Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses

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RAPPORTS ANNUEL' S

créés en 1880 par f F:A. FOREL.

Quarantième Rapport — 1919,

rédigé par le Dr Paul-Louis Mercanton,

professeur à l' Université de Lausanne.

C%%.XII. Quelques mots encore sur l' emploi des totalisateurs

de précipitations.

L' expérience acquise aujourd'hui en Suisse de l' emploi, en haute montagne, des totalisateurs Mougin, paraît suffisante pour porter sur ce dispositif un jugement, sinon définitif, du moins assez sûr pour guider leur utilisation ultérieure. La question est en effet d' im à cause de l' augmentation constante du coût de premier établissement et d' exploitation de ces appareils. Voyons d' abord ce qui concerne leur fonctionnement; car c' est lui qui détermine finalement les exigences de la mesure de leur contenu. Constatons d' emblée que les mougins tant du type très robuste de la Station centrale suisse de météorologie ( col de la Jungfrau, Scheidfluh au glacier du Rhône, Orny, Diableret, etc. ) que du modèle plus léger du Service fédéral des Eaux ( glaciers du Rhône, d' Aletsch, d' Al, etc. ) ont très bien résisté jusqu' ici, même celui particulièrement exposé du sommet du Diableret, aux rafales du vent, violent dans ces parages élevés. Leur étanchéité a été en général parfaite aussi; autant que j' ai pu savoir, seul le mougin du Diableret a eu une fuite, à son robinet de vidange ( 1919 ). Il faut reconnaître que cet organe est incontestablement le point faible de ces appareils; le constructeur ne s' est le plus souvent pas soucié de le rendre aisément accessible et démontable; il semble ne s' être pas bien rendu compte des conséquences graves qu' un défaut de fermeture même minime aura fatalement pour les mesures avec un engin abandonné si longtemps à lui-même, non plus d' ailleurs que des difficultés d' une réparation à quelque 3000 mètres. En outre, certains robinets ont la lumière trop étroite; les impuretés du chlorure de calcium ou les débris apportés par le vent l' obstruent trop facilement. En outre, cette étroitesse fait durer abusivement la vidange.

Les touristes ont communément respecté les totalisateurs; au pis ils se sont contentés de les maudire! Cependant on s' est lavé les mains un jour avec le contenu, combien attrayantdu mougin du Diableret, et le Service fédéral des Eaux a trouvé une fois des mottes de gazon dans celui du Mattmark. A cela se bornent les déprédations. Nos collègues de France ont eu moins de bonheur; pendant la guerre ceux de leurs appareils qui n' ont pas été victimes des intempéries ont été dépouillés de leurs garnitures de bronze par des amateurs de métaux précieux.

Enfin il ne semble pas que les parois du récipient souffrent notablement de leur contact prolongé avec la solution saline.

Ce sont là toutes choses sans importance de principe; les difficultés inhérentes au mode même de fonctionnement des mougins sont autrement graves. J' ai insisté, à plusieurs reprises depuis 1914 dans ces Rapports, sur leur double cause; malgré la présence de l' écran tronconique de Nipher, qui certainement améliore le captage des précipitations, celui-ci n' est sûrement pas complet par grand vent. Le 30 septembre 1918, j' ai vu la neige, tombant serré par un frais SW, passer en voltigeant horizontalement sur l' ouverture du mougin d' Orny sans qu' un seul flocon semblât y pénétrer. La pluie, plus lourde, en trouve mieux le chemin. Il est difficile de juger exactement à quel degré d' approximation le totalisateur recueille la précipitation vraie, c'est-à-dire la quantité totale d' eau parvenant réellement de l' atmosphère sur une aire quelconque du terrain égale à celle de son ouverture. Il y faudrait des comparaisons délicates de données nombreuses obtenues par des moyens différents. Cette étude essentielle et qui eût dû être menée à bien par les grands bureaux météorologiques des pays de montagnes a été fâcheusement négligée. Notre observatoire fédéral du Säntis eût pu rendre ce service, mais ne l' a pas fait jusqu' ici.

Les seuls résultats utilisables nous viennent du Col du St-Gothard, où les comparaisons ont révélé un accord rassurant entre les données du totalisateur et celles, quotidiennes, du pluviomètre placé dans son voisinage. Mais ce ne sont pas là encore les conditions topiques de la très haute montagne, et l' extrême divergence observée en 1919 par M. Lütschg au glacier du Rhône entre le totalisateur du Ruhstein ( 123 cm en 365 jours ) et ceux des mêmes parages ( plus du double ) souligne la nécessité inéluctable de mieux connaître le fonctionnement du mougin avant de le multiplier à grands frais. Je l' ai dit dès le début et je ne me lasserai pas de le répéter.

J' ai insisté naguère aussi sur deux autres défauts du dispositif. Premièrement son ouverture peut s' obstruer en partie ou en totalité. Ceci s' est produit au mougin du Diableret en 1916; M. Lütschg en a observé aussi plusieurs cas. Le totalisateur du modèle de la Station météorologique " centrale suisse n' ayant pas d' épaulement au voisinage de son ouverture, y est moins sujet que l' autre; l' élargissement de l' orifice, qui a été essayé par le Service des Eaux, diminue le risque, mais force à augmenter les dimensions du récipient, ce qui a des inconvénients ( poids, coût, charge initiale ). Aucun appareil n' est d' ailleurs à l' abri d' un dépôt intempestif de givre servant d' amorce à l' obstruction ultérieure par la neige.

Il convient toutefois de ne pas s' exagérer ces risques, car les mougins mis temporairement hors de service par engorgement ont été jusqu' ici l' exception.

Le second défaut est plus grave: le liquide du totalisateur gèle superficiellement. On l' a noté, au cœur de l' hiver, chez presque tous les appareils. Cet opercule solide empêche la neige de s' incorporer au reste du contenu ou tout au moins retarde considérablement la chose, de sorte que l' évaporation a beau jeu pour dérober au mougin une partie de sa recette. En outre, il devient impossible de connaître exactement la teneur du réservoir. Il résulte de tout ceci que l' exactitude avec laquelle le mougin contrôle les précipitations ne peut pas être grande. Dès lors la précision requise par les mesures ne saurait l' être davantage et les méthodes imaginées pour les faire par les gens de laboratoire dépassent, nous le voyons mieux aujourd'hui, les exigences. Sans doute ni la pesée exacte du contenu, ni les jaugeages intercalaires par titration chimique ne perdront leur prééminence dès qu' il s' agira de mesures rigoureuses et je préconiserais exclusivement cette méthode pour l' étude comparative réclamée tout à l' heure, comme chaque fois qu' une haute précision serait nécessaire. Mais elle a le désavantage pratique d' être délicate et d' exiger temps et peine.

Ce désavantage se retrouve, mais sans sa contrepartie avantageuse, dans le contrôle par la mesure directe du volume du liquide, transvasé du mougin dans un récipient jaugé. Cette méthode, critiquable d' emblée, est vouée à disparaître, évincée par celle que j' appellerai: „ cathétométrique " ou du nivellement. Essayée par moi-même en 1915, mais abandonnée aussitôt, à tort, comme insuffisamment précise, elle vient d' être réhabilitée pour la pratique courante par les applications patientes et heureuses que M. Lütschg a su en faire en plusieurs endroits.

La méthode consiste simplement à mesurer la distance verticale de la surface du liquide au bord bien défini de l' ouverture du totalisateur. On a soin de faire la mesure en quatre points, en croix, de ce bord pour éliminer son défaut éventuel d' horizontalité. Si le réservoir a été jaugé au préalable pour les divers niveaux admissibles ( portion cylindrique du récipient ), on obtient immédiatement le contenu cherché. Les jaugeages se feront, une fois pour toutes, en général simplement avec de l' eau.

