Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses

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RAPPORTS ANNUELS

créés en 1880 par t F.A. FOREL.

Quarante et unième Rapport — 1920,

rédigé parle Dr Paul-Louis Mercanton, professeur à l' Université de Lausanne.

CXXXV. Quelques indications pratiques pour la mesure des variations glaciaires.

Je crois satisfaire le désir de beaucoup d' alpinistes que la question des variations de longueur des glaciers intéresse et qui collaboreraient volontiers à son étude, en en indiquant ici les voies et moyens; l' époque de crue où nous voici rend un tel exposé doublement opportun.

Il semble que rien ne soit plus facile que de décider à première vue si un glacier est ou non en voie d' allongement. Le régime de crue confère en effet à l' appareil des caractères morphologiques tous différents de ceux de la décrue. Son front s' élargit, se bombe; de multiples crevasses, radialement disposées, lui donnent quelque ressemblance avec une griffe de lion ou une coquille f Saint-Jacques. Si le glacier aboutit à un précipice, il dresse sur le bord une falaise abrupte et fissurée d' où les glaces s' écroulent incessamment à grand fracas. En progressant, le glacier ride ou laboure le terrain, souvent déjà couvert de végétation, gazon, arbrisseaux, parfois même véritables forêts; il y porte la mort et détruit chemins, ponts et constructions. Surtout il édifie et chasse devant lui une moraine frontale nouvelle, très distincte. En régime de décrue, au contraire, la langue glaciaire, sousalimentée, rongée à l' excès par le soleil, la pluie ou les vents chauds, ne montre qu' une surface affaissée, unie, à peine entaillée par quelque ravin peu profond ou par les méandres de quelque ruisseau. Le plus souvent son extrémité, mal discernable, disparaît sous l' étalement de ses moraines.

Certes un observateur, même novice mais servi par une mémoire suffisante, ne s' y trompe guère, s' il revoit le même appareil après un laps de temps assez long pour marquer les différences d' aspect dues au changement de régime. Mais les modifications ne sont pas toujours très apparentes et l' intervalle des observations est souvent bien court. Si, on peut dire d' emblée: „ Ce glacier est en crue ", il est rare qu' on puisse trancher entre l' état stationnaire et la décrue, même après un temps très long. Or, la question des variations glaciaires a des exigences pressantes: l' époque du changement de régime, la grandeur de ses effets et les fluctuations mêmes de cette grandeur, sont autant de choses à connaître. Il faut donc en fin de compte toujours recourir à de véritables mesures.

Ces mesures tendent en définitive à déterminer l' étendue de terrain perdue ou gagnée par les glaces d' une époque à l' autre, mais comme cette variation de surface correspond à une variation concomitante de longueur du glacier, on peut se contenter, en première approximation, de mesurer celle-ci. C' est ce qu' on fait, mais, bien entendu, tous les points du front ne subissant pas à un degré égal l' avance ou le recul, parfois certains secteurs restant stationnaires ou même régressant tandis que d' autres, simultanément, progressent, il est indispensable de contrôler en plusieurs endroits, judicieusement choisis, les déplacements du pourtour frontal. Cela équivaut en fait à relever la trace de ce pourtour sur le lit du glacier; on en déduira sa variation de longueur moyenne dans le laps de temps écoulé. Je dis „ moyenne ", car un certain point du front, généralement en son milieu, éprouve le déplacement maximum, lequel peut être fort accentué et qu' il deviendra alors intéressant de connaître aussi.

L' emploi des méthodes rigoureuses de la topométrie étant de par son coût, ses exigences et ses difficultés, forcément réserve à des études spéciales et aux gens du métier, je me contenterai de décrire ici, succinctement, les procédés usuels que chacun peut appliquer de façon expéditive et sans matériel instrumental lourd et onéreux.

Dans ce domaine même il y a des degrés: Aux heureux possesseurs d' un bon compas de relèvement, d' un clisimètre et d' un baromètre altimétrique, etc., je dirais: „ Relevez exactement le pourtour du glacier, soit par un cheminement, soit par rayonnement autour d' une ou plusieurs stations. " Ils me comprendront à demi-mot, et j' aurais mauvaise grâce à insister.

Aux alpinistes qui ne disposeraient que d' une chevillière et d' une boussole permettant des visées précises je conseillerais de choisir, en autant d' endroits qu' il faudra, devant le glacier, quelque saillie rocheuse, quelque gros bloc bien assis, bien recon- Jahrbuck des Schweizer Alpenclub. 55. Jahrg.10 naissable et commandant la vue d' une partie caractéristique du front, languette, falaise ou promontoire. De ces stations on devra accéder facilement au front, sans trop de montées ou de descentes, en ligne droite et chevillière en main. Leur distance au glacier ne dépassera pas deux ou trois portées de celle-ci ( chevillière de 20 ou 30 m divisée en cm ); autrement les erreurs dues aux irrégularités du terrain et au vent deviendraient gênantes, Ayant installé sa boussole à la station l' opérateur notera la direction du point du front choisi, puis dirigera vers lui ses aides bénévoles armés de la chevillière. Il rectifiera leur marche et inscrira sans délai les portées mesurées.

Au prochain contrôle il n' y aura qu' à retrouver, de préférence avec le même instrument, la direction initiale et à remesurer la distance. On en déduira la variation glaciaire cherchée.

Quatre à cinq stations bien placées suffiront en général, mais sont assez nécessaires quand bien même il sera souvent possible de relever plusieurs points du front à partir de la même station. Il n' y aura évidemment que des avantages à ce que les positions et distances réciproques des stations soient déterminées aussi, une fois pour toutes, mais cela n' est pas essentiel. Un télémètre, en dispensant de la chevillière, rendrait des services signalés, spécialement en terrain inégal; mais les instruments de cette sorte doués d' une précision suffisante sont extrêmement coûteux et de plus fort lourds.

Les points du front glaciaire ainsi repérés doivent être bien visibles et bien définis. Le manque de définition du bord glaciaire est en effet un gros obstacle à la perfection des mesures. En réalité, non seulement le bord est volontiers irrégulier, mais encore il n' est pas taillé franchement et très souvent il disparaît sous les graviers, les blocs et les boues de la moraine frontale. C' est particulièrement fréquent chez les appareils stationnaire3 ou en décrue lente. En outre, le glacier éprouve une variation saisonnière qui se traduit par une exagération de l' ablation estivale capable de ramener quelque peu en arrière même le front d' un glacier en crue et de masquer ainsi le sens de sa variation principale. Il importe donc de préciser l' époque du contrôle, qui se fera le plus avantageusement à la fin de la saison chaude, en septembre. Disons le bien haut: il est vain de prétendre connaître la variation de longueur d' un glacier, mensuré par un procédé sommaire, à 50 cm près; le mètre est déjà fort aléatoire et son indication suffira en tout cas. On se leurre trop souvent ici d' une fausse précision.

La méthode du compas et de la chevillière a le mérite d' une certaine souplesse, car l' opérateur peut tenir quelque compte, pour les éviter le plus possible, des difficultés du terrain. Il n' en est plus ainsi du procédé qui dispense de la boussole et se recommande avant tout par sa simplicité et sa facilité de mise en œuvre. C' est celui que nos agents forestiers emploient depuis le début. Il consiste à aligner devant le glacier, autant que possible en travers de son cours, une chaîne de repères fixes ( marques au ciseau ou simplement au minium sur des gros blocs ou des pointements rocheux, hommes de pierre, etc. ). En chaque point, ainsi distingué, on élève, une perpendiculaire à l' alignement, aboutissant au front et dont la chevillière donnera la longueur. On constitue de la sorte sur le terrain un système de coordonnées rectangulaires ayant pour abscisses les distances des repères fixes au premier d' entre eux et pour ordonnées leurs éloignements du glacier; cela fixe exactement les positions des points touchés du front et par approximation celle du front entier. Le trace des perpendiculaires se fera une fois pour toutes sur le terrain à la boussole, ou à l' équerre d' arpenteur ou simplement encore au cordeau, et on se trouvera bien d' assurer définitivement ces directions par quelque signal accessoire. Je sais bien qu' en réalité l' élévation des perpendiculaires se fait trop souvent au juge, mais c' est une pratique fâcheuse, indéfendable sérieusement.

La méthode des coordonnées rectangulaires rend malheureusement l' opérateur très dépendant de la topographie locale, la perpendiculaire ne pouvant esquiver les inégalités du sol, d' où résulte une imprécision nuisible en cas de variations faibles du glacier.

Les méthodes ci-dessus décrites conviennent bien au contrôle annuel des glaciers régulièrement surveillés, mais le nombre de ceux-ci sera toujours très restreint et il y a place encore pour des procédés plus expéditifs faisant connaître sinon la grandeur exacte de la variation cherchée, du moins son sens. Or, l' expérience montre qu' on peut baser une telle appréciation sur la vitesse de l' écoulement à l' extrémité du glacier. En effet, la situation du front sur le terrain résulte de deux facteurs contraires, le „ mouvement " qui apporte les masses glacées et l' ablation qui les dissipe. Le second de ces facteurs est éminemment temporaire et estival; le premier agit continuellement, mais avec des intensités bien différentes en régime de crue ou de décrue. La crue résulte d' un paroxysme de l' écoulement glaciaire qui précipite brusquement en aval les matériaux longtemps accumulés du névé. Mais ce régime d' apport exagéré ne persiste que pendant quelques années au bout desquelles il fait place à un ralentissement de la descente des masses; ce ralentissement dure et l' ablation a alors beau jeu pour ronger la langue glaciaire et la raccourcir. A connaître les dispositifs simples et ingénieux mis en œuvre au glacier Supérieur du Grindelwald par MM. A., P. et F. de Quervain, Piccard et Lütschg, l' idée m' est venue que ce genre de mesure s' appliquerait aisément et fructueusement à la discrimination des glaciers en crue d' avec les autres, et mes premiers essais, en 1920, semblent justifier cette application. Les quelques glaciers en crue décidée auxquels je l' ai faite ont montré en effet des vitesses d' écoulement frontal de l' ordre de 1 à 3 décimètres par jour, soit dix à vingt fois plus grandes que dans un appareil en retrait. Ainsi, en août 1920, près du portail, le glacier de Findelen, en crue, marchait à raison de 18,5 cm/j et celui de Mellichen aussi, tandis que la glace du Gorner tout voisin, en lent recul, ne faisait que 1,5 cm/j. A la même époque, le glacier Supérieur du Grindelwald faisait 39 cm/j, un maximum. Il y a d' ailleurs des différences locales chez un même appareil, suivant la configuration de son lit: une langue du Mellichen, libre de s' étaler sur la roche polie, y glissait à l' allure de 31 cm/j. La température influe aussi: le 22 novembre, au portail, pourtant très dégagé, du glacier de Saleinaz, je ne notais que 15 cm/j d' un avancement quelque peu saccadé tandis qu' un pilier de glace voisin, solidement implanté dans la moraine durcie par le gel, ne donnait aucun signe de déplacement au bout de plusieurs heures. Pourtant le glacier de Saleinaz était en crue notable en 1920. Enfin je rappelle que le front du glacier du Rhône avait avant 1913 une marche moyenne de 4,7 m/an, soit 1,3 cm/j, chiffre très voisin de celui du Gorner. Jusqu' à présent les mesures ont indiqué une marche plutôt régulière et continue de la glace; peut-être cette continuité est elle moins complète quand le glacier est gelé; l' emploi des enregistreurs le dira.

