Un village de montagne se mue en hôtel. Vnà lutte contre son déclin

Vnà lutte contre son déclin

Un village de montagne se mue en hôtel

Le village de Vnà, en Basse-Enga-dine, a vu s' ouvrir voici un an l' Usta Piz Tschütta, une auberge qui fait office de restaurant, de centre culturel et de lieu de rencontres. On en espère une relance économique dans une région menacée de dépeuplement.

Son visage bronzé sourit amicalement. Il poursuit un entretien animé avec un indigène, devant le car postal parqué sur la place du village. Alors que je me demande si je peux l' interrompre, il vient à moi et s' enquiert de ma santé. Chasper Mischol, maçon et ânier, ne correspond pas du tout à l' image que l'on se fait d' un montagnard dur à la tâche. Il est pourtant né à Vnà, qu' il n' a jamais quitté. Il connaît tout de ce village de 63 âmes, dont il a vécu toute l' évolution. Comme beaucoup de communautés de montagne, Vnà lutte contre la désertion des jeunes. Depuis le début de ce siècle, la population s' est réduite des deux tiers. Un habitant sur deux a désormais plus de cinquante ans et les enfants se comptent sur les doigts des deux mains. Chasper Mischol tient durant l' été une buvette, la Tanna da Muntanella, à son mayen de Griosch. Il y régale ses hôtes de spécialités locales et mène occasionnellement des touristes en randonnée avec ses ânes. Dans l' entre, il travaille comme auxiliaire du chauffeur du car postal entre Ramosch et Vnà. Chasper Mischol est cofondateur de la Fundaziun Vnà qui a vu le jour en 2004. Elle a pour but, selon ses statuts, la promotion économique et culturelle du village. La même année a vu la naissance de Piz Tschütta AG, société propriétaire de l' auberge Gast- und Kulturhaus Piz Tschütta. C' est un projet inédit: le village entier est promu hôtel. Plutôt que de construire de nouveaux hôtels et logements de vacances, on utilise le patrimoine construit existant. Les touristes peuvent être ainsi hébergés à l' hôtel Piz Tschütta, mais aussi dans des chambres et appartements disséminés dans tout le village, dont toute la population se trouve dès lors impliquée dans le projet.

Dans leur grande majorité, les habitants de Vnà soutiennent le projet. Chasper Mischol aussi y voit une bonne initiative, mais pas pour autant « le salut de Vnà » suggéré par les médias. La vie à Vnà ne date pas d' aujourd, on y a déjà vu des touristes logés chez l' habi L' église du village de Vnà.

Photos: F rançoise F unk-Salamí Projets de revitalisation des villages de montagne dans les Grisons La nouvelle politique régionale de la Confédération ( NPR ) est entrée en vigueur au début de 2008. Elle vise à l' amélioration de la compétitivité des régions agricoles et montagnardes. Les cantons portent le principal de la responsabilité de sa mise en œuvre. L' initiative des régions est aussi sollicitée. On peut citer pour exemple le Parc naturel ELA, la Réserve de biosphère du Val Müstair et un Parc naturel envisagé dans la région du Piz Beverin. Il existe d' autres projets plus modestes, par exemple dans le Val Lugnez, comprenant des produits de niche comme ceux de l' élevage des moutons ou des chèvres. tant, dit-il. Le projet ne changera rien au fait qu' il n' y a plus d' école au village: les enfants fréquentent depuis quarante-cinq ans déjà l' école de Ramosch.

Nouveaux visages

Pourtant, la vie revient au village. Trois propriétés ont été vendues à des étrangers au village pour en faire des logements de vacances, raconte Chasper Mischol qui montre une belle maison engadinoise à la façade ornementée de sgraffites. Un énorme camion chargé d' un sauna cherche justement, au tournant, son passage dans l' étroite rue du village. Selon Christof Rösch, président de la Fundaziun Vnà, on ne souhaite pas ici favoriser les lits froids, même si la région devait profiter du boom de la construction. Il existe de meilleures solutions. « Récemment, quelques personnes ont acheté en commun une maison du village, pour empêcher la création de nouveaux lits froids, et nous espérons que de telles démarches feront école. » Le village voit aussi s' installer de nouveaux habitants, comme une famille de Hinwil ( ZH ), qui loue pour ses cinq membres la maison paternelle de Chasper Mischol. Lequel s' en réjouit, déclarant dans un sourire que de nouveaux visages apportent une heureuse diversion à l' ordinaire galerie de portraits. Il ne connaît pas d' exemple de difficulté d' intégration ni de problème de communication et considère que la population actuelle est bien équilibrée. Il ne s' agit pas de faire de Vnà une réalisation touristique exemplaire, un musée en plein air. Le village est encore authentique et il vit.

Les tentatives de revitalisation de vallées alpines isolées ne sont pas toujours couronnées de succès. La cohabitation entre les indigènes et les nouveaux arrivants est parfois conflictuelle, les premiers ne goûtant pas toujours les idées « étrangères ». Ainsi de la plus jeune commune de Suisse, Cavaione en Poschiavo, près de la frontière avec l' Italie. Cinq personnes y vivent encore.. " " .Voici onze ans, une firme argovienne a découvert l' endroit et créé la Fondation Pro Cavaione destinée à redonner vie au village. Mais des paysans de plaine s' étant installés dans une maison au centre du village n' y tinrent plus après six ans, se sentant rejetés par quelques indigènes. La fondation fut alors dissoute.

