L'inauguration de la cabane Albert Heim

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22 septembre 1918.

„ Encore un récit d' inauguration... mais ils se ressemblent tous !" dira quelque collègue qui a eu le privilège d' assister à plusieurs de ces petites fêtes clubistiques et qui a eu la „ malchance " selon lui, de devoir ouïr plusieurs discours avant de pouvoir s' asseoir tranquillement au petit banquet qui termine ces cérémonies et en est le point culminant pour la majeure partie des assistants.

Eh bien oui, cher collègue, je suis d' accord, mais admettez pourtant que s' il y a une partie du programme obligatoirement commune, il y a toujours quelque circonstance particulière qui reste gravée dans la mémoire et différencie chacune de ces réunions.

Il faut en effet que les initiateurs et constructeurs de la cabane nous racontent leurs peines, leurs travaux et leur succès définitif, puis c' est le président de la Section constructrice qui doit remercier tous les collaborateurs, les initiateurs, l' archi et les constructeurs, du terrassier au fumiste — les donateurs —, la Commune Inauguration de la cabane Albert Heim.

qui a cédé le terrain ou donne le bois, etc. etc., puis il doit remettre solennellement les clefs au Délégué du C. C. qui à son tour remercie encore une fois et s' ex au nom du Club entier sur le site adopté, le choix des matériaux, le style de la cabane, la distribution, etc. etc. Puis viennent les autorités, d' abord les communales enchantées que leur commune devienne un lieu de réunion pour le S.A.C., puis les ecclésiastiques qui appellent la bénédiction de Dieu sur cet abri hospitalier au milieu des solitudes glacées, etc. etc., le tout entremêlé de chœurs ou accompagné d' une musique champêtre.

Mais à côté de cette partie invariable, quoique variée, que d' imprévu! Voyez Chanrion, en 1890, pluie torrentielle noyant le feu d' artifice et les participants obligés le lendemain de faire à pied 45 km sous le déluge et dans la boue.

Et la cabane Rambert à la Frète de Sailles, en 1895, qui, ne présentant que 16 places pour 150 participants, obligea la Section des Diablerets à installer une dizaine de tentes sous lesquelles le vent pouvait entrer librement alors que tout sommeil était consigné à la porte.

A Bertol, en 1898, autre chanson, c' est après une température de 30° au-dessus de 0 à deux heures, un ouragan formidable qui oblige les assistants à passer la nuit dans la cabane avec laquelle ils s' attendent à chaque instant à être emportés dans la vallée et qui, renonçant aux ascensions projetées, doivent redescendre le lendemain avec 30 cm de neige et 5° au-dessous.

A Dupuis, en 1906, c' est une ascension superbe par un temps splendide à l' Aiguille du Fig. 1. En haut à droite M. Kruck. l' architecte, à gauche le Pater Boshardt. qui a béni la cabane. En bas de droite à gauche MM. le professeur Albert Heim, Bernoud, président central, Schröter, professeur.

Tour qui laisse un souvenir inoubliable de ce panorama unique.

En 1913, à Britannia, assistent près de 150 personnes dont un bon tiers du beau sexe et presque toutes de nationalité anglaise — temps superbe —. Au moment où M. le Pasteur Muller, président de la Section genevoise, admirant le ciel bleu sans nuage sur lequel se profilaient les cimes blanches étincelantes s' écriait au milieu d' un silence solennel: „ Tout nous parle ici de la présence du Créateur "... un colossal éboulement de séracs ébranle le glacier en produisant des roulements de tonnerre qui provoquent une profonde émotion dans toute l' assemblée.

En 1917, c' est le temps superbe, la cordialité grisonne, la joie, une musique endiablée, qui proclament la réussite de la belle cabane Calanda.

A. Bernôud.

Et que d' autres encore à citer, mais arrivons à la cabane Albert Heim. Ici tout est contraste. Le matin à 6 heures temps splendide, lever de soleil merveilleux; la journée paraît s' an radieuse, mais vers 10 heures, pendant les discours ( désagréables au collègue cité plus haut ) se lève un vent violent, aigre et glacé et des flocons de neige assombrissent le ciel.

Les clubistes venus en grande partie de Zurich, car la cabane appartient à Uto, ont quitté leur demeure au milieu des bruits de bataille, les trains sont bondés de soldats, la cabane est en pleine région des forts du Gothard, on ne peut y venir que muni de son carnet de service militaire ou d' une autorisation du commandant qui a délégué deux officiers supérieurs pour assister la cérémonie — la guerre! la guerre! tout parle de la guerre.