La mesure de cet écoulement frontal est aisée et peut se faire de diverses manières. Desor qui semble l' avoir réalisée le premier à l' Unteraar en 1844 appuyait simplement à la glace une perche graduée reposant par son autre extrémité sur une borne servant à la fois de support et de repère du déplacement. Il observa des vitesses assez variables autour de 0,8 cm/j. Toutefois un tel dispositif est encombrant et sujet à des dérangements; il vaut mieux lui substituer celui du fil tendu employé au Grindelwald par MM. Piccard et de Quervain dès 1918: Ancrons dans la glace du front un fil métallique ténu, mais résistant et 1e moins extensible possible ( je me suis bien trouvé d' un fil de maillechort de 0,3 mm d' épaisseur, garni de coton; un fin fil d' acier convient très bien aussi ). Amenons l' autre extrémité de ce fil, tendu dans la direction du mouvement présumé de la glace, en regard d' un repère bien net et bien solidaire du terrain fixe ( arête d' un gros bloc, tronc d' arbre, fiche enfoncée dans le sol, etc. ). Au bout de quelques heures, voire quelques quarts d' heure, l' extrémité du fil aura laissé derrière elle le dit repère et l' écart aura mesuré la vitesse de marche de la glace. Je dis de la glace et non pas du front géométrique, car celui-ci subit incessamment l' action de l' ablation et n' envahit alors le terrain que plus lentement si même il ne recule.

Pour que la méthode donne des résultats acceptables quelques précautions s' imposent: Tout d' abord l' ancrage doit être et rester parfait; le point d' attache du fil ne doit aucunement se déplacer dans la glace. C' est pourquoi, évitant la surface même du glacier, on recherchera, dans quelque anfractuosité abritée des intempéries et surtout du soleil, un endroit où faire l' amarrage. Ce pourra être quelque pointement de la glace autour duquel on entortillera le fil, mais mieux vaudra percer de part en part ce saillant et boucler le fil par le trou. S' il faut, pour des mesures rigoureuses, un ancrage de toute sécurité, on enfoncera dans le glacier un tube métallique de quelques cm de diamètre et de longueur, formant récipient et on le remplira de glace pilée et de sel de cuisine. Le froid produit par ce mélange réfrigérant soudera solidement le tube à son alvéole; on y attachera le fil.

Secondement on prendra garde que le repère fixe ne siège pas sur la bande de terrain, d' ailleurs étroite, que le glacier bouscule en avançant, car on n' observerait alors qu' un déplacement diminué.

Enfin, comme la mesure se fait nécessairement à fil tendu et qu' en été, quand le glacier est à 0°, l' attache, réalisant au détriment de la correction de la mesure la célèbre expérience du regel de Tyndall, entamerait peu à peu la glace en faisant varier le point d' amarrage, on relâchera le fil entre les contrôles. Pour ceux-ci le fil devra avoir toujours la même longueur, ce qui suppose la même tension ( on peut négliger la dilatation thermique ). Le procédé le plus simple pour réaliser cette dernière condition m' a paru être d' attacher au bout du fil un caillou de quelques centaines de grammes et de le laisser pendre librement après avoir fait passer le fil sur un crayon rond tenu horizontalement et qui joue le rôle d' une poulie de renvoi. Non loin de là un simple nœud distinguera le point du fil servant à repérer le déplacement.

L' écoulement glaciaire, même au front d' un appareil en crue, est, on l' a vu, de l' ordre du centimètre par heure, donc assez lent, et bien qu' une mesure prolongée offre plus de sécurité, on peut désirer abréger la détermination. On y parviendra au moyen d' un dispositif amplificateur. Une minuterie d' horloge, de réveille-matin, voire un mécanisme de baromètre anéroïde — quoi encoreentraînant un index, s' y prêtera fort bien entre les mains d' un expérimentateur ingénieux. On ramènera ainsi à quelques minutes une constatation qui eût exigé des heures par le premier procédé, mais les erreurs s' amplifieront aussi et dans la proportion où la durée de la mesure sera écourtée. Le moyen est très joliment démonstratif: on „ voit " marcher le glacier, et M. de Quervain, en installant au glacier Supérieur du Grindelwald une telle „ horloge glaciaire ", a éveillé l' intérêt de maint visiteur. M. Lütschg ( S.F.E .) a même réalisé récemment sur ce principe, en transformant un limnigraphe, un enregistreur de marche qui a donne d' utiles résultats au Grindelwald en démontrant la régularité de l' écoulement glaciaire.

L' avantage d' un petit amplificateur ( 25 fois ) pour le contrôle rapide de l' état des glaciers suivant le principe que j' ai propose plus haut est évident; j' ai pu m' en assurer moi-même.

En terminant et pour compléter cet exposé général, je veux émettre ici deux suggestions:

Je pense tout d' abord que, pour reconnaître rapidement les conditions générales de variation d' un ensemble glaciaire, on pourrait employer utilement l' avion. On survolerait les divers glaciers de la région en se tenant un peu en aval de leur front et la distance voulue pour enregistrer par la photographie, le contour et la forme du front ainsi que le crevassement de l' ensemble. Ces linéaments se modifient notablement, je l' ai dit, avec le régime; en outre, on remarque le plus souvent chez les glaciers en crue un divorce de la glace avec le lit produisant comme un liseré d' ombre le long du front: la photographie dénoncera ce liseré. Les brumes de l' automne 1920 ont malheureusement empêché la réalisation des vols d' essai préparés avec l' appui bienveillant de l' aviation militaire suisse: ce n' est que partie remise. Si cette discrimination des régimes réussit, ce sera un appoint précieux pour l' exploration glaciologique des pays reculés. Ma seconde suggestion ' ) concerne l' appli de la stereoscopie à la révélation de changements faibles dans un glacier. On sait que les astronomes l' emploient depuis longtemps pour distinguer, sur deux clichés d' une même région du ciel pris à intervalle de temps, les astres mouvants rapprochés, comètes, petites planètes, de l' essaim des étoiles fixes: le stéréoscope montre l' astre mobile flottant dans le champ de vision. Le même moyen est utilisé pour déceler l' imitation chez les billets de banque suspects; l' effet stéréoscopique se produit des qu' un linéament quelconque diffère d' un billet à l' autre, pour ce linéament. J' ai donc pensé qu' en examinant au stéréoscope deux photographies successives d' un front glaciaire prises du même point et autant que possible dans la même direction, on verrait se détacher en relief sur le fond plat du paysage invariable les parties du front qui se seraient déplacées et modifiées pendant l' inter. L' examen de vues du front des glaciers d' Orny et de Findelen, en crue, a vérifié l' applicabilité du procédé. Il convient spécialement au cas de variations faibles, n' entraînant pas de grandes modifications superficielles, qui troubleraient par trop la vision stéréoscopique.P.L. M.

CXXXYI. Marcel Kurz: A propos de l' enneigement alpin.

M. Marcel Kurz ( C.A.S. ), ingénieur topographe et alpiniste bien connu, m' a envoyé, avant son départ pour l' étranger, quelques thèses générales sur l' enneigement de nos Alpes, fruit de douze années d' attention et dont la valeur ne saurait être méconnue. Par les réflexions et recherches qu' elles suggéreront, elles ont droit à une place dans ces Rapports. Les voici, dans leur rédaction originale:

1° Les neiges fondent moins vite par le beau temps que dans une période de pluies, même si celles-ci sont froides et mélangées de neige. Le beau temps facilite la formation de la glace ( la persistance de la couche de neige pendant les mois de février, exceptionnellement ensoleillés, de 1920 et 1921, parle en faveur de la thèse de M. Kurz. P.L. M. ).

2° Les vents du SW. et de l' W jouent un rôle considérable dans la denudation des hautes régions; ce sont les seuls ( avec le fœhn, beaucoup plus rare ) qui soufflent en tempêtes prolongées et vraiment efficaces. Comme conséquence, toutes les arêtes, les faces et les sommets exposés à l' action directe ou indirecte ( tourbillonnement ) de ces vents restent dénués de neige pendant tout l' hiver. Les autres vents ( bise ) ne jouent qu' un rôle tout à fait secondaire.3° Les neiges qui tombent par un temps calme ( cas très rare en haute montagne ) sont arrachées par ces vents et vont se déposer sur les glaciers et les faces abritées. Les glaciers exposés à la furie des vents de SW. et W. sont eux-mêmes dépouillés de neige. Celle-ci s' accumule plus bas ou plus loin ( M. K. s' accorde ici avec moi pour attribuer au balayage des neiges le long du glacier et au delà, tout particulièrement sur les pentes très inclinées de l' auge glaciaire, une efficacité trop méconnue et que l' écart entre les indications des mougins et des balises rend extrêmement plausible. P.L. M. ).

4° L' enneigement des hautes régions alpines ne commence réellement qu' en avril, mai et juin, lorsque la neige tombant à des températures suffisamment élevées peut de par sa consistance adhérer à un terrain quelconque, même exposé au vent.