Bourgeon et artistes

Vnà est un village bio: les quatre exploitations agricoles produisent selon les préceptes du bourgeon. C' est aussi un village d' artistes, où vivent deux créatrices d' œuvres de feutrine et un sculpteur. Le Centre culturel de Nairs à Scuol a lancé un projet artistique dont sont issus les écriteaux rhétoromanches multicolores que l'on peut voir apposés sur de nom- Un des nombreux écriteaux romanches de l' artiste Hans Ruedi Fricker, invitant à la réflexion durant la visite du village.

Chasper Mischol, maçon et ânier à Vnà, travaille aussi comme auxiliaire du chauffeur postal entre Ramosch et Vnà.

breuses étables et maisons, affichant des mots de l' idiome local comme « trattar » ( parler de ) avec, au-dessous, leur traduction en quatre langues ( allemand, français, italien et anglais ). Ce petit divertissement romanche est l' œuvre de l' artiste appenzellois Hans Ruedi Fricker. Depuis le 1 er mai 2008, la porte de l' Ustaria Piz Tschütta est ouverte à tous: simples paysans, promeneurs mais aussi clients hup-pés. Elle propose son accueil au plus vaste public, grâce à l' étendue de son offre d' hébergement. Ce principe vaut aussi pour la carte des mets, où l'on trouve des casse-croûte peu coûteux pour les cyclistes affamés comme aussi des menus élaborés pour les visiteurs du soir. L' Ustaria Piz Tschütta se veut d' abord un lieu de rencontres entre les hôtes et les indigènes. Elle propose dans ses murs plus de 20 lits, auxquels s' ajoutent 24 lits situés dans des maisons familiales du village ainsi qu' une salle de cours destinée à des réunions ou manifestations culturelles. Urezza Famos, présidente du conseil d' administration de Piz Tschütta AG, a pris en charge sa gestion peu après l' ouverture, le premier administrateur ayant abandonné son poste après un mois seulement. Conseillère culturelle et d' entreprises, elle vit dans le village voisin de Sent et fut aussi à l' origine du projet « Hotel-Dorf Vnà ». Il s' agit maintenant de lui trouver un/e remplaçant/e, qui n' aura pas la tâche facile: « Une grande idée à faire entrer dans un petit projet », selon Christof Rösch, président de la Fundaziun Vnà. Il faut par exemple tenir compte du côté gastronomique autant que de l' aspect intégratif du projet.

La maison des rencontres

La construction du bâtiment Haus Tschütta, situé au centre du village, date du 17 e siècle.. " " .Vide depuis 1995, le « Tschütta » commençait à se dégrader et devint le symbole du village en perdition. La page est désormais tournée, une vie nouvelle a pris possession de l' Usta et du village. Les architectes Christof Rösch et Rolf Furrer ont su combiner harmonieusement l' ancien et le moderne, préservant à l' original les deux salles d' hôtes mais les équipant à neuf. Il en résulte une tension fascinante entre les styles, qui attire fréquemment des visiteurs passionnés d' architecture. La durabilité n' a pas été négligée: on a utilisé des matériaux indigènes, et les travaux ont été pour 90 % attribués à des entre- La Via Engiadina entre Vnà et Tschlin, en Basse-Engadine, est une randonnée d' altitude aux perspectives spectaculaires. Randonneurs arrivant au village montagnard de Tschlin.

Décoration typique de Vnà.

Photos: F rançoise F unk-Salamí Informations générales Suggestions d' excursions autour de Vnà 1. Dans le Val Sinestra: Vnà ( 1602 m)–Hor Zuort ( 1711 m)–Griosch ( 1817 m)–Pra San Peder ( 1831 m)–Vnà. 3 h. Dénivelé 300 m à la montée et à la descente. Difficulté: T1 2. Au long de la Via Engiadina: Tschlin ( 1533 m)–Vnà ( 1602 m)–Kurhaus Val Sinestra ( 1522 m)–Sent ( 1430 m ). 5 h. Dénivelé 400 m à la montée et 300 m à la descente. Difficulté: T1 3. Sur les montagnes entourant Vnà: Ramosch ( 1236 m)–Vnà ( 1602 m)–Alp Discholas ( 2073 m)–Piz Arina ( 2828 mVnà ( 1630 m ). Variante: Piz Arina–Piz Nair ( 3018 m)–Pra San Peder ( 1831 mm)–Vnà ( 1602 m ). 5 h. Dénivelé 1200 m à la montée et à la descente ( variante: 1700 m ). Difficulté: T3 ( -T4 ) L' Hôtel Vnà L' Ustaria Piz Tschütta est ouverte de février à octobre. On peut la louer durant les mois de novembre et janvier à l' enseigne de « Rent a Hotel ». Tél. 081 860 12 12, info(at)hotelvna.ch, www.hotelvna.ch. On trouvera davantage d' informations sur la Fundaziun Vnà sous www.fundaziunvna.ch.

prises de la région. Les meubles, par exemple, ont été fabriqués avec du bois de la forêt de Vnà.

Le concept semble tenir la route. Christof Rösch se déclare satisfait des résultats de la première saison: « L' occupa de plus de 80 % des lits a dépassé nos attentes. » Il n' y a pourtant pas encore de certitudes quant au bilan annuel, qui comprendra les résultats sûrement moins brillants de l' arrière. « Nous serions très satisfaits d' atteindre 75 % d' occupation à la fin de l' exercice. » a Françoise Funk-Salamí, Zurich ( trad. ) La lumière revient, apportée par la nouvelle vie de l' Ustaria Piz Tschütta. Cœur du village de Vnà, avec son panorama des montagnes de la Basse-Engadine en décor de printemps.

Les fontaines de village, nombreuses en Engadine, faisaient auparavant partie de l' infrastructure et constituaient un point de rencontre. Aujourd'hui, elles sont l' ornement des villages et servent de pa-taugeoires aux enfants.

Vie du club

Vita del club

Feedback