1 kilomètre de ses anciennes moraines; le glacier d' Argentière a perdu 60 mètres en une année et s' est considérablement rétréci et aplati; la mer de Glace s' est mieux défendue, elle n' a reculé que de 6 mètres; le glacier des Bossons en revanche a beaucoup perdu: il s' est raccourci de 150 mètres et rétréci de 60 mètres; en épaisseur, il a diminué de 20 mètres.

— A plusieurs reprises déjà, nous avons insisté dans ces rapports sur l' intérêt qu' il y a à étudier les variations d' altitude de la ligne de neige dans les Alpes et leurs relations d' enchaînement avec les variations des glaciers.

Voici quelques documents sur ce sujet recueillis par M. le Professeur Lugeon et relatifs aux névés du Wildstrubel, versant valaisan et versant bernois.

„ Névés de la Plaine morte et du Wildstrubel. La topographie de ces hauts névés en août 1899, comparée avec la topographie de la carte Siegfried levée en 1881-1882 par F. Becker ( Feuille Gemmi ), montre un état de retrait considérable des neiges.

a ) Le petit glacier du Mont Bonvin qui occupait, d' après la carte, toute la partie entre le Sex Mort et le Mont Bonvin est réduit à l' état de névé, en retrait considérable par rapport aux dernières moraines. Le thalweg du vallon n' est plus occupé par la neige.

b ) Le névé de la Plaine morte témoigne aussi d' une grande décrue. Sur le versant S. les pentes neigeuses de l' O des Faverges, n' existent pour ainsi dire plus. Entre le Todthorn et le sommet 2930 m, une masse rocheuse, inconnue jusqu' ici, affleure dans la neige sur le col; la langue de neige, qui de ce col descendait au S. dans la direction du Mont Tubang, accuse un retrait de 300 m. Sur le versant O. le point 2815 m complètement isolé par la neige en 1881-1882, formera bientôt un promontoire: un grand affleurement rocheux le relie presque complètement à la surface dégarnie de neige. La largeur du névé entre les points 2815 m et 2930 m est descendue de 650 m à 300 m. De grands affleurements rocheux, apparaissent en outre au pied S. du Weisshorn.

g ) Le névé du Wildstrubel présente un retrait tout semblable. Si la fonte continue, le névé qui descend du sommet vers le Räzligletscher, Les variations périodiques des glaciers des Alpes.

sera bientôt isolé. De grands affleurements de calcaire apparaissent sur le versant S. du Lämmernjoch, ainsi que sur tout le cirque du névé. A l' E le glacier du Lämmern accuse durant ces 17 années, un recul de 900 m environ sur la bande alimentée par le Wildstrubel; celle qui prend naissance sous le Grossstrubel accuse un retrait encore plus considérable. "

II. Alpes vaudoises. Nous avons là sept glaciers en observation:

Glacier.

Territoire.

Valeur 1897.

de la variation. 1898. 1899.

Sens de la variation actuelle.

m m m Paneyrossaz Bex — 5 — 1 -4 décrue Martinets n 0 0 — 1 décrueGrand Plan-nevé3 — 2 -3 décrue Petit „, ) n __3 0 — 1 décrueScex Rouge Ormont-dessus?

?

crueDard?

?

cruePrapioz n n?

?

— 3 décrueLes oscillations des quatre premiers glaciers, situés sur le territoire de Bex, sont extrêmement faibles; on peut considérer ces glaciers comme stationnaires.

Les observations relatives aux glaciers des Ormonts sont des premières observations qui devront être confirmées, spécialement en ce qui concerne la crue assez extraordinaire des glaciers du Scex Rouge et du Dard.

IL Bassin de l' Aar.

# 1 fwsit /iv Valeur de la variation Sens de la va- txiacisr.

y auee.

1897.

1898.

1899.

riation actuelle.

Stein Gadmen Dl

m — 12 m — 8 décrue Unteraar Aarg — 25 — 14 décrue Rosenlaui Reichenbach

+ 25

+ 10

__2 décrueOb. Grindelwald Lütschine

+ 24

— 3 décrueünt. Grindelwald n 0 0 — 23 décrueEiger WeisseLütschine 0 0 — 27 décrueTschingel n n — 6?