Si l'on se contente d' une précision médiocre, on prendra comme valeur de la mesure le volume brut, tel qu' il découle du nivellement. Pour une exactitude supérieure on devra tenir compte de la variation de densité de la solution de chlorure de calcium avec sa dilution par l' eau de précipitation. D' après M. Mellet ' ), 6 kg de sel ( fondu dans 6 litres d' eau pure n' occupent que 8.231; dans 12 1 d' eau 13.95 1 et dans 100 1, enfin, 101.5. La densité décroît ainsi de 1.« à l.o«. Une même tranche de la solution correspondra de la sorte à une tranche d' eau pure, donc de précipitation, d' autant plus grande que le mougin sera moins rempli. Il convient donc de déterminer une fois pour toutes aussi, pour une charge initiale donnée, la valeur volumétrique ( en précipitation ) des divers niveaux. On pourrait d' ailleurs directement dans les conditions réelles en sacrifiant à cela une charge de CaClï.

L' influence éventuelle des variations de température du liquide devait être examinée. Est-elle négligeable? J' ai cru bon de le rechercher et pour cela j' ai déterminé soigneusement le coetficient de dilatation apparent, dans le fer ( métal du réservoir ) d' une solution à 12.5°/o en poids de CaCla dans l' eau pure. C' est la concentration ordinaire dans les mougins. J' ai trouvé 170 millionièmes par degré entre 0° et 20°.

Donc un totalisateur qui renfermerait à 0° 50 1 de solution à 12.set dnt la température s' accroîtrait de 10° verrait son contenu s' augmenter de 85 cm8 et son niveau monter de O.os cm soit d' un demi-millimètre.

C' est moins que l' incertitude inhérente au contact même de la règle de nivellement avec le liquide lors de la mesure: la correction peut donc être négligée habituellement.

L' erreur de contact est bien ce qui rend la méthode impropre à des déterminations vraiment précises; on ne peut guère l' abaisser au-dessous du millimètre. Pour une tranche de liquide correspondant à 25 cm de précipitations ( 4 cm dans-le récipient ) l' erreur limite atteindrait déjà 5 °/o et le double pour une tranche deux fois plus mince ( précipitation d' un mois plutôt sec ).

La méthode cathétométrique peut avoir en revanche un avantage appréciable; si le contenu du mougin n' est pas complètement liquide, s' il est congelé, mais en partie seulement, la glace flottant librement à sa surface, la méthode reste applicable. Le niveau du liquide est en effet pratiquement le même que si la glace n' existait pas. Il faudra cependant se méfier des effets de la capillarité. En revanche, si la glace est fixée peu ou prou aux parois du réservoir au lieu de flotter, elle n' est plus en équilibre hydrostatique et le nivellement donnera des résultats systématiquement erronés.

D' ailleurs mieux vaudra toujours avant toute mesure et en tout temps brasser le liquide pour le rendre homogène.

Il est oiseux d' insister sur la rapidité du procédé; c' est un mérite qu' il partage avec le soutirage d' échantillons, mais en supprimant en outre le risque de pertes. Il dispenserait à la rigueur même de la pesée automnale du contenu, mais-celle ci servant de contrôle à celui-là ne sera jamais superflue et il convient pour^ tant d' avoir une valeur annuelle aussi exacte que possible.

Les considérations que je viens de développer sont peut-être, somme toute,, assez affligeantes. La foi, une foi légèrement aveugle, de quelques-uns dans le totalisateur Mougin, en sera peut-être un peu ébranlée. Souvenons-nous pourtant que cet instrument est aussi bien conçu que possible, qu' il nous a fourni déjà dea renseignements d' un haut prix dans un domaine où nous n' en avions aucun et qu' il nous en promet encore. Peut-être n' aurons jamais rien qui le vaille pour l' étude d' un élément aussi mal défini que la précipitation neigeuse. Servons-nous* en donc encore, avec discernement.P.L. M.

CXXXIII. L' enneigement des Alpes suisses en 1919.

Si, en dépit de mes appels sans cesse renouvelés dans ces rapports, le nombre de mes collaborateurs à la surveillance de l' enneigement alpin semble destiné à demeurer quasi stationnaire, du moins ai-je eu la consolation de recevoir quelques contributions documentaires de premier ordre par leur richesse et leur homogénéité. J' en suis redevable à MM. Jacob Hess, de l' Institut météorologique central à Zurich, Jean Lugeon, étudiant à Lausanne, et Marcel Kurz, ingénieur-topographe en Grèce. Des renseignements précieux me sont parvenus en outre de différents côtés. Enfin, certaines institutions scientifiques ou techniques, la Commission glaciologique de la Société zurichoise de physique, le Service fédéral des Eaux, le Chemin de fer de la Jungfrau, entre autres, ont mis courtoisement à ma disposition les renseignements qu' elles possédaient. Je remercie tous ces collaborateurs.

L' année nivométrique 1919, qui a débuté le premier octobre 1918, a eu dans nos montagnes les caractères suivants: Octobre a été trop couvert, trop sec ( sauf en Tessin ) et trop froid. Novembre a eu une température et une insolation normales, mais un déficit de précipitations de 50 % environ en Suisse orientale et centrale. Décembre, très chaud, a eu une insolation normale, mais au nord des Alpes les chutes d' eau ont été trois fois plus copieuses que d' habitude; pareil excès ne s' était jamais présenté depuis 1864; en revanche, le versant sud de la chaîne a été sec. L' inverse s' est produit en janvier pour ce versant. Sur l' autre, ni température ni précipitation n' ont rien montré d' anormal. En février la Suisse occidentale a reçu trois fois trop d' eau; le mois a été plutôt sombre. Mars l' a été pareillement et les précipitations y ont été fréquentes; les 30 et 31 ainsi que dans la nuit du 31 mars au 1er avril il est tombé dans toute la Suisse et jusqu' aux plus basses altitudes des quantités de neige énormes. Seule la région de Lugano a été épargnée par ce retour offensif d' un hiver qu' on pensait fini. La couche de neige fraîche atteignit un demi-mètre dans la plaine et beaucoup plus dans la montagne, où la circulation fut interrompue un peu partout; ainsi dans les vallées de Saas et de St-Nicolas, au Simplon, entre Andermatt et Göschenen, sur la ligne de la Bernina, ceci tant en raison de l' encombrement des routes que de l' extrême danger d' avalanches. Celles-ci causèrent de graves dégâts. L' une d' elles s' abattit des hauteurs du Siedelhorn sur l' hospice de la Grimsel et fracassant la toiture du restaurant en envahit la salle. La vieille construction résista, mais ses annexes furent écrasées; on mesura 14 m de neige alentour.

Avril resta sombre et très froid ( déficit moyen de température: 31/e o ); il tomba beaucoup de neige. Mai et les trois premières semaines de juin jouirent en revanche d' une insolation énorme. Mai présenta un déficit de précipitations; en revanche la fin du mois suivant se signala par un retour de froid, la rebuse classique de juin, extrêmement marqué. Mais ce mauvais temps persista pendant tout juillet; il tomba beaucoup d' eau, fit peu de soleil et la moyenne thermique mensuelle s' abaissa de plus de trois degrés.

Les deux derniers mois eurent un caractère tout opposé, le déficit de précipitations dépassa 50o, la température resta très haute et l' insolation de septembre, notamment, compta une cinquantaine d' heures de plus qu' à l' ordinaire.

Dr Paul-Louis Mercanton.

Ces conjonctures météorologiques ont amené un léger retard de l' époque du maximum d' enneigement, mis surtout un ralentissement considérable du désenneigement des hautes régions, lequel ne s' est guère prononcé qu' en août.

Etat des neiges.

Suisse orientale. Au début de septembre la limite du névé, très irrégulière, courait entre 2550 et 2600 m sur le glacier du Silvretta. Il persistait des restes d' avalanche dans le Val Verstankla à 1700 m et aussi à l' entrée du Vereinatobel, à 1400 m. ( Hess. ) M. Hess donne le tableau suivant de la limite orographique t ) de l' enneigement „ actuel ", c'est-à-dire au moment de sa visite des lieux, et de la limite, „ actuelle " aussi, du névé.

Tableau I. Alpes des Grisons ( régions centrale et méridionale ).

Août 1919 Quantièmes Localité Exposition Limite orographique „ actuelle " de Venneigement Limite „ actuelle1 du névé 18 Piz Scaletta ( Julier ).

E 2650 m 2850 m L>0 Glacier du Morteratsch.

N 2300 2750 22 Glacier de Pers.

NW — 2800 22 Diavolezza

NE 2500 — 24 Piz dal Mura ( Kesch ).

