Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses, 25me rapport 1904

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Par

Dr F.A. Forel, professeur, à Morges.

Dr M. Lugeon, professeur, à Lausanne.

E. Muret, inspecteur en chef des forêts, à Lausanne.

Vingt-cinquième rapport.19O41 ).

LXXXV. Glaciers courts et enneigement.

1 Dans notre XVIIe rapport, de 1896-1897, j' ai publié sous le titre „ Petits glaciers et grands glaciers ", une étude sur l' importance de l' observation des glaciers courts; j' y ai montré l' intervention, dans les longs glaciers de ce que j' appelle le retard de la période. Le voyage de la glace qui doit descendre en s' écoulant des hauts sommets qu' à l' extrémité de la langue d' un glacier de vallon, est long, de très longue durée; cela étant, les grands glaciers ne peuvent montrer à leur front terminal les réactions qui traduisent les variations des chutes de neige en variations de longueur, qu' après un intervalle de dizaines et de dizaines d' années; la manifestation d' une crue au front du glacier est en retard sur la cause efficiente de cette crue, qui est la chute anormale de neige accumulée sur les névés d' alimentation. Plus le glacier est long, plus le retard de la période est considérable. Les grands glaciers sont donc, pour l' étude des variations glaciaires, de mauvais objets d' obVoir: vingt-quatrième rapport. Annuaire S.A.C. XXXIX, p 298. Berne 1904.

servation. Les glaciers courts, au contraire, font voir immédiatement, par les variations de leurs dimensions, la résultante des effets variables de l' alimentation par la neige tombée et de l' ablation par la chaleur.

Les petits glaciers sont de réaction immédiate, les grands glaciers de réaction retardée ou éloignée. Si nous cherchons à comprendre les relations entre les facteurs élémentaires de la variation des glaciers, c' est donc aux variations des glaciers courts que nous devrons nous adresser.

Ce n' est pas une raison pour abandonner l' étude des variations des grands glaciers. Notre tâche est d' expliquer ces dernières; ce sont elles qui ont la plus grande importance économique; ce sont elles qui ont de tous temps éveillé la curiosité des montagnards et des naturalistes; ce sont elles qui par le fait du retard de la période sont un problème de solution difficile. Nous arriverons, je crois, plus facilement à cette explication en suivant le programme que voici:

1° Surveillons les glaciers courts. Quand - peut-être après de longues décades d' années de patience, car à mesure que nous avançons dans ces études l' état stationnaire de minimum nous apparaît de plus en plus comme se prolongeant considérablement — nous verrons chez eux se manifester une tendance à l' aggrandissement, une crue, nous en conclurons que l' alimentation du glacier dépasse la destruction de la glace, que les variations des facteurs climatiques se traduisent par une nouvelle période des glaciers, et nous en noterons la date.

2° A partir de ce moment surveillons tout spécialement les glaciers moyens, ceux dont la longueur ne dépasse que peu celle des glaciers courts, ceux chez lesquels nous pouvons admettre que le retard de la période doit être sans importance. Au bout de peu d' années nous verrons apparaître chez eux la variation positive que nous avions notre d' abord chez les petits glaciers et nous en suivrons le développement.

3° Poursuivons ensuite notre surveillance chez les glaciers de plus en plus grands. Le retard de la période doit très probablement être d' autant plus fort que le glacier est plus long, avec quelques différences peut-être tenant à la pente plus ou moins inclinée du lit des divers glaciers dont nous comparons les allures.

Donc, les uns après les autres, des plus courts aux plus longs, nous verrons les glaciers de la même région se mettre en crue. Nous aurons donc ainsi, dans une étude méthodique les éléments du retard de la période, et nous nous approcherons de la solution du problème que nous nous étions posé.

En effet, grâce à l' analyse du phénomène que nous, nos collaborateurs et nos amis, nous poursuivons depuis quelque vingt-cinq ans, il n' y a plus de doute sur les faits fondamentaux. La variation de volume du glacier est due essentiellement à des variations dans l' alimentation en neige, en amont de la ligne du névé. Quand la glace, suraccumulée par une série d' années trop neigeuses, détermine une crue de névé, celle-ci se manifeste par un gonflement, un bourrelet, une vague, qui descend vers l' aval en suivant le cours du glacier; cette propagation de la vague de la crue l' amène au front du glacier et occasionne un allongement, une poussée en avant, car l' épaisseur de glace à fondre étant plus grande, le débit du glacier qui apporte du nouveau matériel est supérieur à l' ablation qui le transforme en eau. Il y a phase de crue du glacier.