5° Plus ces régions sont élevées ou exposées au vent, plus leur enneigement est tardif ou minime. Les principaux facteurs favorables à cet enneigement sont un temps plutôt calme et une température élevée.

6° L' enneigement des glaciers dépend donc en partie de leur situation ( exposition aux vents ) et surtout des précipitations en mai, juin et juillet. Si donc l' hiver est riche et le printemps pauvre en précipitations on peut s' attendre à rencontrer en juillet des glaciers déjà très crevassés.

7° Une tempête enneige moins les hauts sommets en hiver qu' en été. Ceci semble paradoxal, mais les preuves en sont nombreuses; pour n' en citer qu' un exemple: les 31 janvier et 1er février 1920 il neigea sans interruption à Zermatt. Le 3 février, M. Kurz escalada l' Obergabelhorn ( 4073 m ) dans de bonnes conditions: sauf sur la dernière partie, abritée des vents d' ouest, de l' arête terminale, le rocher était sec. En été, la montagne eût été impraticable pendant huit jours au moins.

8° Le peu de neige qui réussit, en hiver, à s' accumuler sur les montagnes à l' abri des vents d' ouest, en est d' habitude arrachée ultérieurement par un vent contraire, car elle n' adhère pas au terrain.

Le temps et la place me manquent pour commenter ici les principes généraux énoncés par M. Kurz. Les alpinistes auront cependant profit à les connaître et intérêt à les contrôler. 1P.L. M.

CXXXY1I. L' enneigement des Alpes suisses en 1920.

Avec une obligeance et une fidélité qui consolent de leur nombre encore trop petit, des collaborations précieuses m' ont aidé à brosser le tableau de l' enneigement alpin en 1920. Les noms de mes auxiliaires bénévoles se liront en leur place? mais je leur adresse dores et déjà ici des remerciements chaleureux.

L' année nw ( métrique 1920, qui a débuté le 1er octobre 1919, a eu dans nos montagnes les caractères suivants: Octobre 1919 a été sec, sombre et trop froid de 4° environ. Novembre a été trop froid également, mais a eu en revanche deux fois plus de précipitations qu' à l' ordinaire; l' enneigement définitif des Alpes a débuté. Il a continué en décembre, sauf sur le versant sud qui a eu un temps clair et sec; le versant nord en revanche a reçu trois fois trop d' eau tandis que sa température restait beaucoup trop haute. Ce sont des conditions éminemment favorables à la production des avalanches. Les Grisons ont été particulièrement éprouvés par ce fléau: Les énormes chutes de neige des 22 et 23 décembre ont interrompu les lignes électriques actionnant les chemins de fer rhétiques ou en ont bloqué les convois. Le 23 après-midi de multiples areins sont dévalés sur Davos. L' un d' eux a étouffé trois domestiques à Davos-Village. Un autre a envahi, en défonçant portes, fenêtres et cloisons intérieures, la pension Germania et le sanatorium Davos-Bors; plusieurs personnes y ont été blessées et deux d' entre elles tuées. A l' intervalle d' une heure seulement, deux avalanches sont descendues du Schiatobel; l' une, débordant de son couloir ordinaire, a ravagé une forêt; l' autre s' est précipitée avec une violence extraordinaire sur le Sanatorium israëlite, tuant deux jeunes gens. Depuis longtemps aucun accident ne s' était produit en ce lieu. Un énorme arein descendu sur la Firnalp, près d' Engel, a détruit une étable, récemment construite en un endroit considéré comme sûr.

Janvier 1920 a été lui aussi exceptionnellement chaud bien que peu ensoleillé. La précipitation a été forte en haute montagne et d' abondantes avalanches se sont produites. Au début du mois il est tombé énormément de neige sur le versant sud des Alpes. Le trafic du chemin de fer de la Bernina en a été sérieusement gêné. Entre les Maisons et l' Hospice de la Bernina, une avalanche venant du Piz Alv a enseveli un train, jetant la déblayeuse dans le lit du torrent, blessant quelques voyageurs et tuant sept hommes de l' exploitation dont plusieurs pères de famille. Ceci se passait le 16 janvier; le 13 déjà deux avalanches étaient descendues sur la ligne du Simplon, entre Varso et Preglia, y déversant, avec des masses de neige énormes, force blocs de rocher et troncs d' arbre; l' une d' elle barra la voie au train direct Paris-Milan quelques minutes avant son passage.

D' ailleurs, le phénomène fut général dans les Alpes. Le 11 janvier au soir, l' avalanche „ rouge " de Goppenstein avait coupé la ligne électrique .du chemin de fer du Lötschberg, obligeant à transborder. Quelques jours auparavant des skieurs genevois se rendant au Plan des Granges dans le Val Ferret avaient eu la désagréable surprise de trouver disparus les chalets où ils comptaient passer la nuit; les cinq bâtiments venaient d' être détruits par une avalanche qui avait endommagé deux autres édifices situés plus bas et qui depuis un siècle n' avaient jamais subi de dégâts de ce genre.

Février, notablement trop chaud ( 3—4° ) et exceptionnellement ensoleillé, n' a pas donné lieu à tels accidents, parce qu' il a été extraordinairement sec. Il n' y a presque pas neigé; toutefois, la couverture de neige existante s' est maintenue, sans régression notable et dès 1200 m, le rayonnement nocturne qui la refroidissait ayant contrebalancé l' insolation pourtant très persistante de ce mois singulier. Preuve est ainsi donnée, une fois de plus, que les skieurs ont raison, qui rendent la pluie et le fœhn responsables avant tout de la disparition rapide et de la détérioration du tapis de neige en hiver; or, le fœhn a été remarquablement rare en février 1920 et la pluie a fait défaut.

Mars a été aussi trop chaud ( 4° ), trop ensoleillé et trop sec, sauf en Tessin qui a eu des précipitations exagérées. En revanche, avril, trop sombre, a eu un excès d' eau, et de formidables tempêtes de neige se sont produites à la fin du mois dans les montagnes tessinoises et grisonnes, interrompant le trafic postal. Il en a .été ainsi au Simplon aussi. En mai, la température trop élevée a provoqué une fonte active des neiges, sans réenneigement anormal.

Les mois de juin, juillet et août ont été normaux avec un léger déficit de soleil en août. Mais septembre a eu un très grand déficit de soleil et une précipitation excessive. Dans la troisième semaine du mois, des pluies journalières accompagnées d' un vent chaud tombèrent dans les Alpes, surtout celles du Mont-Blanc et du Valais, jusque vers 3000 m, amenant un surcroît de désenneigement. Dans la nuit du 23 au 24 septembre en particulier, un orage violent inonda les hautes montagnes, du Thabor au Mont-Rose. Ces conjonctures entraînèrent, comme on sait, une modification du cours de l' Arveyron, sous le glacier des Bois ( Mer de Glace de Chamonix ), et son barrage temporaire, ce qui provoqua une débâcle d' eau, de glace et de moraine menaçante pour la vallée, le 25 septembre ( Mougin ). La place me manque pour en parler ici comme il faudrait.

Les circonstances météorologiques de l' année nivométrique 1920 ont causé un retard du maximum de l' enneigement et pareillement du désenneigement alpins * ).

A. Etat des neiges.

Suisse orientale. D' après M. Frauenfelder, notre fidèle collaborateur schaffhousois, la région de l' Albula, le Rhätikon et les parages engadinois voisins avaient à la fin de juillet sensiblement les mêmes conditions d' enneigement qu' en 1919, à cela près qu' en dessous de 2800 m il y avait encore moins de neige tandis qu' au il y en avait davantage. Ainsi il ne subsistait aucun reste de neige dans les vallons de Stuls et de Tisch, non plus qu' au Stulsergrat, tandis qu' à la Fuorcla da Tschitta et derrière l' Aela il y avait des masses de neige comme jamais depuis vingt ans en ça.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

M. Jacob Hess, du Bureau météorologique central à Zurich, vent bien me communiquer d' utiles renseignements sur l' état des neiges dans les Alpes grisonnes. Il a note, comme précédemment, les altitudes de la limite inférieure actuelle des flaques de neige isolées et de la limite actuelle du névé ( Temporäre Schneeflecken, Firngrenze ) lors de sa visite des lieux Voici ces chiffres:

Tableau I.

Alpes des Grisons ( régions centrale et méridionale ).

Date 1920 LocalitéExposition Limite de l' enneigement Limite „ actuelle " du névé m 2600 2800 2650 2700 2700 2850 2600 2850 2500 2900 2800 2950 2750 2800 2700 2850 2800 2700 2500 1 août Plessurberge ( Parpaner Schwarz- et Weisshorn ) 2Lenzerberge ( de l' Aroser Kothorn à l' Erzhorn ).

N et W m 2200 2200-2300 2550 2600 2600 2500 2450 2500 2300 2500 2800 2400-2509 2400 2500 2500 2550 2600 2400 2 Aelapass ( Bergünerstöcke ) Piz Vallunga Massif d' Err Piz Scalotta Masserspitz-Platta W E NE 5 6 7 DiavolezzaNE Glacier de Morteratsch .N PicuoglE Glacier de Suvretta. .N Glacier de Jenatsch. .SE Glacier septentrional de MulixerN Glacier de Saglaints et de TischW Glacier d' Uertsch.. .N Glacier de Porchabella .N Vallon et glacier de SarsuraNE Glacier et Col de Grial etschN Plessurberge ( Schiahorn, etc.E 10 13 14 9—12 sept. SilvrettaW Au Piz Scalotta, il s' est formé depuis l' été 1919 en dessous du point 3082 m ( Atlas fédéral ) ainsi qu' au flanc nord-oriental du point 3003 m de nouveaux névés, de petite taille.

Le 6 août, les glaciers du Piz Palü et de la Bernina étaient plus découverts et plus crevassés qu' en 1919; il avait fallu ponter la grande crevasse d' " Im Buuch ", sur le chemin de la Bernina, au moyen d' une échelle.

Il y avait des restes d' avalanche dans:

le Val Beversà 2100 mBlazbi„ 2100Sulsannaà 1900 et 2000 mSarsuraà 2450 m le vallon de Schegvel mais rien dans le Verstanklatobel.