8 2700 2900 25 Glacier de Porchabella.

N 2500 2700 25 Col du Sertig

S 2700 — 25 Col du Sertig

N 2250 2600 26 Col et glacier de Ducan NE 2200 2700 27 Älplihorn ( Monstein ).

SW 2550 — 28 Fittela-Schwarzhorn.

E 2400 2800 28 Jöri-Col de la Flüela.

W 2550 — 28 Glacier de Jori E 2500 2700 29 Piz Fless ( Vereina )..

W 2450 2750 En groupant ces données par expositions il obtient:

N WS EMoy.

Limite actuelle orographique de l' enneigement 2380 2520270025602540 Limite actuelle du névé2710 275029002785700 Ces moyennes, basées sur des données trop peu nombreuses, n' ont qu' une faible valeur, mais elles sont pourtant instructives et il faudrait pouvoir en constituer plus souvent de semblables. L' écart des deux limites serait donc de quelque 250 m. M. Frauenfelder a visité, comme chaque année, la région de l' Albula et de la Plessur en août et septembre. Il n' y a pas constaté de forts restes d' avalanches ni de vieille neige dans les régions inférieures à 2700 m, mais au-dessus l' en lui a paru considérable, par exemple aux glaciers de Porchabella et d' Err ainsi que sur plusieurs cols élevés.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

Suisse centrale. Les 8 et 9 juin la limite orographique de l' enneigement était à 1700 m au flanc nord du Tödi ( Tentiwang ) et 1600 m au flanc sud ( Chalet Puntaiglas ). Les restes d' avalanches à la Sandalp Antérieure étaient moins grands qu' en 1917, mais à la Tentiwang l' enneigement dépassait celui de Pentecôte 1917. Le glacier du Biferten montrait moins de crevasses. D' après le guide Stüssi le sommet du Tödi-Rusein se serait exhaussé de 4 m depuis 1918. L' insolation extraordinaire de mai-juin avait déjà provoqué la floraison de Saxifraga Seguieri, à 2400 m, près de la cabane Puntaiglas. ( Hess. ) Le 15 septembre la limite orographique des neiges était à 2050 m à l' Alten ( Clarides ) en un lieu exposé au NE. La limite du névé au glacier des Clarides était à 2450 m ( exposition E ), mais la glace apparaissait en certains points jusqu' à 2700 m. Au Sandfirn la limite était à 2600 m. ( Hess. ) Suisse occidentale. Au commencement d' août l' enneigement des Alpes centrales était énorme et plus considérable qu' à la fin de juin 1917. Au début d' octobre il excédait celui d' août 1918 en dépit de la chaleur de l' été 1919. ( Kurz. ) M. Jean Lugeon a parcouru la chaîne des Alpes valaisannes, du Combin au Gorner, dans la première décade d' août; voici le résumé de ses constatations:

Localité Limite actuelle Observations spéciales du névé en mètres Glacier du Gorner

2750 n „ Findelen....

2800 n „ Théodule...

71 „ Matterhorn.

2600 n „ Zmutt

2600 n „ Stock

n de Ferpècle....

TI du Mont-Miné.

2600 n d' Arolla

2600 du Duran de Seillon.

2740 n „ Lendarrey.

2800 71 „ Darbonneire ?!

des Ecoulayes.

n d' Otemma

2630 n du Tsesettaz 2650 71 „ Montduran.

2660 Col du Sonadon

Plateau du couloir du Combin Glacier de Meiten

3200 ri du Vélan

2700 n „ Sonadon

2700 n „ Valsorey

2600 d' Ornv

2700 Entièrement couvert Beaucoup plus enneigé qu' en 1918, très peu Enneigement considérablecrevassé Plus enneigé qu' en 1918 Peu de crevasses visibles Tous deux complètement couvertsdécouverte La grande cataracte ( 3200 m ) est en outre Crevasses bien fermées et enneigement accru Enneigement accru Exposition au sud Le glacier est complètement enneigé M. Lugeon conclut à un enneigement très grand au-dessus de 2600 m environ et tranchant nettement, à l' altitude indiquée, avec la dénudation des régions inférieures. „ On dirait qu' on a affaire à un épais tapis qui serait comme biseauté à l' aval. "

Dr Paul-Louis Mercantati.

Les observations de M. Marcel Kurz dans les mêmes régions concernent l' année nivométrique 1920 déjà et seront mises en valeur dans le prochain Rapport.

Le 18 septembre 1919 il restait deux culots d' avalanche, l' un très sale et l' autre plus propre, vers 1750 m, dans la Combe d' Orny, en aval de la gorge où passe l' Eau d' Orny. Avant la jonction des sentiers de la Combe et de la Breya et dès la terrasse gazonnée du Plan de l' Eau ( 2530 in ) on comptait 7 névés, tous très propres. Le plus élevé, sous la jonction même, pontait le ruisseau et était très étendu. Il subsistait de nombreuses flaques de vieille neige au flanc nord des Chevrettes; elles descendaient jusqu' au plafond du vallon et trois d' entre elles se distinguaient par leur grande taille. Autour de la cabane d' Orny on retrouvait les névés habituels; le fond de la „ tine " était enneigé, de même que celui du vallon aboutissant au lac. Un peu de vieille neige persistait à l' angle NE du glacier. Le bas de celui-ci était à nu; la couverture devenait continue vers 2900 m. Les crevasses du col d' Orny apparaissaient peu et seule une fissure, d' ailleurs étroite, béait au-dessous de la cabane Dupuis. Près du nivomètre même on ne voyait plus trace du crevassement redoutable de 1917. Les rimaies des alentours étaient très surplombantes et très ouvertes quoique souvent bien pontées; une tendance à leur dédoublement se dessinait aux flancs du Portalet, des Aiguilles Dorées et de la Petite-Fourche. ( Mercanton. ) La „ soufflure " près de la cabane Dupuis ( fig. 1 ) avait le 20 septembre une falaise verticale, haute de 12.o m au droit de la tour rocheuse, et de 13.7 m à 5 m plus au nord. La distance de la paroi de glace au repère de la tour était de 18.4 m. Elle s' en était donc écartée de 3.o m depuis le 28 septembre 1918, tandis que son élévation au-dessus du lagot occupant le fond de la soufflure augmentait de 2 m. Cet élargissement et cet approfondissement de l' espace ménagé entre le roc et le glacier ne me paraissent pouvoir être imputés qu' à une action plus énergique et plus soutenue du vent, générateur essentiel de cet accident glaciaire. Comme la photographie ( fig. 1 ) le montre ( comparez avec les précédentes ), l' ex de la falaise ne vient plus aboutir au droit de la façade septentrionale -de la cabane, mais plus au nord. En outre, la terrasse même du refuge s' est déchaussée considérablement; des objets y sont revenus au jour, qui étaient enfouis depuis longtemps et le cercle rouge peint par nous le 5 novembre 1911 à quelques mètres au-dessous de la cabane est réapparu en 1919, contre toute attente et presque inaltéré. ( Mer- Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

Une fissure coupait normalement la falaise au droit de la tour. La tache d' ocre faite en septembre1918 au bord de la falaise en ces mêmes parages n' a pu être retrouvée: elle a dû être emportée dans la corrosion gêné raie de la paroi glacée. Une nouvelle tache a été faite le 20 septembre 1919 au même endroit du bord.

En ce qui concerne la chaîne des Alpes bernoises, nos renseignements sont fâcheusement rares. M. Girardet, directeur du chemin de fer de Louèche-les-Bains, a bien voulu visiter le Lämmerboden en automne encore; il y a rencontré de nombreux névés qui eussent disparu en temps ordinaire. En outre les masses de l' avalanche qui descend vers Louèche-les-Bains dans le couloir de „ Polies " n' ont pas pu fondre non plus ( 1470 m ).