Les variations d' épaisseur amènent des variations de même sens dans la vitesse d' écoulement; plus un fleuve est profond, plus, toutes choses égales d' ailleurs, sa vitesse est considérable. Elles causent par conséquent des variations en sens inverse dans la durée du voyage de la glace, dans la durée du trajet pendant lequel la glace est soumise à la fusion. Plus le glacier est épais, plus il marche vite, moins grand est le nombre d' années pendant lequel il est soumis à l' ablation, mieux il conserve longtemps son épaisseur. Par cet enchaînement de réactions, une petite variation en épaisseur s' exagère d' amont en aval pendant le voyage du glacier; une petite crue du névé cause une grande crue du glacier.

D' une autre part, les variations dans la valeur de l' ablation, qui agit essentiellement sur la langue d' écoulement du glacier en aval de la ligne du névé, s' additionnent, suivant leur sens, à l' effet de l' en; tantôt elles accroissent, tantôt elles diminuent l' action provenant des variations du débit du glacier.

Les variations d' épaisseur des chutes de neige sont la cause déterminante des phases de crue ou de décrue; les variations de la valeur de l' ablation déterminent l' époque des changements de phase, spécialement la fin de l' état de maximum. ( Voyez LVI de notre XVIe rapport 1895/1896. ) La démonstration de ces déductions théoriques tirées par nous de l' observation des faits a été complétée par le traitement mathématique que nous devons à notre collègue le Professeur Dp Finsterwalderelle peut être considérée comme acquise. Quand nous connaîtrons le mécanisme et la formule du retard de la période, nous serons maîtres du problème.

Je me permets donc d' insister à nouveau sur l' importance de l' étude des petits glaciers qui servira de base à la détermination du retard de la période, et de la réclamer des naturalistes et des alpinistes.

Cette étude n' est pas très facile vu le peu d' amplitude des variations des petits glaciers. Tandis que les changements de longueur des grands glaciers se mesurent par hectomètres ou par kilomètres, c' est à des mètres ou à des décamètres seulement que s' élèvent ceux des glaciers courts. Il faut donc une surveillance attentive et prolongée de ces blocs de glace cachés dans leurs niches des Alpes, des mesures exactes et minutieuses de leurs dimensions.

Il est plus simple semble-t-il de surveiller l' enneigement des Alpes, les variations d' étendue et d' épaisseur du manteau de neige qui recouvre les montagnes. Les variations de l' enneigement sont en relations directes et immédiates avec les variations de grandeur des glaciers ( XXII, VIe rapport 1885 —1886 ); toute crue du glacier a à son origine une augmentation de l' enneigement. Etudions donc l' enneigement par les diverses méthodes d' observation qui peuvent nous le faire connaître: par les mesures nivométriques que je recommandais déjà dans le XXXIX, XIe rapport de 1890—1891, et que nos collègues Lugeon et Mercanton suivent avec succès; par l' étude des avalanches telle qu' ils la proposent dans un paragraphe prochain de ce rapport: par des collections de photographies soigneusement datées qui montreraient aux divers mois .de l' été l' état relatif des flaques de neige sur les flancs d' une montagne connue. ( LVIII et LIX, XVIIe rapport, 1896 — 1897. ) Mais il n' est pas toujours facile d' obtenir une bonne photographie d' une montagne éloignée; la lumière est capricieuse, la transparence de l' air est inégale et l' éclairage est trop souvent insuffisant. Il est un procédé plus commode que je me permets de recommander aux alpinistes et naturalistes qui voudraient s' intéresser à ces recherches. Dessinez la silhouette et les traits principaux d' une montagne que vous avez journellement sous les yeux, à une distance convenable ( quelque chose comme la Dent du Midi vue de Vevey ), tirez une édition de cette esquisse par un procédé quelconque de reproduction graphique, hectographie, auto-graphie, lithographie, etc. Puis que, chaque semaine ou chaque quinzaine, durant l' été, vous figuriez sur une copie de cette esquisse, par des taches au crayon bleu les flaques blanches des neiges encore apparentes sur la montagne. Ces feuilles datées et conservées en séries vous donneraient bientôt l' état normal de l' enneigement à chaque jour de l' année; le même dessin pris à la même date de diverses années vous montrerait l' état d' avancement relatif de la fusion, par conséquent l' état relatif de l' enneigement, si la destruction des flaques de neige est plus ou moins avancée cette année que l' année dernière, si l' enneige est progressif ou régressif. Une telle collection continuée avec persévérance pendant une série d' années donnerait, je crois, des résultats d' un grand intérêt pour la météorologie de ces années dans les régions des hautes altitudes; en ce qui nous touche particulièrement elle ferait connaître l' état de l' enneigement et permettrait de fixer avec plus de précision que par tout autre méthode les dates probables des périodes de cet enneigement, par conséquent les dates probables du début des périodes des variations glacières.