2400 ( Hess. ) Suisse centrale. Du 24 au 26 septembre, la limite du névé était au glacier des Clarides, du côté NW., à 2600 m. Les 20/21 novembre elle était remontée à 2700 m, tandis que le roc était sec à 3000 m et plus.Hess. ) Suisse occidentale. M. Marcel Kurz m' a fait parvenir de précieuses données sur l' enneigement des Alpes valaisannes en hiver 1919/1920; les voici:

L' enneigement définitif de ces montagnes a eu lieu le 17 octobre. Le glacier de Zmutt était remarquablement découvert le 29 janvier 1920; on y voyait d' im régions crevassées entre le Stockje et le Cervin et toutes les moraines étaient exemptes de neige. Du 9 au 11 février, M. Kurz a fait l' ascension du Cervin, chaussé simplement de crampons; entre Staffelalp et l' arête du Hörnli, le terrain était presque à see. Il y avait passablement de neige profonde jusqu' au Refuge Solvay ( 4000 m ), mais au-dessus la montagne était absolument sèche comme à la fin de septembre après des semaines de beau temps. En revanche, il y avait énormément de neige à Zermatt même et jusqu' à Saint-Nicolas; de plus la route était barrée par des avalanches gigantesques, entre autre celle du Bösen Trift, dont le cône, au Zermettje, en amont de Tœsch, était large de quelque 700 m. Une seconde coulée en aval de Saint-Nicolas avait aussi une épaisseur énorme. Depuis un demi-siècle la route n' avait pas dû passer dans tant de tunnels de neige.

Le 27 janvier, le glacier d' Arolla était très couvert; en revanche, le Haut-Tsa de Tsan et les environs du Col de Valpelline étaient extraordinairement désenneigés et montraient de grandes plages de glace „ noire ". ( Kurs. ) Le 22 mai, l' enneigement de la région d' Orny ( Val Ferret ) était moindre que le 8 juin 1919 ( Gaschen et Kersting ). Le 8 octobre 1920 il restait: 1 culot d' ava dans le lit de l' Eau d' Orny, vers 1750 m; 4 petits névés sous le Châtelet, vers 2000 m ( versant nord1 petit névé à 50 m sous la Jonction des sentiers de la Breya et de la Combe. Le névé même de la Jonction était assez grand, épais et très tassé. On comptait 4 névés sous les Chevrettes, au-dessus du Plan de l' Arche. Un peu au-dessous de la cabane d' Orny il y avait un reste de vieille neige; de même dans la „ tine " et qui n' en remplissait pas le fond. Enfin, un névé bordait et bornait en amont le lac inférieur; il s' étendait moins qu' en 1919. ( Mercanton, ) Quant au glacier, il présentait les particularités suivantes: Sa moitié inférieure était si crevassée qu' il était fort dangereux sinon impossible d' en suivre comme d' habitude le bord gauche; pour monter à la cabane Dupuis il fallait au contraire se tenir constamment sur la rive jusqu' au grand replat sous l' Aiguille d' Orny, vers 2900 m. De là et en suivant la gencive glaciaire vers le Col on ne faisait plus de rencontre fâcheuse; la rimaie du Col même se franchissait aisément. En revanche, une crevasse, enjambable d' ailleurs, coupait le chemin de la Pointe d' Orny près du totalisateur. Une autre, énorme, béait non loin de là dans l' alignement cabane Dupuis-Petite Fourche et l'on en apercevait nombre de redoutables sur le chemin usuel des Aiguilles Dorées. Il n' y avait pas de doubles-rimaies en vue.

En face de la tour rocheuse, la falaise de la „ soufflure " était, le 10 octobre 1920, à 18,8 m du repère et dominait le fond de 11,5 m. L' écart horizontal n' a donc guère changé depuis 1919; en revanche, la hauteur a diminué de 0,5 m environ. Un sondage pratiqué tout au bord de la falaise a fait retrouver à 0,7 m de profondeur l' ocre marquant la surface de l' automne précédent. La falaise ne s' est Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

donc pas détruite puis renouvelée notablement depuis cette époque. Une nouvelle couche d' ocre rouge a été répandue, sur 1 m de largeur et 2 m de longueur, au bord de la falaise, dans le prolongement de la face S. de la tour. ( Mercanton. ) Le 24 mai, la largeur de la soufflure était de 16,2 m et sa profondeur de 11,5. ( Gaschen et Kersting. ) Le 21 novembre, il restait deux flaques de vieille neige au flanc N. du Salentin, visibles de Saint-Maurice. ( Mercanton. ) Le 11 septembre, il n' y avait plus de neige sous la Reille ( Diablerets ), non plus qu' Entre. La source de la cabane des Diablerets a été découverte depuis la fin de juin, mais des 2900, l' enneigement printanier était aussi fort qu' en 1919 dans le massif.

Le glacier de Tsanfleuron était peu enneigé et les crevasses y étaient très ouvertes. L' arête du Dôme était praticable mais fissurée. De nouvelles crevasses se rencontraient sur le trajet du nivomètre au sommet du Diableret, mais pas sur l' arête neigeuse. Celle-ci culminait dans la même direction par rapport au sommet rocheux voisin, mais un peu moins haut qu' en 1919. De l' ocre rouge y a été semé ( Gaschen et Reber ). Le crénelage de l' arête rocheuse, plus au SW., était libre de neige.

Le 7 novembre 1920, M. Dutoit ( C.A.S. Jaman ) a trouvé les restes d' une vieille avalanche à 1650 m d' altitude, dans un couloir très encaissé de la Dent de Lys, orienté au NE.

B. Relevés nivométriques.

Ensemble nivométrique d' Orny. Il a reçu le 24 mai la visite de MM. Gaschen et Kersting, le 5 juillet celle de MM. Gaschen et Wüscher, les 31 juillet et 19 août de nouveau celles de M. Kersting. Ces obligeants collaborateurs étaient montés tout exprès et je leur en exprime ma reconnaissance spéciale, de même qu' aux participants de la campagne annuelle: M. Ed. et Mlle Correvon, M. et Mlle Dr Roud, Miles Alice Morel et Felix, MM. Gaschen et M. Rodieux, artiste-peintre, qui tous m' ont aide vaillamment à réaliser un programme chargé, et m' ont prêté le secours de leurs épaules obligeantes pour transporter un matériel aussi encombrant que délicat.

Nivomètre. Le tableau II en donne les lectures:

Nivomètre d' Orny ( 3100 m ).

Tableau II.

Degres ( 2 degrés valent 1 i mètrc ) Bates 1918 1919 1920 Bates 24 V29 ( enfoui ) 19 Vili 9 VI >29 ( enfoui ) 29 — 28 5 VII29 ( enfoui ) 2 IX 15 19 24 26 9 20 17 23 25 12 -31 —, 23 li ) 5 Vili — 22,5 23 1 X 9 14 21 22 9 15 .__ 20 21 Begrés 1918 1919 1920 19 19,5 17.5 19 — 18 16 17 — 16 14,5 — 11 15,5 18,5 On remarquera la tardivité du maximum. Le minimum et son époque ne nous sont malheureusement pas exactement connus, ce qui laisse subsister quelque incertitude dans le bilan ( tableau III ). Il paraît cependant positif.

Tableau III. AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMitresEté MètresAutomne Mètres 1916 — 1917 >51917 >91917 — 4 1917—1918 >91918 >91918 0 1918—1919 >91919 >71919 + 2 1919 — 1920 >71920 >61920 -j-1 Balises et sondages. La balise du Col avait les émergences suivantes, les:

20 IX 1919305 cm 24 V 192089 „ 5 VII173 „ 31 VII256neige dure 300 ) 19 VIII325il y avait de l' ocre jaune à son pied; Kersting ) 10 X „ 239 „ La balise était presque verticale. L' observation du 19 août est très importante; elle montre que le désenneigement non seulement a mis au moins à nu la surface de l' automne précédent, mais encore a remplacé l' accumulation normale par l' ablation de quelque 20 cm de névé.

J' ai fait des visées au théodolite à partir d' un nouveau repère établi sur le bloc encastré à l' angle SW. de la terrasse de la cabane ( un cercle rouge avec un point central à l' aplomb du théodolite, avec des taches, rouges aussi, où reposaient les pieds du tabouret support ). Elles ont avéré les déplacements suivants de la balise et de la surface du névé à son pied:

Déplacement horizontal, vers le Trient.... 0,7 m Abaissement à l' étiage ( 19 août)l,i m La distance de la balise au nouveau repère était, le 10 octobre, 172,o m et la dépression de la surface sous lui 8,6 m. Enfin, l' azimut magnétique était N. 82° W.

La balise, suffisamment longue encore, a été laissée en l' état. Un second engin pareil a été dressé le 11 octobre au voisinage immédiat du nivomètre dont les d' enneigement paraissent décidément pouvoir différer sensiblement de celle du Col que le vent balaye davantage. La longueur totale de cette balise est 450 cm; elle porte un trait de scie transversal à 200 cm de son extrémité supérieure, pour faciliter les mesures. Sa distance au n° 18 du nivomètre était 18,i m et so » azimut magnétique, de ce point, S. 4° W. Elle émergeait de 355 cm.

Les sondages usuels ont été faits au moyen de l' instrument construit par Stoppani et Cie., à Berne, pour la Commission S.H.S.N. des glaciers, sur le modèle de Church. Des coups de sonde, multipliés près de la balise du Col, ont fait retrouver sans ambiguïté l' ocre de 1919 à 74,5 cm de profondeur moyenne. Le névé comprenait: 1° de haut en bas: une couche de neige fraîche de 6 cm; 2° une couche de neige plus tassée, de 37 cm, séparée de la sous-jacente par une pellicule de glace mince; 3° une couche, tassée, de 31,5 cm, reposant sur le fond, très dmy revêtu d' ocre jaune. La pesée des carottes prélevées a donné pour la valeur en eau du sondage total 26 cm, avec une densité moyenne de 0,38.