L' enneigement a été très grand aux Diablerets; le guide Reber m' écrivait après son ascension du 12 juin: „ Incroyable la neige qui se trouve encore en montagne cette année !" Le 27 septembre il subsistait encore: un culot d' avalanche entre les deux cascades du Dard; un névé au-dessous du Canapé à la hauteur des Aiguilles rocheuses, dans la grande pente; maints névés autour de la cabane et dans le vallon d' Entre. De tout l' été on n' avait pas pu retrouver la source qui alimente la cabane; elle est restée enfouie sous la neige. MM. Reber et Gaschen ont fini par la mettre au jour le 25 septembre à un mètre de profondeur encore. Au-dessus de la cabane les névés étaient très continus. Le bord du glacier de Tsanfleuron vers la Quille du Diable était à peine dénudé. On ne voyait plus de brèche au Rasoir ni de crevasse en travers de l' arête neigeuse du Diableret. Quant au glacier même, il était très enneigé partout et d' un parcours tout à fait sûr. ( Mercanton. ) On voyait encore une flaque de vieille neige au flanc E de la Pare de Marnex, en face de la Cape de Moine; elle disparaît ordinairement dans le cours de l' été.

Enfin, il convient de consigner ici une observation concernant une région d' alti plus basse, mais pour laquelle les précédents rapports contiennent quelques données: le 15 mars je mesurais une épaisseur de neige tassée de quelque 20 cm au lieu dit „ le Poil de Chien ", rière Vuadens: le 1er mai il y en avait 101 cm! A l' entrée méridionale de la petite forêt séparant la montagne de la Goille aux Cerfs de la tourbière des Alpettes, j' ai mesuré par deux fois 150 cm, le même jour.

Relevés nivométriques.

Ensemble nivométrique d' Orny. Il a reçu le 15 février la visite de MM. Robert Vittoz et Vernaud qui ont trouvé le nivomètre enfoui et le totalisateur congelé. De même MM. Thilo et Boscoscuro, le 21 avril. MM. Gaschen, un fidèle collaborateur, Ringger et Gottardi ont fait le 9 juin, un peu tardivement déjà, un contrôle qu' il conviendrait d' exécuter avant la saison chaude, si possible au moment du maximum de l' enneigement. Si les opérations nous donnaient en effet chaque année les enneigements maximum et d' étiage, l' économie du glacier nous serait bien mieux connue et l'on pourrait réduire frais et peine. Malheureusement autant il est aisé de faire, en automne, le contrôle d' étiage, autant il est difficile de saisir le bon moment pour cela au printemps et le danger d' avalanche ne facilite pas la tâche.

La campagne annuelle a eu lieu du 18 au 21 septembre, par un temps changeant et plutôt froid. Müe A. Félix, M. Gaschen et M. A. Porret, pasteur à Vevey, y ont pris part avec moi.

Je remercie tous ces collaborateurs, et aussi M. Joseph Joris, gardien de la cabane Dupuis, qui a bien voulu faire, comme dans le passé, les relevés nivométriques d' été.

Nivomètre. Le tableau II en donne les lectures depuis 1917, dans la forme habituelle.

Nivomètre d' Orny ( 3100 m ). Tableau I. Degrés ( 2 degrés valent 1 mètre.Degrés Dates 1917 1918 1919 Dates 1917 1918 1919 1 I29 ( enfoui ) 9 VIII — 14 21 15 II29 ( enfoui ) 12 — 13 — 28 III >2 9 ( enfoui15 — 20 21 IV2 9 ( enfoui ) 17 16.5 — 19 9 VI2 9 ( enfoui ) 29 1919 23 2322 — 12 — 6 VII 212618 10 — 18 — 3117 1325 1 IX 11 — 15 20 19 24 3 11 — 18 19 18 — 916 20 — 17 23 15 — 15 24 17 16 — 1914.5 2 VIII 17 15 — 27 11322

IX —

15.5 .i— 721 Le dégagement de l' échelle a eu lieu précisément le 9 juin, un peu plus tôt qu' en 1918. Le déficit de chaleur aux jours les plus longs de l' été a beaucoup ralenti le désenneigement et a réduit l' étiage. Le tableau III enregistre donc un résidu annuel positif.

Tableau III. AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMitre«Eté MètresAutomne Mitres 1916 — 1917 >5 1917 >9 1917 —4 1917—1918 >9 1918 >9 1918 0 1918 — 1919 >9 1919 >7 1919 +2 Balise et sondages. La balise émergeait de 241.5 cm le 15 février 1919, avec une inclinaison de 6 O sur la verticale; le 21 avril on n' en voyait plus que 35 cm. Le 9 juin elle émergeait déjà de 110 cm ( inclinaison 12° ) et le 20 septembre enfin elle saillait de 305 cm au-dessus de la vieille neige. Ces chiffres correspondent à des enneigements respectifs de: 153.5, 360, 285 et 90 cm à partir du fer octobre 1918.

Le résidu annuel d' enneigement a donc été de 90 cm. La position de la balise a été repérée au théodolite. Le 20 septembre: son pied était distant de 171.7 m de la croix peinte en rouge sur le bloc enraciné à l' angle SW de la terrasse de la cabane et d' où se font toujours les repérages. La vieille neige, au point où la balise la trouait, était à 8.15 m sous cette croix; ceci représente un abaissement de 0.25 m de la surface glaciaire en 1919. La balise s' est déplacée de 6.5 m en tout vers le Trient.

Le résidu de O.s m n' est en accord ni avec celui du nivomètre ni avec l' augmen de hauteur de la falaise. A vrai dire, cette dernière donnée n' a pas une valeur de conviction très grande, car le lagot a pu s' approfondir mais la divergence subsiste au moins en partie; il faut sans doute y voir un effet du vent, hostile à l' enneigement du col, trop favorable à celui du nivomètre. La dénudation exceptionnelle de la terrasse supportant la cabane et l' élargissement de la soufflure suggèrent cette explication.

La balise saillant suffisamment a été laissée en l' état.

La Commission glaciologique zurichoise ( Z.G.K. ) avait bien voulu nous confier encore une fois son „ perce-neige " de Church, ce dont je la remercie vivement. Cet engin nous a permis de retrouver l' ocre répandue au pied de la balise le ler octobre 1918. Une série de coups de sonde arrêtés par une couche impénétrable en dépit d' efforts énergiques a donné, le 20 septembre 1919, à partir de la surface et en moyenne :neige fraîche 13 cm névé, première couche .49 „ névé, deuxième couche .36 „ Total 98 cm dont 85 cm pour le résidu moyen annuel autour de la balise. La pesée des carottes ( du névé seulement ) a indiqué une densité moyenne de 0.515.

La neige, au pied de la balise, a été de nouveau parsemée d' ocre jaune sur I m de largeur et 2 m de longueur du côté de la cabane.

Totalisateur. Il s' est bien comporté en 1919, mais le contrôle de février l' a trouvé pris par la congélation, ce qui a empêché de soutirer les échantillons désirés.

II faut qu' on en prenne son parti: on n' évitera jamais complètement le gel, au moins superficiel, du contenu, dans des parages aussi froids que nos hauts sommets et il faut renoncer à connaître rigoureusement la précipitation hivernale par le moyen des mougins; mais aura-t-on jamais un moyen sûr de départir entre les chutes d' eau en hiver et en été? Quoiqu' il en doive advenir, le mougin reste pourtant notre meilleur collaborateur et ses manquements mêmes sont instructifs.

Des échantillons ont été prélevés le 9 novembre par M. Gaschen, d' autres le 20 septembre lors de la vidange annuelle. Cette dernière opération s' est faite sans difficultés; elle a duré S12 h., le nouveau remplissage compris. Le contenu a été pesé.

Le même jour le totalisateur, bien nettoyé, a reçu: eau de neige 6050 gr, chlorure de calcium ( purissimum granulatum exsiccatum ) 6155.gr, huile de vaseline pure 390 gr. Un échantillon de CaCU a été mis en réserve dans un flacon bien bouché.

Tous calculs faits, sur la base des analyses volumétriques bénévoles de Mlle A. Morel, pharmacienne à Vevey, les contrôles chimiques et physiques ont donné les hauteurs d' eau suivantes:

PériodeCol d' Orny ( 3150Orsières ( 890 m ) 29 septembre 1918—9 juin 1919 .283 cm48 cm 9 juin 1919—20 septembre 1919. .59 ,19 „ 29 septembre 1918 — 20 septembre 1919342 cm67 cm Je dois les chiffres d' Orsières à l' amabilité de M. Raoul Gautier, directeur de l' observatoire de Genève, qui entretient depuis longtemps une série de stations pluviométriques sur la route du Grand St-Bernard et en publie les relevés dans les „ Archives de Genève ".