La seule difficulté est de trouver une montagne qui soit favorable à une telle observation. Il y a quelque vingt ans j' avais commence cette étude sur la Dent d' Oche, vue de Morges; cette montagne était trop basse; elle ne portait plus de neige pendant l' été; par conséquent les reliquats des années précédentes n' entraient pas en jeu, et si je pouvais y reconnaître l' état relatif de l' année actuelle, je n' obtenais rien sur l' enneigement général des sommets. Pour faire avec fruit l' étude que je réclame, il faut être place à une distance assez grande pour qu' on obtienne une vue d' ensemble, mais pas trop grande pour que les détails restent évidents, quelque chose comme dix ou quinze kilomètres, d' une montagne à neiges perpétuelles qui laisse voir la limite inférieure des neiges permanentes et qui puisse permettre de reconnaître les changements d' altitude de cette limite. Les variations et la limite des neiges seront parallèles et synchrones avec les variations des névés, celles-ci étant les initiatrices des variations en grandeur des glaciers.

Nous recommandons cette recherche à ceux de nos collègues qui se trouveraient dans des conditions favorables.F.A. F.

t Edouard Kichter.

Le 6 février 1905 est décédé à Graz en Styrie, à l' âge de 58 ans, le professeur Dr Edouard Richter qui y occupait la chaire de géographie de l' université; il a été l' un des meilleurs glaciologistes des temps actuels.

Son œuvre est considérable dans toutes les branches de la géographie historique et physique. Son excellent volume Die Gletscher der Ostalpen, la direction de la superbe collection de monographies Die ErscMiessung der Ostalpen, la préparation du grand Atlas historique des Alpes autrichiennes, actuellement en publication, ses études cartographiques et glaciologiques des glaciers de Karlinger et d' Obersulzbach; ses études sur les lacs alpins et spécialement sur le lac de Worth; sa présidence de la commission internationale des glaciers 1897-1900; l' organisation des conférences glaciaires du glacier du Rhône, 1899, et de Vent ( Oetztal ), 1901; sa présidence du Club alpin autrichien et allemand, 1883-1885 et 1895-1897 cette liste préliminaire, qui sera beaucoup étendue, montre combien grande et variée a été son action dans le monde de l' alpinisme.

Jmhrbuch des Schweizer Alpenclub. 40. Jahrg.15 Mais dans ces rapports, où nous nous occupons essentiellement des variations de grandeur des glaciers, nous devons surtout rappeler ce qu' il a fait dans ce domaine spécial où il a conquis la première place. Déjà dans mon second rapport 1881-1882 j' étais entré en relation avec lui qui était alors professeur à Salzbourg, et d' après ses notes où il résumait des observations personnelles et les travaux des glaciairistes autrichiens, je pouvais donner les allures de 15 glaciers des Alpes orientales. Dans ses études sur le glacier d' Obersulzbach, Salzburg 1883 et dans ses Beobachtungen an den gegenwärtigen Gletschern der Alpen, Berlin 1884, Richter a repris la théorie de ces variations glaciaires que j' avais émise en 1880-1881 et tout en l' admettant dans sa généralité, il l' a modifiée d' une manière importante; il l' a transformée en ce que j' ai appelé la théorie de l' écoulement intermittent du glacier en opposition à ma propre théorie qui est celle de l' écoulement continu. J' ai montré dans le XXX de mon VIII° rapport 1887-1888 la différence entre les deux conceptions du phénomène et dans le LXXVII du XXIIIe rapport 1902-1903, j' ai fait voir que les observations actuellement réunies ne permettent pas encore de juger laquelle de ces deux interprétations est la meilleure. Plus tard dans sa Geschichte der Schwankungen der Alpengletscher, Wien 1891, il croit avoir reconnu dans la périodicité des crues de maximum les allures du cycle climatique de Bruckner.

Je pleure en lui un ami fidèle, un collègue infatigablement dévoué, un maître dans les sciences de la nature. Il se repose après une carrière heureuse et féconde.F.A. F.

LXXXYI. L' enneigement en 1904.

Massif du Mont Blanc. Le nivomètre du glacier d' Orny ( massif du Mont Blanc ), installé en 1902, nous permet dès maintenant de faire des comparaisons intéressantes, grâce aux observations faites par d' aimables clubistesque nous remercions ici collectivement, et par le gardien de la cabane, Maurice Joris, qui n' a pas négligé, profitant du grand retrait de la neige, de prolonger la partie inférieure de l' échelle. Rappelons que M. Mercanton, en installant ce nivomètre, avait peint des traits rouges tous les cinquante centimètres sur la paroi et les avait numérotés de haut en bas de 35 à 10. Le degré le plus bas est maintenant 6.

Nous indiquons ci-dessous les chiffres obtenus:

Nivomètre d' Orny ( 3119 mètres ).