Il a été possible aussi d' atteindre la surface ocracee de l' automne 1918, à 140 cm de profondeur environ. L' épaisseur de la couche 1918/1919 était donc 67 cm; on avait mesuré 85 cm en 1919: il y a donc eu diminution de près de 20 cm en 1920. Cette diminution s' explique par un peu de tassement, mais surtout par la grande ablation estivale dont l' observation du 19 août a donné la preuve d' autre part.

On a semé de l' ocre, rouge cette fois, sur une bande commençant à deux mètres de la balise et s' étendant entre celle-ci et la cabane, sur 2 m de longueur et 1,5 m de largeur, dans l' azimut magnétique N. 82° W. ( visé de la cabane ).

Totalisateur. Il s' est bien comporté. Un prélèvement d' échantillons pour le contrôle chimique a pu être fait le 23 mai; d' autres ont été recueillis le 10 octobre. Mlle Morel a bien voulu en faire le dosage dans son laboratoire; d' autre part, M. Marcel Bornand a déterminé la teneur en eau du CaCk témoin, ce qui m' a permis de lever une incertitude gênante. La vidange et la recharge eurent lieu le 10 octobre sans incident et en 21/ » heures seulement, toutes opérations comprises; le contenu, plus de cent litres, a été pesé.

Du 20 septembre au 10 octobre 1920, le mougin a emmagasiné 405,5 cm d' eau, soit 197 cm jusqu' au 23 mai et le reste depuis. La précipitation totale, réduite à 365 jours, a donc été de 384 cm, et supérieure de 32 cm à celle de 1919. Orsières, suivant les indications obligeamment reçues de l' Observatoire de Genève ( M. le directeur Gautier ), a eu pendant la première période 50,5 cm et pendant l' année 80 cm.

Le totalisateur a reçu ce même 10 octobre:

Eau 6315 g; CaCl2 pur. exsic. 6205 g; huile de vaseline 475 g.

Front du glacier d' Orny. Son lobe oriental a avancé de 2,5 en moyenne. Le lobe occidental, très difficile à contrôler, a manifesté une crue d' une dizaine de mètres; elle a modifié directement et indirectement mais de façon très visible le contour du front. Une poche d' eau s' y est formée au mois de juin à diverses reprises, provoquant des débâcles soudaines, menaçant le village et surtout les champs de Praz de Fort. CA a été le cas notamment les 24, 30 juin et 4 juillet. Heureusement la forêt de Frumion qui barre l' entrée du vallon de Saleinaz a retenu partiellement mais à son grand détriment l' inondation d' eau, de glace et surtout de blocs morainiques. La belle route qui la traversait a été anéantie et des arbres centenaires ont été emportés par le flot. Nous en avons daté deux, le 22 septembre, par leurs couches de croissance; ils avaient chacun 250 ans. MM. Gaschen et Wüscher ont bien voulu aller pour moi enquêter sur place. Après avoir pris part active aux travaux de défense du village menacé, ils ont réussi, péniblement, à gagner, au front du glacier, l' endroit d' émission des masses en débâcle.Voici ce qu' ils ont observé, le 3 juillet:

Le front du lobe occidental du glacier d' Orny était percé d' un portail triangulaire, large d' une dizaine de mètres. Il ne s' en écoulait qu' une eau plutôt pauvre en alluvions. En revanche, à son occident on voyait, percée dans l' amas de matériaux qui tapissaient la laisse glaciaire et faisaient aussi moraine frontale, une ouverture ovale et surbaissée d' où s' échappaient en abondance boue et cailloux.

Paul-Louis Mercanto«,.

Cet évacuation se faisait par intermittences, en donnant chaque fois lieu à une onde de crue qui par son action saccadée érodait activement les rives, caillouteuses, du torrent glaciaire. C' est ce qui donnait aux débâcles leur caractère inquiétant; d' ailleurs, lors de la première évacuation, une partie du front glaciaire a été vraisemblablement emportée aussi. Le 3 juillet, MM. G. et W. ont compté en une demi-heure six petites débâcles successives.Le phénomène doit probablement son origine à l' avance du glacier sur la moraine profonde de la laisse; cette masse de matériaux de toutes tailles, où la boue a sa forte part, faisait barrage temporaire pour une partie des eaux de fonte, jusqu' au moment où la pression du liquide accumulé vainquait la résistance de cette digue. C' est là une des nombreuses et diverses manifestations de l' activité du glacier en crue. Une série d' accidents du même genre s' est produite, en mai, au glacier des Bossons aussi.

Les photographies usuelles ont été prises du glacier. En outre, il a été fait une vue panoramique de son profil longitudinal, dans les environs de la cabane.

Enfin, j' ai appliqué au front du glacier un petit amplificateur de mouvement qui a révélé une marche d' une dizaine de cm par jour.

Ensemble nivométrique des Diablerets. Les contrôles ont été faits pendant l' été par M. Ernest Reber, notre avisé collaborateur, que je remercie ici spécialement. La campagne annuelle a eu lieu plus tôt que d' habitude, du 9 au 11 septembre; MM. Gaschen, Gottardi et Reber y ont pris part, en même temps que M. l' inspecteur forestier Schlatter revisait les repères de contrôle des glaciers de massif.

Nivomètre. Le tableau IV en donne les lectures et le tableau V le bilan annuel. On voit que l' échelle s' est désenneigée tardivement et moins qu' en 1919 et surtout 1918. Le bilan est positif, tout au moins pour l' époque du dernier relevé.

Nivomètre du Diableret ( 3030 m ). ( 2 degrés valent 1 mètre. ) Tableau V. Degrés Dates 191819191920 8 VI91 ( enfoui ) 12 I90 ( enfoui30 > 90 ( enfoui. 21 VII 8691 ( enfoui ) 2791 ( enfoui; 11 VIII 8191 1590 enfoui; fè visible ) 189187 218686 28778786 7 IX 768585 18 74.2.083 2481visible ) Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

Tableau V. AccumulationDissipation Résidu Hiver MetresEté MètresAutomne Mètres 1916—1917 >21917 >61917 — 4 1917—1918 >61918 >81918 — 2 1918 — 1919 >81919 >51919 +3,6 1919 — 1920 >51920 >41920 +1 Balise. Une fois de plus la balise érigée au droit du nivomètre est demeurée introuvable, par excès d' enneigement. Le „ perce-neige " de Church a rencontré là une première couche dure à 125 cm de profondeur, une seconde à 230 cm, une troisième à 280 cm et, enfin, une dernière à 350 cm. Il faut admettre que ces parages reçoivent un apport excessif de neige arrachée par le vent à l' arête qui les domine. Une nouvelle balise a été installée, en terrain plus découvert cette fois et sur le Tsanfleuron, à l' altitude de 2770 m environ sur le passage habituel pour le Diableret. ( Signes distinctifs: un XX gravé, un cercle rouge tous les mètres et un trait rouge tous les demi-mètres; longueur totale 604 cm. ) Elle émergeait le 11 septembre 1920 de 504 cm, verticalement. On a répandu 2/a de kg d' ocre rouge à son pied, surtout du côté du Sanetsch.

Totalisateur. L' évacuation, du 11 septembre, a donné une hauteur de 226 cm d' eau. Le niveau du liquide était le 8 juin à 2,3 cm plus bas; ce qui correspond à 23 cm de moins à peu près. On aurait donc eu:

Du 26 septembre 1919 au 8 juin 1920... 203 cm Du 8 juin 1920 au 11 septembre 1920... 2-3 cm Du " 26 septembre 1919 au 11 septembre 1920. 226 cm soit pour 365 jours 242 cm.

Par malheur, les observations pluviométriques corrélatives, au village des Diablerets, ont été interrompues pendant plusieurs mois, de sorte que la comparaison désirée est impossible.

Le totalisateur a reçu le même jour une charge de 6595 g de neige, 6770 g d' un CaCh malheureusement assez impur et 580 g d' huile de vaseline. Un échantillon de sel a été mis en réserve; cette précaution s' est déjà avérée très précieuse en cas de défaillance du contrôle chimique par voie régressive.

Ensemble nivométrique du massif de la Jungfrau.

Nivomètre de l' Eiger. Cette échelle a été surveillée, avec la continuité et la sagacité habituelles, par le personnel de la Compagnie de la Jungfrau, sous la direction de M. Liechti, que j' en remercie ainsi que ses collaborateurs. Le tableau VI résume les observations; le tableau VII renferme le bilan annuel qui est positif:

Nivomètre de VEiger ( 3100 m ).

Tableau VI.2 degrés valent 1 mètre. ) DegrésDegrés Dates 1918 1919 1920Dates1918 1919 1920 2 I 36 37 282 II48 38 30 10 42 37 291050 40 30 20 46 38 29.. 2052 40 30 Paul-Louis Mercanton.

( suiteDegrésDegrés Dates191819191920Dates191819191920 1 IH50403015 Vili323323 2045403019323122 1 IV444035 1 IX302423 1542483815261727 2842, 45 1 X301628 5 V42604415322026 17424231322426 2 VI423715 XI312626 1540583725322628 1 VII3856357 XII342528 1534522917342629 1 Vili33422831372832 Minimum absolu de 1919: 14 ( 25 au 30 IX ). Maximum absolu de 1920: 45 ( 28 IV ). Minimum absolu de 1920: 22 ( 19 au 31 Vili ).

Tableau VII. AccumulationDissipation Résidu Hiver MitresEté 1916 — 1917 191917 Mitres 28 13 23 12 Automne Mitres 1917 — 9 191811 1919 — 6 1920 + 4 1917—1918 1918—1919 1919—1920 241-918 171919 161920 II est remarquable que l' étiage s' est produit le 19 août, date même où M. Kersting a observé le désenneigement maximum au Col d' Orny.

Balises du Jungfraufirn. La balise érigée en septembre 1919 par M. de Quervain n' était enneigée le 5 avril que de 80 cm; le 23 juin, l' enneigement atteignait 280 cm et le 27 août 100 cm seulement. Jugeant ces chiffres trop faibles et leur faiblesse imputable à un emplacement défavorable de la balise, M. de Quervain en a dressé une seconde le 27 août à quelque 200 m en aval. Les deux engins se contrôleront l' un l' autre.