Les précipitations au Col d' Orny ont donc dépassé en 1919 de 56 cm celles de l' année précédente; à Orsières l' excès n' a été que de 3 cm. La diminution des précipitations due à l' encaissement de la vallée où Orsières se tapit est vraiment impressionnante; elle porte surtout sur les chutes hivernales.

Front du glacier d' Orny. Nous avons mesuré le 18 septembre, dans les azimuts habituels, les distances de son lobe oriental aux points fixes. Ces distances ont varié comme suit par rapport à celles de 1918: I — 5 m, II — 14 m, III — 6 m, IV — 6 m, moyenne — 8 m. Ce lobe a donc fait une crue de 8 m.

Il en a été pris des vues horizontalisées depuis les stations photogrammétriques de la grande moraine des Chevrettes. La même opération a été faite le lendemain pour le lobe occidental du haut du promontoire rocheux qui sépare les deux lobes. En outre, M. Gaschen a suivi le pourtour du dit lobe, la mire en mains. Ce front a avancé aussi d' une dizaine de mètres. La langue du glacier s' est bombée passablement, surtout sur le promontoire rocheux.

Ensemble nivométrique des Diablerets. Il a été surveillé de près par M. Emile Reber, guide aux Diablerets, qui a fait volontiers les courses de prélèvement nécessaires et a en outre noté les indications du nivomètre à chacune de ses ascensions professionnelles. La campagne annuelle a eu lieu du 25 au 27 septembre, toujours avec le même bonheur en ce qui concerne le temps qui est resté calme et tiède pendant les opérations délicates du sommet. Mües A. Morel, A. Félix et G. Mamin, MM. Gaschen et Reber m' accompagnaient. Merci à tous ces collaborateurs, réguliers ou néophytes.

Nivomètre. Les lectures sont consignées dans le tableau IV.

Nivomètre du Diableret ( 3030 m ).

( 2 degrés valent 1 mètre. ) Tableau V. Degrés Dates 19171918 1919 12 VI90 ( enfoui ) 1690 ( enfoui3090 ( enfoui14 VII89 ( suite ) Degrés iates 1917 1918 1919 18 VII — 87 — 22 — 85 — 25 87.531 — 82 — 10 VIII — 81. 1590visible ) 1891 1990 20 — 79 — 2186 2487 28 82 77 87 3 IX86 7 — 76 85 1284 18 — 74 — 24 7881 Ici encore le désenneigement a été très retardé et le tableau V montre que le résidu, négatif en 1918, est devenu fortement positif en 1919.

Tableau V. AccumulationDissipationBésidu HiverMitresEtéMitresAutomne Mitres 1916—1917 >2 1917 >6 1917 —4 1917—1918 >6 1918 >8 1918 —2 1918 — 1919 >8 1919 >5 1919 +3.5 Balise et sondages. Malgré des recherches soignées, la balise plantée l' an dernier en aval du nivomètre a partagé le sort de celle de 1917: elle est demeurée introuvable. De multiples coups de sonde sur son emplacement présumé n' ont amené que deux fois des vestiges reconnaissables de la tache d' ocre faite en 1918. Voici les résultats de ces percements: la sonde s' arrête une fois à 258 cm, une seconde fois à 264 cm, en ramenant des traces d' ocre; une troisième fois elle pénètre avec effort jusqu' à 293 cm qu' elle ne peut dépasser. Une carotte prise jusqu' à 268 cm donne pour la densité moyenne de ce névé 0,45, compte tenu des 23 cm de neige fraîche qui recouvraient l' ancienne. Lors de sa pose, la balise de 1918 émergeait de 285 cm; cela ferait penser que le coup de sonde de 293 cm a seul atteint la surface de l' automne dernier, mais alors d' où proviendrait l' ocre récoltée, en très faible quantité, il est vrai, à un niveau supérieur? D' autre part, le mouvement du glacier étant vraisemblablement assez rapide, en ce lieu, la balise peut s' être déversée, perdant ainsi de sa hauteur verticale. Le résidu nivométrique parle cependant en faveur d' un enneigement supérieur à 2.7 m.

Il ne restait qu' à placer une nouvelle perche, ce qui s' est fait le jour même. Longue de 482 cm, avec son extrémité supérieure rapportée, elle est divisée en mètres du haut en bas par des entailles numérotées I, II, III, IV. Elle émergeait, le 26 septembre 1919, de 395 cm, et se dressait à 32 m en aval du nivomètre. Souhaitons-lui un sort plus fructueux pour la science que celui de ses devancières.

Totalisateur. Une fois de plus, nous avons joué de malheur avec cet engin: une fuite s' est déclarée après le prélèvement de juillet et comme cela ne manque pas d' arriver en pareil cas nous en avons été avertis trop tard. Heureusement l' échantillon du chlorure de calcium prélevé lors du remplissage et conservé en flacon hermétiquement bouché m' a permis d' appliquer aux prélèvements de liqueur faits jusqu' au moment de l' accident la méthode de calcul „ progressive"1 ). M. le Dr Marcel Bornand et Mlle Morel ont bien voulu faire les opérations chimiques nécessaires. La vidange annuelle, qui a eu lieu le 26 septembre, a donné une quantité de liquide restante équivalant à 262 cm de précipitations. D' autre part les dosages ont indiqué:

Période 18 septembre 1918—12 juin 1919. 12 juin 1919—12 juillet 19.19.. 12 juillet 1919—26 septembre 1919 ( reste 262 cm ) Diàblerets-sommet Didblerets-village ( 8250 m ) ( lies m ) 268 cm 150-5 cm 19 „ 19., „ fuite 21reste 262 cm ) 191 cm La station pluviométrique des Diablerets-village, desservie avec ponctualité par M. Beauverd, a reçu en 1919 quelque 45 cm d' eau de plus que l' année nivométrique précédente. D' autre part, le totalisateur contenait le 12 juillet déjà 83 cm de plus qu' en automne 1918; les dosages révèlent donc une perte minimum de 25 cm depuis le 12 juillet. Combien le totalisateur eût-il emmagasiné d' eau de plus sans cette malheureuse fuite? Il ne me paraît pas que cela fasse cependant une hauteur très importante et je l' évalue à quelques décimètres seulement, disons 30 cm, ce qui porterait à quelque 3.2 m au maximum la hauteur des précipitations recueillie par le mougin. La réalité n' en doit guère différer.

La saison étant trop avancée pour permettre le démontage de l' engin dont le robinet ne pourra être réparé qu' en plaine, la fuite a été aveuglée et le remplissage a eu lieu comme d' ordinaire. Le mougin a reçu, ce même 26 septembre 1919: neige 7400 gr, CaCU puriss. gran, exsicc. 5970 gr; huile de vaseline 490 gr. Un échantillon du sel a été mis en réserve.

Ensemble nivométrique du massif de la Jungfrau.

Nivomètre de l' Eiger. Cette échelle a été surveillée avec la persévérance et le soin habituels par le personnel de la station Eismeer du chemin de fer de la Jungfrau, sous la direction de M. Liechti, que j' en remercie, de même que ses collaborateurs. Le tableau VI contient les lectures des trois dernières années.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

Tableau VI.

Nivomèlre de VJEiger ( 3100 ( 2 degrés valent 1 mètre. ) Degrés Degrés Dates 2 I 10 20 2 II 10 20 1 III 20 1 IV 15 5 V 17 1 VI 15 1917 55 60 50 43 44 38 41 46 48 54 51 38 32 24 1918 36 42 46 48 50 52 50 45 44 42 42 42 42 40 1919 37 37 38 38 40 40 40 40 40 48 60 Dates 1917 1918 1919

i vn

19 38 56 15 17 34 52 1 VIII 16 33 42 15 12 32 33 1 IX 4 30 24 15 4 26 17 1 X 5 30 16 15 15 32 20 31 23 32 24 15 XI 32 31 26 28 35 32 26 7 XII 36 34 25 17 — 34 26 24 38 36 27 58 Minimum absolu de 1918: 26 ( IX ). Maximum absolu de 1918: 60 ( 5 V ). Minimum absolu de 1919: 14 ( 25—30 IX ).