Dates190219031904 19. II.2029. V.21 7. VII.15 11. VII.14.ä 12. VII.16 13. VII.14 14. VII.14 17. VII.14 18. VII.13 26. VII.1411.5 31. VII.11 7. Vili.10 10. Vili.9 13. Vili.13 14. Vili.8 17. Vili. 13 28. Vili.12 6. IX.10 20. IX.10 21. IX.6 23. IX. 10 27. IX.928. IX.1128. XII.17 Nous voyons par ces chiffres combien l' enneigement a été régressif en 1904 au glacier d' Orny. Vers la fin de novembre il y avait deux mètres de moins de neige qu' en 1903 et 1902. En 1903, la fonte totale avait été de 5.5 mètres; en 1904 elle est de 7.5! L' épaisseur de neige, qui fond du commencement du printemps au début de juillet, reste toujours sensiblement égale à l' épaisseur qui disparaît en juillet et août. La fonte de septembre en 1904 a été équivalente à celle de 1903.

Cet état d' enneigement régressif dans le massif du Mont Blanc, reconnu par le nivomètre, est corroboré par des observations de MM. Ch. Montandon et Stöcklin-Müller. Le premier de ces collaborateurs a constaté le 10 août une disparition totale de la neige dans les Aiguilles Dorées, entre 3400 et 3500 m. Cette observation a été faite aussi par M. Stöcklin-Müller de Bâle, auquel nous devons déjà d' importants renseignements cités dans le 23e rapport, non seulement dans ces cîmes, mais encore à la Grande Fourche. Si l' ascension des Aiguilles était facilitée en 1904, par contre les glaciers très peu couverts de neige offraient en certains endroits des difficultés qui n' existaient pas en 1903. La comparaison a pu être faite d' une manière précise par M. Stöcklin pour les glaciers du Trient, de Saleina, du Chardonnet, d' Argentière, etc. Les difficultés de marche sur les glaciers qui étaient si manifestes dans les années 1900 à 1902 sont réapparues en 1904:

Alpes de Salvan. M. Wagnon, qui connaît admirablement la région de Finhaut, signale également une fonte prononcée. Ainsi les névés du col d' Emaney étaient d' un quart ou même d' un tiers plus petits que dans les quinze années précédentes. Il y a cependant des exceptions locales. Ainsi à Fenestral, sur le plateau supérieur, dans le voisinage de la base des rochers formant l' arête reliant Bel-Oiseau à Fontanabran ( versant sud ), se trouvait en septembre encore un névé plus grand que les années précédentes. De même, entre les deux sommet du Bel-Oiseau, on existe un petit lac à cette époque, la neige subsistait encore en abondance.

Alpes vaudoises et bernoises. L' enneigement a été également régressif dans ces montagnes. Nous tenons de M. Moreillon-Gaud quelques renseignements intéressants sur l' état des neiges aux environs d' Anzeindaz ( massif des Diablerets ). En 1902, année d' enneignement progressif, les flaques de neige de l' hiver 1901-1902 ont passé l' année, jusqu' à l' hi suivant. En 1903, année d' enneignement stationnaire ou légèrement régressif, comparée à 1902, il n' y a pas eu persistance des taches de neige pendant l' été; il en a été de même en 1904.

Nous voyons par ces observations de M. Moreillon l' intérêt qu' il peut y avoir à étudier ces flaques de neiges des hauts pâturages. Il en est de même des cônes d' avalanches, bien plus faciles à observer que l' enneigement dans les grandes hauteurs. La grandeur des cônes d' avalanches est dépendante de la quantité de neige tombée dans les régions supérieures et leur fonte est également dépendante des facteurs météorologiques qui varient sensiblement dans les mêmes proportions dans les hautes et les basses régions. Cette disparition des névés d' ava avait été un des faits caractéristiques de l' année 1900, qui fut extraordinaire par la régression de la ligne des neiges. Ainsi, le long du sentier qui monte à la cabane Rambert, par la Larze ( massif du Muveran ) on traverse habituellement trois névés. Il n' y en avait plus qu' un seul en 1900, et en 1904, le 17 juillet l' un de nous en a constate seulement deux, dont l' un, peu étendu, situé près du débouché en amont du sentier dans la grande pente de la Frète de Saille, a du certainement disparaître en entier, en août ou septembre.

Dans le Creux de Saille, vers la mi-juillet, les névés étaient fort restreints et le chemin usuel du Grand Muveran ne passait sur la neige que sur une longueur d' une cinquantaine de mètres. En 1900, les névés de Saille avait entièrement disparu.

Toutes les régions des hauts glaciers des Alpes vaudoises ont repris en 1904 l' aspect qu' ils avaient en 1900, c'est-à-dire qu' ils se sont montrés particulièrement crevasses à cause de la disparition presque totale de leur manteau de neige.