Nivomètre de l' Aletsch. Je n' avais pu donner les relevés de 1919; les voici en même temps que ceux de 1920, tels que le Service fédéral des Eaux les a faits:

.'25/26 août 1919 28/29 août 1920 Résidu Trugberg N ( 2910 m ) 12,om Kranzberg ( 2900 m ) 11, » Grüneck W ( 2840 m )... .'14,3 Grüneck S ( 2800 m ) 18,6 Faulberg ( 2850 m)18,e Märjelen ( Strahlhorn 2350 m ). .14,8 n 10,3 m1,7 n n °)5 n1j5 n „ 10,63,713,25,318,«013,01,8II y a donc eu en 1920 un abaissement de la surface glaciaire en général par rapport à celle de 1919. Est-ce défaut d' alimentation ou ablation excessive du névé ou encore déformation du glacier? Seul un jeu de balises sur la place Concordia rendrait l' interprétation possible; son installation est éminemment désirable.

Ensembles nivométriques de la Commission glaciologique de Zurich ( Z.G.K. ). J' extrais les renseignements suivants du rapport pour 1919/1920, dû à la plume de M. le Dr Billwiller et paru dans l' Annuaire „ Ski " pour 1920:

Ensemble des Clarides. Le contrôle automnal a été fait par MM. de Quervain et Hess le 25 septembre. A cette date la balise fixe de la cabane était à sec; le 28 février elle indiquait un maximum de 375 cm. Le maximum est incertain pour la balise inférieure du glacier, car elle a été retrouvée pour la première fois le 29 juin et très fortement courbée vers le sol; elle indiquait 400 cm. Son désenneigement maximum n' a pu être note, mais le 25 septembre elle ne marquait plus que 140 cm d' enneigement. Quant à la balise supérieure, longue de 590 cm, elle est restée enfouie en tout cas jusqu' au 4 août et n' a été aperçue, saillant de 10 cm seulement, que le 12 août. Le 25 septembre elle n' émergeait déjà plus.

Les sondages sur l' emplacement de cette dernière balise ( 2915 m ) ont échoué tant à cause de l' impossibilité de retrouver les taches d' ocre que de percer les couches de glace extrêmement dures que le névé contenait. Néanmoins, les mesures faites donnent comme limite de l' accumulation, en eau, du 17 septembre 1919 au 25 septembre 1920, 336 et 396 cm. La précipitation mesurée par le mougin du Geissbützistock, 380 cm, parle plutôt en faveur du chiffre 336 cm. Les densités des deux couches principales traversées, épaisses toutes deux de quelque 80 cm, ont été respectivement 0,60 pour la superficielle et 0,64 pour la profonde.

Près de la balise inférieure ( 2700 m ), l' ocre a été retrouvée à 140 cm de profondeur ( densité 0,60 \ lame d' eau: 84 cm ). C' est tout ce qui restait de neige à un endroit où le 29 juin il y en avait 4 mètres encore!

Nos collègues zurichois constatent que malheureusement leurs longues perches de frêne, d' ailleurs fort coûteuses, sont trop flexibles, ce qui fausse leurs mesures. Ils songent à revenir aux balises métalliques du type Hamberg; mais celles-ci sont dispendieuses aussi et puisqu' il faut sacrifier l' avantage que les tiges minces de bois employées ont de pouvoir être fichées dans le névé à l' aide de la sonde de Church même, peut-être vaudrait-il mieux s' en tenir tout simplement à des perches de sapin plus épaisses, comme on l' a fait au glacier du Rhône. Ce serait aussi efficace et sûrement moins onéreux.

Silvretta. Le maximum d' enneigement à la balise fixe de la cabane a été note le 26 avril ( 450 cm ). La balise inférieure du glacier ( 2760 m env. ) était encore enfouie à ce moment sous plus de 415 cm de neige. Le 10 septembre ( Billwiller et Hess ), l' enneigement était 95 cm; l' ocre se trouvait là à 99 cm sous la surface ( lame d' eau 49 cm; densité moyenne 0,50 ).

Au Col du Silvretta, la balise supérieure ( 3013 m ) émergeait encore le 6 février et l' enneigement n' y était que de 200 cm; le 26 avril il dépassait 500 et la balise était enfouie. Le 10 septembre, l' enneigement était de 120 cm encore. L' ocre, retrouvée à 150 cm sous la surface, marquait une tranche d' eau résiduelle de 74 cm ( densité moyenne 0,49 ).

Du 5 septembre 1919 au 11 septembre 1920 le totalisateur de la cabane a recueilli 142 cm d' eau. On voit qu' au contraire de ce qui se passait jusqu' ici le gain du névé au Col du Silvretta n' a atteint que 47 °/o de cette précipitation; il y avait généralement quasi égalité. Le vent est très vraisemblablement responsable de la divergence actuelle. La balise supérieure se meut vers l' WNW à raison de quelque 3 m par an.

Un nouveau totalisateur fourni gracieusement par le Bureau météorologique central a été installé par MM. Billwiller et Hess à l' Eckhorn ( 3150 m ).

Parsenn. Le maximum noté, 250 cm, l' a été le 2.1 avril.

Säntis et St-Gothard. Les observations que fait faire le Bureau météorologique central donnent pour le Col du St-Gothard ( 2100 m ): Enneigement initial 9 octobre; premier maximum, 190 cm, le 9 janvier; minimum, 150 cm, 13/20 février; maximum absolu, 265 cm, le 16 avril.

Au Säntis, l' enneigement a été définitif dès le 3 octobre; il a atteint son maximum absolu, 410 cm, le 6 février; un minimum de 195 cm a été noté le 2 avril, puis un second maximum, 335 cm, le 30 du même mois. Le 28 mai, la neige avait disparu entièrement.

Les précipitations au glacier du Rhône. Les mougins ont donné les résultats suivants, après réduction à 365 jours:

LocalitéAltitudeTjoursTExcès sur 1919 Gletsch.. .1770 m195 cm — 20 cm Nägelisgrätli .239017038 „ Hühnerboden .2700350f 41 „ Scheidfluh. .2800332f 67, Triftlimmi. .3130337j"119 „ Le mougin du Ruhstein avait emmagasiné en 1918/1919 une quantité d' eau étonnamment faible. En 1920 on y a découvert une fuite; il ne semble pas qu' il faille chercher ailleurs l' explication du résultat discuté de 1919.

On remarquera le changement de signe des excès quand l' altitude croît et leur augmentation graduelle aussi.

Conclusions.

L' enneigement a été tardif en 1920 et le désenneigement aussi; l' enneigement a été légèrement progressif dans les hautes régions.P.L.M.

CXXXVIII. Chronique des glaciers suisses en 1920.

Le nombre des glaciers sur l' état desquels nous avons, pour 1920, des renseignements dignes de foi, s' est élevé à 101. C' est un chiffre réjouissant bien qu' il ne représente guère que le cinquième du nombre total de nos appareils. Comme toujours, les. mensurations du personnel forestier, sous l' impulsion informée de l' inspecteur fédéral des forêts, M. Décoppet, constituent le plus gros et le plus solide apport à cette concentration précieuse de documents. Quelques collaborations officielles ou privées s' y joignent: le Service fédéral des Eaux, par l' œuvre, entre autres, de son premier adjoint technique, M. Ltttschg, secrétaire de la Commission des glaciers de la S.H.S.N., et de M. Kobelt, poursuit l' étude du glacier du Rhône pour cette Commission, et aussi celle des glaciers de Schwarzenberg et d' Allalin. M. de Quervain voue ses efforts aux glaciers du Grindelwald, pour la même Commission; il suit également les fluctuations du Biferten. M. Jules Guex reste inébranlablement fidèle au glacier de Trient. La Commission glaciologique zurichoise s' occupe des appareils des Clarides et du Silvretta et le Groupe vaudois de celui d' Orny. La Commission S.H.S.N. des glaciers, par les soins de son président, auteur de la présente chronique, et avec l' agrément bienveillant de tous ces travailleurs, s' efforce de coordonner, de condenser et de développer ces contrôles divers qui ont pu ainsi être étendus Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

à des régions délaissées jusqu' ici. Un questionnaire, rédigé en français et en allemand, a été adressé par la Commission aux personnalités marquantes des régions à glaciers, guides-chefs, médecins, hôteliers, etc., pour qu' ils nous transmettent les renseignements qu' ils pourraient avoir recueillis. Les réponses nous sont parvenues en nombre satisfaisant; la précision des données augmentera sans doute lors des enquêtes annuelles ultérieures, maintenant que l' attention de nos correspondants est en éveil.

Dois-je une fois de plus déplorer l' indifférence générale — il y a de méritoires exceptions, cela va sans dire — des clubistes pour la question pourtant si importante, et si captivante aussi, des variations glaciaires? J' ai peine à la comprendre. Le Club alpin a près de 20,000 membres et l'on compterait presque sur les doigts d' une seule main ceux d' entre eux qui apportent à cette chronique un tribut efficace! Allons, clubistes! un bon mouvement et choisissez votre glacier, celui que vous apprendrez à bien connaître et auquel vous reviendrez, chaque automne, avec un plaisir grandissant. Il n' en manque pas et des plus séduisants! Le chroniqueur vous secondera bien volontiers dans votre choix.

Voici maintenant, dans la forme habituelle, les résultats détaillés des contrôles de 1920:

I. Bassin du Rhône.

Tableau I. Variations, en metres, enVariations, en ?nètres, en Glaciers1918 1919 1920 Glaciers19181919 1920 Rhône15 33 12Ferpècle6128 Gratschlucht32 12Arolla51211 Fiesch0 7,5 6,5Tsigiorenove2020 15 Aldsch9 — 9 —21Duran ( Seillonf Latschen61 67 83 Mont-Fort00 0 AnenfGrand Désert17619,5 Kaltwasser0,5 8,5 — 2Giétros00 0 Fee0,6 10 12,5Plangolin -f- Allalin16 26 27Valsorey3,54,s6 Schwarsenberg50 70La Neuvaz17 -j- Findelen17 35Saleinaa3819 14 MellietenfOrny78 2,5 HubelfTrient2731 24 Gorner7 —15,5 —14,5Paneyrossas8325 ZmuttMartinets10,620015 ObergabelhornGd. Plan-Névé87—20 TriftDard2 + Furgge0Scex Bouge23 HohwanglPrapios71421 Turlmann4 15,5 — 2Tsanfleuron0216 Duran ( Tsina121 —25,6 -4-32,5 Du 19 août 1919 au 26 août 1920 ( 373 jours ) le front du glacier du Rhône a recouvert 3600 m2 de terain, en avançant de 12 m en moyenne, avec un maximum de 35 m. Le Gratschlucht a progressé davantage encore; avec 12 m d' allongement moyen ( maximum 30 m ), il a gagné 6100 m2 en 351 jours. Pour les deux appareils d' ailleurs l' englaciation nouvelle n' a été que la moitié de celle de 1919.