Le grand mérite de ces relevés c' est qu' ils nous renseignent point à point sur l' enneigement, ce que les autres échelles, trop délaissées en hiver, ne sauraient faire. On peut ainsi surprendre l' apparition du maximum, qui nous échappe à Orny et aux Diablerets. Il s' est produit vers le 5 mai à l' Eismeer. Mais le désenneigement n' est devenu rapide qu' en août. Quant au réenneigement, il a débuté avec l' année nivométrique 1920, justifiant que nous fixions au 1er octobre le début de celle-ci.

Tableau VII. Accumulation HiverMètres 1916 — 1917 19 1917—1918 24 1918—1919 17 Dissipation EtéMètres 191728 191813 191923 Bésidu Automne Mètres 19179 1918f 11 19196 Le tableau VII dénonce un tassement du névé le long de la paroi de l' Eiger; on ne saurait attribuer un aussi grand résidu négatif à l' ablation. Ce tassement nous ouvre une perspective de crue du glacier Inférieur du Grindelwald.

Balise du Jungfraufirn. La balise érigée le 4 septembre 1918 par M. de Quervain sur le névé de la Jungfrau en-dessous de la station du chemin de fer n' a pu être retrouvée. Elle a été remplacée le 4 septembre 1919 par sa pareille.

Nivomètres de l' Aletsch. Par suite d' un malentendu ils n' ont été surveillés par personne en 1919, mais ils le seront de nouveau en 1920 par le Service fédéral des Eaux.

Ensembles nivométriques de la Commission glaciologique de Zurich ( Z.G.K. ). Ils ont été visités à plusieurs reprises par MM. Billwiller et Hess, de la Station météorologique centrale suisse. M. Billwiller a rendu compte de leurs résultats dans. l' annuaire „ Ski " pour 1919, auquel j' emprunte les quelques données ci-après, en renvoyant pour les détails à la dite publication:

Ensemble des Clarides. Les deux balises du névé ont disparu par enfouissement en décembre 1918 et n' ont pas reparu. Seule la balise fixe de la cabane a pu servir. Elle a marqué un maximum d' enneigement temporaire le 19 mai avec 380 cm; son pied était nu le 17 septembre. Cette perche est d' ailleurs très ventée. La disparition des balises mobiles n' a heureusement pas empêché l' emploi de la sonde de Church, qui a fourni des indications intéressantes. A 2900 m, en effet, après avoir percé une couche dure à deux mètres sous la surface, elle a pu être enfoncée de toute sa longueur ( 5 Y« m ) sans qu' on rencontrât aucun obstacle. Cette profondeur constitue donc une valeur minimum de l' enneigement en 1919; la densité du névé s' avérant égale à 0,615 en moyenne, c' est donc 338 cm d' eau gagnée par le névé. Pendant le même laps de temps le totalisateur du Geißbützistock a emmagasiné 380 cm d' eau ( Auen-Linthal 178 cm ). Une nouvelle balise saillant de 5.9 m a été installée au même endroit et de l' ocre répandu alentour.

A 2708 m la sonde rencontra la même couche résistante enfouie sous deux mètres de névé, puis à 395 cm une nouvelle croûte arrêta l' engin. Ce devait être la surface de l' automne 1918; la densité moyenne étant 0,615, cela correspond à 242 cm d' eau. Une balise de 5.5 m a été érigée en cet endroit.

Silvretta. La balise supérieure ( 3000 m environ ) a dénoncé un maximum d' en supérieur à 4 mètres, en mai; la surface de l' étiage de 1918 a été retrouvée à 265 cm de profondeur, ce qui pour une densité de 0,60 fait 156 cm d' eau, soit les 89 °/o de la hauteur indiquée par le totalisateur de la cabane ( 175 cm du 15 août 1918 au 5 septembre 1919 ) ( Klosters 135 cm ). La dite balise s' est déplacée horizontalement de 3 m par an environ. Elle a été prolongée de 500 cm.

A la balise inférieure ( 2750 m environ ) la couche d' étiage a été retrouvée à 120 cm de profondeur. Le névé a donc gagné ici 69 cm d' eau ( densité mesurée 0,57 ).

La balise métallique installée en 1915 au même endroit ayant pu être retrouvée a livré un résultat assez surprenant: l' alimentation résiduelle totale du névé a été de 280 cm pour les quatre années. Or, l' addition des résidus annuels donne 413 cm. Il y a donc eu tassement des couches enfouies, mais a-t-il bien pu être du tiers de l' épaisseurCeci demande confirmation.

Parsenn et Weissfluh. La balise fixe du Parsenn, près de la cabane ( 2280 m ), a marqué un maximum de 215 cm le 1er mai; celle de la Weissfluh ( 2740un maximum de 315 cm le 12 du même mois.

L' enneigement au Säntis et au St-Gothard. La neige a persisté au Col du St-Gothard ( 2100 m ) à partir du 18 octobre 1918; elle a eu son maximum d' épaisseur le 11 avril, par 320 cm; elle a disparu à la mi-juin.

Au Säntis ( 2500 m ) l' enneigement a débuté le 4 octobre 1918. Le maximum absolu s' est produit le 4 mai 1919, par 785 cm, le désenneigement total a eu lieu peu après le 15 août.

Les précipitations au glacier du Rhône. Les mougins installés autour du glacier du Khône et surveillés par le Service fédéral des Eaux, sous les auspices de la Commission des Glaciers S.H.S.N., ont donné les résultats instructifs que voici:

T ,.,,;.,,Hauteur d' eau réduite LocalitéAltitudesub> 3 Gletsch...

1770 m 215 cm Nägelisgrätli.

2390 208 Hühnerboden.

2700 309 Ruhstein 2780 123 Scheidfluh..

2800 266 Triftlimmi.

3130 218 Les chiffres du Ruhstein et du Hühnerboden ont été confirmés par des sondages dans les totalisateurs; leur anomalie apparente n' est donc pas imputable à des erreurs, mais à des circonstances inconnues, vraisemblablement au régime local des vents. Il faut attendre de nouvelles observations.

Conclusions. L' enneigement alpin a été plutôt progressif en 1919. Il a débuté tard, mais il a été copieux et il n' a pas été combattu ultérieurement par un désenneigement énergique, l' insolation ayant fait défaut au milieu de l' été.

P.L. M.

CXXXIY. Chronique des glaciers suisses en 1919.

La démobilisation, en rendant les forestiers suisses à leur tâche professionnelle, l' amélioration de la santé publique compromise en automne 1918 par la grippe, le retour graduel aux conditions de vie habituelles, enfin l' intérêt croissant que suscitent chez les alpinistes les manifestations toujours plus impressionnantes de la présente crue des glaciers suisses ont amené un enrichissement bienvenu de notre documentation sur l' état de ces appareils en 1919. Alors qu' en 1918 le nombre des glaciers contrôlés n' a pas dépassé 56, il a été de 82 en 1919. C' est une extension réjouissante du réseau de surveillance, mais il convient de remarquer qu' il ne concerne encore que trop peu des quelque 470 glaciers suisses, surtout si l'on considère que maint grand glacier n' est pas encore pourvu des repères indispensables à un contrôle rigoureux. Je ne puis donc que répéter ce que j' écrivais dans mon rapport pour 1916, à savoir que chaque clubiste curieux de la question devrait choisir son glacier et s' astreindre à le mensurer sinon chaque année, au moins tous les deux ans. Il y prendrait sans nul doute le même plaisir renouvelé que notre fidèle collaborateur M. Jules Guex à Vevey, auquel nous devons comme par le passé les mesures du glacier du Trient, ou M. Lütschg qui surveille les glaciers d' Allalin et de Schwarzenberg pour le Service fédéral des Eaux à Berne et dont j' utiliserai plus bas les précieuses données. Au hasard de leurs excursions, quelques alpinistes ont recueilli des renseignements bienvenus sur divers appareils. Ce sont MM. R. Wyss et H. Scabell, du Club alpin académique de Berne, et MM. Marcel Ferrari et Jean Lugeon, étudiants à l' école d' ingénieurs de Lausanne. Enfin MM. de Quervain et Lütschg, membres de la Commission des glaciers de la Société helvétique des Sciences naturelles, qui étudient les glaciers du Rhône et Supérieur du Grindelwald pour cette commission, m' ont transmis l' essentiel de leurs constatations. La grande majorité des documents ont été recueillis toutefois par les agents forestiers des Cantons pour l' Inspectorat fédéral des Forêts, dont le chef, M. M. Decoppet, me les a confiés. Je remercie tous ces collaborateurs. Voici, dans la forme habituelle, les résultats de ces diverses mensurations:

..,„.,._- Paul-Louis Mercanton.