L' un de nous en compagnie de M. E. Bornand ne se souvient pas avoir vu, en septembre, autant de crevasses dans les glaciers des Diablerets, remarque que l'on nous fit déjà en 1900. Le passage, par Parke glacée du Dôme, qui permet habituellement de descendre sur le glacier des Diablerets, était impraticable, et le glacier était lui-même crevasse sur toute son étendue. Or, dans les circonstances ordinaires, l' ascension des Diablerets par le glacier est si facile, sans crevasses, que les touristes souvent ne s' encordent pas et s' en tirent sans mésaventure.

Dans le même massif, le glacier du Sex rouge était à tel point couvert de crevasses qu' il était nécessaire de rejoindre les rochers à la base du promontoire sud de la Becca d' Audon ( Oldenhorn ). A cet endroit le système des crevasses du Sex rouge se soudait à celui du glacier de Zanfleuron. Le glacier de Prapioz était également haché de crevasses.

Dans le massif du Wildstrubel, la régression des neiges était considérable. Le 20 juillet 1904 déjà d' énormes surfaces de vieilles neiges de 1903 apparaissaient jusque près du sommet ( 3251 m .) dans le haut du glacier de Lämmern. La fonte était plus intense encore qu' en 1900.

Les petits névés de la grande pente méridionale du massif du Balmhorn ont entièrement disparu en 1904 sauf au-dessous du Grand Rinderhorn; quelques semaines de plus et la chaleur aurait suffi pour les fondre complètement.

Non loin de Loèche-les-Bains existe un cirque rocheux, le Trubeln, où de petits névés se conservent très tardivement dans la saison, et même passent ordinairement l' année. En 1904, ils avaient entièrement disparu vers le 20 septembre.

Suisse centrale et orientale. Nous possédons quelques bonnes observations dues à M. J. Frœlich de Brugg et à notre collaborateur habituel M. le professeur Dr Kœnigsberger, le savant minéralogiste de Fribourg i/B.

Au Piz Kesch, d' après le premier observateur, l' enneigement régressif était caractéristique et en conséquence les crevasses nombreuses ce qui rendait les ascensions plus difficiles que dans les années antérieures.

Dans le Val Œuf, Val Val, Riental, au Pizzo Lucendro, au Bristenstock, M. le prof. Kœnigsberger a constaté une fonte extraordinaire en commencement d' août. De grandes surfaces étaient déjà dégarnies de leur couverture de neige annuelle comme elles le sont habituellement vers le 15 ou à la fin de septembre. Notre collaborateur ajoute cependant que les fortes chutes des mois d' août et septembre ont rétabli une couche de neige guère moindre en étendue à celle de la fin de la saison chaude de 1903. Toutefois, M. Kœnigsberger est d' accord que la quantité totale de la neige de l' hiver 1903-1904 qui a pu persister a été moindre que dans les années antérieures. Dans la Suisse occidentale, des chutes de neige aux mêmes dates de la fin de l' été n' ont eu aucune influence. A la fin de septembre elles avaient complètement disparu. Il en a été probablement de même dans les régions visitées par notre aimable et savant confrère.

Conclusion. Nous sommes arrivés à notre cinquième année d' obser et nous pouvons jeter un court regard en arrière.

En 1900, partout un recul extraordinaire des neiges; En 1901, année d' indécision, le recul persiste ou bien l' état est stationnaire dans la Suisse occidentale; au contraire dans la Suisse orientale il y a enneigement progressif manifeste; En 1902, la neige a partout reconquis les espaces qu' elle avait perdus; En 1903, l' état est resté à peu près stationnaire; En 1904, l' enneigement est manifestement régressif. En plusieurs point le recul atteint des valeurs égales, si non supérieures, à celles de 1900. Le manteau de neige qui s' abaissait sur nos cîmes de 1901 à 1903 a été brusquement relevé.

Nous verrons dans quelques années si ces oscillations sont perce tibles sur les glaciers.M. L. et P. Mercanton.

LXXXVIIT. Chronique des glaciers des Alpes suisses en 1904.

Grâce aux travaux des inspecteurs forestiers des divers cantons et par l' intermédiaire de l' Inspection fédérale des forêts, grâce aussi aux observations obligeantes de quelques collègues du Club alpin, nous avons cette année des données relatives à 73 glaciers, répartis dans les diverses régions des Alpes.