Le glacier d' Anen, affluent du Langgletscher ( Lötschental ), en forte crue, a bouleversé son confluent avec ce dernier. La crue du glacier de Lötschen, énergique depuis 1918, où elle débuta soudainement, s' est accentuée encore. Les données recueillies, en dépit de leur grandeur, forment un ensemble cohérent qui ne paraît pas laisser de place au doute. MM. Francis et Pierre de Quervain ont déterminé, en juillet, la vitesse frontale à l' aide d' un mécanisme amplificateur construit par eux-mêmes; elle était de quelque 20 cm/j.

Aidé de collaborateurs dévoués ( MM. Gasclfen, Mignot, Schneider, Dr Chappuis, Ancrenaz et Müe Jaquinet ), M. Mercanton a pu recueillir de précieux documents géodésiques et photographiques sur les glaciers de Findelen et du cirque de la Tseschalp, et en préparer le contrôle futur. D' autre part, M. Janczewski a mis en automne la dernière main à une carte du front du Findelen ( à 1: 2500 ) dont la valeur est considérable..,.

Le Findelen a bousculé presque tous les repères établis en 1916 par le même M. Janczewski; le 13 août 1920, son front s' avançait à raison de 18,5 cm/j; il était très bombé et passablement crevassé.

Le glacier de Mellichen poussait d' activés langues de glace sur les bancs de rocher poli de sa laisse. L' une d' elle, bien dégagée, progressait, le 12 août 1920, de 31 cm/j; au portail, la glace coincée dans un ravin étroit ne faisait que 18,5 cm/j. Ce reserrement en engendrant des tiraillements dans la masse et des ruptures corrélatives avait amené la formation et la débâcle récente d' une „ poche d' eau " dont les vestiges subsistaient, éclairant d' un jour précieux un phénomène assez mal connu. On a posé une série de repères devant le glacier ( fig. 1 ).

A la même époque, le glacier de Gorner, toujours en décrue, posait sur la serpentine polie de son lit un front en talus, sali de blocaille, amaigri par la fonte. Un examen plus immédiat du contact de sa glace avec le sol, objet toujours digne d' attention, fit découvrir au chroniqueur ravi un accident singulièrement rare et instructif: Directement sous le talus frontal et parallèlement à son pied, donc transversalement au cours du glacier, une galerie courait, longue de 23 m, large de 5 à 8 m, haute de 2 à 3 m. Le roc en constituait le plancher et la muraille amont; le glacier lui-même formait la voûte et son piédroit aval. L' épaisseur de la glace entre le plafond de la galerie et l' extérieur n' étant que de quelques mètres, une lumière bleu-verdâtre la traversait laissant apercevoir en silhouettes les débris rocheux enchâssés dans la masse. Cette glace était, somme toute, remarquablement pauvre en débris pareils; la plupart d' entre eux, de forme lamellaire, s' y voyaient disposés à plat. Seule la glace formant piédroit en aval dans la partie de la grotte éloignée de l' entrée, se montrait un peu plus sale. Le roc même où la voûte s' appuyait en amont était poli et strié, mais il n' était séparé du glacier que par une couche extrêmement mince, un simple enduit, de boue impalpable et gluante. Cette boue revêtait aussi le plancher de la galerie avec, disséminés sur lui, les graviers et cailloux détachés du plafond par la fonte. La caractéristique de ce plafond était que des cannelures ( fig. 2 ), très accusées, parallèles entre elles et à l' écoulement glaciaire, y répétaient impeccablement, en creux, toutes les saillies du relief de la muraille rocheuse amont où il prenait appui. On a signalé d' ailleurs bien des fois la persistance du modelé que le lit impose à la surface inférieure du glacier, quand son épaisseur est faible; elle démontre que les glaces ne se moulent intimement sur le lit que sous la pression de masses sus-jacentes assez lourdes. Elles manquaient ici et l' explication de la grotte du Gorner en découle. La voici, Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

me semble-t-il: Au cours de ces dernières années, le glacier, amaigri par la décrue, n' a plus pu épouser les formes arrondies mais irrégulières de son lit, à son extrémité ultime; un divorce s' y est produit et la glace a fait pont sur les creux. Dans le présent cas, en outre, la glace a réussi à détacher et à entraîner dans sa marche un culot de glace plus,.

. ,Fig. 1. Front du glacier de Mellichen, ancienne, plaque nayu de |a gpande morajne sudj 12 v||, 1920 amont de la galerie, et c' est ce culot, devenu piédroit aval de la voûte, qui a contribué efficacement à la maintenir. Il est en effet remarquable que la largeur de la grotte, 5 à 6 m dans cette partie, semble s' égaler juste au cheminement annuel de la glace. Le 18 août, j' ai mesuré en effet une vitesse de 1,55 cm/j de cette glace, valeur d' été, donc maximum, et qui correspond à 5'/a m Par an- II y a là plus qu' une simple coïncidence et cela justifie mon sentiment que la galerie sous-glaciaire du Gorner constitue un type spécial et peu fréquent de grotte glaciaire qu' on pourrait appeler — s' il vaut bien la peine de créer d' aussi subtiles nomenclatures — une „ galerie de décollement ". Cette grotte n' a en effet génétiquement rien de commun avec celles, beaucoup plus fréquentes et plus importantes, que les torrents taillent dans les glaciers et qui persistent parfois si longtemps; telle la grotte du glacier d' Arolla illustrée vers 1886 par les travaux de Forel et Hagenbach; telle aussi celle que M. le Dr Züblin, avocat à Zurich, vient de faire connaître au glacier de Tourtemagne, et dont je veux dire quelques mots:

L' extrémité du glacier de Tourtemagne se compose de deux parties. L' une, occidentale, est de glace propre; le torrent s' en échappe actuellement. L' autre, orientale et qui descend plus aval, est couverte de moraine et a tous les caractères d' un glacier „ mort ". Dans cette partie, apparemment immobile, M. Züblin a découvert et exploré, en été 1920, un véritable tunnel, long de quelque 120 m, large de 20 et haut de 5, à profil semicirculaire, dont la glace forme la voûte et les piédroits et dont le terrain caillouteux représente le plancher. Sur une certaine longueur, la galerie se dédouble. Elle a deux orifices. Le torrent de l' alpe Pipi la parcourt, y entrant par son orifice méridional le plus élevé. La glace du tunnel est très propre; on y distingue très bien une stratification; sa surface est taillée à facettes par la fusion due à la circulation de l' air entraîné par le ruisseau.

De Gruben on parvient en 2 h. à cet intéressante formation qui subsistera vraisemblablement quelques années encore et peut devenir pour le glaciériste un laboratoire bienvenu.

Le glacier Duran de Tsinal, l' un des tardifs, s' est enfin mis à croître et sérieusement; l' écart entre 1919 et 1920 atteint 58 m. Les glaces du Tsigiorenove, qui coule à pleins bords dans ses moraines surélevées, se déversent même par-dessus la crête du rempart de gauche, au coude qu' il fait à l' alpe d' Arolla.

En juillet, avec les élèves prospecteurs de l' Université de Lausanne, j' ai visité les principaux appareils du val de Bagnes, recueillant des documents de toute nature. Le front du glacier de Corbassière a été levé ( Meyer ) ainsi qu' un profil transversal à la hauteur de la cabane Panossière sur 1250 m de largeur. A 460 m de la rive droite, la vitesse superficielle était de 13,2 cm par jour, le 23 juillet. Non loin de là une falaise de glace, haute de 10 m au moins, sépare le bord droit du glacier du système morainique qui l' encadre; il semble qu' on ait à faire ici à' une résurgence de glace le long d' une surface de glissement interne.

Le glacier de Breney s' est légèrement accru depuis 1917; il a été pourvu de repères. De même le grand glacier d' Otemma qui avait toute l' apparence d' un appareil en décrue; il l' a été en tout cas depuis 1917.

Le glacier de Montduran a été l' objet d' un levé photogrammétrique ( Poldini ).

Quant au Giétroz, son cône d' éboulis ( glacier régénéré ) ne différait qu' à peine de celui de 1917. Lors de notre passage, le 21 juillet, la surface du cône, partout souillée de débris rocheux, ne montrait aucune trace d' un apport récent de glace, non plus qu' à notre retour, 48 heures après.

Les glaciers de la partie suisse de la Chaîne du Mont-Blanc ont continué à grandir, mais à une allure ralentie. La mesure de la vitesse au front du glacier d' Orny, le 9 octobre, au moyen d' un amplificateur rudimentaire, m' a donné environ 14 cm/j. Le même appareil appliqué au glacier de Saleinaz a indiqué, le 22 novembre, 15 cm/j en un point; un autre point du front, butant sur du terrain gelé, semblait avoir une vitesse nulle.

Quant aux glaciers vaudois, ils ont plutôt reculé. Le glacier des Martinets qui en 1918/1919 a bouleversé sa ligne de repères, faisant conclure à une avance supérieure à 200 m et de par sa grandeur même quelque peu suspecte, a certainement reculé en 1920, et d' une quinzaine de mètres. Il n' a pas été possible d' acquérir une certitude pour la période précédente.