I.

Bassin du Rhône.

Tableau VIII.

Variations, en mètres, en Variations, en mètres, en Glaciers 1917 1918 1919 Glaciers 1917 1918 1919 Rhône 4 15 33 Bies

+

Fiesch 3 0 7.5 Mont-Fort — 4 0 0 Aletsch — 59 — 9 Grand Désert — 15 — 17 — 6 Lotschen — 1.8 61 67 Giétroe

+

0 0 Nest

+

Yalsorey 0 - 3.6 — 4.5 Kaltwasser - 0.5 8.5 Neuvaz 17 Fee0.5 10 Saleinaz 28 38 19 Allalin 2 16 26 Orny - 2.6 7 8 Schwareenberg

+

+

50 Trient 26 27 31 Findelen 17 Paneyrossaz 0 — 8 — 32 Gorner - 7.87 — 15.5 Martinets 4 10.5 200Fall

+

Gr. Plan-Névé

+

8 7 Hohwangl

+

Petit Plan-Névé 2 6 Turlmann — 21.54 15.5 Dard ( 2 ) 2 Duran ( Tsina14221 — 25.5 Scex Rouge — 6.5 2 Ferpècle — 126 — 12 Prapioz — 12 7 14 Ar olla — 6 - 5 — 12 Tsanfleuron — 5 0 -2 Tsigiorenove 18 20 20 Gratschlucht 32 Duran ( Setllon )

+

La crue du glacier du Rhône s' est accusée principalement à son front par un maximum de 30 m sur la rive gauche du torrent et un de 35 m sur la rive droite, de septembre 1918 à fin août 1919. La glace a recouvert 6250 m2 de terrain, soit 1250 de plus qu' en 1918. ( Ltitschg. ) Le glacier de Lötschen a continué son avance gigantesque de 1918 et l' a même amplifiée. Dans les mêmes parages le Nestgletscher a refoulé la pierraille devant lui et envoie de gros blocs de glace rouler vers le sentier de la cabane du Bietschhorn; il a avancé de quelque 35 m depuis 1913, obligeant à suspendre l' exploitation de la carrière de pierre ollaire ouverte devant son front. ( Scabell. ) La langue NE du Fallgletscher, qui aboutit à une paroi d' une cinquantaine de mètres de hauteur dominant le sentier de la cabane des Mischabel, dans la région de Saas-Fee, s' est développée en une falaise de plus de 10 m d' épaisseur et ses écroulements couvrent de glace, sur une longueur de deux cents mètres, le sentier qui devra être déplacé. ( Scabell. ) M. Jean Lugeon a reporté sur un plan levé en 1916 par M. Janczewski les contours actuels du glacier de Findelen; l' avance a été de 62 m en moyenne pour les trois années. Le portail glaciaire s' est déplacé d' une soixantaine de mètres vers le sud. Il s' est formé de nombreuses crevasses longitudinales sur la langue. La moraine latérale droite a subi des remaniements très nombreux. Au front, des languettes de glace, saillant jusqu' à 5 m, témoignent du glissement en bloc de la masse sur les aspérités rocheuses du lit qui y ont marqué leur sillon. Le petit glacier de la Biegnettaz sous les Dents de Veisivi ( Val d' Hérens ) pousse depuis quelques années blocs et cailloux dans son torrent. ( Ferrari. ) Le glacier des Martinets ( Vaud ) se serait allongé de 200 m. M. de Kalbermatten, qui annonce ce fait surprenant, l' attribue à une dislocation de l' appareil dont les masses arrivées sur une forte pente y auraient glissé en se crevassant, il conviendra en 1920 de vérifier cette constatation.

Le glacier du Grand Désert s' est notablement amaigri.

Le 1er août M. J. Lugeon a noté que les séracs de la grande cataracte du glacier de Sonadon s' écroulaient sans cesse et pendant toute la journée. Le 11 août le même " touriste constatait des éboulis de glace considérables au front du Mont Durand de Seillon.

Le front du glacier de Hohwäng, qui tombe vers le Schönbühl, a fait une forte poussée vers l' aval et descendait jusqu' à 2500 m en août 1919. ( J. Lugeon. ) Le glacier de Bies, célèbre par les catastrophes dont il affligea le village de Randa, a recommencé à se faire craindre; en janvier 1919 une masse de glace -évaluée à un million de m3 s' est éboulée jusqu' au travers de la Viège, provoquant la formation d' un lac temporaire qui inonda l' hôtel de Randa. Les montagnards dirigèrent assez adroitement les eaux de la rivière pour qu' elle réussît à ronger et à rompre la digue de glace avant d' avoir causé des dégâts plus sérieux. ( Lugeon. ) Le glacier de la Neuvaz ( Mont-Blanc ) a été le champ d' exercice d' un parti de jeunes topographes conduits par M. J. Lugeon qui ont fait un lever de son front. Celui-ci était en état d' avancement. Ce travail doit servir de base à des contrôles ultérieurs.

Le glacier du Trient a fait en 1919 l' avance la plus considérable que M. Guex ait eu le plaisir de noter depuis un quart de siècle, soit 31 m.

Le glacier d' Orny est en crue à ses deux lobes. ( Mercanton et Gaschen. ) Dr Paul-Louis Mercanton.

II.

Bassin de l' Aar.

Tableau IX.

Variations, en mètres, en Variations, en mètres, en Glaciers 1917 1918 1919 Glaciers 1917 1918 1919 Stein 12 — 6 6 Lämmern -11 Bosenïaui

+

Wildhorn -57 — 4 — 5 Schwarzwald

+

Unteraar - 7 — 7 — 8 Eiger 6 13 10 Grindehvàld Sup.

30 » 63 » 20* Blümlisalp 5.6 — 3 15 Inf.70 10 2 55* GamcM 29 — 2 15.6 1 23 février 1918. 2 26 mai 1919. 3 7 septembre 1918 à 7 septembre 1919.

Le glacier de l' Eiger s' é continuellement du haut d' une paroi rocheuse; sa falaise,, épaisse de 5 m en 1918, en avait plus du double en 1919. Le glacier Inférieur du Grindelwald dresse dans toute la hauteur de la gorge de la Lütschine une paroi imposante découpée en grandes lames surplombantes qui s' éboulent à son pied en y formant un talus que le torrent n' arrive pas à ronger à mesure-et qui sert alors de point d' ap au glacier pour envahir de nouveaux domaines. Toutefois le-frottement aux parois de la gorge ralentit l' avance du front; elle n' atteint là qu' une dizaine de-mètres, tandis qu' au dehors, surla terrasse rocheuse horizontale-où se termine aujourd'hui encore- le glacier, l' avance a été de quel- que 25 m. ( Müller. ) Le glacier Supérieur a poursuivi sa crue si instructive. Du début de septembre 1918 à la même époque de 1919' il a cru au maximum de 56 m, écrasant maintenant le revêtement forestier qu' une période de recul avait laissé pousser dans sa laisse, arrachant et bousculant les blocs énormes qui y reposaient, plissant le terrain meuble comme une étoffe,, refoulant le cours complexe de son torrent et le faisant divaguer, menaçant de-destruction enfin le pont en maçonnerie qui franchit celui-ci.