Nous les résumons comme d' ordinaire sous forme de tableaux, en les groupant par bassins et en les faisant suivre des constatations faites sur l' état général de ces glaciers par les divers observateurs.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

I. Bassin da Rhone.

A. Alpes valaisannes.

Modification pj totale dans le sens Valeur de la variation en wacier. la longueur 1902 lg03 1904 Années de crue.

dès 1892 à 1904 m 111 m m Rhône - 118.50 — 13 — 11.5 j Fiesch — 93 — 3 — 1.5 — 3 Aletsch - 135 — 6 - 12 — 20 Latschen

0 — 7 - 10 1893-1896 et 1900 Zanfleuron - 397

+ 24

132 1900 et 1902 Kaltwasser — 4

__ 2 1898; 1901-1903 Allalin — 12 — 82 — 1 1892-1894 Gasenried?

3 —

1904 Bies?

7 — 8

Gorner - 106 6 — 5 5 Turtmann — 61 — 4 — 8 — 10 1894 Durand ( Zina1426 — 20 — 13 - 15 Ferpècle — 40

__ o

it — 3 1893 et 1894 Zigiorenove 1321 1892 h 1896 Grand Désert - 134 - 10 — 4 - 15 Corbassière 66 — 018 1897 et 1898 Otemma - 189 — 5 0 — 19 Valsorey — 31 2.52 — 3 1892 et 1899 Saleina — 70 — 6 5 — 8 1892 et 1893;1896 Trient — 5934 — 18 1878 à 1896 Nous donnerons l' année prochaine le résultat des observations faites par les soins du service topographique fédéral sur le glacier du Eliòne en 1903—1904. Voici pour 1902-—1903 les constatations faites; nous les devons à l' obligeance de M. Held, le directeur du service:

1° Modifications à la langue du glacier.

Recul moyen de la langue: d' août 1902 à août 1903, 11.50 m.

Recul maximal de la langue sur deux points à gauche et à droite, 22 m.

Superficie du terrain mis à nu par le recul du glacier du Rhône depuis 1902, 4900 m2.

Altitude de la langue du glacier au point où le Rhône en sort, 1800.40 m.

La belle double voûte qui s' était formée ces dernières années à la sortie du Rhône hors du glacier, n' existait plus en août 1903. La formation de crevasses en aval de la cascade s' est de nouveau fortement ralentie cette année, en sorte que la langue du glacier est, comparativement aux années précédentes, très aplatie et peu déchirée.

2° Etat du glacier sur les profils.

Altitude moyenne Profil bleu 1875.2b m. Affaissement I.51 m.

„ jaune2400.ai m.O.so m.

„ rouge 2558.25 m. Gonflement O.79 m.

„ inférieur du Grand Névé 2819.so m.0.65 m.

„ supérieur du Grand Névé 2948.73 m.0.4a m.

„ inférieur du Thäli.. 2744.oi m.O.is m.

„ supérieur du Thäli.. 3042.35 m.O.25 m.

La détermination de la vitesse aux profils jaunes et rouges n' a pas fait constater de modifications de la vitesse, malgré l' augmentation notable d' épaisseur de la glace. La vitesse moyenne est restée à peu près identique sur les deux profils.

Le glacier à' Allalin peut être considéré comme stationnaire, tandis que la décrue des glaciers de Gorner, de Bies, de Latschen et de Tourtemagne est très évidente. Ce dernier diminue aussi en épaisseur et en largeur. Le glacier de Gasenried, le seul de nos glaciers du Valais qui semble en crue cette année, est très crevassé et présente de nouvelles brisures.M. Delacoste. ) Le glacier de Durand et celui du Grand Désert se sont tous les deux affaissés, le premier de 10 mètres, le second de 4 mètres.

( M. Loretan. ) Les glaciers de Corbassière et Otemma n' avaient pu être mesurés en 1902; la décrue indiquée est donc le résultat de deux ans. Le glacier de Corbassière s' est surtout beaucoup retiré au point de sortie du torrent, qui est du reste inabordable.M. Arbenz. ) Le glacier de Trient a de 1903 à 1904 une décrue de 18 mètres au milieu du front du glacier, 6 mètres sur la rive gauche et 11 mètres sur la rive droite; la langue glaciaire est moins effilée que l' année dernière.J. Guex, Vevey. ) B. Alpes vaudoises.

Modification r,, totale dans le sens Valeur de la variation enA,, Glacter- de la longueur 1902 19031904.Années de crue, dès 1892 à 1904.

mmmm Paneyrossas — 28 -f- 3 — 4 — 8 1902 Martinets4 -j- 10 + 11902; 1904GrandPlan-Névê — 43 -f"2 — 2 — 4 1902 Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

Modification totale dans le sens Valeur de la variation en Années de crue.

« delà longueur Ì902 dès 1892 à 1904.

m m Petit Plan-Névé — 5 - I " 4 Le Dard?

h 9 Scex Bouge?

h il

Prapios y

1-13

1903 1904.

mG — 32 + 3 0 1902 + 241S9S; 1901 et 19«; i904(?j - 17 1899; 1901-1903 - 20 1902 et 1903

La décrue bien marquée du glacier de Paneyrossaz est accompagnée d' une diminution d' épaisseur de la couche de glace.