II. Bassin de l' Aar.

Tableau X. Variations, en mètres, enVariations, en mètres, en Glaciers1918 1919 1920Glaciers 1918 1919 1920 Stein.6 6 +8Tschingel + BoserilauijSchwarz + StrahleggjLämmern — 11 — 3 Eiger13 10Wildhorn — 4 — 5 +54 Guggijünteraar — 7 — 8 — 8 Bltimlisalp3 15Grindehvald Sup. 20 45 Gamchi2 15,5 +11n Inf- 55 10 BreühornFluh 0 KiihlauenenOberaar .f- La surface du glacier de Gauli, encore en légère décrue, s' est exhaussée à l' endroit ( ait. 2400 m env. ) où l'on aborde la glace en venant de la cabane.Wyß. ) Durant l' été 1920, le glacier de Rosenlaui laissait choir des blocs de glace sur le chemin de la cabane du Dossen. Il a édifié une nouvelle moraine latérale contre celle qui porte le sentier de la dite cabane et par endroit refoulait même des pierres par-dessus l' ancienne. L' extrémité de la langue, en s' insinuant comme un soc de charrue dans le terrain meuble du lit glaciaire et la soulevant, y a engendré un système de crevasses longues d' une vingtaine de mètres, larges d' un demi-mètre, s' irradiant autour du front(Scabell ).

Le glacier Supérieur du Grindelwald a continué de croître. Il a atteint le 17 mars 1920, à l' allure de 17 cm/j, le pont en béton par lequel le chemin du Milchbach franchissait la Lütschine et l' a démoli en déracinant la culée orientale, ce qui a fait crouler l' arche ( fig. 3 ); on avait juste pu la dégarnir de son garde-fou métallique. Les forestiers s' occupent périodiquement par ailleurs de sauver le bois de la forêt que le glacier menace incessamment. En même temps qu' il avance, le glacier s' élargit et de continuelles avalanches se produisent sur son bord droit, en amont de la gare du funiculaire du Wetterhorn, remplissant graduellement l' intervalle entre le bord glaciaire et l' ancienne moraine frontale. Lors de la visite de M. de Quervain et du chroniqueur, le 7 avril 1920, le front s' avançait de 26 cm/j. MM. F. et P. de Quervain, neveux, à l' aide de leur amplificateur, ont mesuré aussi l' affaissement du plafond de la galerie artificielle voisine et trouvé 20 cm/j. Le glacier, en bousculant la nappe de vieille neige qui couvrait encore le sol, la plissait et même la roulait en longs cylindres creux comme on ferait d' un tapis; certains de ces rouleaux étaient à feuillets concentriques et atteignaient 1 m de diamètre sur une dizaine de mètres de longueur.

De l' été 1919 à l' été 1920 le glacier a crû de 55 m ( maximum ), en gagnant environ 1 hectare de terrain, dont l' automne lui fit reperdre une partie. La vitesse en 1920 atteignit 39 cm/j en été.

La région du Grindelwalder Fiescherfirn entre la Station Eismeer et le Bergli s' est fortement crevassée.

La planche hors texte dont M. le Rédacteur de l' Annuaire a bien voulu enrichir ce Rapport reproduit une photographie prise selon les indications de M. de Quervain par l' excellent photographe Grauwiller, au Grindelwald. Elle fait partie de la série des vues du glacier Supérieur commencée par le Service fédéral des Eaux et continuée par les soins dévoués de M. de Quervain pour la Commission des glaciers et aux frais de celle-ci1 ). M. de Quervain donne à son sujet les explications suivantes, que je résume: „ La vue représente le flanc droit du glacier. Ce flanc poussait au cours de l' hiver 1920/1921 une falaise de glace haute de 20 m vers la gare de l' ascenseur du Wetterhorn, à l' allure de 5 à 6 cm par jour 2 ). D' autre part, la partie centrale du front ( visible à l' extrême droite de la photographie ) marchait trois fois plus vite et a eu un maximum d' avancement de 40 cm/j en été. L' écoulement de la glace qui détermine cette avance est très régulier comme en témoignent des diagrammes de marche obtenus au moyen de l' enregistreur du Service fédéral des Eaux. La poussée glaciaire a son maximum d' importance sur le flanc gauche du Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

courant, contre la vieille moraine du Milchbach, où la glace remonte déjà assez pour qu' il ait fallu détourner le sentier de la cabane Gleckstein. "

L' extrémité du glacier Inférieur du Grindelwald forme dans la gorge de la Lütschine une falaise haute de quelque deux cents mètres et surplombante, le coincement des glaces inférieures donnant le pas devant à celles du dessus ( crue 10 m ).

La langue glaciaire s' est beaucoup épaissie. En dehors de la gorge ( Schopf ), l' avancement a été de 14 m ( de Quervain ).

Il s' est dessiné à l' éperon rocheux Gagg sous la Strahlegg un front glaciaire qui menace la cabane.

Le glacier de l' Eiger, toujours croissant, précipite ses glaces dans le vallon de Trtimleten, au-dessus duquel il forme une falaise haute de 20 m. Un glacier régénéré s' amasse au-dessous. Le Kilhlauenen en fait autant depuis 1920 dans les mêmes parages. Il a fallu modifier l' itinéraire pour la cabane du Guggi à son passage du glacier de l' Eiger, à cause du crevassement. Le glacier de Lämmern ( Gemmi ) est en lent recul; de nouveaux repères y ont été établis ( Girardet et Mercanton ).

III. Bassin de la Beuss.

Tableau X.

Variations, en metres, en Glaciers 1918 1919 1920 Firnälpli E.

+

— Firnälpli W.

+

+

Griessen — 7 — 8 Kartigel 1 45 — 4 Wallenbühl 8 23 31,i Kehlefirn 10 20 22,5 Bufi 10 6 51 Srunni 0 -4,5 Wyttenwasser 0 Damma

+

Alpligen

+

Maasplank

+

Schlossberg 13 Paul-Louis Mercanton.

Le Kartigel semble en décrue, tout au moins du côté droit. Dans la nuit du 23 au 24 octobre 1920, les glaces du Schlossberg, sous le Schwarzstöckli, se sont écroulées sur une largeur de 100 m. Le 12 septembre, l' accroissement du Diissi-firn a amené un important éboulement de glace dans le Schafloch.

IV. Bassin de la Linth. Variations, en mètres, en Tableau XI.

Glaciers Clàrides 1918 1919 + 16 1920 + Biferten Vorab 120 105 — 8 Le Biferten a avancé considérablement. Une excellente carte du front de ce glacier et de sa laisse a été dressée à 1:2500 par l' ingénieur E. Schnitter aux frais de la Commission S.H.S.N. des glaciers et publiée avec un commentaire et une étude du terrain de M. de Quervain1 ).

V.

Bassin du Rhin.

Variations, en mitres, en Tableau XII. Glaciers 1918 1919 1920 Tambo 25 — 4 Paradies — 10 — 5 Zapport — 3,5

+ 17

Punteglas 6 -14,6

+ 15

Lavaz — 6 — 19 — 11,8 Porchabella — 5,5 3,5 — 1 Pig Sol 1 1,5 - 5,5 Sardona — 23 19 — 10 Silvretta

+

Lenta 148 — 180 ( Albris Err — VI.

Bassin de l' Inn.

Lischanna 16,5 10 3 Morteratsch — 10,5 — 5 -^16 Bosegg 25 12,5 12 Schwarghorn — 3 0 2,6 Pieno gl 4,5 Pig Ot -j- Pig Dancia '

4-

Crosta Mora

+

Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

Tableau XII ( suite).VII. Bassm de l' Adda.

Palu32,666,s Forno182 6 4 VIII. Bassin du Tessin.

Muccia Eossboden6,5 36 29,5 —20 Le glacier de Lenta indiqué en 1919 comme ayant subi une crue de 148 m est donné en 1920 par le personnel forestier comme ayant reculé de 180 m. Si ces' chiffres représentent la réalité, ce serait la fluctuation la plus ample que nous ayons observée en Suisse jusqu' à ce jour, mais sont-ils bien exacts? Une erreur de définition du front ( névéde 1919 en exagérant le déplacement en avant expliquerait du même coup le recul formidable de 1920. En éliminant cette avance, on n' en constate d' ailleurs pas moins un recul ultérieur évident, mais de 180 à 148 = 32 m seulement. L' avenir devra éclairer ce point obscur.

M. Jacob Hess a placé des repères devant les glaciers de Chalderas, Jenatsch, Uertsch, Porchabella et Sarsura.

MM. Wehrli, professeur à l' Université de Zurich, et Buchli, directeur d' hôtel à Pontresina, ont enfoui un document, scellé dans un tube de laiton, au fond de la crevasse du Col de Crast' Aguzza où trois touristes zurichois ont disparu récemment. Ce tube fera le voyage du glacier de Morteratsch. De même on retrouvera un jour les épaves de l' hydroavion Savoia S 9, naufragé au pied du Piz Urlaun, le 7 septembre 1920, dans et près de la rimaie du glacier de Gliems.

Le tableau récapitule les observations, sous une forme encore simplifiée, car il est devenu impossible de départir correctement les glaciers entrés dans un régime donné en 1920 d' avec ceux qui s' y trouvait auparavant déjà:

Tableau XIII.

Récapitulation pour 1920.

En résumé: de 100 glaciers suisses, en 1920, 61 étaient en crue, 6 stationnaires et 33 en décrue.

Il convient de préciser: en septembre 1920, car l' arrière exceptionnellement chaud de cette même année a provoqué une recrudescence d' ablation qui a dû modifier quelque peu, à notre insu, les proportions précitées au profit de la décrue.

Quoiqu' il en ait été la tendance à la crue qui s' était accentuée en 1919 a subi un affaiblissement en 1920. Doit-on y voir un signe d' épuisement du régime actuel qui toutefois, si la périodicité de 105 ans soupçonnée par Mougin n' est pa& illusoire, ne devrait prendre fin que vers 1924? Ou bien s' agit d' une fluctuation passagère? Nous n' en savons vraiment rien, mais il faut se souvenir qu' on suit pour la première fois le déroulement d' une crue généralisée, à intervalles réguliers et d' une année seulement et rien ne nous assure que ce déroulement n' ait pas lieu avec arrêts et mêmes récurrences de la décrue. Notons en attendant que les grands appareils tardifs d' Aletsch, de l' Unteraar, de Gorner, de Morteratsch, voire d' Otemma n' ont pas encore obéi à la tendance qui a entraîné les autres mais, l' un des retardataires importants, le Duran de Tsinal, vient d' y céder. Il ne faut donc pas désespérer d' assister encore un temps au prestigieux spectacle de la crue des glaciers alpins1).P.L. M.

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