— 22 décrue Gamchi Kienthal — 3 — 5 — 3 décrue Blümlisalp Kander — 52 — 2 décrue Kander?

?

— 8 décrueWildhorn Iffigen __27 — 27 — 6 décrue Gelten Lauenen

— 21

+ 17

crue F.Â. For el, M. Lugeon et E, Muret.

La crue du Rosenlaui observée en 1897 et 1898 n' a pas persisté cette année. Les deux glaciers de Grindelwald jusqu' ici à peu près stationnaires se sont mis franchement à la décrue; le glacier supérieur est maintenant à l' E, en arrière du front de 1893 et un petit lac s' est formé en arrière de la moraine de 1897. Le glacier inférieur, stationnaire depuis 1893, a brusquement reculé de 23 mètres; si cela continue, il n' atteindra bientôt plus la gorge où il pénètre maintenant. Pour le glacier de l' Eiger, c' est aussi la première année de décrue depuis les observations régulières; le recul, de 27 mètres en moyenne, est très fort à l' E surtout, où il atteint jusqu' à 70 mètres. Le glacier de la Kander a reculé et s' est rétréci sous l' avalanche qui le recouvrait depuis 1895; en revanche celui du Gelten qui était aussi sous la neige depuis 1896, semble être en crue, ce qui mérite confirmation.

III. Bassin de la Reuss.

Glacier.

Territoire.

1897.

1899.

Sens de la va- riation actuelle.

m m m Kart ig el Wassen — 5 — 13 — 6 décrue Kehlefirn Gesehenen — 10?

— 5 décrue Wahlenbühl n?

— 19 — 13 décrue Erstfeld Erstfeld?

— 169 décrue Hüfi Silenen?

?

décrueBrunni n?

?

décrueFirnälpeli Engelbergy + 144 décrueGrassen — 11 — 7

crueGriessen — 10 — 10 — 4 décrue Ensuite du décès de M. Krayer-Ramsperger de Bâle, les glaciers de Hüfi et Brunni n' avaient pas été observés depuis 1896; ils le seront dorénavant régulièrement par les soins de M. Jauch, inspecteur forestier cantonal à Altorf. Les derniers repères n' ayant pas pu être retrouvés, il a fallu établir une nouvelle base; toutefois on a pu calculer que depuis 1876, le glacier de Hüfi avait reculé de 345 mètres et que le glacier de Brunni avait d' après l' estimation d' un guide, reculé l' année dernière de 30 à 31 mètres.

IV. Bassin de la Linth.

Les glaciers du canton de Glaris, le Biferten et le glacier des Clarides, n' ont pu être observés cette année.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes.

V. Bassin du Rhin.

Glacier.

Territoire.

Valeur 1897.

de la variation. 1898. 1899.

Sens de la variation actuelle.

m m m Piz d' Err Tinzen?

— 6 — 11 décrue Muccia Misox?

?

?

?

Zapport Hinterrhein?

?

— 4 décrueParadies n?

?

— 8 décrueTambo Medels?

?

— 4 décrueSegn.es Flims — 8 — 40 — 13 décrue Lenta Vais — 8 — 9 — 12 décrue Puntaiglas Truns — 6 — 9 — 16 décrue Lavaz Somvix?

?

?

?

Porchabella Bergün — 10?

— 8 décrue Yöri Klosters?

0?

?

Scaletta Davos?

?

?

Schwarzhorn n?

?

?

Pizol Pfäffers

+ 13

?

Sardona n

?

Le mouvement de crue qui paraissait se manifester sur les glaciers de Scaletta et de Schwarzhorn, n' a pas persisté cette année, et la décrue est générale. Les glaciers de Zapport et de Paradies ont subi une diminution de volume plus considérable que ne le fait prévoir la diminution en longueur.

On a établi des repères sur les glaciers de Muccia et Lavaz qui entreront en observation dès l' année prochaine.

VI. Bassin de l' Inn.

Glacier.

Territoire.

Valeur 1897.

de la variation 1898. 1899.