L' allongement du glacier des Martinets n' est qu' apparent et est dû à une poussée de la moraine frontale. En réalité ce glacier est stationnaire ou même en décrue.

Le Grand Plan-Névé diminue aussi d' épaisseur. Golay. ) La crue signalée pour le Dard est très probablement le résultat d' une erreur d' observation; les résultats de 1903 ont dû être faussés en suite de la neige tombée avant la mensuration et aussi par le fait que le glacier est fortement recouvert par la moraine.

La décrue du Prapios n' est bien marquée que du côté sud-ouest du glacier: la langue même n' a que très légèrement reculé.

( M. Grenier. ) II. Bassin de l' Aar.

Modification ri totale dans le sens Valeur wactei- de la longueur 1902 de la variation en 1903 1904.

Années de crue.

i iès 1895 à 1904.

m m m tu Stein — 39 + G — 5 — 13 1897; 1900; 1902 Unteraar — 153 — 11 — 13 — 6 Ob.Grindelioald-{ 45 0

+ 18

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J Blümlisalp — 26

1902 et 1903 ;1904ï Kanderfirn — 38 y

— 1 Gamchi — 34 0 02 Wildhorn — 94

— 7 — 3 1902 Gelten — 45 y?

1894; 1897; 1899 Le glacier supérieur de GrindelwaM a achevé de déposer dans les années 1900-1904, sous forme d' une moraine terminale imposante de 5 à 10 mètres de hauteur, les matériaux qui le recouvraient et prove- F.A. Forel, M. Lugeon et E. Muret.

liaient probablement d' un éboulement local de rochers. La période de crue a pris fin en même temps et le glacier se retire, suivant les points, de 5 à 45 mètres. Le transport de moraine se continue cependant encore sur le flanc gauche du glacier, où la fonte est retardée et où on enregistre encore cette année, une crue de 30 mètres.

Le glacier inférieur de Grindelwald est stationnaire par rapport à 1903; il est enserré dans une gorge large de 5 à 10 mètres et surplombe de 15 à 20 mètres.M. Marti. ) Le glacier de la Blilmlisalp s' est rétréci et s' est affaissé; la crue partielle signalée ci-dessus, n' est due qu' à un glissement local du glacier.

Le glacier du Kcmderfirn avait en 1902 et 1903 son extrémité recouverte par une avalanche qui empêchait tout mesurage. La décrue de 1 m. est donc le résultat de 3 ans. Ce glacier s' est rétréci.

Le Gamchi diminue énormément en épaisseur, jusqu' à la Gamchilücke. Il est de plus en plus recouvert de débris morainiques.

( M. Eisold. ) Le glacier de Gelten ( Rottal ) présente cette année deux nouvelles grandes fentes longitudinales. Il s' est beaucoup affaissé, surtout sur le flanc gauche.

Le bras du Furggenthal n' a pu être mesuré cette année, à cause de la neige.M. Christen. ) III. Bassin de la Reuss.

A. Canton d' Uri. Modification Glacier.

de to longueur COI' ll U1 r' 1' 1' 1904.

Années de crue.

dès 1895 à 1904.

m m m ni Kartigel — 442 9 — 1 Kehlefirn — 25 — 29?

— 18 1902 Erstfeld — 58

+ 2 4

— 9 1902 Hüfi — 96 — 9 — 5?

Brunni — 99 — 6 — 5 — 3 B. Canton d' Obwalden.

Griessen - 642g Grassen — 47 KFirnälpeli — 23

- 2 +2

— 10 1898; 1903 Le glacier de Kartigel semble être en crue de 13 et 27 mètres sur deux points, mais cette observation n' est pas d' une absolue certi-tude.M. Jauch. ) Le glacier de Grassen n' avait pas été mesuré depuis 1900. La décrue indiquée est donc le résultat de 4 ans. ( M. Kathriner. ) IV. Bassin du Rhin. A. Canton des Grisons.

Modification Glacier.i/t/ i*Wifto te- a wo la longueur 1902 L1CL* U\M1903 irttisrc t/»t 1904.

Années de crue.

dès 1897 à 1904.

m m m m Zapport — 28 — 1

— 10 1903 Paradies — 41 — 3

— 22 1903 Tambo — 28 — 41 — 7 1903 Segnes - 10117Lenta — 94 — 1026Ponteglias — 68 — 11 — 10 — 8 Lavas11 p — 42 Porchabella 591 — 4 — 8 Scaletta p2

— 8 1898 et 1903 Sehwarshorn p1

4- i

— 11 1898 et 1903 Vorab — 117 — 73?