La Commission des glaciers de la S.H.S.N. a visité les lieux le 9 juin. La partie gauche du front envahissait un étang bordier, tandis qu' au côté droit une falaise de glace s' avançait impitoyablement, semant le terrain de ses éboulis. Un écroulement notable de séracs se produisit sous nos yeux mêmes. Le grand talus- Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

d' éboulement par lequel le remplissage de la laisse glaciaire a débuté, en 1912, s' est déformé sous la poussée a tergo qui l' a, concurremment avec l' ablation, réduit à peu de chose; les glaces susjacentes tendent continuellement à l' envahir en glissant sur lui, ce qui leur confère une disposition en falaise typique ( fig. 4 ).

M. de Quervain suit de près le déroulement de cette crue, pour la Commission.

De septembre 1918 à sep- tembre 1919 le glacier a ré- occupé 12,300 m2 de sa laisse. Le 9 juin il avançait d' un tiers de mètre par jour ( et non pas 3 m comme des journaux, sous quelle impulsion ?! l' ont écrit ). M. Aug. Piccard avait eu l' idée d' ancrer, à l' abri de la fonte, un fin fil d' acier dans la glace bordiere et de le tendre au devant du glacier sur le terrain, en regard d' un repère planté dans le sol: les membres de la Commission ont ainsi pu suivre quasi d' heure en heure la progression de l' envahisseur. C' était impressionnant et je pense que beaucoup de nos collègues auront plaisir à répéter ailleurs cette expérience instructive.

Le glacier de Rosenlaui est en forte crue depuis 1918 au moins. Il a fallu en effet détourner le sentier menant à la cabane de Dossen, à l' endroit où il emprunte le couloir entre le „ Balm " et le névé à l' est du point 2367 m et reporter cette piste dans la paroi orientale. Le glacier s' est élargi et refoule ses moraines. Il en a fait surgir en 1918 une très étroite, haute de 2 à 3 mètres, le long de la vieille moraine latérale au pied W du Gstellihorn. L' appareil „ régénéré " du Schwarzwald est en croissance rapide; les chutes de séracs qui l' alimentent n' ont jamais été si copieuses ni si fréquentes depuis trente ans que M. U. Thöni, l' hôtelier de l' alpe de Schwarzwald, l' observe. ( Wyss. ) III.

Bassin de la Heuss.

Tableau X.

Variations, en mètres, en Glaciers 1917 1918 1919 FirnälpU E.

+

lïrnàlpli W.

+

Griessen Kartigel — 12 1 45 Wallenbuhl — 2 8 23 Kehlefirn 31 lu 20Hüfi 23.5 10 6 Brunni 0 Les deux glaciers du Firnälpli sont en crue si forte qu' ils ont anéanti leurs alignements de contrôle; ils se sont également beaucoup épaissis. Le glacier d' Hüfi comble sa gorge; celui de Kartigel a gagné de la largeur. Une langue du glacier des Clarides, celle qui descend dans l' Altenorentobel, s' est allongée en un endroit de; 29 mètres. ( Z.G.K. ) IV. Bassin de la Linth.

Variations, en mètres, en Tableau I. Glaciers1917H ) 18I9Ì9 Clarides16 Suisf13 Biferten17.6 Le glacier de Lenta s' est allongé de 297 m en deux ans; il s' est épaissi d' une quinzaine de mètres et s' est élargi aussi. Le Rossboden a cru sur ses trois lobes. Le Rotondo s' est beaucoup gonflé et en même temps crevassé. ( Spörri. ) Le tableau XIII récapitule les contrôles de 1919. On remarquera que j' y ai abandonné les rubriques „ certaine " et „ douteuse " de Forel, qui n' ont plus de sens en période de crue décidée, pour adopter celles de „ ancienne " et „ récente ". La désignation „ ancienne " indique que le glacier était en crue ( ou en décrue ) au moins l' année précédente déjà, la désignation „ récente " qu' il y est entré durant l' année du Rapport.

V. Bassin du Rhin.

Variations, en mètres, en Tableau I. Glaciers Scaletta Tambo Paradies ,Zapport Punteglas Lavas Porchabella Pis Sol Sardona 1917 1918 1919 6.6 25 — 10 - 3.5 — 12 6 — 14.5 — 13.6 — 6 — 19 — 5.5 6.5 — 21 1 1.5 0.5 — 23 19 Silvrettaj- Lenta148 Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

VI. Bassin de l' Inn.

Lischanna3 16.610 Morteratsch6 — IO.b5 Boseg56 2512.5 Schwarzhorn7—30 Picuogl. 4.5 VII. Bassin de l' Adda.

Palü32.B66.6 Forno14 —182 VIII. Bassin du Tessin.

Muccia7.56.5 Rossboden 153629.5 Basodino51 ( 1916—1919 ) Botondo268 ( 1917—1919 ) Bresciana3.53 ( 1917—1919 ) En résumé, de 100 glaciers suisses, il y en avait en 1919: 69.5 en crue; 3.5 stationnaires et 27 en décrue.

Le régime actuel est mis bien en lumière par le tableau synoptique:

Tableau XIII.

Récapitulation pour 1919.

Nombre de glaciers Bassina En rrne En décrue ancienne récente récente ancienne Rhône

37 23 3 2 1 8 Aar

11 81 2 Beuss

9 72 — Linth

3 3Bhin

11 6 14 Inn

5 2 — 1 — 2 Adda

2 11 Tessin

4 2 1 — 1 — Totaux...

82 52 5 3 5 17 % 1919...

— 69.5 3.5 21 °/o 1918...

— 46.6 14 39.5 L' affaiblissement de la tendance à la crue qui s' est manifesté depuis 1917 a donc fait place au renforcement dont mon Rapport de 1918 signalait la probabilité sans oser envisager toutefois une réalisation si soudaine et si puissante.

D' autre part, l' histoire de la petite crue qui affecta quelque 200 glaciers des Alpes à la fin du 19e siècle nous enseigne que le nouveau régime peut ne pas s' instaurer simultanément dans les diverses parties de la chaîne. L' avance avait débuté vers 1875 aux glaciers de la région de Chamonix, et avait gagné successivement d' abord les Alpes centrales puis les Alpes orientales; elle prit fin en 1893 pour les appareils suisses et en 1901 seulement pour les glaciers autrichiens. Cette propagation de l' ouest à l' est de la tendance à la crue est assez digne d' intérêt pour justifier qu' on la recherchât dans les conjonctures actuelles. J' ai donc repris les statistiques de ces dernières années et calculé les proportions de glaciers en crue et en décrue pour le bassin suisse du Rhône d' une part et pour les Grisons de l' autre. J' ai fait, par région, la différence des valeurs trouvées et j' ai affecté du signe + celles de ces différences qui sont en faveur du régime de crue, du signe — celles qui correspondent à la prédominance régionale de la décrue. Le tableau XIV met en regard ces différences, de 1913 à 1919, pour les deux régions:

Tableau XIV. AnnéeBassin du Rhône Bassins du Mhin, Inn et Adda 19135428.5 °/o 191437.533.5 1915trop peu d' appareils observés 19165815.5 191713-5 19181316.5 191946I6.5 Les chiffres sont à vrai dire de valeur quelque peu inégale, parce que basés sur des nombres de glaciers variables et parfois trop faibles. L' ensemble suffit cependant à démontrer que le phénomène de propagation ouest-est de la fin du 19e siècle ne s' est pas renouvelé. Tout au plus pourrait-on parler d' un léger retard de la fluctuation des valeurs depuis 1916 pour les glaciers grisons. En outre, cette fluctuation semble être moins ample chez eux. Nous verrons s' il en sera de même pour l' époque du maximum.

Le lecteur aura remarqué déjà que certains grands glaciers, l' Aletsch, le Gorner, l' Unteraar, le Morteratsch et d' autres encore, un peu partout dans nos Alpes, persistent dans leur retraite. Le fait a été signalé à plus d' une reprise pour les précédentes crues, entre autres par Forel, dans ces Rapports. Il convient de le rappeler ici, mais aussi d' attendre la suite des événements avant d' établir des statistiques.

En résumé, la tendance à la crue était plus forte que jamais en 1919. D' autre part, les collecteurs renfermant encore d' abondantes réserves de matière à débiter, nous devons nous attendre à de nouvelles poussées en avant de nos glaciers suisses.

P. L. M.

III.

Kleinere Mitteilungen.

Jahrbuch des Schweizer Alpenclub. 54. Jahrg.

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