Sens actuel dt la variation.

m m m Rosegg Samaden

— 56 décrueMorteratsch Pontresina — 37 — 12

cruePicuogl Bevers — 13 — 20 — 2 décrue Lischana Schuls — 5

?

La crue du Rosegg qni datait de 1895 ou même avant, n' a donc pas persisté cette année; celle du Morteratsch est très faible, en sorte que ce glacier doit jusqu' à nouvel avis, être plutôt considéré comme stationnaire.

F.A. Forél, M. Lugeon et E. Muret.

VII.

Bassin de l' Adda.

Valeur de la variation Sews actuel de \Tlüi(jttT.

erntoire.

1897.

1898. 1899.

la variation.

m m m Forno Maloja — 12 — 20 décrue Palü Poschiavo — 24 — 4 —11 décrue VIII.

Bassin du Tessin.

M Ij~t fit fi fV* Valeur de la variation.

Sens actuel de vriacier.

erntoire.

1897.

1898. 1899.

la variation.

m m m Corno Bedretto?

?

Lucendro Airolo?

?

Casiletto Aquila?

?

Bresciana y )?

?

Sassonero Peccia

+ 2 — 3 décrueBasodino Bignasco?

?

Cavagnoli Cavergno?

— 5 — 4 décrue Le mauvais temps a empêché de faire une partie des observations. A la place de l' ancienne base du Basodino recouverte de débris et de glace, on en a établi une nouvelle. La crue du Sassonero enregistrée en 1898, n' a pas persisté; l' observation de 1899 n' est cependant qu' ap, une avalanche recouvrant actuellement le glacier.

.Résumé.

Nombre de glaciers.

Ba"in certaine crue probable Stationnairea En d, probable Icrue certaine 06- servés en Non observés 1899 Total en observation |Vaud 1 0 4 2 0 0 3 3 22 2 30 7 5 0 35 7 Aar 0 1 0 5 6 12 0 12 Reuss 0 1 0 3 5 9 0 9 Linth0 2 2 Rhin 0 0 0 3 5 8 7 15 Inn 0 1 0 1 1 3 1 4 Adda 0 0 0 0 2 2 0 2 Tessin 0 0 0 1 1 2 5 7 1 9 0 19 44 73 20 93 Nous avons ainsi 10 glaciers en crue et 63 glaciers en décrue plus ou moins certaine; la phase de décrue générale persiste donc encore cette année et paraît même s' accentuer. Si nous mettons ces données en regard de celles des années précédentes, nous arrivons au tableau suivant:

Les variations périodiques des glaciers des Alpes.

1897.

1898.

1899 En crue certaine 4 5 1probable 8 7 9 StationnaireB 6 6 0 En décrue probable 10 7 19certaine 36 45 44 Non observés 15 14 20 Enfin nous donnons encore, ci-dessous, le tableau des glaciers à allure critique, c'est-à-dire ayant montré en 1898 ou 1899 soit des indices de crue, soit un changement d' allure.

Bassin. Glacier.

Observation de 1898. 1899.

Rhône: Valais Dola — crueKaltwasser ernedécrueMoiry crue décrueCorbassière crue décrueBoveyre crue crue Valsorey décrue crueTrient décrue crueLes Grands cruecrueRhône: Vaud Scex Rouge — crueDard — crueAar Rosenlaui crue décrueOb. Grindelwald stationnaire décrueGelten décruecrueReuss Firnälpeli cruedécrueGrassen décrue crueRhin Scaletta crueSchwarzhorn crueInn Rosegg crue décrueMorteratsch décrue crueLischana crueTessin Sassonero cruedécrueEn résumé la tendance actuelle à la décrue générale s' accentue et se confirme. La plupart des glaciers que nous avions en crue, l' année dernière encore, sont restés immobiles cette année. Est-ce peut-être dû à l' excès d' ablation dans le splendide été de 1899? C' est ce que nous vérifierons l' année prochaine. Plusieurs se sont mis en décrue. Nous n' avons plus sur notre liste qu' un seul glacier en état d' allongement, le glacier de Boveyre.

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