Et pourtant les hommes qui sont rassemblés autour de cette construction, au nombre de 150 environ, le sont dans un profond sentiment de paix; c' est un devoir de reconnaissance et d' affection pour un Maître vénéré qui les a poussés à édifier cette cabane pour immortaliser, non les traits de cet homme, c' est trop banal, mais les qualités de son cœur, et le fronton de cette cabane porte gravée dans le granit cette inscription:

„ En 1918, en plein guerre mondiale, des amis de la montagne ont élevé cette cabane, comme ouvre de paix, en l' honneur du célèbre Professeur Docteur Albert Heim.u Tout autour de notre chère patrie le sang coule, la haine est déchaînée, l' homme est redevenu sauvage, dans notre Suisse — que Dieu en soit loué — c' est au contraire au milieu de bien des misères la Paix! une Paix bienfaisante, et la, à 2646 mètres, en pleine région de forts, heureusement muets, c' est non seulement la Paix, mais la concorde, l' union intime d' amis venus de cantons très différents puisque les membres du C. C. sont romands et que 12 sections de langue allemande sont représentées, amis qui poursuivent tous le même idéal l' enthousiasme pour la montagne et l' amour de la patrie Suisse et qui tous dans un même élan du cœur se sentent pressés de témoigner leur reconnaissance au savant modeste et émérite qui a étudié la montagne dans ses fondements préhistoriques pour en décrire les phases diverses et la faire aimer encore davantage.

Malgré le vent et bravant le froid, le chœur d' Uto ouvre et clôt la cérémonie par les chants „ Das weiße Kreuz im roten Feld " et „ Was ist doch o das heimelig ", écoutés religieusement ainsi que la série des discours; aucun chuchotement, aucun mouvement, tous les cœurs vibrent à l' unisson aux paroles de paix et d' union que prononcent les orateurs. La cabane elle-même semble s' associer à cet acte de reconnaissante affection; rien n' a été laissé au hasard, chaque pièce a été étudiée et construite avec amour: serrurerie, boiserie, peintures, etc., et nombre de parties ont été fabriquées par des donateurs qui ont réuni 25,000 francs sous l' instigation de MM H. Bräm, H. Frick, H. Hausheer et Prof. L. Wehrli et de l' ar Kruck qui en a fait sa chose.

Des habitants de Realp, au nombre de 26, ont construit eux-mêmes et en quelques jours un chemin d' accès commode et dont le tracé semble chasser la fatigue.

Le C. C. au nom du S.A.C. entier a pourvu la cabane d' instruments d' ob, baromètre, thermomètre, hygromètre, enfin tous ont voulu y contribuer et apporter sinon leur pierre au moins leur talent ou leur don à l' œuvre commune et honorer le Professeur qui s' est dévoué à sa carrière et, négligeant ses intérêts personnels, a tenu à la poursuivre dans sa petite patrie.

Heureux pays que le nôtre dans lequel, malgré tous les germes de division jetés à profusion, des citoyens peuvent communier ensemble dans le culte de la montagne et de l' amitié. Sachons être reconnaissants, et puisse un jour prochain cette cabane, Œuvre de Paix, abriter des alpinistes aujourd'hui en guerre, mais demain réconciliés sous le souffle bienfaisant de l' Alpe.

La cabane est à la cote 2546, gracieusement perchée sur un rocher au sud du Winterstock. Elle facilite l' ascension des cimes suivantes: Galenstock, Gletschhorn, Winterstock, Lochberg, Mütterlishorn, Feldschyn etc. On y parvient facilement de Realp en 3 heures.

Construite en granit, elle est doublée à l' intérieur de lamelles de bois artistiquement assemblées qui lui donnent un air confortable. A l' un des angles extérieurs, ur un bloc de granit, est gravé l' écusson fédéral encadré par ceux d' uri et de Zurich. Elle contient 18 places, dont quelques-unes réservées aux dames. La cuisine est isolée, elle garde ses odeurs et n' envoie que sa chaleur dans les pièces où tables et bancs sont sculptés.

Nous engageons vivement nos collègues à visiter cette belle région et à utiliser cette jolie cabane qui porte le nom d' un des plus illustres savants de notre pays.

A. Bernoud ( Section genevoise et Section Diablerets ).

Redaktion.

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