11 B. Canton de St Gall.

La décrue du glacier de Puntaiç/las a diminué du 20 % environ, durant ces quatre dernières années.M. Nay. ) M. le capitaine Ant. Brun à Flims a constaté sur le glacier de Vorab une diminution de longueur de 14 m. de 1902 à 1904, ce qui porte la décrue totale de 1886 à 1904 à 180 m. ( A. Brun, Flims. ) V. Bassin de l' Inn.

Modification Glacer. la longueur 1902 1903 intuiti ^rt 1904.

Années de crue.

dès 1895 à 1904.

ni m m m Rosegg — 12724 - 35 - 10 1895;1897et1898 Morteratsch — 948 — 6 — 6 1899 Pictwgl — 10111

— 17 1903 Lischanna — 5311 — 6 — 9 1898 VI. Bassin de l' Adda.

Modification /,, totale dans le sens Valeur de la variation en,,, ùlacier- de la longueur 190219031904. Années de crue, dès 1895 à 1904.

m mmm Forno —107 —101111 Pala — 88 — 151315 1895 Le glacier à' Albigna, val Bregaglia a beaucoup perdu eu épaisseur; peut-être 60 ni. d' affaissement depuis 1855. Le front du glacier est actuellement de 250 ni. en arrière des moraines de 1855 qui se confondent avec celles de 1820.Albert Heim, Zurich. ) VII. Bassin du Tessin. A. Canton des Grisons.

Modification Glacier totale dans le SenS Valeur de la variation enAnnée* de crue Giacer. deìaìongueur 1902 19031904Années ae vue.

dès 1895 à 1904.

mmmm Muccia0 +4 — 20 1903 B. Canton du Tessin.

Lucendro30 à 40 m. dans les 3 dernières années.

Cornoenviron — 50 m. dans les 10 dernières années. Basodino8 — 1 — 11 Cavagnoli4 +1 — 1 1903 Sassonero0 +1f 28 1903 et 1904 Bresciana1216 C. Canton du Valais.

Bossboden — 31 — 8 — 3 — 10 1893 et 1894 Les glaciers de Lucendro et de Corno qui n' avaient pas été mesurés depuis 1898, ont été repérés à nouveau cette année par les soins de M. Furrer.

Le haut du glacier du Basodino est très fortement crevassé et est profondément encaissé entre denx énormes moraines parallèles aux bords du glacier.

Le glacier de Cavagnoli présente une belle moraine frontale à quelques centaines de mètres en avant du front du glacier.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

La crue du glacier de Sassonero nest qu' apparente; elle provient de ce qu' il s' est formé entre le front du glacier et la base d' observa, et dans une dépression de terrain, un amas de neige et de glace qui fait cependant partie intégrante du glacier.

( M. Medici. ) L' épaisseur de la glace, à la langue du glacier de Bresciana, a diminué de 8 mètres. L' extrémité du glacier est à l' altitude de 2700 mètres.E. Boiler. ) Résumé.

Année Nombre de En glaciers observés certaine crue douteu Station-ie naires En douteu8 décrue s certaine 1897 64 1 8 6 10 36 1898 70 5 7 ( i 7 45 1899 73 1 9 n 19 44 1900 82 1 6 0 14 61 1901 82 1 n 0 13 68 1902 78 0 i:i 12 5 48 1903 58 3 L2 ( i 8 29 1904 73 0 5 1 20 44 Bassin Cardon Détail pour 1904 Rhône Valais Vaud 20 7 0 0 1 2 II 1 J 2 18 2 Aar Berne il 0 I 3 4 3 Berns 1 Obwalden 5 3 0 II 0 0 n 0 3 1 io to T ),. \ Grisonsist-Gall 11 2 0 II II 0 0 0 6 0 5 2 Inn Grisons 4 0 0 0 1 3 Adda Grisons 2 II ( I 0 0 2 Grisons 1 0 1 ) 0 1 0 Tessin Tessin 6 0 1 0 1 4 Valais 1 0 0 0 0 1 Total 73 0 5 4 20 44 II résulte de ces chiffres que la tendance à la crue que nous avions signalée l' année dernière chez quelques glaciers ne s' est pas confirmée cette année: nous nous étions basés sur des observations probablement incertaines ou inexactes.

Nous n' avons, cette année, aucun glacier en crue certain«; 5 seulement sont en crue douteuse, tandis que nous en comptions 15 l' année dernière et 13 en 1902.

F.A. Forel, M. Lugeon et E. Muret.

Les conditions météorologiques de l' année 1904, dont la température moyenne a été de 6 à 7 dixièmes de degré au-dessus de la normale, peuvent y avoir été pour quelque chose. Mais l' étude de ce rapport comparé à ceux qui l' ont précédé nous fait voir toujours mieux que la décrue est générale dans l' ensemble des glaciers de la Suisse, les exceptions qui surgissent ça et là sont dues à des accidents locaux et sont sans importance.K. M. et F.A. F.

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